La république populaire du Kampuchéa (RPK, également traduit par république populaire du CambodgeInstitut national des langues et civilisations orientales, Bilan et perspectives des études khmères (langue et culture), L'Harmattan, 1997, page 235) est le nom officiel du Cambodge de 1979 à 1989. Le régime est mis en place après le renversement du Kampuchéa démocratique, le régime des Khmers rouges, lors de l'invasion du Cambodge par le Viêt Nam. Le Parti révolutionnaire du peuple khmer, fondé en 1981, gouverne ensuite en tant que parti unique, d'orientation marxiste-léniniste. Soutenu par les Vietnamiens et l'URSS, le gouvernement cambodgien doit à la fois reconstruire le pays et affronter la guerre de guérilla que continuent de mener les Khmers rouges, le FUNCINPEC et le FNLPK. En 1989, l'occupation vietnamienne prend fin et le pays prend le nouveau nom officiel d'État du Cambodge tout en entamant un processus de paix et de transition politique qui débouche en 1991 sur les accords de Paris, l'abandon du communisme et la fin du régime de parti unique. Le pays est ensuite mis sous la tutelle de l'Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge à partir de 1992, jusqu'aux élections pluralistes de 1993, qui sont suivies de la restauration de la monarchie au Cambodge.

Histoire Chute des Khmers rouges

Au pouvoir après leur victoire militaire au terme de la guerre civile cambodgienne, les Khmers rouges mettent en place un régime dictatorial particulièrement meurtrier, également marqué par des purges internes régulières. La zone Est du Kampuchéa démocratique, où la politique suivie est nettement moins brutale, est prise d'assaut par les troupes de Ke Pauk et Son Sen à partir d'avril 1978. Une grande partie de ses cadres, dont Heng Samrin et Hun Sen, ne doivent leur salut qu'à la fuiteBen Kiernan, Le génocide au Cambodge, Gallimard, 1998, pages 461-477. Dans le même temps, les relations avec le Viêt Nam, ancien protecteur des communistes cambodgiens, se sont particulièrement dégradées et sont passées de la rupture politique à l'hostilité ouverte, avec des incursions militaires en territoire vietnamien. En 1978, le Viêt Nam est décidé à en finir avec les Khmers rouges, et se prépare à engager le combat, tout en préparant une alternative politique pour le Cambodge. Les Vietnamiens disposent déjà d'alliés khmers en la personne d'une partie des anciens cadres Khmers issarak () dont beaucoup résident essentiellement au Viêt Nam depuis des années; la dissidence d'une partie des cadres khmers rouges leur fournit un autre vivier d'alliés, que Lê Đức Thọ s'occupe de former. Le , soixante-dix cadres et officiers khmers rouges dissidents proclament depuis le Viêt Nam le Front uni national pour le salut du Kampuchéa (FUNSK), dont Heng Samrin prend la directionBen Kiernan, Le génocide au Cambodge, Gallimard, 1998, page 519.

Le , l'Armée populaire vietnamienne envahit le territoire cambodgien : l'armée khmère rouge, nettement moins nombreuse et moins bien équipée, affaiblie de surcroît par des désertions massives, est vaincue en moins de deux semaines. Pol Pot, Ta Mok, Nuon Chea et le reste du gouvernement du Kampuchéa démocratique prennent la fuite tandis que le prince Norodom Sihanouk est sorti de sa résidence surveillée pour être évacué par avion vers la république populaire de Chine. Le , les troupes vietnamiennes entrent dans Phnom Penh, vide et abandonnée par ses défenseurs.

Reconstruction du pays

Le , la république populaire du Kampuchéa est proclaméeFrançois Ponchaud, Une brève histoire du Cambodge, Siloë, 2007 page 90. Un gouvernement provisoire est formé, sous la forme du Conseil révolutionnaire populaire, avec Heng Samrin comme président, l'ancien Khmer Việt Minh Pen Sovan comme vice-président, Hun Sen, alors âgé de 26 ans, chargé des affaires étrangères, et Chea Sim de l'intérieurSorpong Peou, Intervention & change in Cambodia: towards democracy?, Institute of Southeast Asian Studies, 2000, page 94. Dès le , un traité d'amitié est signé avec le Viêt Nam, qui place sous sa protection le nouveau gouvernement cambodgienLaurent Cesari, L'Indochine en guerres 1945-1993, Belin Sup Prépa, 1995, pages 264-265.

L'arrivée des troupes vietnamiennes est initialement vécue comme un soulagement par la population cambodgienne. Les Bộ đội ont initialement la main assez lourde, n'hésitant pas à tuer les personnes soupçonnées d'être des soldats khmers rouges, voire à détruire les barrages pour priver les troupes khmères rouges rescapées d'eau et d'approvisionnement en nourriture.

L'accès de Phnom Penh, vidée en par les Khmers rouges, demeure interdit durant plus de six mois aux anciens habitants encore en vie qui doivent camper à la périphérie tandis que des techniciens vietnamiens remettent en état les infrastructures de la ville, rétablissant notamment l'eau et l'électricitéSoizick Crochet, Le Cambodge, Karthala, 1997, pages 134-136. Les villas les plus luxueuses sont dans l’intervalle réquisitionnées au profit des dignitaires du nouveau régime et de leurs conseillers vietnamiens. De plus, les Bộ đội auraient profité de la vacance des immeubles pour se livrer à un pillage en règle de tout ce qui pouvait y être récupéré ; ces méthodes auraient également touché les usines qui avaient été remises en état par les techniciens chinois et nord-coréens du temps du Kampuchéa démocratique telles la manufacture de pneumatiques de Ta Khmau ou la cimenterie de Kampot. Dans le même temps, les nouvelles autorités recherchent activement parmi les rescapés des fonctionnaires et ouvriers qualifiés pour relancer l'administration et les usines. Ce n'est qu'en 1980 que la législation est assouplie et que l'entrée de la capitale redevient à peu près libre.

Afin de financer une partie de l’effort de guerre, une collectivisation de l’économie est tentée, mais elle se heurte rapidement aux réticences de la population à qui elle rappelle par trop le dirigisme de la période précédente et le projet devra rapidement être renvoyé aux calendes grecques. Les agriculteurs, dont le secteur d’activité restait prédominant, et qui avaient de tout temps eu à composer avec les réquisitions, n’eurent aucun mal à contourner les nouvelles mesures, préférant conserver leurs récoltes ou les vendre aux commerçants qui se réinstallaient plutôt qu’aux magasins d’État.

Réactions internationales à l'occupation vietnamienne Au fur et à mesure que les crimes du régime khmer rouge sont dévoilés, l'antipathie à leur égard va croissante au sein de la communauté internationale. Mais les choses vont brusquement changer avec l’incursion vietnamienne. Ce sera tout d’abord Norodom Sihanouk qui, à la tribune de l’Organisation des Nations unies obtient le la condamnation de l’intervention vietnamienne par le Conseil de sécurité et que les dirigeants du Kampuchéa démocratique restent les seuls représentants légaux du Cambodge. La Chine, pour sa part, avait toujours soutenu le pouvoir khmer rouge et va continuer dans cette voie. La chute du régime de Pol Pot lui avait fait perdre un de ses seuls alliés dans la mer de Chine du Sud. À un moment où Deng Xiaoping entreprend une ouverture de son pays à l’économie de marché, cette zone revêt un important intérêt stratégique, mais la Chine s’y retrouve isolée au milieu des alliés des États-Unis (Thaïlande, Philippines …) ou de l’Union soviétique (Vietnam) avec qui de surcroît elle a des différends au sujet des Îles Paracels et Spratleys. Elle a donc tout intérêt à soutenir le retour d’un pouvoir plus accommodant à son égard. La Thaïlande, quant à elle, ne voit pas d’un bon œil cette implantation vietnamienne à ses frontières et craint que par un effet domino, elle soit la prochaine cible de la soif d’expansion de Hanoï. Elle donne donc une réponse favorable à la demande de tractations de Pékin qui va aboutir à l’arrêt du soutien chinois à la rébellion maoïste thaïlandaise en échange de l’appui de Bangkok à la guérilla khmère rouge. Elle entraîne dans son sillage les autres pays de l’ASEAN qui vont s’impliquer avec une diligence variée suivant les pays. Singapour, qui a tissé des relations de longue date avec la Chine lui emboîte rapidement le pas, mais l’Indonésie, où Soeharto avait éliminé quinze ans plus tôt les partisans et sympathisants communiste pour prendre le pouvoir, se montrait plus réticente à coopérer avec Pékin. Les États-Unis, pour leur part, ne pouvaient manquer d’assimiler l’intervention vietnamienne à un nouvel avatar de l’expansion soviétique dans le monde qui sera l’un des principaux thèmes de la campagne qui permettra à Ronald Reagan de se faire élire. Ils ne seront donc pas long à se ranger derrière un camp qui comprend déjà leurs fidèles alliés de l’ASEAN et n’ont pas trop de mal à entraîner derrière eux les autres pays occidentaux qui étaient peu enclins à se fâcher avec la Chine à un moment où elle leur ouvrait son marché.

En , la république populaire de Chine opte pour une solution militaire et attaque le Viêt Nam sur sa frontière nord. La guerre sino-vietnamienne, transposition en Asie du Sud-Est de la rivalité sino-soviétique au sein du monde communiste, s'achève au bout d'un mois sans résultat probant. Dans le même temps, toutes les aides internationales venues d'Occident sont interdites au Viêt Nam tant qu'il occupera le CambodgeFrançois Ponchaud, Une brève histoire du Cambodge, Siloë, page 94.

Mise en place du régime Le pays demeure occupé par l'Armée populaire vietnamienne qui, en 1979, porte ses effectifs au Cambodge à soldats. Une administration cambodgienne se remet en place, mais les fonctionnaires sont chapeautés par des organismes d'expert-conseillers vietnamiens. La monnaie, abolie par les Khmers rouges, est réintroduite en 1980, les écoles rouvrent, et les usines recommencent à fonctionner. Le nouveau régime est reconnu en janvier 1980 par 29 pays membres de l'ONU - principalement l'URSS et ses alliés - contre 80 pour le Kampuchéa démocratique.

La référence au étant quelque peu discréditée par le passage au pouvoir des Khmers rouges, le discours politique du nouveau régime est, tout d'abord basé sur la dénonciation de la dont les nouveaux dirigeants, pour beaucoup anciens khmers rouges, souhaitent se démarquer. Le régime de la RPK est le premier à utiliser le terme de pour qualifier les actes du régime de Pol Pot, et pour lesquels il avance, dans la lignée du discours vietnamiens, le chiffre de victimesJean-Louis Margolin, Cambodge : au pays du crime déconcertant, in Le Livre noir du communisme, Robert Laffont, 1987, pages 632, 644. En , Pol Pot et Ieng Sary sont condamnés à mort par contumaceRobbie Corey-Boulet – The Phnom Penh Post / Le petit journal – Cambodge/khmers rouges - Il y a 30 ans, le premier procès au monde pour génocide, 20 août 2009.

Le gouvernement de la RPK reste initialement composé des deux tendances, parfois opposées au cours de leur histoire, des communistes cambodgiens : les et les Khmers rouges dissidents, pour la plupart issus du commandement de l'ancienne Zone Est du Kampuchéa démocratique. Quelques personnalités non communistes acceptent de prêter leurs compétences au régime, comme Kong Sam Ol, nommé ministre de l'agriculture. L'administration locale est largement rebâtie par les cadres vietnamiens qui, aidés d'interprètes, installent dans les villes, villages et provinces des comités nommés ou François Ponchaud, Une brève Histoire du Cambodge, Siloë, 2007, page 96-98.

Le pays est maintenu dans un fort isolement, les communications avec l'Occident étant réduites au minimum, de même que l'apprentissage des langues étrangères, les liaisons aériennes (un seul vol par semaine, organisé par la Croix-Rouge internationale, permet aux seuls étrangers et officiels du régime d'aller de Phnom Penh à Bangkok, via Hô Chi Minh-Ville).