La maison von Rosen est une famille de noblesse immémoriale germano-balte livonienne et estonienne qui a essaimé dans de nombreux pays d’Europe du Nord et de l’Est où certaines lignées sont aujourd’hui éteintes. À ce jour, elle subsiste encore dans le royaume de Suède. À l’origine, les Rosen sont chevaliers et seigneurs de fiefs situés entre Riga et Smiltene dans la province lettone de Vidzeme, mais il n’y a pas consensus sur leurs terres ancestrales : soit ils proviendraient de Silésie, soit de Brême ou encore du Danemark. Ce qui est en revanche certain c’est qu’ils arrivent en Livonie dans le cadre des Croisades baltes avec des familles nobles provenant essentiellement des côtes baltiques allemandes et s’exprimant en bas-allemand. Pendant des siècles, les gentilshommes von Rosen exercent la justice déléguée au nom de l’archevêque puis du chapitre canonial de Riga en tant que bailli épiscopal d’épée. À ce titre, ils étendront leur domaine et leur sphère d’influence dans l’étendue de leur ressort. Ce n’est que quatre à cinq siècles plus tard qu’ils deviennent barons dans le Saint-Empire (1693), en Suède (1731, confirmé en 1772) et dans l’Empire russe (1855). Ils accèdent à la dignité comtale en Suède et en France en 1751. Au , les Rosen bénéficièrent d’une loi particulière propre aux royaumes de l’Europe centrale et orientale qui aboutit à l’octroi de « l’indigénat »Quand il s’agissait de nobles étrangers, la naturalisation s’accompagnait automatiquement de la reconnaissance de leur titres nobiliaires et de l’inscription au registre de la noblesse du royaume concerné. Pour acquérir un bien immobilier ou foncier, ils devaient également obtenir le droit d'incolat ou en . Le droit d’indigénat (Ius indigenatus) était accordé par le souverain en Prusse, mais dans d’autres royaumes par la diète comme en Pologne ou en Hongrie.. Celui-ci accorde la nationalité du pays à des nobles étrangers en même temps que la reconnaissance de leur titre de noblesse et leur inscription dans le registre de la noblesse national (le matricule). L’indigénat est accordé par la Diète de l’état souverain : les Rosen deviennent livoniens en 1742, estoniens en 1746 et courlandais en 1841. Ils sont de culture et de langue allemandes dans une région où cohabitaient plusieurs langues et plusieurs peuples. À cause des multiples conflits et changements territoriaux dans cette partie de l’Europe, les habitants sont certes demeurés livoniens mais sous l’influence politico-culturelle, voire la suzeraineté effective d’autres royaumes successifs. Par conséquent, ils ne sont pas devenus systématiquement russes, suédois ou polonais par le jeu de l’émigration ou du service rendu à un prince étranger, mais bien parce que leurs possessions et leurs fonctions respectives se sont retrouvées dans une autre nation vosine dominante. La France fait exception ici car les deux chevaliers de Rosen sont venus en Alsace au pour servir dans les armées françaises. À l’instar des autres maisons nobles livoniennes, les von Rosen, restés dans les pays baltes quelle que soit leur branche, ont dû quitter leur pays qui était devenu leur patrie par le jeu de l’indigénat dans le cadre du déplacement de la population germanophone en 1939. Depuis 1945, ils habitent en forte majorité en Allemagne et en Suède.

La maison von Rosen avec les trois roses héraldiques de gueules trouve sa première mention dans un acte officiel du où sont évoqués en latin les deux frères Ottone et Waldemarus sans adjonction de patronyme ou titre particulier. Quelques années plus tardEn 1288, pour Waldemar en Livonie et en 1291 pour Otto au Danemark., on les retrouve dans des pièces distinctes, l’une à Riga, l’autre à Ribe. Waldemar y apparaît comme (seigneur de Rosen) tandis que son frère Otto est juste désigné par (Otto dit Rosen). Waldemarus dominus de Rosen serait par conséquent le fondateur de la lignée livonienne initiale. Les von Rosen restés dans les pays baltes, quelle que soit leur branche, ont dû quitter le pays qui était devenu leur patrie par le jeu de l’indigénat dans le cadre du déplacement de la population germanophone en 1939. Depuis 1945, ils habitent en forte majorité en Allemagne et en Suède.

Les Rosen en bref dans la chronologie Pour synthétiser au maximum l’histoire familiale des Rosen baltes en style télégraphique et de manière chronologique, les éléments télégraphiques suivants permettent une vue synoptique de la maison von Rosen livonienne :  vignette|redresse=0.6|Chevaliers de l'ordre livonien. vignette|redresse=0.6|Situation géopolitique des régions baltes de 1560 à 1585. Petits nobles de l’espace culturel médiéval bas-allemand;  Premières mentions en Livonie au comme chevalier ou vassal du prince épiscopal local;  Partie prenante dans les Croisades baltes et le développement hanséatique; Ministériels de l’archevêque de Riga, notamment comme bailli;  Évolution vers un statut de propriétaire terrien à partir du ;  Associés en particulier aux châteaux de Grand et Petit Roop;  Privilège de la « main commune » avec trois autres familles bas-allemandes pour conserver les domaines patrimoniaux dans le giron familial;  Carrières militaires depuis les débuts jusqu’au , particulièrement dans la cavalerie;  Perte de leur position dominante en Livonie dans la deuxième moitié du ;  Entrée dans l’administration royale ou dans les armées polono-lituaniennes, suédoises, danoises, germano-impériales, russes ou françaises à partir du ;  Perte de leurs fiefs par manque de descendant mâle dans la lignée agnatique, par la Réduction suédoise. ou les conflits internationauxIl s'agit principalement de la guerre polono-russe, de la Première guerre du Nord, la Grande guerre du Nord, la guerre de Succession de Pologne, la guerre de Sept Ans, les partages de la Pologne (1772,1792,1795). surtout au ;  Assimilation culturelle, naturalisation et reconnaissance des titres de noblesse dans différents royaumes et empires européens;  Extinction de nombreuses sous-branches aux en Pologne, Russie, France, Prusse orientale, Danemark et partiellement en Suède;  Propriétaires terriens toujours associés à l’aire culturelle germanophone luthérienne au ;  Touchés par l’expropriation, l’exode, l’exil au dèbut du ; Personnes déplacées par le régime nazi pour ceux restés en Livonie;  Subsistance de deux branches en Suède; Tentatives de récupération de leurs biens ou des domaines emblématiques par leurs descendants dans les démocraties actuelles de Lettonie ou Estonie. 

Une noblesse de langue et culture allemande en Europe

Contexte géopolitique européen vignette|upright=0.8|Territoire de l'ordre Teutonique en 1410. On remarque la mention de Groß Roop comme ville hanséatique: c'est le fief ancestral des Rosen avec Klein Roop. Indépendamment de leur fief ancestral suivant les hypothèses généalogiques et héraldiques émises par divers historiens et généalogistesSelon l'armorial J. Siebmacher's großes und allgemeines Wappenbuch, tome 1, partie 2, page 333, Nuremberg 1878, les Rosen sont d’une maison qui proviendrait apparemment de Westphalie et qui se serait installée très tôt en Livonie où ils ont acquis de nombreux domaines. les Rosen sont de toute façon originaires d’une terre du Saint-Empire romain germanique sous la dynastie des Habsbourg pour l’Allemagne septentrionale ou sous celle des Luxembourg pour le duché de Silésie et le royaume de Bohême au – Version française : .. Brême est devenue ville libre d'Empire membre de la Hanse après avoir été une principauté épiscopale dans le duché de Saxe. L’archevêque de Brême, Hartwig II d'Utlede, nomme son neveu Albert de Buxhoeveden premier évêque de Livonie et fondateur de la cité de Riga pour évangéliser les Lives. Les Buxhoeveden saxons étaient des ministériels de l’archevêché brêmois de la même manière que les Rosen deviendront des ministériels des archevêques de Riga à l’instar des Tiesenhausen ou des Uexküll dans une terre qu’il fallait non seulement christianiser mais aussi coloniser et développer sur le plan économique grâce au commerce de la ligue hanséatique. L’influence du puissant royaume de Danemark sur l’Estonie et la Courlande de chaque côté de la Livonie a été préalablement écartée par la coalition formée par la capitale hanséatique et quelques princes d’Allemagne du Nord à la bataille de Bornhöved en 1227.

Les différentes lignées des Rosen demeureront fondamentalement livoniennes ou estoniennes mais elles changeront plusieurs fois de souverains ou d’États jusqu’au . Les Rosen ne seront pas automatiquement naturalisés pour autant ; c’est pourquoi ils resteront des familles étrangères établies et intégrées dans les différents territoires qui se succéderont. La naturalisation respective se fera seulement au . Depuis la fondation de Riga jusqu’au , La Livonie a d’abord connu une période fortement marquée par les états des ordres religieux et militaires : les chevaliers Porte-Glaive, puis l’ordre Teutonique et enfin l’ordre de Livonie. Ils représentent tous les trois une mainmise de moines-soldats et nobles germanophones catholiques sur des terres lives et lettones. Des documents historiques attestent de vœux de pèlerinages locaux vers des sanctuaires associés à des reliques et à d'autres images de la Vraie Croix en Livonie. Par exemple, en 1395, Woldemar von Rosen stipule dans ses dernières volontés et son testament que ses successeurs entreprennent un voyage au château de Kokenhusen et y fassent une offrande à l’autel de la Sainte-Croix.. En 1561, le duché de Livonie est intégré au grand-duché de Lituanie qui forme une union avec le royaume de Pologne, puis à la république des Deux Nations. Cette influence polono-lituanienne durera un demi-siècle. En revanche, le duché d'Estonie passe sous domination suédoise. La Livonie tombe également sous l’influence de la Suède en 1629 pour environ un siècle. C’est l’époque où Reinhold de Rosen et Conrad de Rosen sont arrivés et restés en Alsace pendant la guerre de Trente Ans : ils quittent une Livonie suédoise. C’est pendant cette période que d’autres membres des différentes branches des Rosen s’illustrent dans la politique et l’armée suédoises. En général ils s’établissent définitivement en Suède avec la reconnaissance de leur titre de noblesse et de leurs armoiries obtenus hors du royaume. Avec le traité d'Oliva en 1660, la Livonie est intégrée à la Suède. À partir de 1721, à la suite de la grande guerre du Nord, les Livoniens et Estoniens deviennent selon le traité de Nystad sujets de l’Empire russe d’abord dans le gouvernement de Riga en 1721, puis dans le gouvernement de Livonie à partir de 1796. Les seigneuries plus au nord sont dans le gouvernement d'Estonie. Quelques Rosen s’illustreront pendant cette période impériale dans l’armée et dans l’administration russes. Leurs descendances se retrouvent dans plusieurs villes russes hors pays baltes dont la plupart à Saint-Pétersbourg. La période russe se caractérise par des antagonismes importants entre l'Autriche impériale, la Prusse et l'Empire russe : elle aboutit au 1, 2 et 3 partage de la Pologne. Après la petite parenthèse du duché balte uni de 1918 à 1920, les Livoniens russes sont intégrés à la république de Lettonie sous influence indirecte de l’URSS, puis à la république socialiste soviétique de Lettonie de l’Union soviétique jusqu’à l’indépendance de la Lettonie ou de l’Estonie en 1991. En raison des deux guerres mondiales et donc du contexte idéologique peu favorable aux éléments germanophones de la région, cette période historique correspond à l’exil volontaire et au déplacement plus ou moins forcé des populations germano-baltes, dont les propriétaires terriens et les nobles germanophones auxquels appartenaient les Rosen.

Les Rosen dans le contexte germano-balte

Minorité germanophone à forte identité culturelle