La bataille de Franklin, ou seconde bataille de FranklinCe qui est parfois appelé « la première bataille de Franklin » est une escarmouche survenue le , dans les mêmes parages, lors d'une action de reconnaissance de la cavalerie sudiste., est une bataille de la guerre de Sécession qui a lieu le à Franklin (Tennessee). Elle fait partie de la campagne de Franklin-Nashville et est un des plus sanglants échecs de l'armée confédérée, signant par là la disparition de la seconde armée des sudistes et rendant inévitable la victoire de l'Union.
L'armée du Tennessee (sudiste), commandée par le général J. B. Hood, attaque de front les positions fortifiées nordistes, sans résultat et au prix de lourdes pertes ( hommes sur les ayant participé à l'assaut, 14 généraux et 55 commandants de régiments). Cet affaiblissement de l'armée sudiste sera une des causes de son échec retentissant, deux semaines plus tard, à la bataille de Nashville.
Le contexte
Après la chute d'Atlanta, l'armée sudiste reflue vers l'ouest. Pour contrer l'avance de Sherman, les sudistes imaginent de lancer une offensive dans le Tennessee, afin de s'emparer de Nashville, important centre de ravitaillement nordiste. Après s'être rééquipée grâce aux dépôts de Nashville et avoir recruté dans ce territoire sudiste, l'armée confédérée devait renforcer celle du général Lee, attaquer Washington et permettre la victoire de la Confédération.
Pour contrer le plan sudiste, Sherman a détaché deux de ses corps d'armée, le et le , sous le commandement du général Schofield pendant que le général Thomas rassemblait d'autres troupes pour défendre Nashville.
Hood entame sa remontée vers le nord le . Devant lui, les forces nordistes de Schofield se retirent, sans pouvoir percer le rideau que les cavaliers de Nathan B. Forrest tendent devant les troupes de Hood. Pour éviter la réunion des forces nordistes avec celles de Nashville, ce dernier va chercher à accrocher Schofield et détruire son arméeEsposito, map 150; Connelly, ; Sword, ; Nevin, ; Eicher, ; Jacobson, .. Ces tentatives échoueront à ColumbiaJacobson, ; Sword, pp. 93-95; Nevin, p. 85; McPherson, ; Welcher, ; Kennedy, ., sur la Duck (24-), puis à Spring Hill (). Dans les deux cas, les nordistes réussissent à s'échapper plus au nord, vers Nashville.
La dernière chance pour Hood d'écraser son adversaire, avant qu'il ne puisse faire jonction avec les troupes de Thomas, est de le contraindre à se battre sur la rivière suivante, la Harpeth River, à Franklin.
Les forces en présence Forces nordistes thumb|right|upright|Le Major General John Schofield
Il s'agit des Corps, issu de l'armée du CumberlandLes armées nordistes reçoivent leur nom d'après le cours d'eau principal du département militaire où elles sont constituées. En revanche, les sudistes nomment leurs armées d'après le nom du territoire où elles sont constituées., commandé par le major general David S. Stanley, Corps, aussi connu sous le nom d'Armée de l'Ohio, commandé par le major general John Schofield, corps de cavalerie de Wilson.
Ces troupes alignent environ .
Forces sudistes thumb|upright|left|Le Lieutenant-general John Bell Hood
L'armée du Tennessee, sous les ordres du lieutenant général J. B. Hood, comprend 3 corps d'armée et un corps de cavalerie. En importance, c'est la deuxième armée de la ConfédérationLa première étant l'armée de Virginie du Nord, commandée par le général Lee.. À Franklin, environ hommes de cette armée seront engagés.
Le corps du major général Benjamin F. Cheatham est composé de 3 divisions; celui du lieutenant général Stephen D. Lee de 4 divisionsMais seule l'une d'entre elles sera réellement engagée dans cette bataille. Il s'agit de celle du MG Edward Johnson. ; celui du lieutenant général Alexander P. Stewart aligne aussi 3 divisions.
Le corps de cavalerie est placé sous les ordres du major général Nathan Bedford Forrest et regroupe 3 divisionsSword, pp. 444-47..
Préparatifs Plans des nordistes L'avant-garde de Schofield atteint Franklin dans la nuit, vers 4h30, le , après une marche forcée depuis Spring Hill, au sud. Le brigadier général Jacob D. Cox, commandant temporairement le corps, fait renforcer et remettre en état par ses hommes les retranchements élevés un an auparavant et laissés depuis à l'abandonEicher, p. 772; Sword, pp. 159-60; Jacobson, pp. 199-203; Welcher, pp. 590-91..
La décision de Schofield de se défendre dos à la rivière est plus due à l'absence d'équipages de pont pour permettre à ses troupes de passer sur l'autre rive qu'à une volonté de défendre la ville. Ces équipements avaient été abandonnés lors de la retraite par manque de moyens de transport ; ceux qui ont été réclamés à Thomas ne sont pas encore arrivés de Nashville. Schofield a besoin de temps pour rendre praticables, aux troupes et aux charrois, un pont de chemin de fer et les restes d'un pont pour chariots. Il donne l'ordre à ses sapeurs de jeter un plancher sur les rails pour permettre le passage des troupes et des chariots sur le premier pont, l'autre pont devant être remis en état. Ses unités du Train sont garées dans les rues adjacentes pour laisser disponible l'artère principale de la ville. Certaines passent à gué à proximité du pont en reconstruction. Dans l'après-midi, d'autres peuvent commencer à traverser sur deux ponts volants lancés sur la rivière. De la sorte, au début de la bataille, la quasi-totalité des chariots a passé la Harpeth et cheminent vers NashvilleSword, p. 167; Jacobson, p. 198; Welcher, pp. 591-93..
À la mi-journée, les positions nordistes sont en état. La ligne de défense de la ville trace une sorte de demi cercle du nord-ouest au sud-est. L'autre demi-cercle, au nord de la ville, est constitué par le méandre de la Harpeth. Dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, on trouve successivement les divisions de Kimball ( corps), Ruger (XXIII corps) et Reilly (XXIII corps). Un passage reste ouvert au sud, au niveau de la route de Columbia (l'actuelle U.S. Route 31) pour permettre le passage des chariots. À cet endroit, et en arrière, un retranchement a été créé, sous la forme d'un épaulement de terre et de rails destiné à barrer le passage sans être réellement une fortification de campagne. La batterie "A", du d'artillerie du Kentucky renforce la défense de ce passage. Les fantassins du Missouri ont aussi creusé, à l'ouest de cette position, une tranchée pour abriter leur position.
vignette|gauche|Type de fortification de campagne similaire à celles utilisées par les nordistes à Franklin (la vue serait côté nordiste). Le tronc d'arbre le plus haut est légèrement surélevé permettant aux défenseurs de tirer sans se montrer. De l'autre côté, un talus en terre. La ligne de fortification de campagne sur la portion sud de la ligne fédérale forme un obstacle formidable. Un attaquant, après avoir parcouru près de mètres en terrain découvert se retrouve devant une tranchée de 4 pieds de large et de 2-3 pieds de profondeur ; ensuite un obstacle de 4 pieds de haut sous la forme d'une barrière de troncs d'arbres recouverts de terre ; puis une nouvelle tranchée, dans laquelle se tiennent les défenseurs, lesquels pouvant tirer, abrités, sur les assaillants en utilisant l'espace laissé entre les deux troncs formant le haut de l'ouvrageJacobson, pp. 208-12; Welcher, p. 593; Sword, p. 167; Eicher, p. 772..
La partie sud-est de la ligne nordiste est protégée par des abattis d'arbustes épineux quasiment impénétrables. Au centre de la ligne s'élève une construction, Carter House. Elle est utilisée par Cox et son Etat-Major. À l'est de la route venant du sud, se trouve un autre bâtiment dit "cotton gin"Le bâtiment tirant son nom de la machine à égrener le coton, en anglais cotton gin, qu'elle renfermait., avec un redent construit à ses côtés. Pour sa part, Schofield a établi ses quartiers sur l'autre rive de la Harpeth, au nord de la ville sur la route de Nashville, à Alpheus Truett House ; mais il passera le plus clair de la bataille au Fort Granger, ouvrage bâti en 1863 et situé sur la rive droite, au nord-est de la ville.
800 mètres environ en avant de la ligne nordiste, deux brigades sont positionnées. La division Wagner a été la dernière à atteindre Franklin après Spring Hill et, après une brève halte à Winstead Hill avant que Hood n'arrive, son commandant ordonne à ses brigades, Opdycke, John Q. Lane et Joseph Conrad (remplaçant Luther Bradley blessé à Spring Hill) de creuser une position défensive sur ce terrain dégagé. Stanley a auparavant transmis l'ordre à Wagner de tenir Winstead Hill jusqu'à la nuit à moins que les sudistes n'exercent une pression trop forte ; il est possible que Wagner ait interprété cet ordre comme devant tenir une ligne au sud de la position principale. Opdycke considère que l'ordre de Wagner était ridicule et refuse d'obéir. Il conduit sa brigade jusqu'aux positions nordistes et se met en réserve au niveau du passage de la route de ColumbiaQuelques jours après que la position qu'il avait choisie eut été balayée par les sudistes, Wagner demanda à être relevé de son commandement.Sword, pp. 171-77; Jacobson, pp. 219-21, 228, 230; Welcher, p. 594.
Pour contrer toute tentative de débordement par les sudistes, la division Wood ( corps) et toute la cavalerie de Wilson sont placées au nord de la Harpeth. Schofield a prévu de faire passer les ponts et marcher vers Nashville à son infanterie dès les 18h00 si Hood ne s'était pas montré d'ici là. À l'approche de Hood, Schofield estime que, comme à Columbia, son adversaire va simuler une attaque pour masquer une marche de flanc. Il ne pense pas Hood capable de lancer ses troupes directement à l'assaut des retranchements nordistesSword, pp. 197-98; Welcher, pp. 593, 597..
Plans des sudistes
thumb|Vue des positions nordistes depuis Winstead Hill, QG de Hood (état actuel, 2004). L'armée sudiste arrive sur Winstead Hill, 3 km au sud de Franklin, vers 13h00. Hood ordonne un assaut frontal des positions nordistes dans la lumière déclinante de cet après-midiLe coucher de soleil était à 16h34, ce jour-là.. Cette décision surprend ses subordonnés. Nathan Bedford Forrest propose une alternative. Avec le concours d'une division d'infanterie pour assister sa cavalerie, il se fait fort de contourner les positions ennemies en moins d'une heure. Frank Cheatham dit à Hood : "Je n'aime pas l'aspect de ce combat ; l'ennemi tient une excellente position et est bien retranché". À cela, Hood rétorque qu'il vaut mieux combattre ici une force nordiste qui n'a eu que quelques heures pour s'organiser plutôt qu'à Nashville « où cela fait 3 ans qu'ils se fortifient ». Patrick Cleburne observe les fortifications ennemies, formidables, mais dit à son chef qu'il se rendra maitre de ces retranchements ou qu'il mourra en essayant. Un peu plus tard, il fait remarquer au général Daniel C. Govan : « Eh bien, Govan, si nous devons mourir, autant le faire comme des hommes »Sword, pp. 178-80; Niven, pp. 98-100; Jacobson, pp. 241-42, 247..
Certaines des relations de cette bataille affirment que c'est sous le coup de la colère contre son armée ayant laissé filer les nordistes à Spring Hill et pour la reprendre en main, que Hood aurait décidé cet assaut brusqué et risqué. Cependant, l'étude récente faite par Eric Jacobson montre que ce choix n'était pas militairement incohérent mais aussi que Hood est rapporté comme étant déterminé et non pas en colère au moment où il approche FranklinJacobson, pp. 239-40. Pour Hood en colère, voir Sword, p. 179, McPherson, Battle Chronicles, pp. 188-89, et Niven, pp. 95-96..