L’école de Berlin ou école berlinoise, en allemand Berliner Schule, est le nom donné par la critique à la « nouvelle vague allemande » du début du , qui correspond au renouveau du cinéma d'auteur en Allemagne.

Histoire Après le succès critique des années 1970 (et les oeuvres récompensées de Schlöndorff , Herzog, Fassbinder, Syberberg, Wim Wenders) les années 1980 marquent une pause dans la reconnaissance du cinéma d'auteur allemand. En 1982, Fassbinder décède subitement.

En 1989, la chute du mur de Berlin entraîne la réunification allemande. Pendant les années 1990, le cinéma allemand apparait comme invisible, peu exportable, et peu de films sont produits.

Au début des années 2000, l'activité de création cinématographique devient plus importante, au point qu'on évoque un renouveau. Deux pôles d'influence sont importants dans l'émergence de cette "nouvelle vague" : la société de production X-Filme et trois cinéastes berlinois, Christian Petzold, Angela Schanelec et Thomas Arslan.

Quelques films allemands rencontrent un succès public national et international (Good Bye, Lenin!), d'autres sont programmés dans différents festivals (Venise, Locarno, Toronto) et Caroline Link remporte pour son film Nirgendwo in Afrika l'oscar du meilleur film étranger en 2003, ce qui n'était pas arrivé depuis 1980 pour un film allemand. C'est un signe du renouveau pour le cinéma allemand. La nomination en 2001 de Dieter Kosslick à la tête du festival du film de Berlin a accentué la visibilité de cette jeune génération, la Berlinale devenant une chambre d'écho pour ce jeune cinéma.

La réforme du système de production explique également ce foisonnement. 1988 : 60 longs métrages produits 1995 : 87 (dont 24 documentaires) 2004 : 121 (dont 34 documentaires) 2008 : 185 (dont 60 documentaires) 2010 : 193 (dont 74 documentaires)chiffres de l'association Les rendez-vous franco-allemands du cinéma

Chronologie 1994 : création de la société X-Filme Creative Pool. Trois réalisateurs (Tom Tykwer, W. Becker et D. Levy) décident de créer leur propre société de production pour pouvoir tourner leur film. Ils ambitionnent de produire des films art et essai grand public. Sort en 1998, un film produit par X-Filme qui aura un énorme succès international, critique et public : Cours, Lola cours. 1995 : Der Totmacher (L'homme de la mort) de Romuald Karmakar attire dans les salles. 1998- 1999 : Émergence de deux cinéastes. Ce sont dans les festivals que les signes du renouveau sont les plus évidents : en 1998 Plätze in Städten d'Angela Schanelec est présenté dans la section Un certain regard du festival de Cannes et à Berlin ; Dealer de Thomas Arslan est primé à la Berlinale de 1999. 2001 : Le film de Christian Petzold, Contrôle d'identité (2001), crée la surprise, présenté à la Semaine de la critique à Cannes en 2000, puis sélectionné à la de Venise. Toutefois ce film ne trouvera pas de distributeurs et ne sera pas vu en France, comme Plätze in Städten et Dealer. The days between de Maria Speth reçoit en 2001 le Tigre d'or au festival de Rotterdam. 2002 : Iain Dilthey remporte le Léopard d'Or au festival de Locarno pour Das Verlangen. De plus, cette même année, dès la première édition sous sa direction, Dieter Kosslick crée une nouvelle section, Perspektive Deutsches Kino, qui donne au nouveau film allemand sa propre section et la possibilité de montrer des premiers films.

Définition La pertinence du terme «école» est discutable, car il n'existe pas à proprement parler de groupe ou de mouvement revendiqué comme tel: pas de programme artistique ou politique commun, pas de manifeste ou de dogme. La Berliner Schule est plus un raccourci journalistique, un label de marketing, pour nommer un mouvement d'ensemble.

À défaut d'une école, il s’agit plutôt d’un réseau d’amis (bien que certains rattachés à cette «école» ne se connaissent pas) qui travaillent parfois ensemble (comme coscénariste ou assistant réalisateur), qui sont pour la plupart établis à Berlin, qui ont été formés par les écoles allemandes de cinéma, et qui ont comme envies communes de s’affranchir des règles du marché et de la standardisation du cinéma allemand, et d’inventer un cinéma d’auteurs, intimiste, qui soit le reflet de leur pays aujourd’hui.

Dans ce renouveau, il convient de distinguer un cinéma plus grand public et un cinéma d'auteurs, cette «école de Berlin», qui témoignent tous les deux d'une vitalité du cinéma allemand.

On peut distinguerPanorama du cinéma allemand contemporain, sur le site www.vogazette.fr: Un cinéma grand public (W. Petersen, U. Edel, Oskar Roehler), La société X-Filme Creative Pool fondée en 1994, notamment par trois réalisateurs (T. Tykwer, W. Becker et D. Levy) et ambitionnant de produire des films commerciaux de qualité, conciliant des sujets "allemands" et une vocation internationale, "L’école de Berlin" (C. Petzold, A. Schanelec et, T. Arslan), "L’école de l’Est" (T. Heise, A. Dresen...), Le genre “multikulti” regroupant des cinéastes immigrés de deuxième ou troisième génération (Fatih Akin, Emily Atef...), "La Nouvelle Vague Allemande" et apparentés.

Cinéastes Cette Berliner Schule est représentée par des cinéastes comme : Thomas Arslan (1962), Christian Petzold (1960), Angela Schanelec (1962), Valeska Grisebach (1968), Benjamin Heisenberg (1974), Christoph Hochhäusler (1972), Ulrich Köhler (1969), Jan Krüger (1973), Henner Winckler (1969), Maren Ade (1976), Sylke Enders (1965), Maria Speth (1967), Nicolas Wackerbarth (1973), Henrike Goetz (1966) et Soeren Voigt (1968). On peut aussi nommer Matthias Luthardt (1972), (1970) ou Stefan Krohmer (1971).

S'ils ne constituent pas un mouvement clairement revendiqué, ces réalisateurs incarnent bien une nouvelle façon de faire du cinéma. Tous sont passés par des écoles de cinéma, et explique Petzold, « il était clair que les étudiants n'allaient pas là apprendre à faire du cinéma commercial. » article du journal Libération : L'Allemagne retrouve de l'auteur 22.01.2003 Leur point commun : plus que leur localisation géographique, , qui correspond à un changement d’époque et de génération.

Influences À la différence des réalisateurs des années 1970 qui se sont pensés avec des modèles très anciens, hors de la génération qui les a précédé, les jeunes cinéastes ont eux des "pères" : trois personnalités ont eu une grande importance, tant intellectuelle et qu'artistique, assurant la liaison entre les différentes générations : Alexander Kluge (1932) et Harun Farocki (1944) qui enseigna à l'école de Berlin Ouest (DFFB). Il faut y ajouter, le cas particulier de Romuald Karmakar (1965), réalisateur autodidacte et singulierÀ l'est, le renouveau, compte rendu du livre de Pierre Gras sur le site www.critikat.com.

, ces jeunes réalisateurs revendiquent donc un cinéma d'auteurs, assumant influences et admirations. Les références de ces jeunes cinéastes sont aussi à chercher hors des frontières nationales. Un bon exemple est la revue Revolver, à laquelle collaborent certains de ces réalisateurs, et où « nous essayons de rétablir un lien avec le passé, entre autres avec les cinéastes des années 1970. » (dixit C. Hochhäusler, l'un des rédacteurs en chef) Cahiers du cinéma - février 2004 Sont fréquemment cités, Fassbinder, Robert Bresson, Hou Hsiao-hsien, Apichatpong Weerasethakul, Abbas Kiarostami, ou encore les Belges Jean-Pierre et Luc Dardenne et Bruno Dumont.

Pour Ulrich Köhler, « les influences principales viennent plutôt du cinéma mondial : Antonioni, des contemporains comme Hong Sang-soo, Bruno Dumont en France... »

Henner Winkler : « Pour les références dans le cinéma, je n'en vois qu'une qui nous réunit, les frères Dardenne.»

Christian Petzold : « Mes modèles sont plutôt Chabrol et tout Hollywood. » entretien avec fluctuat.net autour du film Jerichow

Famille Production - Les producteurs Florian Koerner et Michael Weber (Schramm Film Koerner & Weber) ont produit des films de C. Petzold, T. Arslan, H. Winckler, J. Krüger, et A. Schanelec.

- La réalisatrice Maren Ade, a participé à la fondation d'une maison de productions, Komplizen Film, et a produit des films de Sonja Heiss, Ulrich Köhler, et Benjamin Heisenberg.

Technique - Différents chefs opérateurs ont travaillé pour ces réalisateurs : Patrick Orth avec U. Köhler, H. Winckler, A. Polat. et S. Krohmer ; Bernhard Keller avec C. Hochhäusler, V. Grisebach, M. Ade, et S. Krohmer ; Reinhold Vorschneider avec A. Schanelec, B. Heisenberg, M.Speth, N. Wackerbarth et T. Arslan. - La monteuse Bettina Böhler a travaillé pour C. Petzold, A. Schanelec, H. Winckler, et V. Grisebach.

Thématiques Les films de cette nouvelle génération ont tous un point commun qui les relie aux films de l'ancienne génération: un intérêt prononcé pour les histoires et les paysages allemands (symbolisant ainsi un refus des coproductions anonymes, européennes ou internationales).

Les personnages mis en scène par les représentants de la nouvelle vague sont manifestement dans une quête désespérée de bonheur. Ce qui caractérise cette nouvelle vague, c’est «l'irruption de la réalité dans le film allemand» (Christoph Hochhäusler à propos de Bungalow d’Ulrich Köhler)Article du Goethe-Institut : L’école qui n’en est pas une – Réflexions sur la «Berliner Schule». Décembre 2006. Ce sont des réalisateurs qui parlent de leur pays, avec des histoires ancrées dans le réel et le quotidien, des thématiques qui rejoignent l'universel (le besoin d'amour, malaise existentiel, famille déstructurée, maux de l'adolescence).

Citations de réalisateurs Les propos des réalisateurs sont éclairants sur ce sujet de l'école de Berlin :

Thomas Arslan, réalisateur (Ferien, chronique d'un été) : « En Allemagne, on parle plutôt de «l’école berlinoise». Je ne sais pas si elle existe vraiment... Le film allemand de ces années-là [années 1980-90] me paraissait alors désert et appauvri. À travers ce marasme, quelques-uns ont cherché à se frayer un autre chemin. Autant que je puisse en juger, de ces tentatives est apparue une plus grande diversité au sein du cinéma allemand... Si je devais décrire ma position au sein du cinéma allemand en général : en marge. » Entretien avec Thomas Arslan sur le site Comme au cinéma.com

Christian Petzold, réalisateur (Jerichow) : « Comme beaucoup d'écoles, c'est une invention journalistique. Après, il dépend de son succès ou de son échec que l'appellation se justifie ou pas. Ce qui est vrai, c'est que nous sommes un certain nombre de réalisateurs, plus ou moins jeunes, basés à Berlin. Nous nous connaissons et nous nous rencontrons. Mais contrairement à la Nouvelle Vague en France, qui disposait de soutiens dans certaines institutions et qui émergeait à une époque de profonde mutation sociale, nous restons terriblement isolés dans l'industrie du cinéma. » Entretien avec le journal Le Monde 21.04.09

Florian Henckel von Donnersmarck, réalisateur (La Vie des autres) : « Mais il n’y a pas de Nouvelle Vague ! Je crois que leur travail est bien plus reconnu en France qu’en Allemagne où cette Nouvelle-vague n’est pas si remarquée que ça... Mais je crois que le fait que certains acceptent le label « Nouvelle Vague » ou « école berlinoise » - comme on dit en Allemagne - s’explique par des questions d’avantages politiques. Chaque fois que l’on parle d’Ulrich Köhler, on parle de Christoph Hochhaüsler ou de Benjamin Eisenberg et voilà, ça multiplie la présence ! Je ne me sens pas faire partie de cette Nouvelle-Vague. » Entretien sur le site objectif-cinéma.com. Dossier Le cinéma allemand aujourd'hui

Mathias Luthardt, réalisateur (Pingpong) : « Ces films ont en commun de raconter des histoires sur la vie de tous les jours en Allemagne, sans dramatisation et sans donner d’explications psychologique »La "Berliner Schule" - lagazettedeberlin.de - Février 2007.