Le Lucania est un paquebot britannique appartenant à la compagnie maritime britannique Cunard Steamship Line, construit par la Fairfield Shipbuilding and Engineering Company de Govan, en Écosse, et lancé le jeudi .

Identique en dimensions et spécifications à son sister-ship et navire jumeau, le , le RMS Lucania est l'un des plus grands paquebots à passagers au monde lorsqu'il entre en service en 1893. Lors de son deuxième voyage, il ravit le prestigieux Ruban Bleu à son sister-ship pour devenir le paquebot à passagers le plus rapide au monde, un titre qu'il conserve jusqu'en 1898.

Supplanté par les navires à turbine, il est désarmé à Liverpool, où un incendie le ravage en 1909.

Construction Le financement des navires Lucania et Campania est assuré en partie par l'Amirauté britannique. L'accord prévoit que la Cunard recevra une somme d'argent du gouvernement en échange de la construction de navires conformes aux spécifications de l'Amirauté et à condition que ces navires soient inscrits sur la liste de réserve de la marine pour servir de croiseurs marchands armés en cas de besoin.

Les contrats, signés en , sont attribués à la Fairfield Shipbuilding and Engineering Company, qui est alors l'un des plus importants chantiers navals britanniques. Les plans d'un grand vapeur à deux hélices, propulsé par des machines à triple expansion, sont rapidement élaborés, et la construction commence en 1891, seulement 43 jours après la commande de la Cunard. Une surveillance spécifique est assurée par le Lloyd's Register.

La marraine est la . La presse française évoque en 1897 un coût de , et les américains, en 1909, de .

Le Lucania porte le 102105, son code est NDBM et il est immatriculé à Liverpool.

Description Les registres de la Lloyds indiquent que le Lucania a une longueur de , un maître-bau de , un creux de et un franc-bord de . Le tirant d'eau est donc de . Son tirant d'air est d'environ .

Avec GRT et NRT, le Lucania a un déplacement de . Il est muni d'une étrave verticale, et de deux mâts de charge.

Outre ses cinq ponts, dont un pont promenade en acier de , le paquebot a un gaillard d'avant de et une dunette de .

gauche|vignette|Passerelle de commandement du Lucania.À gauche, les télégraphes de la machine et de l'amarrage. La passerelle de commandement se situe à au-dessus de la ligne de flottaison. Les télégraphes de la machine et de l'amarrage sont fabriqués par Chadburn & Son à Liverpool.

Le Lucania est muni d'un water-ballast cellulaire à double fond de et d'une capacité de . C'est une sécurité supplémentaire en cas d'échouage.

Par ailleurs, le Lucania dispose de 16 compartiments étanches transversaux, dont les cloisons sont séparées d'au maximum (pour les machines) et plus rapprochées vers l'avant, plus sujet aux collisions. Leurs portes étanches peuvent être fermées manuellement sur ordre télégraphique depuis la passerelle. Le Lucania peut rester à flot même si deux compartiments sont inondés, conformément aux prescriptions du Bulkhead Committee.

Le Lucania dispose de 20 canots de sauvetage.

Sur le Lucania, il faut de fils pour câbler les lustres de 16 ampoules, ainsi qu'un projecteur pour les entrées de nuit.

Centrale électrique gauche|vignette|Salle des machines du Lucania

L'objectif du Lucania et du Campania est d'être les plus rapides paquebots sur l'Atlantique. Pour cela, ils sont équipés des plus grandes machines à vapeur à triple expansion jamais installées sur un navire de la Cunard. Ces machines sont alors les plus grandes au monde et figurent encore aujourd'hui parmi les plus imposantes de ce type jamais construites. Hautes de , elles s'élèvent du double plancher de la salle des machines presque jusqu'au sommet de la superstructure, soit sur plus de cinq ponts.

Cylindres Chaque machine comporte cinq cylindres, dont deux cylindres haute pression de de diamètre chacun, un cylindre à pression intermédiaire mesurant de diamètre, et deux cylindres basse pression, mesurant chacun de diamètre. Ils fonctionnent avec une course de piston de . Ils développent une puissance nominale totale de , l'équivalent de .

Chaudières Pour faire fonctionner ces cylindres, douze chaudières écossaises leur fournissent une vapeur à une pression de (12,56 kg/cm2).

Chacune de ces chaudières mesure sur . Elles sont à double extrémité, et à chaque extrémité, 4 foyers permettent l'alimentation en charbon.

Machines Ces chaudières doubles forment deux rangées de trois qui constituent les deux machines. Chaque machine est située dans un compartiment étanche séparé de l'autre machine par une soute transversale. En cas de brèche dans la coque à cet endroit, une seule salle des machines sera inondée et le navire pourra toujours utiliser le moteur adjacent.

Hélices et vitesse Les machines entrainent deux hélices tripales. Le moyeu des hélices est en acier, mais leurs pales sont en bronze manganèse, chacune pesant . Les arbres des hélices sont protégés dans des protubérances de la coque. La tôle du safran du gouvernail est en une pièce. Elle vient des usines Krupp à Essen. L'appareil à gouverner est fait dans l'hypothèse d'une utilisation en tant que croiseur auxiliaire.

Le paquebot atteint la vitesse moyenne de et une vitesse record de . La vitesse de fonctionnement normale des moteurs est d'environ .

Cheminées Les deux cheminées ont un diamètre intérieur de . Distantes de , elles s'élèvent à au-dessus du fond du navire.

Autres chaudières Les deux paquebots ont encore une chaudière à foyer unique de x pour les machines auxiliaires, ainsi qu'une chaudière auxiliaire à foyer unique de x .

Hébergement des passagers gauche|vignette|Manuel remis aux passagers du RMS Lucania et du RMS Campania vignette|Bibliothèque du Lucania À leur époque, ces deux navires offrent les aménagements de première classe les plus luxueux qui soient . Selon l'historien maritime Basil Greenhill, dans son ouvrage Merchant Steamships, les intérieurs du Campania et du Lucania représentent l'opulence victorienne à son apogée – l'expression d'une époque prospère et pleine de confiance qui ne sera jamais tout à fait égalée sur aucun autre navire. Greenhill fait remarquer que les intérieurs des navires ultérieurs dégénèrent en « vulgarité grandiose, la syntaxe classique dégradée en simple jargon ». vignette|Salon de musique du Lucania. Le piano vient de chez Collard & Collard, de Londres. Tous les espaces communs de première classe, ainsi que les cabines avec salle de bains privative du pont supérieur, sont généralement richement lambrissés de chêne, de satiné ou d'acajou et recouverts d'une épaisse moquette. Des rideaux de velours ornent les fenêtres et les hublots, tandis que le mobilier est richement tapissé de tissus assortis. Le style Renaissance française est appliqué au hall d'entrée avant de la première classe, tandis que le fumoir de première classe est de style élisabéthain, avec de lourds panneaux de chêne entourant la première cheminée à foyer ouvert jamais utilisée à bord d'un paquebot. vignette|Salle à manger pour les passagers de première classe du Lucania La pièce la plus prestigieuse à bord est sans doute le salon-restaurant de première classe, d'une hauteur de plus de et mesurant de long sur de large. Au-dessus de la partie centrale de cette pièce se trouve un puits de lumière qui s'élève sur trois niveaux jusqu'à une verrière. Il mesure sur . Il est réalisé dans un style décrit comme « style italien modifié », avec un plafond à caissons blanc et or, soutenu par des colonnes ioniques. Les murs lambrissés sont en acajou d'Espagne, incrustés d'ivoire et richement sculptés de pilastres et de décorations.

L'équipage Le premier capitaine du Lucania est Horatio Mc Kay. Il a sous ses ordres un équipage de 408 personnes : 59 pour la manœuvre, 195 pour les machines et 154 pour le service civil.

Essais en mer Le Lucania effectue ses essais autour de l'Irlande depuis Greenock. Les résultats sont très satisfaisants, notamment concernant les vibrations qui, contrairement au Campania n'ont pas été ressenties.

Records de traversée En 1894, le Lucania signe plusieurs records de traversée entre l'Europe et New York, dans les deux sens . En septembre, le paquebot détient simultanément le record dans les deux sens : 5j 08h 38mn (21,84 nd) vers l'est, et 5j 07h 48 mn (21,75 nd) vers l'ouest .

En , le Lucania passe la barre des (22,01) sur une journée.

Historique du sans fil gauche|vignette|Un des premiers exemples du Cunard Daily Bulletin Le , le Lucania devient le premier paquebot de la Cunard à être équipé d'un système de radiocommunication Marconi. La Cunard procède à un long essai de l'installation, avant de l'installer sur le RMS Campania le . Peu après ces installations, les deux navires rentrent dans l'histoire en échangeant le premier bulletin de glace transmis sans fil.

En , Guglielmo Marconi choisit le Lucania pour mener de nouvelles expériences de télégraphie sans fil et peut rester en contact avec des stations radio de Nouvelle-Écosse et de Poldhu. Il devient ainsi possible de transmettre des informations au Lucania pendant toute la durée de la traversée de l'Atlantique. Le , le Lucania entre de nouveau dans l'histoire en publiant un bulletin d'information à bord, basé sur les informations reçues en mer par télégraphie sans fil. Ce journal, intitulé Cunard Daily Bulletin, devient rapidement une publication régulière et populaire.

La signalisation sous-marine Le Lucania est équipé en 1905 de la signalisation sous-marine, afin de tester ce système qui permet de se repérer même par temps de brouillard par rapport à des bouées, des stations côtières ou des bateaux-phare. Les tests étant bons, la Cunard annonce que sa flotte sera équipée du système.

Incidents de mer Le Lucania a connu peu de problèmes de navigation. En , une lame géante fait deux blessés à bord. La TSF est utilisée à cette occasion. Dans le brouillard, il s'échoue à New York en . En , au départ de New York, il s'échoue pour éviter une collision, mais il peut dégager par ses propres moyens et repartir.

Passagers notables En 1897, le règlement des compagnies maritimes interdisant que des enfants montent à bord sans leurs parents, deux orphelins de fraîche date, âgés de 3 et 5 ans, devant rejoindre leur famille en Écosse, se voient refuser le passage par plusieurs compagnies. Ils sont finalement logés dans la cabine du capitaine du Lucania durant leur voyage vers l'Europe.

Comme nombre de paquebots, le Lucania sert au transport d'or : vers l'Europe en , en (le total de cette semaine-là s'élève à ).

À son décès en 1897, Mme Elijah Carson a durant trente ans effectué 250 traversées de l'Atlantique. Elle n'avait raté aucune des traversées du Lucania depuis son lancement en 1894.

La criminelle française Gabrielle Bompard, après sa libération en 1903, voyage sur le Lucania en vers les États-Unis. Elle est refoulée à son arrivée à New York. Elle fait appel. Quand la décision du rejet de cet appel arrive, le Lucania vient de lever l'ancre pour Liverpool. Les autorités affrètent spécialement le remorqueur Edna pour la rembarquer sur le Lucania. Elle arrive à Liverpool le , avant de rentrer en France.

En , les chanteuses d'opéra Nellie Melba et Eleanor Russell se rendent aux États-Unis sur le Lucania pour la saison hivernale.

En , le Lucania transporte le financier américain .

Déclin vignette|Le Lucania en mer