L'affaire Woerth-Bettencourt est une affaire politico-financière, impliquant principalement l'homme politique Éric Woerth, trésorier de l'UMP jusqu'en 2007, et la milliardaire Liliane Bettencourt.
Elle est rendue publique le lorsque Mediapart et le journaliste Hervé Gattegno publient des enregistrements de la milliardaire Liliane Bettencourt, première actionnaire de L'Oréal. Ces enregistrements, réalisés clandestinement par son majordome, mettent en lumière de possibles conflits d'intérêts entre Liliane Bettencourt et Éric Woerth, via son épouse Florence Woerth. Auditionnée par la justice, l'ancienne comptable de Liliane Bettencourt, Claire Thibout, évoque également l'existence d'un possible financement illégal de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy.
Cette affaire met en lumière des pratiques intenses de fraude fiscale et d'évasion fiscale. La milliardaire Liliane Bettencourt aurait près de 100 millions d'euros cachés sur 12 comptes situés dans des banques en Suisse..
Les différentes poursuites et procédures judiciaires qui s'ensuivent durent près de 10 ans. Françoise Bettencourt Meyers, sa comptable Claire Thibout et Nicolas Sarkozy bénéficient en 2013 d'un non-lieu alors que Éric Woerth, en tant que trésorier de l'UMP, est renvoyé en correctionnelle. Il est finalement relaxé en 2015.
Dans l'affaire Banier-Bettencourt, volet distinct relatif à l'abus de faiblesse de la milliardaire âgée par son entourage, les protagonistes sont condamnés.
Contexte
L'affaire Woerth-Bettencourt débute en marge du conflit juridique opposant Françoise Bettencourt-Meyers, fille de Liliane Bettencourt, au photographe François-Marie Banier pour « abus de faiblesse ». Elle est révélée deux mois après qu'Éric Woerth a été chargé de la réforme des retraites en France en 2010.
Divulgation des enregistrements pirates Contenu des enregistrements thumb|L'île d'Arros (en bas à gauche) dans les Seychelles, dont on pense qu'elle appartient à Liliane Bettencourt.
Les enregistrements ont été effectués en 2009 et 2010 par Pascal Bonnefoy, majordome de Liliane Bettencourt, au domicile de cette dernière. Ils ont été réalisés grâce à un dictaphone-espion placé sur une desserte, caché sous une feutrine, au premier étage de l'hôtel particulier de Liliane Bettencourt, à Neuilly-sur-Seine« Affaire Bettencourt: les pièces à conviction », Mediapart, 30 août 2010..
Ces enregistrements révèlent de nombreuses informations, et notamment que de nombreux actifs de Liliane Bettencourt pourraient échapper au fisc. ; il est question de deux comptes en Suisse, et de l'île d'Arros, aux Seychelles, que Liliane Bettencourt aurait achetée en 1999.. Un extrait de l'enregistrement mentionne une conversation entre Liliane Bettencourt et son gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre, où ce dernier déclare qu'« il faut qu'[ils arrangent] les choses avec [les] comptes en Suisse » et qu'« il ne faut pas [qu'ils se fassent] prendre avant Noël ».
Ces enregistrements mettent également en lumière les liens entre Liliane Bettencourt et la famille Woerth : Florence Woerth, épouse d'Éric Woerth (ministre du Budget et trésorier de l'UMP à la date des enregistrements), est en effet directrice des investissements de Clymène, société gérant la fortune de madame Bettencourt, domiciliée a Neuilly-sur-Seine. Les conversations enregistrées entre Liliane Bettencourt et Patrice de Maistre laissent supposer qu'Éric Woerth aurait facilité l'acquisition d'un bâtiment de l'hôtel de la Monnaie en vue de construire un auditorium André-Bettencourt au sein de l'Institut de France..
Toujours selon les enregistrements, Patrice de Maistre assure avoir embauché Florence Woerth au sein de Clymène à la demande de son mari et « aurait fait accepter à Liliane Bettencourt un versement d'argent pour Éric Woerth mais aussi pour Valérie Pécresse et pour Nicolas Sarkozy »., lors de la campagne pour les élections régionales de mars 2010, d'un montant de est le montant maximum autorisé par la loi sur le financement des partis.. La presse s'interrogera ainsi sur la transparence de l'activité de l'Association de soutien à l'action d'Éric Woerth, micro-parti politique déclaré à la sous-préfecture de Senlis (Oise), à laquelle auraient pu être versés les ... Selon Le Monde, « construire et maintenir de bonnes relations avec […] le ministre chargé du budget et de la lutte contre l'évasion fiscale [étaient] le cœur de la stratégie de Patrice de Maistre ».
Enfin, dans les enregistrements, Patrice de Maistre apprend à Liliane Bettencourt le que, selon Patrick Ouart, alors conseiller juridique auprès de Nicolas Sarkozy, la demande de Françoise Meyers-Bettencourt sera déclarée irrecevable en par le procureur Philippe Courroye..
Ces enregistrements ont confirmé des éléments sur les libéralités de la milliardaire avancés dès 2008 par Hervé Gattegno, ainsi que l'implication de l’entourage de Liliane Bettencourt..
Réactions des personnes impliquées Liliane Bettencourt porte plainte le concernant l'enregistrement clandestin, pour atteinte à la vie privée, vol et faux témoignages..
Par ailleurs, elle annonce dans un communiqué du qu'elle s'est résolue à procéder, en collaboration avec l'administration fiscale française, , et notamment un compte en Suisse qu'elle a ...
Quant à Patrice de Maistre, dans un entretien accordé au magazine Challenges à propos des deux comptes en Suisse, il affirme ne « jamais avoir eu accès direct à l'un des deux » et n'avoir « découvert [l']existence [du second] qu'en novembre dernier ». Il n'aurait cependant pas rapatrié l'argent de ce second compte en France faute de temps dans son emploi du temps..
Éric Woerth dans « la tourmente » Conflit d'intérêts reproché à Éric Woerth thumb|upright=0.8|Éric Woerth, ministre du Budget entre et .
Après la divulgation des enregistrements, et à la suite des déclarations du procureur de Nanterre, Philippe Courroye, le , où il affirme avoir alerté l'administration fiscale en sur de possibles fraudes de Liliane Bettencourt, plusieurs élus PS se sont interrogés sur l'éventuelle connaissance d'Éric Woerth (ou de sa femme) de la fraude fiscale. D'autant que ce dernier menait, entre 2009 et 2010, en tant que ministre du Budget, « une chasse publique aux fraudeurs fiscaux »...
Éric Woerth affirme quant à lui depuis le ne jamais avoir reçu d'argent de Liliane Bettencourt. ni avoir eu connaissance du dossier fiscal de Liliane Bettencourt, en ajoutant que « c'est l'administration fiscale qui a connaissance des dossiers fiscaux ». Florence Woerth, pour sa part, affirme avoir appris l'existence de la fraude fiscale « par la presse »..
Toujours le , de nouvelles suspicions sont portées à l'égard d'Éric Woerth à la suite de la publication d'un communiqué par son cabinet au ministère du Travail expliquant que « c'est sous son autorité qu'a été lancé un contrôle fiscal sur Monsieur Banier », sans néanmoins en préciser la date. La question de savoir pourquoi une procédure identique n'a pas été engagée à l'encontre de Liliane Bettencourt s'est alors poséeC'est le 27 juin 2010 que François Baroin, successeur d'Éric Woerth au ministère du Budget, lance une enquête fiscale sur l'ensemble des actifs de Liliane Bettencourt., soulevant l'éventualité d'une prise illégale d'intérêts si Éric Woerth est intervenu d'une quelconque manière pour empêcher un éventuel contrôle fiscal concernant Liliane Bettencourt.
En plus du potentiel conflit lié à l'emploi de son épouse, Éric Woerth est également attaqué pour avoir cumulé la fonction de Ministre du Budget et celle de trésorier de l'UMP. Bien avant que l'affaire n'éclate, des députés s'étaient déjà interrogés sur les possibles conflits d'intérêts suscités par cette double casquette. Le , à la question du député PS Christian Eckert sur ce sujet, Éric Woerth a répondu que c'était une question stupide..
Sur les conseils de Nicolas Sarkozy, Éric Woerth annonce le qu'il démissionnera le de son poste de trésorier de l'UMP.. Le président annonce de plus la création d'une commission multipartite pour éviter les conflits d'intérêts.. Les réactions au sein des partis concernés, notamment au Parti socialiste, sont réservées, Benoît Hamon déclarant que « quand on veut enterrer un dossier, on crée une commission »..
Dans une interview réalisée à Chantilly par l'hebdomadaire Oise-HebdoL'interview est réalisé le 10 juillet et publié le 14 juillet 2010., Éric Woerth précise sa vision sur l'origine des accusations dont il fait l'objet ; .. Il est persuadé que sa politique de lutte contre l'évasion fiscale, lorsqu'il était ministre du budget, est à l'origine, pour partie, de sa mise en cause. Il s'en prend aussi à la presse : . Il précise enfin les motivations qui avaient poussé son épouse à travailler pour le cabinet chargé de l'optimisation fiscale de la fortune Bettencourt : .
Entre soutien et mise en cause Au moment où Éric Woerth, ministre du Travail, est chargé du difficile dossier de la réforme des retraites, et que la presse révèle qu'un chèque de d'euros a été adressé par le fisc en 2009 à Liliane Bettencourt au titre du controversé bouclier fiscal., l'affaire Woerth-Bettencourt suscite de nombreuses réactions autour de son statut au sein du gouvernement.
La majorité défend le ministre, en déplorant la « calomnie » (Nicolas Sarkozy) et la « chasse à l'homme » (François Fillon) dont il serait victime. Lors des questions au gouvernement, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice, a rappelé le principe de la présomption d'innocence, tandis que François Baroin a accusé les députés socialistes de « faire le jeu de l'extrême-droite ».. Le député PS Julien Dray a déclaré comprendre « la souffrance » du ministre du Travail, ayant vécu lui aussi « une charge médiatique forte »..
Plusieurs personnalités de l'opposition — Eva Joly (Europe Écologie), Olivier Besancenot (NPA) —, mais aussi de droite — Alain Madelin, Nicolas Perruchot (Nouveau Centre), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République) —, ont estimé qu'Éric Woerth devait démissionner.. Arnaud Montebourg (PS) a d'ailleurs accusé Éric Woerth de collusion.. Benoît Hamon, porte-parole du PS, a estimé le que le ministre du Travail n'avait plus la légitimité d'exercer ses fonctions.. François Hollande, ancien premier secrétaire du PS, tout en rappelant la « présomption d'innocence », a lui demandé que la lumière soit faite, que les enquêtes se poursuivent et ajoute qu'il « ne [sait] pas si Éric Woerth pourra continuer » à occuper ses fonctions « dès lors que des enquêtes judiciaires vont avoir lieu »..
Rapport de l'Inspection générale des finances Le ministre du Budget François Baroin annonce le avoir saisi l'Inspection générale des finances (IGF), dans le but d'établir l'éventuel rôle joué par Éric Woerth dans le dossier fiscal de Liliane Bettencourt et d'organiser « les contrôles à l'intérieur des dispositifs de l'administration fiscale pour mettre tout sur la place publique ».. Nicolas Sarkozy se dit « assez confiant » sur le fait que l'IGF « ne trouvera pas de faute » imputable au ministre du Travail..
Avant même la remise du rapport d'enquête, cette mission se voit contestée, y compris au sein de l'administration fiscale, de par les conditions dans lesquelles elle serait menée ; en effet, François Baroin n'a pas déposé la requête à l'IGF proprement dite, comme il est d'usage, mais à son chef, Jean Bassères., qui a été nommé à cette fonction par Éric Woerth... Selon un ancien chef, l'« IGF n'a pas travaillé selon les méthodes habituelles, collectives, contradictoires et inquisitoriales » et « [il est] rarissime, et sans doute inapproprié de travailler seul sur une affaire de cette importance ». Un autre expert de l'IGF souligne qu'il n'est pas possible d'établir la vérité dans des délais aussi courts.