Les Sakalava sont un groupe ethnique de Madagascar qui occupe la majeure partie de la frange côtière occidentale de l'île, depuis la région de Tuléar au sud, jusque dans la région du Sambirano au nord. Ils représentaient environ 40 % de la population de Mayotte, avec quelques Antalotes, mais cette proportion a chuté très rapidement à cause de l'exode clandestin sur l’île en provenance des Comores. Effectivement, passé à travers l'arabe Saqāliba puis les Malgaches, ce qui semble plus probable que l'étymologie populaire, « Ceux des grandes plaines ». En français, il apparait comme Suculambes (1616), Souklaves (1719) puis Séclaves (1774). D'après l'origine du nom d'ethnie, on observe plusieurs noms variantes : Saclave, Sakalava, Sakalavas, Sakalave, Sakalaves, Séclave.
Différents types de Sakalava et leurs territoires Les Sakalava répartissent sur les côtes ouest de l'île, spécifiquement dans la région de Mahajanga et de Sambirano et enfin du Menabe. Le territoire sakalava se subdivise en plusieurs régions. La population s’étend au sud-ouest de Madagascar — les Sakalava du Menabe —, le long de la côte ouest — ce sont les Sakalava du Boina ou bien par une autre appellation Boeny —, ainsi qu’au nord-ouest de la côte — ce sont les Antalaotra et les Antakarana.
Au sein de ce groupe, il existe plusieurs sous-groupes, chacun ayant ses propres caractéristiques culturelles, linguistiques et historiques.
Il y a deux ethnies Sakalava à Madagascar : l’ethnie Sakalava du Boina et l'ethnie Sakalava du Menabe. Les Sakalava du Boina sont les peuples du nord de Madagascar, plus précisément de Diego, de Nosy be, d’Ambanja, de Vohemar et d’Ambatoboeny (dans la province de Majunga) ainsi que Maintirano, Besalampy, Soalala, Mitsinjo, Namakia, Marovoay, Morafeno bé. Les Sakalava du Menabe sont originaires du sud et du sud-ouest de Madagascar, en particulier à Morondava, Miandrivazo, Mahabo (province de Tuléar).thumb|left|240px|Côte rocheuse en pays Sakalava.
Histoire
vignette|Sakalava. Cuillères remplaçant l'instrument appelé Kayamba »(Exposition coloniale de 1931).
Origine austronésienne commune à toute l'île : les Vahoaka Ntaolo-Vazimba et Vezo ( - 1500) thumb|Vaγimba - « ceux de la forêt » en proto-Barito du Sud-Est (ancienne langue austronésienne parlée notamment à Bornéo).
Les nombreuses recherches pluridisciplinaires récentes confirment toutes que l'ensemble du peuple malgache est primordialement originaire de l'archipel indonésienPatrice Rabe, Quotidien Midi Madagasikara, édition du 24 septembre 2008. Arrivés probablement sur la côte ouest de Madagascar en (waka) au début de notre ère — voire avant selon les archéologuesBurney et al, op.cit.) —, ces pionniers navigateurs austronésiens sont connus de la tradition orale malgache sous le nom des Ntaolo (de *(n)ta(u/w) - *olo - « les hommes d'avant », « les anciens », de *(n)ta(u/w)-« hommes » et *olo- « premier », « origine », « début », « tête » en proto-Malayo-Polynésien (MP) Randriamasimanana, « The Malayo-Polynesian Origin of Malagasy » [Lire en ligne] ). Il est pareillement possible que ces anciens se nommassent eux-mêmes les Vahoaka (de Va-*waka « peuple/ceux des canoës » ou « Communauté de la mer », de *waka-« canoë (à balancier) » en proto-MP), terme signifiant simplement aujourd'hui « ethnie » en malgache.
Sur le plan morphologique/phénotypique, cette origine Sud-Est asiatique première des Malgaches explique, par exemple au niveau des yeux, pli épicanthique répandu chez tous les Malgaches, qu'ils soient des côtes ou des hauts plateaux, qu'ils aient la peau claire, sombre ou cuivrée (cf. par exemple ci-dessus la photo de l'homme Sakalava du présent article).
Ces vahoaka Ntaolo (« peuple d'origine/premier ») austronésiens sont à l'origine de la langue malgache commune à toute l'île« Dans la langue malagasy, nous constatons d'étroites connexions avec l'idiome Maanyan parlé par la population de la vallée de Barito dans le sud de Bornéo », Mathew Hurles du Welcome Trust Sanger Institute, ainsi que de tout le fonds culturel malgache commun : coutumes anciennes (comme celle d'ensevelir les défunts dans une pirogue au fond de la mer ou d'un lac), agriculture ancienne (la culture du taro-saonjo, de la banane, de la noix de coco et de la canne à sucre), l'architecture traditionnelle (maison végétale à base carrée sur pilotis), la musique (les instruments comme la conque marine antsiva, le tambour de cérémonie hazolahy, le xylophone atranatrana, la flûte sodina ou encore la valiha) et la danse (notamment la « danse des oiseaux » que l'on retrouve à la fois au centre et dans le Sud)Pour l'historien Édouard Ralaimihoatra, ces Autronésiens qu'il appelle de manière globale les Vazimbas -sans faire le distinguo entre ceux des côtes, les Vezo, et ceux de la forêt de l'intérieur, les Vazimba- ont « apporté dans l'île le fond de la langue malgache et des techniques d'origine indonésienne : pirogues à balanciers, rizières inondées, cases en bois équarris ou en branchage construites sur pilotis, villages édifiés sur les hauteurs entourés de fossés, etc. Ce fond a reçu des apports résultant d'échanges humains entre l'Afrique et Madagascar, grâce à la navigation arabe entre les côtes de l'Arabie, de l'Afrique orientale et de la Grande Ile (Ralaimihoatra E., « Les Primitifs malgaches ou Vazimba », in Histoire de Madagascar)..
Au tout début du peuplement, période appelée « paléomalgache », les Ntaolo se scindent, selon leurs choix de subsistance en deux grands groupes : les Vazimba (de *ba/va-yimba-« ceux de la forêt », de *yimba-« forêt » en proto sud-est Barito (SEB), aujourd'hui barimba ou orang rimba en malaisSimon P. (2006), ) qui s'installèrent -comme leur nom l'indique- dans les forêts de l'intérieur et les Vezo (de *ba/va/be/ve-jau, « ceux de la côte » en proto-Malayo-Javanais, aujourd'hui veju en bugis et bejau en malais, bajo en javanaisSimon P. (2006), ibid., ) qui restèrent sur la côte ouest.
Le qualificatif Vazimba désignait donc à l'origine les Ntaolo chasseurs et/ou cueilleurs qui décidèrent de s'établir « dans la forêt », notamment dans les forêts des hauts plateaux centraux de la grande île et celles de la côte est et sud-estRafandrana, un des ancêtres de la dynastie royale merina, par exemple, est connu pour avoir été un Vazimba (Callet, 1908). Les deux reines fondatrices de la royauté Merina, Rafohy et Rangita, étaient désignées comme Vazimbas. Comme la plupart des Austronésiens, les chefs Ntaolo (Vazimbas et Vezos) de Madagascar avaient pour coutume de placer les corps de leurs défunts dans des pirogues et de les enfouir dans des lacs artificiels (Vazimbas de l'intérieur) ou dans la mer (Vezos des côtes), tandis que les Vezo étaient les Ntaolo pêcheurs qui restèrent sur les côtes de l'Ouest et du Sud (probablement les côtes du premier débarquement)Simon P. (2006), ibid., .
Période féodale malgache : naissance des grands royaumes (1600-1895)
Dès la fin du premier millénaire jusqu'à 1600 environ, les Vezo des côtes autant que les Vazimba de l'intérieur accueillirent de nouveaux immigrants moyen-orientaux (Perses Shirazi, Arabes Omanites, Juifs arabisés), africains (Bantus) et orientaux (Indiens Gujarati, Malais, Javanais, Bugis) voire européens (Portugais) qui s'intégrèrent et s'acculturèrent à la société Vezo et Vazimba, souvent par alliance matrimoniale. Bien que minoritaires, les apports culturels, politiques et technologiques de ces nouveaux arrivants à l'Ancien Monde Vazimba et Vezo modifièrent substantiellement leur société et seront à l'origine des grands bouleversements du qui conduiront à l'époque féodale malgache.
À l'intérieur des terres, les luttes pour l'hégémonie des différents clans Vazimba des hauts plateaux centraux (que les autres clans Vezo des côtes appelaient les Hova) aboutirent à la naissance des grands royaumes Merina, Betsileo, Bezanozano, Sihanaka, Tsimihety et Bara.
La naissance de ces grands royaumes « néo-Vazimba »/« néo-Vezo » modifia essentiellement la structure politique de l'Ancien Monde des Ntaolos, mais la grande majorité des anciennes catégories demeurèrent intactes au sein de ces nouveaux royaumes : la langue commune, les coutumes, les traditions, le sacré, l'économie, l'art des anciens demeurèrent préservées dans leur grande majorité, avec des variations de formes selon les régions. thumb|Village austronésien avec levu sur pilotis (*levu-« maisons » en proto-austronésien qui a donné en malgache an-devu -« à la maison ») : tous les villages des ntaolo vazimba et vezo de Madagascar étaient probablement similaires au premier millénaire. On retrouve d'ailleurs encore ce modèle aujourd'hui sur toutes les côtes de la grande île et dans les zones intérieures reculées (forêts).
Fondation du royaume sakalava Selon Vincent Huygues-Belrose, l'histoire du royaume Sakalava est liée aux premiers navigateurs venant des pays arabes qui ont accosté au nord de Madagascar. Après quelques années, quelques-uns ont changé de résidence et sont partis vers le sud-Est, à Vohipeno et ont fondé le royaume des Antemoros. Ensuite, au début du , Andriamandazoala, descendant des Antemoros s'installaient dans le sud-ouest, à Ampanihy pour faire de l'élevage. Il prend une épouse du foko (clan) Masikoro, a eu un enfant qui devient la descendant des Maroseranana. Au également, les Maroseranana partent dans le Nord-Ouest, pour habiter et s'occuper de leur élevage à « Bengy » ou des chèvres. Après quelque temps, le Maroseranana prend une épouse du clan Mahafaly et a eu un enfant qui s'appelle Andriandahifotsy.
Selon les Coutumes, les chefs d'Ethnie (andriana) fondateurs du royaume sakalava étaient les princes maroseraña ou maroseranana (ceux possédant de nombreux ports) de la région de Fiherenana, actuel Tuléar. Ces derniers seraient eux-mêmes issus des clans zafiraminia du sud-est de l'île que beaucoup considèrent comme des Blancs, peut-être d'origine arabe. La question qui se pose : sont-ils en contact avec les traitants européens de qui ils obtiennent des armes, en échange avant tout d’esclaves ? Ils soumettent rapidement les autres princes du voisinage, d'abord ceux du sud, en zone mahafaly. Le fondateur royal de la force sakalava était Andriamandazoala, dont le neveu, Andriandahifotsy (« le Prince blanc »), fils de sa sœur avec un blanc ou un arabe, étend ensuite l'autorité vers le nord jusqu'au-delà du Mangoky. À leur tour, les deux successeurs de ce dernier, Andriamanetiarivo et Andriamandisoarivo poursuivaient leur conquête jusque dans la région de Tsongay, proche de l'actuelle commune de Mitsinjo, puis vers Boina ou Boeny. Cependant à cette époque, l'unité de l'empire se brise, à un royaume du sud ou Menabe s'oppose le Boina du Nord. Par la suite, le morcellement continue encore, malgré une extension de la puissance des princes du Boina jusque dans l'extrême nord, dans la région Nord antankarana.
Son plan de formation permet ainsi d'expliquer la grande diversité du monde sakalava dont les diverses parties continuent partout à perpétuer les particularités d'origine de chaque région, que ce soit du point de vue culturel ou linguistique. Sur ce dernier plan, le seul véritable facteur qui unifie les différents dialectes sakalava est leur commune appartenance au sous-groupe occidental des langues de Madagascar, les distinguant des langues du centre et du littoral oriental.
L'origine même du nom sakalava, ainsi d'ailleurs que sa véritable signification, fait encore l'objet de controverses. Ainsi, les traditions Merinas font état de multiples harcèlements de bandes'sakalaves contre leurs villages dès le et durant tout le , mais sans que l'on puisse s'assurer que ces dernières avaient un rapport direct avec les habitants des royaumes de la côte. En fait, il semblerait surtout que, dans ce cas, ce terme servait d'appellation générique pour désigner toutes les populations nomadisant dans les territoires peu habités entre le pays merina et le littoral occidentaux de l'île.