vignette|upright=1.2|Chromolithographie illustrant la proclamation de la République portugaise le 5 octobre 1910 (dessin de Cândido da Silva).
La proclamation de la République portugaise est le résultat du coup d'État organisé par le Parti républicain portugais. Plus connue sous le nom de révolution du , ce bouleversement politique et social entraîne la fin de la monarchie constitutionnelle, par le renversement du roi , et l'installation le jour même d'un régime républicain au Portugal.
La soumission du pays aux intérêts coloniaux britanniques Implantação da República, publié par Infopédia (30 août 2010), les dépenses de la famille royale; article "A Ditadura de João Franco e a autoria moral e política de D. Carlos" publié par avenidadaliberdade.org (30 août 2010), la puissance de l'Église, l'instabilité politique et sociale, le système d'alternance au pouvoir des deux principaux partis politiques (progressistes et régénérateurs), la dictature de João Franco João Franco, publié par Vidas Lusófonas (30 août 2010). et l'apparente incapacité à accompagner le progrès contribuèrent au processus d'érosion de la monarchie portugaise ; 1ª Republica - Dossier thématique s'adressant aux écoles, publié par Rede Municipal de Bibliotecas Públicas do concelho de Palmela (30 août 2010). dont les partisans républicains surent tirer parti article "5 de Outubro de 1910: a trajectória do republicanismo", publié par In-Devir (30 août 2010).. Le Parti républicain se présentait ainsi comme le seul parti proposant un programme capable de rendre au pays tout son prestige et de le conduire sur la voie du progrèsÀ ce propos, voir le livre de Antero de Quental "Prosas sócio-políticas" publié et présenté par Joel Serrão aux éditions "Imprensa Nacional-Casa da Moeda" (Lisbonne-1982- page 248) cité dans la section "Le Parti Républicain Portugais" de cet article..
La République fut proclamée à 9 heures du matin, le , depuis le balcon de la mairie de Lisbonne, à la suite des réticences de l'infanterie à combattre les quelque soldats et marins révoltés, dans la nuit du 3 au Primeira República - Biografia de João de Canto e Castro, publié par www.leme.pt (30 août 2010)..
Teófilo Braga prit la tête d'un gouvernement provisoire jusqu'à l'adoption de la Constitution de 1911, qui marqua le début de la Première République Constituição de 1911 - Infopédia publié par www.infopedia.pt (9 septembre 2010). Parmi les nombreux changements portés par la République, soulignons celui des symboles nationaux que sont l'hymne et le drapeau, toujours en vigueur depuis.
Antécédents L'expansion coloniale bloquée dans le Sud de l'Afrique
thumb|left|La carte rose à l'origine de l'ultimatum britannique de 1890.
Le , le gouvernement britannique de Lord Salisbury envoie au gouvernement portugais un ultimatum ; Política: O Ultimato Inglês e o 31 de Janeiro de 1891, publié par "Soberania do Povo" (30 août 2010) sous la forme d'un mémorandum. Il exige le retrait des forces militaires portugaises, commandées par le major Serpa Pinto, occupant le territoire compris entre les colonies portugaises d'Angola et du Mozambique (actuels Zimbabwe et Zambie). Cette zone était alors revendiquée par le Portugal comme le prouvait la carte rose; article "Ultimatum de 1890" publié par "Almanaque da República" (27 août 2010)..
La promptitude portugaise à céder aux exigences britanniques est vécue comme une humiliation nationale par une grande partie de la population et des élites Trinta e Um de Janeiro de 1891, publié par Infopédia (30 août 2010).. Cet événement déclenche une profonde vague de mécontentement envers le nouveau roi, Charles de Portugal, la famille royale et les institutions monarchiques, considérés comme responsables de l'entrée en décadence du pays.
La situation s'aggrave avec la sévère crise financière intervenue entre 1890 et 1891 : les versements des émigrants du Brésil chutent de 80 % à la suite de la proclamation de la première république au Brésil CAVENDISH, Marshall: World and Its Peoples, éd.Marshall Cavendish (2009), .. Si le gouvernement monarchique suit avec inquiétude la situation au Brésil Homem, Amadeu Carvalho, Armando Malheiro da Silva, Artur Cesar Isaia: Progresso e religião: a república no Brasil e em Portugal 1889-1910, éd.Imprensa da Univ. de Coimbra, (2007), ., les partisans républicains s'en réjouissent LIVERMORE, H. V., « Portugal: a traveller's history », éd.Boydell Press (2004), GALLAGHER, Tom: Portugal: a twentieth-century interpretation, éd.Manchester University Press ND (1983), .. Ils sauront capitaliser sur ce mécontentement ; le nombre de leurs partisans ne va pas cesser d'augmenter et leur base sociale s'élargir jusqu'au renversement du régime Paulo Vicente : O 5 de Outubro de 1910: a trajectória do republicanismo, publié par In-Devir (27 août 2010) : .
Le , le gouvernement progressiste tombe, le chef du parti régénérateur, António de Serpa Pimentel, est nommé pour former un nouveau gouvernement Chefes do Governo desde 1821, sur página do Governo da República Portuguesa (2009), (26 septembre 2010). Le parti progressiste, contestant l'accord colonial passé avec les BritanniquesRamos, Rui, «A «Vida Nova»», Círculo de Leitores, História de Portugal volume 6, 292, juillet 1993. ., se lance alors dans une attaque contre le roi, allant jusqu'à voter en faveur des candidats républicains lors de l'élection de .
Alimentant une ambiance quasi insurrectionnelle, le jeune António José de Almeida, futur président de la République, alors étudiant de l'université de Coimbra, publie un article, le , intitulé Bragance, le dernier Antigos Presidentes: António José de Almeida, publié par Página Oficial da Presidência da República Portuguesa (30 août 2010). (en référence à la dynastie royale). Cet article jugé calomnieux envers le roi lui vaudra une peine de prison.
thumb|upright=0.7|Plaque commémorative du mouvement du à Porto.
Le , le vieil explorateur Silva Porto, figure historique de l'exploration africaine, s'immole par le feu, enveloppé dans un drapeau portugais, dans la région de Kuito en Angola. Son geste vise à dénoncer l'échec des négociations entre les responsables angolais et les troupes portugaises de Paiva Couceiro. Celles-ci stationnaient dans la région malgré les promesses de Silva Porto. Paiva Couceiro attribuera ce suicide à l'ultimatum. L'émoi national profite encore aux républicains Maria Emília Madeira Santos: « Silva Porto e os problemas da África portuguesa no século XIX », Série Separatas, Centro de Estudos de Cartografia Antiga, Coimbra, Junta de Investigações Científicas do Ultramar (1983), , volume 149; une foule immense assiste à ses funérailles à Porto René Pélissier: Campanhas coloniais de Portugal, 1844-1941 Estampa (2006), , . Le est mis en vente le Finis Patiae de Guerra Junqueiro, qui ridiculise la figure du roi Política externa e política interna no Portugal de 1890: o Ultimatum Inglês, de Nuno Severiano Teixeira, publié par Análise Social - Instituto de Ciências Sociais da Universidade de Lisboa (30 août 2010)..
Le , la ville de Porto assiste à un soulèvement militaire contre la monarchie constitutionnelle, A revolta de 31 de Janeiro de 1891 publié par Livra Portugal (30 août 2010).. Les insurgés, qui ont pour hymne une chanson à caractère patriotique composée en réaction à l'ultimatum britannique, A Portuguesa, s'emparent du Palais du Conseil. À son balcon, le journaliste et homme politique républicain, Augusto Manuel Alves de Veiga, proclame l'implantation de la République au Portugal et hisse le drapeau rouge et vert du Centre démocratique fédéralUn grand cercle vert au centre sur un fond rouge ; ce drapeau est aujourd'hui exposé au Musée National de Soares dos Reis, à Porto.. Mais le mouvement est étouffé peu après par la Garde Municipale, restée fidèle au gouvernement. On comptera 12 morts et 40 blessés. Les révoltés capturés sont jugés; 250 sont condamnés à des peines allant de 18 mois à 15 ans de déportation en Afrique 1891: Revolta militar de 31 de Janeiro, no Porto publié par Farol da Nossa Terra (30 août 2010).. La chanson A Portuguesa est interdite.
Malgré cet échec, la révolte du est la première vraie menace vécue par le régime monarchique. Elle annonce ce qui finira par arriver presque deux décennies plus tard 31 de Janeiro (Centenário da República) (4 septembre 2010) par Carlos Loures: Le soulèvement militaire du 31 janvier 1891, à Porto, fut la première tentative de renverser le régime monarchique par la force. Depuis 1880 et les célébrations du tricentenaire de Camões, l'idéal républicain et la capacité d'organisation de ses militants allaient croissant, jusqu'au sein des Forces Armées, faisant craindre une rébellion. [...] Ayant échoué sur le plan militaire [...], le mouvement du 31 janvier fut, pour ainsi dire, une victoire historique, en devenant une date fétiche, un symbole, pour les républicains qui finiraient pas triompher 19 ans plus tard.
Parti républicain portugais thumb|gauche|Teófilo Braga.
Le mouvement révolutionnaire du fait suite à l'intense activité doctrinaire et politique menée par le Parti républicain portugais (PRP) depuis sa création en 1876. Celui-ci affiche depuis le début sa volonté de renverser le régime. En faisant de la fin de la monarchie le préalable à la renaissance nationale, le PRP met la question du régime au-dessus de toutes les autres, concentrant toute son action politique vers cet objectif. Il a le mérite d'afficher un message clair et de se démarquer ainsi du Parti socialiste, qui défend l'idée d'une collaboration avec le régime en échange de mesures en faveur de la classe ouvrière, dont les conditions de travail en usine sont terribles ; d'une manière générale, son discours lui permet de fédérer autour de lui tous les mécontents.
Le parti acquiert une grande cohésion interne, toute divergence idéologique entre ses membres étant mise de côté. Celles qui existent sont plutôt d'ordre stratégiques qu'idéologiques. Les principes politiques des républicains portugais ont depuis longtemps été fixés avec José Félix Henriques Nogueira et ils subissent peu de changements au fil des ans si ce n'est pour s'adapter aux réalités du pays ; Teófilo Braga y contribue en tentant de concrétiser les idées de décentralisation et de fédéralisme, abandonnant le caractère socialiste au profit des aspects démocratiques. Ces changements visent à éviter les antagonismes entre la petite et la moyenne bourgeoisie amenée à fournir le gros des militants républicains. Lors des élections du , le PRP parvient à faire élire son premier député pour Porto, José Joaquim Rodrigues de Freitas. Cependant, l'abandon des intérêts du prolétariat sera à l'origine de nombreuses désillusions concernant la Première République portugaise.
Les républicains portugais prétendent aussi faire de la chute de la monarchie une mystique messianique, unificatrice, nationale et au-dessus des classes. Cette panacée censée guérir d'un coup tous les maux de la société portugaise, ramener la Nation sur les chemins de la gloire, ne fait qu'accentuer deux de ses aspects fondamentaux : le nationalisme et le colonialisme.