(en grec : ) dit traditionnellement « Copronyme » (, c'est-à-dire « au nom de merde », ou « dont le nom est de merde »Du grec ancien 'κόπρος' « excrément » et de 'ὄνομα' « nom ». Surnom dont il est définitivement affublé au lendemain du deuxième concile œcuménique de Nicée (787) qui condamne solennellement l'hérésie iconoclaste dont il a été un des plus ardents propagateurs.), « Caballinos » ou « l'Ordurier », né en à Constantinople et mort le , est un empereur byzantin de 741 à 775. Il est le fils de et de son épouse Marie, et est proclamé co-empereur par son père dès .
Très tôt associé au trône par son père, il ne parvient que difficilement à lui succéder. Il est en effet immédiatement contesté et brièvement renversé par Artabasde entre 741 et 743. Par la suite, il reprend l'entreprise de consolidation de l'Empire menée par son père. Réformant l'armée, il reconstitue des régiments permanents, les tagmata, basés à Constantinople pour mieux protéger l'empereur et participer à ses campagnes militaires. Sans parvenir à faire cesser les raids des musulmans, il profite des troubles qui accompagnent l'éviction des Omeyyades pour stabiliser la frontière orientale et reprendre certaines positions, tout en déplaçant les populations les plus exposées le long de la frontière occidentale de l'Empire, face aux Bulgares et aux Slaves. Il parvient ainsi à consolider la domination byzantine sur la Thrace et la Macédoine et remporte plusieurs victoires significatives sur les Bulgares. Sans parvenir à les vaincre ni à les soumettre, il affirme la capacité de résistance byzantine sur ce front. En revanche, ces efforts significatifs sur deux fronts l'empêchent de déployer des troupes pour sauver l'exarchat de Ravenne, conquis par les Lombards en Italie en 751. Au-delà, le règne de connaît un net recul de l'influence byzantine sur la péninsule, symbolisé par l'alliance entre la papauté et le royaume des Francs de Pépin le Bref.
Ces réussites dans la protection des frontières les plus stratégiques de l'Empire permettent à de déployer des efforts importants pour réaffirmer la place de l'iconoclasme. Cette doctrine contestée, imposée par son père, est consacrée par le concile de Hiéreia en 754, convoqué par l'empereur. Par la suite, plusieurs accès de violence sont attestés à l'égard des opposants de , notamment autour de l'année 766. Souvent interprétés par les chroniqueurs de l'époque comme des manifestations d'un iconoclasme radical et intolérant, il semble surtout qu'il faille y voir une répression au moins autant politique que religieuse. Encore aujourd'hui, bien des aspects de la théologie de restent mal définis, notamment ses rapports avec le monachisme.
Plusieurs fois marié, il a de nombreux fils et filles, dont , qui lui succède à sa mort en 775. Au terme d'un règne de plus de trente ans, a laissé une trace très ambivalente. Sa promotion parfois radicale de l'iconoclasme, finalement rejeté par les autorités impériales dans les décennies ultérieures, lui vaut une condamnation sans appel par les défenseurs des images, qui n'hésitent pas à le vilipender et à l'insulter dans leurs écrits. En revanche, aucun texte émanant du courant iconoclaste ne nous est parvenu, ce qui affecte d'un déséquilibre l'étude du règne de . Pourtant, au-delà de la caricature parfois grossière de cet empereur, symbolisée par les surnoms orduriers qui lui sont associés, les historiens modernes réévaluent souvent son action de façon positive. Dans la continuité de son père, il incarne l'œuvre restauratrice de la dynastie isaurienne confrontée au défi de la consolidation d'un Empire gravement affaibli, même si sa tendance répressive est réelle et parfois violente.
Sources vignette|upright|Icône représentant Théophane le Confesseur, principale source contemporaine du règne de , qu'il critique violemment en raison de son iconoclasme.|alt=Photographie d'une icône d'un vieil homme en tenue religieuse. L'appréhension du règne de est rendue difficile par deux éléments. Tout d'abord, depuis la grave crise du milieu du , l'Empire a connu un déclin de sa vie intellectuelle, marquée par la raréfaction de la production écrite rapportant les événements de cette période, parfois qualifiée de siècles obscurs. Plus encore, presque tous les récits ayant survécu ont été écrits ou inspirés par des auteurs iconodules, c'est-à-dire hostiles à l'iconoclasme parfois radical professé par . Il est alors vivement critiqué, voire insulté, et ses réalisations minorées, alors que les écrits iconoclastes sont invariablement détruits. Certaines périodes sont aussi très peu évoquées par les chroniqueurs, en particulier les premières années du règne de Constantin, traitées très sommairement. De ce fait, toute étude de son règne nécessite une distanciation vis-à-vis des sources de l'époque. Parmi celles-ci, la principale reste la chronique de Théophane le Confesseur, un moine qui vit entre 759 et 817 ou 818 et dont le travail est au moins en partie influencé par celui de Georges le Syncelle. Il est un quasi-contemporain du règne de mais son rejet de l'iconoclasme en fait l'un des plus fervents adversaires de l'empereur, qu'il vilipende fermement, d'autant qu'il écrit après la fin du premier iconoclasme, sous Irène l'Athénienne puis . Le patriarche Nicéphore, actif au début du a aussi rédigé un récit historique (le Breviarium) plus bref, qui s'étend jusqu'à 769 et fournit donc des éléments intéressants sur le règne de , même si son refus de l'iconoclasme induit là aussi un biais. La chronique de Georges le Moine, plus tardive, reprend largement celle de Théophane mais se montre parfois plus virulente encore contre les iconoclastes.
Seul écrit significatif qui présente une certaine pondération à l'égard de Constantin, un manuscrit à propos des miracles de Théodore Tiron semble avoir été rédigé plus ou moins au moment du règne de et il ne fait pas état de la plupart des griefs énoncés à son encontre alors même qu'il est d'inspiration iconodule. Il utilise d'ailleurs les formules classiques destinées aux empereurs soulignant qu'il est aimé du Christ et protégé par Dieu. Même les actes du concile de Hiéreia n'ont survécu qu'au travers de sa profession de foi (l’Horos), réfutée par le . Enfin, il faut mentionner les fragments d'un écrit rédigé par Constantin lui-même, les , destiné à exposer sa vision de l'iconoclasme mais dont seuls des passages utilisés par ses opposants, comme le patriarche Nicéphore, pour mieux les réfuter, ont traversé les siècles, paragraphe 12..
Les textes à dimension religieuse, dont la principale limite reste leur refus systématique de l'iconoclasme, prédominent sur les chroniques historiques et prennent souvent la forme d'hagiographies. La Vie d’Étienne le Jeune en est un exemple et illustre notamment la répression de Constantin à l'égard des plus fervents iconodules. Elle a inspiré plusieurs récits similaires, dont la véracité reste sujette à caution comme la Vie de Nicétas de Médicion, plus tardiveSur le sujet des hagiographies comme sources textuelles, voir .. Un texte anonyme, l’ est directement dirigé contre et a subsisté en deux versions. Ce document est probablement écrit en dehors des frontières de l'Empire, sa date autant que son auteur restent incertains.
Quelques textes extérieurs à l'Empire byzantin apportent des éclairages différents sur Constantin. Si les écrits latins sont souvent influencés par Théophane le Confesseur, une légende évoquée dans le manuscrit Gesta episcoporum Neapolitanorum fait référence à un combat légendaire qui aurait opposé l'empereur à un lion et un dragon.. Autrement, l'essentiel des correspondances diplomatiques entre l'Empire et les Carolingiens ou la papauté a disparu, sauf les lettres pontificales. Néanmoins, le Liber Pontificalis ou les Annales regni Francorum y font référence, 217-219.. Les sources orientales, longtemps négligées et mises en avant par Stephen Gero, ont l'avantage d'être moins marquées par le biais iconodule des auteurs byzantins. La Chronique de Zuknin, dont le récit se termine par la mort de , est ainsi particulièrement favorable à ce dernier et à son père. Les sources arabes détaillent aussi mieux la chronologie des conflits arabo-byzantins sous , en particulier Al-Yaqubi ou Al-Balâdhurî..
Vers le pouvoir
Constantin vit à une période clé de l'Empire byzantin, celle de la dynastie isaurienne, qui s'empare du trône en 717, alors que la survie même de Byzance est mise en jeu après une longue période de guerre civile et le choc de l'expansion de l'islam qui lui a fait perdre l'essentiel de ses provinces orientales. Son père, , parvient après plus de vingt ans de règne à sauvegarder l'Empire et à l'engager dans une période de réforme profonde, notamment sur le plan religieux, avec l'instauration de l'iconoclasme, soit le rejet du culte des images.
Jeunesse vignette|Carte de l'Empire byzantin sous . La souveraineté byzantine sur certaines régions de Grèce est alors contestée par l'installation des Slaves.|alt=Carte montrant l'extension territoriale de l'Empire byzantin au début du . thumb|gauche|L’un des premiers miliarésions frappé sous pour célébrer le couronnement de son fils, . L'absence de figure humaine et la prédominance de la croix préfigurent l'iconoclasme. Cette iconographie iconoclaste, qui met l'accent sur la croix, est aussi une manière de se lier à la légende de Constantin le Grand dont l'image est fortement liée à la croix.. Constantin naît à Constantinople en 718, au moment de la fin du second siège arabe de Constantinople. La date exacte de sa naissance reste incertaine car Théophane le Confesseur cite les premiers jours du mois de septembre et Nicéphore la mi-juilletIlse Rochow plaide pour la version de Théophane mais d'autres historiens estiment qu'elle est trop influencée par le dédain du chroniqueur pour l'empereur. Dans le premier cas, il vient au monde après la défaite des musulmans alors que dans le second, sa naissance coïncide presque avec la victoire décisive des Byzantins et peut donc y être associée ().. Il est le fils du nouvel empereur et de sa femme Marie. Dès ses deux ans, il est couronné comme coempereur. C'est une pratique classique de la tradition politique byzantine, consistant à associer du vivant de l'empereur son successeur désigné pour faciliter la succession dans un système où la légitimité dynastique demeure fragile. Néanmoins, dans les faits, c'est bien qui exerce le pouvoir. Constantin est couronné par le patriarche et, pour commémorer l'événement, fait battre une pièce en argent nouvelle, le miliarésion, valant un douzième d'un nomisma et qui s'intègre dans le système monétaire impérial. Sur les nomismata en or, est aussi représenté mais à l'avers, rompant avec la tradition iconographique qui consiste à représenter le coempereur au côté de l'empereur principal. Le portrait de remplace alors la figure traditionnelle de la croix sur un piédestal, désormais réservée aux pièces en argent.
En parallèle, doit aussi composer avec le général arménien Artabasde, stratège des Arméniaques et qui l'a accompagné dans sa prise du pouvoir. Marié à la fille de Léon, il est parfois perçu comme un candidat potentiel pour lui succéder. Constantin est marié à Tzitzak en 732, alors qu'il n'a que quatorze ans. Baptisée Irène au moment de son baptême, elle est une fille du khagan des Khazars, la puissance dominante de la steppe eurasiatique, qui constitue un allié de poids pour les Byzantins. Il est alors rare qu'un membre de la famille impériale épouse une étrangère, ce qui démontre la volonté des Byzantins d'une alliance solide contre les Arabes. En 740, Constantin est mentionné comme accompagnant son père lors de la bataille d'Akroinon, dont la victoire contre les musulmans a un fort rejaillissement dans l'Empire après des décennies de reculs face à eux.