La guerre de la Triple-Alliance, au sens strict, a opposé du (date du traité) au une coalition composée de l'empire du Brésil, de l’Argentine et de l’Uruguay, au Paraguay. Cette guerre a commencé entre le Paraguay et le Brésil le , les deux autres Alliés ne se liguant que début 1865. C'est pourquoi les dates 1864-1870 sont souvent données.
Ce conflit a été provoqué par la crainte du Paraguay d'un retournement de l'équilibre entre les quatre pays du bassin du Rio de la Plata à la suite du soutien du Brésil au renversement d'un gouvernement uruguayen, son allié, par un parti hostile. Il a servi ensuite aux deux principaux Alliés, le Brésil et l'Argentine, à régler à leur profit les litiges territoriaux portant sur des superficies considérables qui les opposaient au Paraguay depuis l'éviction de la couronne d'Espagne de la région (années 1810). La population paraguayenne a été réduite à moins de la moitié, voire à moins du tiers, avec un déséquilibre inouï à l'ère moderne entre femmes et hommes (probablement de 4 à 3 pour 1).
Les thèses sur les causes réelles Les interprétations les plus fréquentes des causes de ce conflit sont au nombre de deux.
La thèse classique, partagée depuis le conflit jusqu'aux années 1930, attribue une responsabilité essentielle, d'une part aux problèmes de souveraineté territoriale, d'autre part aux fautes du dictateur paraguayen Francisco Solano López considéré comme étant un tyran sanguinaire et inconséquent. Elle s'appuie sur le fait incontestable que les hostilités contre le Brésil ont été engagées par le Paraguay, qui a ensuite pénétré sur le territoire de l'Argentine, qui lui refusait le passage lorsqu'il a voulu porter le conflit dans l'Uruguay envahi par le Brésil, ainsi que sur les motifs explicitement indiqués dans le traité de coalition et le résultat du conflit. Cette thèse est toujours portée, par exemple par Francisco DoratiotoMaldita Guerra. Nova historia da Guerra do Paraguai. Companhia das Letras. En espagnol : Maldita Guerra. Nueva historia de la Guerra del Paraguay. Emece editores.
Dans les années 1920, le discours change dans la société paraguayenne sur le président Francisco Solano López et ses prédécesseurs, aussi bien à gauche sous l'influence diffuse de la Internationale que chez les conservateurs au pouvoir sous l'influence de l'historien Juan O'Leary virant lui-même à 180 degrésLos Legionarios. Ed. de Indias. Asunción, 1930. Désormais, la période 1811-1870 n'était plus considérée comme celle des tyrans sanguinaires, mais celle des pères et garants de la Nation paraguayenne, industriellement et socialement plus avancée que ses voisins, qui ont donc voulu la détruire pour ce motif. Cette thèse donne une importance majeure à la diplomatie britannique et la pensée dominante diffusée par le Royaume-Uni aux élites argentines et brésiliennes : le libéralisme commercial et économique refusé par les trois premiers gouvernants du Paraguay, qui contrôlait étroitement son commerce extérieurVoir thèse F. Chartrain, . et n'avait nul besoin de capital étranger, qu'il refusait. L'article X du traité de coalition indique explicitement que le Paraguay vaincu sera ouvert aux capitaux étrangers. Cette thèse est reprise par les historiens paraguayens, les révisionnistes argentins et certains Brésiliens.
Souveraineté territoriale et intérêts économiques Problèmes de souveraineté territoriale Les indépendances latino-américaines sont intervenues sans tracer certaines des frontières, avec d'immenses zones blanches ou floues, ce qui a entraîné des développements de la théorie juridique ancienne de lUti possidetis juris, les revendications se fondant sur la possession effective, d'où une course à l'occupation souvent chaotique à cause des moyens réduits des États par rapport aux superficies en causeSur l’uti possedetis juris utilisé entre Paraguay et Bolivie, voir François Chartrain Causes de la Guerre du Chaco, bibliothèque de l'Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine, Paris et son résumé dans la revue des cahiers hispaniques et luso-brésiliens Caravelle , 1970, Université de Toulouse - CNRS. Le problème territorial a été le fondement essentiel des grandes guerres sud-américaines (guerre du Pacifique - Chili contre Pérou et Bolivie, guerre du Chaco - Bolivie et Paraguay), et de conflits moins connus (Équateur-Pérou, Colombie-Venezuela, Brésil et tous ses voisins, etc.), dont certains toujours non résolus (Équateur-Pérou, Bolivie-Chili, par exemple).
vignette|Territoires contestés vers 1864 autour du río de la Plata.
Après l'accession à l'indépendance, les frontières entre Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay étaient contestées. L’Argentine avait dû se résoudre à reconnaître l'indépendance du Paraguay, état stable, autarcique en matière économique et en plein essor industriel après les gouvernements du dictateur Francia (stabilité et autarcie) et de Carlos Antonio López (développement économique autonome), prolongés par son fils Francisco Solano López pendant ses deux ans de présidence avant le déclenchement de la guerre. Il était en communication directe mais lointaine avec l'Uruguay par une « zone floue » dans la région nord-est de la province d'Entre Ríos, l'actuelle province argentine de Misiones. Le Paraguay et l'Argentine revendiquaient ce territoire mais aussi la région située à l'ouest du fleuve Paraguay entre Asuncion et le confluent du rio Bermejo ; le Brésil et le Paraguay revendiquaient une zone étendue au nord et au nord-est de la région orientale paraguayenne, le Brésil et l'Argentine conservaient des ambitions sur l'Uruguay, les Uruguayens refusaient l'annexion aussi bien par le Brésil que par l'Argentine et des Uruguayens contestaient la frontière avec le Rio Grande do Sul brésilien.
L'Uruguay, zone historiquement incluse dans le vice-royauté espagnole du Río de la Plata, fut annexé par le Portugal, puis le Brésil (indépendant en 1822), pendant sept ans. Le Portugal établit et le Brésil maintient la province Cisplatina (1821-1827). L’Uruguay (République Orientale d'Uruguay) a retrouvé l'indépendance grâce aux soulèvements contre l'occupant et à la Grande-Bretagne, dont la politique favorisait l'émiettement des anciennes terres de la couronne d'Espagne (1828). L'Argentine, se voulant l'héritière du Vice-Royaume tenta, de son côté, d'empêcher la Sur les campagnes d'opinion contre le Paraguay depuis l'Indépendance, voir notamment : Alfred Demersay : Le Docteur Francia, dictateur du Paraguay, Typo H. Plon, Paris, 1856, extrait de la Biographie Universelle Michaud, tome XIV - BNF ; Charles Quentin : Le Paraguay, Garnier, Paris, 1865; Hipolito Sanchez Quell : La Diplomacia paraguaya de Mayo a Cerro Cora, editorial Kraft, Buenos Aires, édition sans date, bibliothèques IHEAL Paris ; George Frederick Masterman : Seven Eventful Years in Paraguay, Sampson Low, son and Martson, Londres, 1865 - BNF ; Charles A. Washburn : The History of Paraguay. With notes of personal observations and reminiscences of diplomacy under difficulties, Lee and Shepard Publishers, New York, 1871 - BNF, etc. Voir bibliographie thèse F. Chartrain..
Intérêts économiques Avant même que la Grande-Bretagne se soit délivrée des guerres napoléoniennes, elle s'affirmait comme la puissance dominante dans le Rio de la Plata. Son but n'était pas territorial mais économique par l'imposition de l'ouverture à son commerce et à ses capitaux. Le Paraguay venait dans ses préoccupations loin derrière l'Argentine et le Brésil mais n'y était pas absent. Le comportement de certains de ses ressortissants, forts de l'appui de leurs diplomates postés surtout à Buenos Aires, dès la dictature de FranciaVoir entre autres J.P. et W.P. Robertson : Four years in Paraguay, Carey and harted, Philadelphia, 1838 et Francia's reign of terror, John Murray, Londres, 1838 ; Peter Scchmitt : Las relaciones diplomaticas entre el Paraguay y potencias europeas 1840-1870, Anuario del Instituto paraguayo de investigaciones históricas, volume 3, 1958 ; Hipolito Sanchez Quell : La diplomacia paraguaya de Mayo a Cerro Cora, ed. Fraft, Buenos Aires, ed., sans date., l'affaire Cansttat en 1859 mentionnée, correspondait à une politique mondiale délibérée, comme l'illustre au mieux le cas de la Chine : J. Rudel et A.J. Tudesq : 1789-1848. Collection d'Histoire Louis Girard. Bordas. Paris, 1961, ).. Cette politique fut bien résumée par le président des États-Unis John Quincy Adams : Cité chez H. Magdoff, L'Âge de l'impéralisme, Maspero, Paris 1970, . Ces objectifs seront aussi ceux de Paraguayens exilés ou implantés en Argentine, proclamés déjà le par un groupe qui se retrouvera quelques jours plus tard dans la Asociación paraguaya et par l'organisation de la Legión paraguaya qui prendra les armes contre son propre pays : instauration d'un régime libéral consacrant les libertés individuelles, la liberté de commerceVoir : J.B. Gill Aguinaga, "La Asociacion paraguaya en la guerra de la Triple Alianza", Talleres Lumen, Buenos Aires 1959, page 24 ou les "Notas biograficas de Manuel Pedro de Pena", 1858. Le lien avec l'article X du Traité de la Triple Alliance est clair : la destruction du capitalisme d'État paraguayen et l'arrivée des intérêts « libéraux » paraguayens, argentins et britanniques suivront la défaite. Toutefois, si l'influence des idées diffusées par la Grande-Bretagne n'était pas absente et si ces idées avaient été adoptées par les gouvernements alliés, elles n'ont fait qu'apporter un argument de plus à l'occasion donnée de résoudre les litiges territoriaux. Cette influence se retrouvera chez les Paraguayens, qui s'engageront dans la guerre contre leur pays.
Casus belli Solano Lopez hérite d'un lourd passé marqué par les tentatives d'empiéter sur la souveraineté du Paraguay de la part de l'Argentine (expédition de Belgrano lors de l'Indépendance, fermeture du Parana par Rosas jusqu'à la fin de son gouvernement en 1852, refus du Parlement argentin de reconnaître cette indépendance en 1855 etc.), de la Grande-Bretagne (affaire Cansttat, tentative d'arraisonnement de son navire, le Tacuari, dans le Rio de la Plata, 1859), des États-Unis (affaire du consul Hopkins : intervention de la marine en 1860Voir Pablo Max Ynsfran, La expedición norteamericana contra el Paraguay (1858-1859). Edición Guarania, Mexico-Buenos Aires 1954.), et du Brésil (intervention de la marine de 1855 à la suite d'un conflit dans la région nord-est du Paraguay). Il agit alors sur appel du gouvernement ami uruguayen en péril, proche de son renversement par le Brésil. Très inquiet de la pression brésilienne sur le gouvernement ami de Berro, le Paraguay adresse au Brésil une note le , réitérée le suivant, énonçant que la mise en cause de l'équilibre politique et diplomatique dans le Rio de la Plata était inacceptable et que s'il advenait, le Paraguay interviendrait, précisant qu'il agirait motu proprioEfraim Cardoso, Paraguay independiente, Salvar ed., Barcelona, 1949, page 197.. Le , le Brésil envahit l'Uruguay. Le , le Paraguay arraisonna le cargo brésilien Marques de Olinda sur le fleuve Parana. Le , le Paraguay demanda à l'Argentine l'autorisation de traverser son territoire pour porter la guerre en Uruguay. N'ayant obtenu aucune réponse, il pénétra dans la province de Corrientes. Le , l'Argentine officialisa son refus. Le , le Paraguay lui déclara la guerre. Pendant ce temps, le Brésil permettait à son allié Flores de renverser le gouvernement uruguayen pour ensuite signer avec lui le protocole de Villa Unión le par lequel l'Uruguay se rangeait à ses côtés dans la guerre. Les trois pays signèrent alors le Traité secret de la Triple Alliance le , qui ne sera rendu public que par une indiscrétion à Londres, en 1866.
Renversements politiques : du Brésil en Uruguay à la Triple Alliance