thumb|Le département des estampes se trouve dans l'hôtel Tubeuf, sur le site Richelieu de la BnF

Le département des estampes et de la photographie est un service de la Bibliothèque nationale de France (BNF) qui conserve, décrit et met en valeur les collections visuelles de la BNF. Il conserve 16 millions de documents, dont environ 10 millions d'estampes et 200 000 dessins.

Situé sur le site Richelieu (58 rue de Richelieu / 5 rue Vivienne, dans le de Paris), il est logé dans un hôtel particulier du , l'Hôtel Tubeuf.

Histoire Les estampes avant 1720

La Bibliothèque du roi comprend certainement des estampes depuis très longtemps mais, à l'image des imprimés, elles sont loin d'être considérées comme une priorité11. Une politique plus volontariste se met en place au milieu du , quand Jacques Dupuy cherche à obtenir que les estampes soient soumises au dépôt légal (l'obligation apparaît explicitement pour la première fois en 164263) et lègue lui-même une trentaine de portefeuilles d'estampes au roi (, entrées en 1656), ce qui constitue le premier don important12.

C'est en effet essentiellement par des dons et des acquisitions onéreuses de collections privées que les collections s'accroissent. L'achat de la collection de Michel de Marolles, abbé de Villeloin, en 1667 est tellement important que cette date est souvent considérée comme celle de la naissance du Cabinet des Estampes de la bibliothèque royale.

Ayant commencé sa collection d'estampes en 1644, Marolles en possède déjà plus de en 165717 et en publie en 1666 un catalogue sommaire, où il laisse penser qu'il ne s'opposerait pas à son achat par le roi :

Il espère en effet être nommé précepteur du Dauphin. Il échoue cependant à obtenir cette place, ce qui n'empêche pas Colbert d'obtenir sa collection pour seulement livres16. Elle arrive à la Bibliothèque royale du 11 au et comprend près de piècesLeur nombre exact pose un problème : Marolles affirme dans son catalogue posséder estampes et d'autres sources de l'époque parlent de pièces. Mais les catalogues, y compris le tout premier de 1684, indiquent qu'environ pièces proviennent de la collection de Marolles18. C'est Marolles lui-même qui s'occupe de classer la collection avant que les portefeuilles reçoivent une reliure de maroquin rouge aux armes royales.

La bibliothèque s'enrichit également d'un autre type de gravures, celles du « Cabinet du roi ». Après avoir installé en 1667 des « graveurs ordinaires du Roi » aux Gobelins, Louis XIV décide, « afin d’encourager l’art de la gravure et d’en continuer l’histoire », de faire graver sur cuivre les évènements militaires et culturels importants de son règne. C'est ainsi que paraissent en 1670 les Tapisseries du roi et les Courses de testes et de bagues faittes par le roy et par les princes et seigneurs de sa cour en l'année 1662 et en 1673 les Plaisirs de l'Île enchantée. Ces planches, qui sont ensuite reliées et agrémentées de description pour servir de cadeaux aux diplomates ou courtisans, sont également déposées à la Bibliothèque royale29. Le roi y fait travailler les plus grands artistes du temps (Audran, Chauveau, Mellan, Silvestre, etc.). À partir de 1670, un imprimeur en taille-douce, Jean Goyton, s'installe au sein même de la bibliothèque : quand Louis XIV vient visiter la bibliothèque en 1681, il tient à essayer la presse111. Comme cet atelier coûte très cher et que les estampes produites servent essentiellement de cadeau à de grands personnages ou à des courtisans, Colbert décide de proposer les planches au public, ce qui permet de payer des graveurs et de couvrir une partie des frais de la bibliothèque110. thumb|Le portrait du roi Jean II fait partie de la collection Gaignières et appartient au département des estampes. Il est en dépôt au Louvre depuis 1925. Enfin, la bibliothèque s'enrichit en estampe d'une dernière manière : grâce aux « estampes de privilège ». Les premiers édits instaurant le dépôt légal (1537, 1617...) ne désignent pas les estampes. Ce n'est que dans celui du que le texte nomme expressément les « livres et figures ». Enfin, l'arrêt du conseil du mentionne la possibilité d'obtenir des privilèges pour les estampes isolées et les lie au dépôt légal de deux exemplaires à la Bibliothèque royale. Mais comme pour les livres, les estampes de privilèges rentrent très mal dans les collections et la bibliothèque agit peu pour gagner en efficacité.

La première description du fonds d'estampes de la Bibliothèque royale date de 1684, c'est-à-dire après que Jérôme II Bignon, maître de la librairie, et Louis Colbert, garde de la bibliothèque, sont tous deux remplacés par l'abbé de Louvois. On y trouve alors : les recueils de Marolles ; une suite d'estampes et de cartes géographiques en feuilles (trente-deux paquets ficelés et cotés A à Z et Aa à Ii, comprenant environ pièces) ; des livres à figures reliés (onze volumes) ; des cartes géographiques et autres « roulées sur des bastons » au nombre de cent23.

D'autres grandes donations viennent encore enrichir le fonds en constitution au début du . Nicolas Clément, employé pendant plusieurs dizaines d'années à la Bibliothèque du roi, donne sa collection personnelle en 1710 : elle est constituée de 108 portefeuilles, soit portraits gravés35-39. L'année suivante, c'est Roger de Gaignières qui cède sa collection au roi contre une rente viagère de 4000 livres par an et sa jouissance sa vie durant. Ce sont plus de 25000 pièces de la collection de cet érudit qui entrent à la Bibliothèque du roi en .

Jean-Paul Bignon est nommé garde de la Bibliothèque du roi en 1718. Il écrit en 1731 :

La création d'une administration spécialisée

Afin de gagner en efficacité, Bignon réorganise la Bibliothèque royale en confiant des fonds particuliers à un personnel spécialisé : le « cabinet des estampes et planches gravées » possède depuis lors son administration particulière. Il est particulièrement l'objet des soins de Bignon208. Le premier garde est Le Hay, qui travaille avec son futur successeur, Ladvenant.

Ces derniers commencent alors à rédiger des catalogues moins succincts que ceux qui préexistaient, notamment l'inventaire pièce à pièce de la collection Marolles ( estampes) et le reclassement des estampes de privilège56, ainsi que le classement méthodique en 23 volumes des estampes du cabinet du roi56-59. Ladvenant étant mort en 1729, c'est son successeur l'abbé de Chancey qui reçoit un nouveau don de première importance, la collection de Beringhen (1731). Le marquis de Beringhen possédait une collection de plus de estampes, dont de nombreuses œuvres de Callot et de Rembrandt, des manières noires anglaises, etc.209. Cette collection, très riche pour la période 1660–1730 complète ainsi celle de Marolles et le cabinet devient alors le plus important d'Europe avec estampes, au récolement de Mariette en 1736, soit estampes de privilège, estampes de Marolles, de Beringhen, portraits et pièces anciennes171, d'après arch. des estampes, Ye 15. Un effort est également fait pour acquérir des cartes géographiques : on achète notamment en 1740 la collection du maréchal d'Estrées210. C'est à cette époque également que se nouent des liens avec les collectionneurs et les marchands.

Sous la direction d'Hugues-Adrien Joly, les collections augmentent encore d'un tiers332. Alors que chaque collection était jusqu'alors restée à part, Joly décide de les fusionner afin de créer une unique collection rangée en séries analytiques : il écrit alors « Je viens de culbuter tout le Cabinet d'estampes »Jean Adhémar, L'inventaire du fonds français du Cabinet des estampes dans Bulletin des bibliothèques de France, 1960, , .. Cela lui prend de 1750 à 1780. Il entame alors la rédaction de tables par auteur et par sujet mais son travail, très lent, est interrompu par la Révolution.

À cette époque sont acquises trois importantes collections privées : la collection Lallemant de Betz (entrée en 1753 mais remontant à celle de Jean Rousseau, échevin de Paris en 1654) comprenant 13150 pièces, dont cinquante volumes de topographies, de nombreux dessins du , 78 volumes de portraits, etc.255. la collection de Charles-Marie Fevret de Fontette (entrée en 1773), qui avait entamé la rédaction d'une histoire de France par l'image. Cette collection de estampes et dessins est à l'origine de la série de l'Histoire de France du Cabinet (aujourd'hui série Qb1, après fusion de la collection Fontette avec d'autres pièces)256. la collection Bégon, qui remonte à Michel Bégon, intendant de La Rochelle sous Louis XIV, comprenant près de 25000 pièces (1770).

La vente de la collection Mariette est plus difficile. Les héritiers de Pierre-Jean Mariette s'en séparent en 1776, c'est-à-dire après plus d'un siècle de collecte dans cette famille de graveurs et d'éditeurs d'estampes. Le roi offre écus pour acheter la collection en bloc mais les héritiers préfèrent vendre aux enchères, dont Joly manque les sept premières vacations. Il achète finalement en tout pièces pour livres - mais une grosse partie de la collection est partie chez des amateurs et surtout à l'étranger258.

Le cabinet cherche aussi à convaincre les graveurs de déposer leur production, et parfois à acheter la production contemporaine, sans se faire d'illusions sur la capacité du dépôt légal à faire entrer les pièces. Les acquisitions proviennent enfin également d'échanges des doubles de la bibliothèques259.

Il s'ouvre aux lecteurs extérieurs, artistes, amateurs, érudits et même au-delà. Diderot et Buffon y viennent se documenter pour leurs ouvrages ; des dames de haute noblesse y empruntent des documents anciens pour se faire représenter à la mode du 260.

Le cabinet aux et Aux , les accroissements continuent à un rythme soutenu. :

par le dépôt légal des estampes et documents graphiques réaffirmé par Napoléon . par l'entrée de grandes collections particulières : entre autres les collections historiques de Hennin (1863)Michel Hennin (1777-1863) — cf. Notice du Comité Histoire, BnF. et de Vinck (1906)Carl de Vink de Deux-Orp (1859-1931) — cf. « Notes sur la collection de Vinck », in: Revue d'histoire moderne, (juil. - août, 1931), ., séries artistiques de Moreau-Nélaton (1923), ou d’Atherton Curtis (1943)… par des entrées remarquables de contemporains : Duchamp, Robert et Sonia Delaunay, Matisse, Hélion, Baselitz, Sam Francis, Barry Flanagan, Tàpies…..

À partir de 1851, les photographes commencent à faire spontanément le dépôt de leur production (le dépôt légal de la photographie n’est institué qu’en 1925) : atelier Nadar (1949), Rogi André (1970), archives des Séeberger (1976, complétées en 2008), atelier Disdéri (1990)…

Depuis 1946, le département est installé sur le site Richelieu de la BnF.

Liste des directeurs du département Gardes du cabinet 1720-1721 : Jacques Le Hay 1721-1729 : Louis Ladvenant 1730-1736 : abbé Claude de Chancey 1736 : Charles Antoine Coypel 1736-1750 : Joseph de La Croix 1750-1792 : Hugues-Adrien Joly

Conservateurs puis conservateurs en chef 1792-1794 : Michel-Honoré Bounieu 1794-1829 : Adrien-Jacques Joly 1829-1838 : Charles Thévenin 1838-1855 : Jean Duchesne, dit Duchesne aîné 1855-1857 : Achille Deveria 1858-1885 : Henri Delaborde 1885-1898 : Georges Duplessis 1898-1906 : Henri Bouchot 1906-1925 : François Courboin 1925-1940 : Paul-André Lemoisne 1940-1942 : Jean Laran 1942-1961 : Jean Vallery-Radot 1961-1977 : Jean Adhémar

Directeurs du département 1977-1981 : Jean-Pierre Seguin 1981-1983 : Michel Melot 1983-2006 : Laure Beaumont-Maillet 2007-... : Sylvie Aubenas

Autres conservateurs et agents notables Louis Courajod, attaché (1867-1874) Pierre Vidal, attaché (1876-?), célèbre comme peintre et illustrateur Marcel Aubert, sous-bibliothécaire (1911-1919) Françoise Woimant, conservatrice des estampes contemporaines (-1994) Jean-Claude Lemagny, conservateur des photos contemporaines (1968-1996) Maxime Préaud, conservateur des estampes du (1970-2010)