L'abbaye de Hohenbourg, encore appelée « couvent du Mont-Sainte-Odile », se dresse dans la commune française d'Ottrott, dans le département du Bas-Rhin en région Grand Est. L'abbaye fondée en 680 par sainte Odile, connaît un essor exceptionnel au cours de la seconde moitié du avec l'arrivée en 1150 de l'abbesse Relinde (morte en 1176), qui introduit dans la communauté la règle de saint Augustin.

Localisation vignette|Chapelle des larmes au mont Sainte-Odile. vignette|Tombeau de sainte Odile. vignette|Mosaïques situées dans la chapelle des larmes. De nombreux saints alsaciens sont représentés sur les murs, en particulier saint Léon IX, à gauche de l'autel et sainte Eugénie d'Alsace à droite. vignette|redresse|Herrade de Landsberg, miniature de l'ouvrage manuscrit Hortus Deliciarum. vignette|Cadran solaire du réalisé par les moines de l'abbaye cistercienne de Neubourg en Alsace et installé au mont Sainte-Odile en 1935.

L'abbaye de Hohenbourg a été construite sur ce qu'on appelle maintenant le mont Sainte-Odile, éminence située dans l'actuelle commune d'Ottrott (Bas-Rhin, canton de Rosheim), à une altitude de .

Le massif du mont Sainte Odile est délimité au sud par la vallée de Barr (Kirneck), au nord par la vallée de Bœrsch (Ehn) et à l'est par le piémont des Vosges. L'abbaye occupait une situation privilégiée, sur un plateau rocheux au milieu des forêts, dominant la plaine d'Alsace, et en particulier, du sud vers le nord, la ville de Barr et les villages de Heiligenstein, Saint-Nabor, Ottrott, Klingenthal et Bœrsch.

Le territoire de Hohenbourg était délimité par une construction ancienne appelée le mur païen ; au sein du royaume franc, à l'époque mérovingienne, il relevait du duché d'Alsace.

Fondation de l'abbaye vignette|redresse|Statue de sainte Odile sur le toit du couvent orientée vers la plaine d'Alsace. vignette|redresse|Etichon-Adalric d'Alsace et Bereswinde, parents de sainte Odile, fresque de Charles Spindler (1865–1938) exposé à l'entrée du Mont-Sainte-Odile, à côté du kiosque. vignette|Sarcophage dans lequel reposait Adalric, père de sainte Odile. À droite Sainte Odile priant pour le repos de l'âme de son père, le duc Adalric. vignette|redresse|Relique de Sainte Eugénie au Mont-Sainte-Odile, abritant actuellement une relique de (tissu taché de sang enchâssé dans une « marguerite »)Un peu de sang du bienheureux pape donné à Marienthal.. vignette|Chapelle des Anges installée sur un rocher en saillie. vignette|Anciennes tombes creusées dans le rocher à côté de la chapelle des larmes, face à la plaine. vignette|redresse|Sur l'une des faces de la stèle du la Vierge et l'enfant (dont les têtes ont été martelées en 1793 par les Révolutionnaires) et au pied les abbesses Herrade de Landsberg et Relinde.

Le « Hohenbourg » désignait primitivement un château fort sur le sommet de la montagne., relevant du duché d'Alsace. Au , les ducs d'Alsace utilisèrent cette forteresse comme leur résidence. Vers 673 jusqu'à 682 le duc d'Alsace Etichon-Adalric d'Alsace et Bereswinde, (la belle-sœur du roi des Francs Childéric II), natifs d'Obernai et qui appartenaient tous deux à l'aristocratie mérovingienne prirent leur distance avec Ébroïn, maire du palais de Neustrie pour se rapprocher des souverains d'Austrasie. L'abbaye de Hohenbourg est fondée en 680 par sainte Odile, fille d'Etichon-Aldaric d'Alsace duc d'Alsace et de Bereswinde, à l'emplacement d'un château dénommé Hohenbourg ou encore Altitona. Née aveugle, Odile aurait été cachée pour être protégée de son père qui avait donné l'ordre de la tuer. Comme elle aurait recouvré la vue lors de son baptême, son père lui aurait plus tard offert son château de Hohenbourg pour y fonder une abbaye et racheter ses fautes.

Après le décès de sainte Odile le centre devint le lieu d'un pèlerinage. Trois filles du frère d'Odile, Adalbert d'Alsace (vers 665–722) devinrent abbesses : sainte Eugénie (735), sainte Gundelinde ou Gerlinde, première abbesse de l'abbaye de Niedermunster et Sainte Attale (vers 690–741) première abbesse vers 718 de l'abbaye de Saint-Étienne de Strasbourg. Par un privilège du roi des Francs Charlemagne, renouvelé par son fils l'empereur Louis le Pieux, le monastère de Hohenbourg fut protégé par l'immunité impériale. À la fin du , l'évêque de Strasbourg Conrad de Lichtenberg confirma l'exemption du haut plateau qui en tant que terre salique était soustrait à toute juridiction civile ou ecclésiastique. Seule l'abbesse avait le pouvoir d'administrer le monastère. En 1045, Bruno d'Eguisheim, évêque de Toul consacra l'église de Hohenbourg. En 1050, il visita le monastère comme souverain pontife sous le nom de , et accorda à l'abbesse Bertha une bulle confirmant les biens de Hohenbourg, ainsi qu'un certain nombre de privilèges. Il donna aussi aux moines le droit d'élire librement leur abbesse..

La vie de sainte Odile La vie de Sainte Odile est rapportée dans sa Vita dont plusieurs copies manuscrites nous sont parvenues, les plus anciennes versions datant du ... La légende qui y est rapportée est que sainte Odile vint au monde aveugle et que son père, le duc Aldaric qui s'attendait à la naissance d'un fils en fut tellement irrité qu'il voulut la faire périr. À la demande de sa mère Bereswinde belle-sœur dit-on du roi Childéric, la nourrice cacha la jeune enfant au monastère de Palme en Bourgogne (aujourd'hui Baume-les-Dames). Elle recouvra la vue, au moment même où elle fut baptisée par saint Erhard et son frère saint Hydulphe. Mais ce miracle n'eut aucune influence sur les sentiments peu paternels d'Etichon. Il maltraita même tellement le comte Hugo, frère de sainte Odile, qui n'avait d'autre tort que d'avoir voulu ramener sa sœur à Hohenbourg, que le malheureux jeune homme en mourut. Etichon, pris de remords finit toutefois par se laisser désarmer par la douceur d'Odile et la reçut dans son palais d'Oberehnheim (Obernai). Etichon voulut la marier de force, mais elle refusa et alla se réfugier outre-Rhin. Il la poursuivit par monts et par vaux afin de la forcer à céder à sa volonté. Elle fut sur le point d'être atteinte, lorsque le rocher sur lequel elle priait s'ouvrit et se déroba miraculeusement aux mains du duc. Voyant la volonté de Dieu se manifester aussi ouvertement, le duc consentit à ne plus la contrarier et lui donna le château de Hohenbourg qu'elle transforma en asile pour jeunes filles pieuses de la noblesse austrasienne et bourguignonne. Après la mort d'Etichon en 700 et de sa femme Bereswinde, qui furent enterrés à Hohenbourg, sainte Odile fonda un nouveau monastère au bas de la montagne et lui donna le nom de Niedermunster.

D'après la tradition, la mort de sainte Odile remonte au .

L'existence historique du personnage d'Odile est toutefois discutée. Le récit légendaire qui lui est consacré a été composé au début du par un religieux de Hohenbourg et semble reprendre des éléments de l'hagiographie dédiée à une autre sainte : Salaberge, datant du : aveugle puis guérie par un religieux, la fille de Gondoin est, comme Odile, issue d'un duc d'Alsace et a fondé un monastère. Les similitudes entre les deux parcours semblent indiquer une inspiration commune et des thèmes récurrents dans les légendes de la région au haut Moyen Âge. Si ces textes hagiographiques ne constituent pas des sources fiables pour connaître les faits historiques, ils fournissent néanmoins quelques indications sur la fondation du monastère et du culte de Sainte Odile.

L'essor de l'abbaye L'évêque Bruno de Toul, élu pape sous le nom de passe au mont Sainte-Odile et visite les tombes mérovingiennes.

Vers 1153 l'empereur du Saint-Empire (1122–1190) visite l'abbaye de Hohenbourg et décide de reconstruire les deux monastères, Niedermunster et Hohenbourg, ruinés par son père dit Le Borgne durant la Querelle des Investitures pour déloger les Hohenbourg, ses ennemis. Il avait, dit-on, fait mettre le feu aux abbayes de Hohenbourg et de Niedermunster. Frédéric Barberousse charge une de ses parentes, Relinde, abbesse augustine de Rastibonne de reconstruire les deux monastère à titre expiatoire. Avec l'arrivée vers 1153 de l'abbesse Relinde (1176) d'importants travaux sont réalisés à Hohenbourg. C'est de cette époque que semble dater la partie basse des murs de l'église, la chapelle de la croix, la chapelle des larmes et la chapelle des Anges.

À la mort de Relinde, Frédéric Barberousse nomme magister operis Herrade de Landsberg (1195) au couvent de Hohenbourg et Edelinde de Landsberg à Niedermunster, les deux abbesses issues de la noble famille des Landsberg. Herrade s'illustra comme auteur de l'ouvrage manuscrit Hortus deliciarum. Elle fait appel en 1178 aux Prémontrés d'Étival pour desservir l'abbaye, puis fonde vers 1186 l'abbaye de Truttenhausen qu'elle confie aux Augustins de l'abbaye de Marbach. Vers 1194, l'abbaye de Hohenbourg reçoit la visite de Richard Cœur de Lion en personne, libéré de captivité.

Sous l'abbatiat de l'abbesse Élisabeth de Lutzelbourg, Egelolf de Mundingen cède à l'abbaye des biens se trouvant à Bolsenheim et à Uttenheim pour assurer la prébende d'un prêtre qui célèbre chaque jour la messe à l'autel de la croix. Sous l'abbatiat d', Louis II de Bavière (1229–1294) confirme au couvent de Hohenbourg tous ses anciens avantages et droits, tandis que le pape (1316–1334) charge le prévôt de Saint-Amarin, le doyen de la cathédrale de Bâle et le trésorier de Lautenbach de se pencher sur la contestation opposant Hohenbourg au Grand Chapitre de la cathédrale de Strasbourg. L'empereur du Saint-Empire Charles IV (1316–1378) qui sera consacré empereur des Romains en 1355, gravit la montagne du Hohenbourg avec une nombreuse suite parmi lesquels , évêque de Strasbourg.

L'abbaye réduite plusieurs fois en cendres Le couvent et l'église de Sainte-Odile eurent à subir de grands désastres dans le cours des siècles. Ce sont d'abord les Hongrois qui dévastent et pillent vers 917 et 925 le couvent et ses dépendances. En 1045, on ne sait pas à cause de quel événement, l'église est détruite par les flammes puis reconstruite par le pape . Quatre années plus tard un nouvel incendie se déclare au sommet du Hohenbourg communiqué, dit-on, par la forêt en flamme. Vers 1115, le duc Frédéric II de Souabe incendie le monastère pour se venger des Hohenbourg ses pires ennemis.

À peine nommée à Hohenbourg, en 1200, Edelinde de Landsberg doit faire face à un violent incendie, communiqué par la forêt en feu, qui réduit une grande partie du couvent en cendres. Les travaux de reconstruction achevés, un autre incendie provoqué accidentellement, vers 1224, se déclare sur le haut de la montagne. Henri IV, roi des Romains, accorde un privilège spécial aux habitants de la montagne en les exemptant de tailles et d'impôts. La même année, selon la tradition, sainte Élisabeth de Thuringe vient se recueillir à Hohenbourg. Les deux reconstructions en un quart de siècle grèvent lourdement le budget de la communauté. En 1229, l'abbaye d'Hohenbourg est dirigée par une dénommée Werentrude qui succède à Élisabeth de Lutzelbourg morte en 1223. En 1243, le couvent est à nouveau en feu. Sous le règne de l'abbesse , un nouvel incendie se déclare en 1277 au couvent. À peine reconstruit, la forêt voisine brûle à nouveau vers 1301, communiquant le feu à l'abbaye.