La Décoration du brassard de Bordeaux est une décoration militaire française créée le par le Duc d'Angoulême.

Historique Origines La situation au début de 1814 À l'issue de la dure guerre d'indépendance espagnole (1808-1814), l’armée française du maréchal Soult doit se replier au nord des Pyrénées. En octobre-, les forces britanniques, espagnoles et portugaises commandées par Arthur Wellesley, marquis de Wellington, forcent la ligne fortifiée de la Rhune et entrent sur le territoire français. Elles remportent la bataille de la Bidassoa le , celle de la Nivelle le et celle de la Nive les 9-. L' est le prolongement de la campagne de la péninsule. Du fait de ces évènements, les royalistes bordelais s'organisent en prévision de la chute prochaine du Premier Empire. Une garde royale clandestine placée sous les ordres du commissaire du roi en Guyenne, Taffart de Saint-Germain est alors créée. Elle se développe et compte en , douze compagnies d’une soixantaine d’hommes chacune, placée sous les ordres du commissaire du roi.

Le , le duc d’Angoulême, neveu du Roi Louis XVIII, débarque en Espagne, à Saint-Sébastien, puis se rend à Saint-Jean de Luz auprès du duc de Wellington qui ne lui offre aucun soutient franc. Il vient pour représenter Louis XVIII dans les départements du sud de la France..

Bordeaux Le , Wellington décide d'envoyer des troupes à Bordeaux, mal défendue par la garnison du général L'Huillier, commandant la place mais dont l'effectif est trop faible pour soutenir un siège et qui a consigne de quitter la ville quand les troupes alliées seront à une journée de marche. Les royalistes poussent les autorités civiles et militaires impériales à quitter la ville en grossissant la menace anglaise. Le , Jean-Baptiste Lynch, maire de Bordeaux et les compagnies de la garde royale, accueillent Place Nansouty le général Beresford à la tête des troupes anglaises. Jean-Baptiste Lynch, ayant négocié secrètement avec les royalistes, proclame la restauration des Bourbon et fait hisser le drapeau blancFrançois de Coustin, Louis XIX, duc d'Angoulême, Perrin, 2017. Le duc d'Angoulême arrive à Bordeaux le même jour, accueilli par une garde d'honneur portant un mouchoir blanc noué autour du brasAlbert Mengeot, Le Brassard de Bordeaux 12 Mars 1814 Notes et Documents, Imprimerie Jules Bière, 1912, p.16. C'est la première ville française à proclamer la déchéance de Napoléon. L'armée des Pyrénées se trouve ainsi avec les forces anglaises sur ses arrières.

Le Brassard de Bordeaux Les hommes de la garde royale reçurent en récompense de leurs services la Décoration du Lys, mais aussi, et en particulier pour ceux qui étaient présents en son sein avant et durant la journée du Albert Mengeot, Le Brassard de Bordeaux 12 Mars 1814 Notes et Documents, Imprimerie Jules Bière, 1912, p.35, une nouvelle distinction : le Brassard de Bordeaux, créé le par le duc d’Angoulême et attribué, dès le , aux hommes de la garde royale à pied ainsi qu’aux volontaires royaux à chevalAlbert Mengeot, Le Brassard de Bordeaux 12 Mars 1814 Notes et Documents, Imprimerie Jules Bière, 1912, p.41.

La médaille de la Décoration du Brassard de Bordeaux Une délégation de volontaires royaux, reçue le par le roi, demande la création d’une décoration plus classiqueAlbert Mengeot, Le Brassard de Bordeaux 12 Mars 1814 Notes et Documents, Imprimerie Jules Bière, 1912, p.46. Le roi approuve cette requête et c’est ainsi qu'est créée, ce même jour, la Décoration du brassard de BordeauxAlbert Mengeot, Le Brassard de Bordeaux 12 Mars 1814 Notes et Documents, Imprimerie Jules Bière, 1912, p.47

La Décoration du brassard de Bordeaux a pu être appelé par certains auteurs Ordre du brassard de Bordeaux, et ce, en raison notamment du serment, ou plutôt de l’engagement sacré de soutenir et de défendre la cause du roi au prix de son sang et de sa vie, pris par les titulaires en acceptant cette décoration. Il n’en demeure pas moins que le brassard de Bordeaux n’a jamais été considéré officiellement comme un ordre, mais comme une décorationAlbert Mengeot, Le Brassard de Bordeaux 12 Mars 1814 Notes et Documents, Imprimerie Jules Bière, 1912, p.68.

Lorsqu’à partir de 1824, la Décoration du brassard de Bordeaux est contrôlée par la Grande chancellerie de l’Ordre royal de la Légion d’honneur, les titulaires se voient demander de retourner leur brevet afin qu’il soit enregistré officiellement.

Extinction Sous Louis-Philippe , l’ordonnance du Roi du abolit la Décoration du brassard de Bordeaux

Modalités d'attribution La Décoration du Brassard de Bordeaux a été attribuée : Aux volontaires royaux à pied bordelais. À la garde royale à cheval bordelaise. Aux particuliers ayant particulièrement œuvré pour la Restauration autour du à Bordeaux. À certains volontaires royaux de Dordogne.

Caractéristiques

Le Brassard Brassard de la garde à pied Brassard en forme de bandeau en soie blanche moirée de 6 cm de largeur, bordée par un liseré vert de 8 mm et terminée sur ses deux extrémités par des franges d’argent. Au centre du brassard, un écusson portait l’inscription BORDEAUX 12 MARS 1814. Ce brassard, noué autour du bras gauche, a existé sous une seconde variante caractérisée par un écusson aux lettres, brodées en soie verte, plus grandes et des tombants plus longs aux extrémités bordées de torsades d’argentAlbert Mengeot, Le Brassard de Bordeaux 12 Mars 1814 Notes et Documents, Imprimerie Jules Bière, 1912, p.32Laurent Coste, Bordeaux et la restauration des Bourbons, In: "Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale", Tome 105, N°201, 1993. Bordeaux, XVIIIe-XIXe siècle : nouvelles approches, p.41, note 84.

Brassard de la garde à cheval Brassard en forme de bandeau en soie blanche, brodé d'un soleil en cannetille d'or, le centre rond en argent émaillé : une jarretière verte bordée d'un filet d'or, portant l'inscription en lettres d'or : « BORDEAUX 12 MARS 1814 » et, au milieu, sur fond blanc, les deux : « L » entrelacés, également en fil de couleur or. Le brassard est lacé au bras par deux petits cordonnets de soie jaune, terminés chacun par un gland en cannetille d'or.

Insigne La Décoration du Brassard de Bordeaux prend la forme d'un médaillon ovoïde, double face, représentant un soleil aux rayons d'or brunis.

Sur l’avers : le centre portait en lettres d’or, le monogramme du roi Louis XVIII composé par deux « L » en opposition et entrelacés, sur un fond d’émail blanc. Ce motif central était entouré par une jarretière portant l’inscription en lettres d’or sur fond d’émail vert BORDEAUX 12 MARS 1814M. le comte de Marsy, La collection de décorations militaires françaises du musée d'artillerie, Dumoulin, Paris, 1880, p.184.

Sur le revers : identique à l’avers. Le médaillon était surmonté par une couronne royale sommée d’un globe portant une petite fleur de lysAlbert Mengeot, Le Brassard de Bordeaux 12 Mars 1814 Notes et Documents, Imprimerie Jules Bière, 1912, p.53.

Cet insigne fut réalisé en trois tailles différentesAlbert Mengeot, Le Brassard de Bordeaux 12 Mars 1814 Notes et Documents, Imprimerie Jules Bière, 1912, p.54 :

Un modèle de taille standard ( grand module ), d’une hauteur totale, au coulant de la bélière, de 33 mm et d'une largeur de 21 mm ;

Un modèle de taille moyenne ( moyen module ), d’une hauteur totale, au coulant de la bélière, de 29 mm et d'une largeur de 15 mm ;

Un modèle de petite taille ( petit module ), d’une hauteur totale, au coulant de la bélière, de 25 mm et d'une largeur de 13 mm.

Ruban Le ruban de la décoration était aux couleurs du Brassard d’origine : vert avec sur chaque bord, une raie blanche de 4 mm et un liseré vert de 1 mm.

Bénéficiaires

thumb|Louis-Antoine d'Artois Duc d'Angoulême puis Dauphin de France portant (entre autres) la Décoration du Brassard de Bordeaux Nombre de bénéficiaires Les gardes royaux à pied de Bordeaux (730 titulaires) Les volontaires royaux à cheval de Bordeaux (275 titulaires) Quatre hommes de la garde royale du Périgord et du Quercy, présents le à Bordeaux Les officiers français du régiment des chasseurs britanniques Diverses personnalités de la ville de Bordeaux. Les deux dernières catégories représentant une centaine de titulaires ; c’est donc au total un peu plus d’un millier de personnes qui reçurent la Décoration du brassard de Bordeaux.

Bénéficiaires célèbres Louis Antoine d'Artois, Duc d'Angoulême puis Dauphin de France, porte la décoration sur la plupart de ses portraits. François Léon Boscal de Réals de Mornac Pierre-Henry de Brocas (1762-1824), qui avait reçu le le duc d'Angoulème pour son entrée dans Bazas lors de son retour en France peu avant son entrée à Bordeaux. Antoine IX Héraclius-Agénor de Gramont, duc de Guiche, puis duc de Gramont Augustin d'Arlot de Saint-Saud Antonin de Canolle Eugène de Canolle Étienne-Charles de Damas-Crux François de Gombault, chevalier, commandant des Volontaires royaux Maxime de Puységur Louis-François Trigant de LatourMaxime Trigant de Latour,Les Trigant, souvenirs de famille : leurs alliances, notice sur beaucoup de familles de la noblesse et de la ci-devant haute bourgeoisie du Bordelais, Libournais, Périgord et Saintonge..., 1896, p.85 Antoine-Nicolas de La Roche-Aymon Jean-Baptiste-Auguste Roger fils du fondateur de la maison Marie Brizard & RogerLaurent Coste, Bordeaux et la restauration des Bourbons, In: "Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale", Tome 105, N°201, 1993. Bordeaux, XVIIIe-XIXe siècle : nouvelles approches, p.32 Louis du Vergier de La Rochejaquelein Jacques-Sébastien Rollac Taffard de Saint-Germain

Bibliographie Aymar de Saint-Saud, « Séance du jeudi », dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1910, tome 37, (lire en ligne) Louis Roger d'Arlot, marquis de Cumond, « L'ordre du Brassard en Périgord », dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1911, tome 38, (lire en ligne) Laurent Coste, La mémoire du 12 mars 1814 dans le Mémorandum, In: Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, N°25, 2019. pp. 187-195. Laurent Coste, Bordeaux et la restauration des Bourbons, In: "Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale", Tome 105, N°201, 1993, Bordeaux, XVIIIe-XIXe siècle : nouvelles approches. pp. 27-43. Claude Ducourtial, Ordres et décorations, Que sais-je ?, P.U.F., 1968 Albert Mengeot, Le Brassard de Bordeaux 12 Mars 1814 Notes et Documents, Imprimerie Jules Bière, 1912 Philippe Mansel, « De la révolution royaliste du à Bordeaux au duc de Bordeaux », dans sous la direct d'Emmanuel de Waresquiel, Les lys et la République, Tallandier, 2015, Philippe Mansel, « Bordeaux et les Bourbons en 1814 : une ville contre Napoléon », Le Sud-Ouest, la France et l’Europe à la fin de l’Empire napoléonien, édité par Laurent Coste, Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, 2015, La décoration du Lis, numéro spécial édité par l'association des collectionneurs d'insignes et de décorations, Symboles & Tradition, 1988

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Articles connexes Ordres, décorations et médailles de la France Rubans des décorations militaires et civiles françaises Liste des décorations civiles Liste des décorations militaires

Catégorie:Distinction fondée en 1814 Brassard de Bordeaux