La collégiale Saint-Salvi d'Albi est une ancienne collégiale située à Albi, dans le sud-ouest de la France.

L'église a un aspect hétéroclite, reflet de l'évolution des modes de construction, mêlant l'art roman languedocien et l'architecture gothique. La césure entre les deux styles s'oppose aussi dans les matériaux, pierre pour l'ancien et brique foraine rouge pour le plus récent. La durée du chantier, sur près de sept siècles, a été déterminée par l'alternance de périodes fastes ou plus maigres. La lecture de la construction est complexe pour les historiens, des évolutions architecturales étant aussi intervenues sur les parties achevées.

Le cloître qui lui est attenant et la canourgue, groupe d'anciennes résidences des chanoines, forment avec la collégiale, un ensemble remarquable à une centaine de mètres de la cathédrale Sainte-Cécile et du palais de la Berbie. Ils appartiennent à la cité épiscopale d'Albi, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2010.

Localisation et étymologie

La collégiale est située dans la vieille ville d'Albi, dans le périmètre classé par l'UNESCO au titre de la cité épiscopale. Elle constitue le cœur du quartier éponyme. L'église est construite sur un point haut, raison d'être de la tour de guet qui prolonge la tour nord.

Au , l'Albigeois appartiennent à la riche famille Desiderii-Salvii. Un de ses membres a laissé son nom, saint Salvi à la collégiale où il est inhumé. C'est à ce personnage que la légende attribue le titre d'évêque de la ville, un des premiers, entre 574 et 584. La collégiale a un temps, conservé ses reliques. Le terme de collégiale, traduit une conduite de la messe par le chapitre de chanoines. Dans le cas présent, elle garde la sépulture du saint local. Elle n'est pas le siège d'une paroisse. Celle-ci était assurée par l'église Sainte-Martiane toute proche, démolie à la Révolution pour cause de vétusté.

Historique Édifices antérieurs Selon l'historien Jean-Louis Biget, le monastère dirigé par Salvius d'Albi n'est pas à proprement parler une abbaye, mais plutôt une communauté d'anachorètes soumis à l'obéissance à leur abbé. Ce type de fonctionnement pourrait avoir été inspiré de la première abbaye de Lérins.

Le site du premier monastère où Salvi fut moine et a été enterré est inconnu. C'est une communauté bien établie, probablement sous le patronage de Saint-Sernin de Toulouse : l'autel majeur porte une dédicace en ce sens.

Le culte de saint Salvi, personnage de haut lignage, explique la prééminence de la collégiale sur la cathédrale : les évêques d'Albi y ont leur sépulture jusqu'en 1230 et rendent hommage au saint lors de leur prise de fonction, comme les puissants lors de leur visite à Albi.

Au , le collège de chanoines reçoit des donations des comtes de Toulouse et des vicomtes d'Albi, toutefois ce n'est pas un enrichissement de la communauté : la règle de Chrodegang permet à la famille de récupérer le bien mis en dot à la mort du religieux et lors d'une donation, le donateur conserve l'usufruit des biens. Ce n'est qu'à partir du concile de Toulouse en 1056, que l'aristocratie reconnaît la cession de ses droits à l'église.

En 940, un texte relate un projet de reconstruction. Le bâtiment concerné semble être sur le site actuel.

Contexte Une période de laisser-aller des chanoines au début du , est interrompue par la mise en place de la réforme grégorienne. Elle aboutit à l'adoption de la règle de saint Augustin. Ce sursaut de rigueur s'accompagne d'un nouveau projet architectural de style roman.

La construction du bourg Saint-Salvi s'inscrit dans le développement de la cité vers l'orient : du castelviel antique, le quartier de la cathédrale et le castelnau, ont fait sortir la ville du promontoire rocheux initial où elle se trouvait. Saint-Salvi et le quartier des Combes sont créés dans le même axe. La place de la Pile, centre névralgique du commerce albigeois, se trouvait à la jonction du quartier épiscopale et de celui de Saint-Salvi.

Construction vignette|upright=0.8|Tour septentrionale reflétant trois époques de construction.|alt=Tour médiévale accolée à une église. La partie basse, en pierre est de type roman languedocien à bandes lombardes. L'intermédiaire est de type gothique en pierre à arcatures brisées et le sommet en brique rouges, également de type art gothique. Une tourelle de guet surmonte l'ensemble.

Le chantier est décidé en 1057. Cette date correspond au concile de Toulouse et à la réforme grégorienne : la gestion des chanoines gagne en rigueur et leurs revenus augmentent de manière importante. La construction commence avec l'érection de la tour nord vers 1060-1080. La position anachronique de la tour nord par rapport au reste de l'édifice traduit soit une nécessité topographique sur un site où le terrain n'est pas plat, soit la présence de bâtiments plus anciens dont la démolition ne se fait qu'au fur et à mesure. Pour l'historien Jean-Louis Biget, la tour nord n'a été intégrée au projet qu'ultérieurement.

Ce campanile avait un rôle plus étendu que celui d'abriter des cloches. Sa situation sur le point le plus haut de la ville en faisait un observatoire idéal dans sa défense, du haut de la , petite tourelle de guet surmontant le clocher, dont le nom occitan signifie surveillance. Il est bien plus haut que le clocher de l'ancienne cathédrale romane construite en contrebas, plus près des rives de la rivière Tarn.

Cette tour isolée a été ensuite incluse dans la construction de l'édifice religieux. Ces atermoiements se traduisent par une épaisseur du mur peu commune entre le clocher et le transept nord et une discontinuité de la maçonnerie au premier étage. La base de cette tour représentent un bel exemple de l'Art roman languedocien, avec ses murs renforcés d'appareillage en relief dans les angles et soutenant la toiture : lésènes et bandes lombardes. Ces éléments caractéristiques se retrouvent sur les murs des chapelles donnant sur le transept. Elles sont aussi nommées absidioles au vu de leur position, même si elles ne donnent pas dans l'abside. Les arcs outrepassés sont systématiquement utilisés, au point qu'on peut les considérer comme un marqueur de l'art roman albigeois du . On retrouve ce type d'arc sur les arcades restantes de l'ancienne cathédrale romane.

Ces éléments achevés en 1100, le chantier de la nef dure jusqu'en 1120. Les sept travées sont adjointes des deux côtés de collatéraux dont la particularité est de ne pas être alignés sur les absidioles. Les dimensions intérieures sont de de long et de de large, en faisait avec la cathédrale romane, une des plus vastes de l'Albigeois. Les voûtes originelles n'ont pas été conservées, aussi les historiens ne peuvent-ils qu'imaginer une hauteur à partir de celle des murs romans en pierre. (autour de .

L'église est dotée de deux accès. Celui du nord, est une annexe qui donne dans un cimetière. Le portail principal est celui de l'ouest : il donne, par un escalier d'une vingtaine de marches, sur la place de la Pile, centre économique de la ville avec ses arcades et ses mesures à grain. Ce portail comporte quatre arcades à arc outrepassé reposant sur cinq piliers. L'aspect massif de ces derniers est tempéré par des colonnes ouvragées : torsades ou écailles. Ce portail a disparu de la vue des visiteurs depuis la construction de bâtiments à la place de l'escalier au . Quelques éléments ont pu être étudiés par des historiens, invités par les habitants à les observer dans le mur du fond de leur maison. C'est le cas des chapiteaux des deuxième et troisième colonnes à partir du nord, représentant le sacrifice d'Abraham et l'apparition de Jésus à sainte Marie Madeleine.

Une analyse de la sculpture rappelle celles de basilique Saint-Sernin et du cloître de la basilique de la Daurade à Toulouse. Un dessin de ce portail réalisé au , tente de reconstituer l'élévation de la façade masquée. Si les colonnes du rez-de-chaussée semblent conformes, les baies de l'étage soulèvent des interrogations de Jean-Louis Biget. Ce dernier qui a eu l'occasion de voir quelques parties de l'ensemble, pense que l'auteur inconnu du dessin n'avait pas vu les éléments, se fiant uniquement aux textes descriptifs. Le portail nord comporte le caractéristique arc outrepassé à voussures. La plus externe est travaillée avec des fleurs à huit pétales, les autres sont lisses. Les chapiteaux comportent des palmes, fleurs et corbeilles. Ils rappellent, là encore, l'école toulousaine, au même titre que l'église Saint-Michel de Lescure-d'Albigeois voisine et de même époque. La base des colonnes est également travaillée. Ces sculptures et les textes qui les évoquent, plaident pour une datation autour de 1120.

Période intermédiaire En 1130, un schisme se produit, divisant le clergé albigeois. Le chapitre des chanoines, comme l'évêque Humbert de Géraud, soutiennent l'antipape Anaclet II, contre le chapitre de la cathédrale qui prône la fidélité au pape Innocent II. Les chanoines, fidèles au pape comme le reste du clergé français, gagnent le bras de fer. Ils remplacent le prévôt, abbé de la collégiale, par l'un d'entre eux et font démolir la résidence de l'évêque. Cet épisode entraîne un assouplissement de la règle et une modification du chapitre. La fissure entre les chanoines de Saint-Salvi et ceux de la cathédrale romane, permet au vicomte Trencavel et au comte de Toulouse de récupérer l'usufruit de biens perdu en 1080, avec l'aide de l'évêque Géraud que Jean-Louis Biget signale comme « leur créature ». Le chapitre cathédral, sorti vainqueur du conflit, impose un contrôle administratif de la gestion de la collégiale par l'évêque. Ce n'est qu'en 1190 que le chapitre retrouve ses prérogatives grâce au nouvel évêque Guilhem Peyre, ancien de la collégiale. Cet évènement est fêté par la remontée des reliques de saint Salvi, de la crypte vers les autels en 1194 et une nouvelle réforme du chapitre entre 1203 et 1209.

vignette|Galerie sud du cloître, la seule conservée en totalité.|alt=Photo couleur d'une galerie de cloitre entre un mur de briques à gauche et une colonnade à arc roman à droite, donnant sur le jardin. Le sol est pavé de galets et la toiture simple penche vers le jardin. Au début du siècle, la croisade des Albigeois aboutit à la dépossession de Raimond II Trencavel, fils de Raymond-Roger, mort à la suite de la prise de Carcassonne en 1209. Ses domaines sont partagés entre le nouveau vicomte Simon IV de Montfort, nommé chef de la croisade, et les domaines ecclésiastiques. La collégiale gagne ainsi des paroisses, 29 en 1219 contre 16 en 1120, mais aussi des seigneuries. Cet apogée est de courte durée : le collège des chanoines commence à perdre de son influence au profit de celui de la cathédrale et surtout de l'évêque. Guilhem Peyre est le premier évêque à choisir de se faire ensevelir dans la cathédrale romane. Son successeur, Durand de Beaucaire, entreprend la réfection de cette dernière, vers 1245 et en 1277, Bernard de Castanet décide la construction d'une cathédrale plus grande et instaure une dictature théocratique à la fin du .

Toutefois, la collégiale doit à la courte embellie économique, une surélévation d'un étage du clocher. Sur une assise de brique, une corniche construite sur modillons à pointe de diamant rappelle des éléments architecturaux catalans de même époque. Au-dessus, une colonnade mince porte des arcs brisés en forme de trèfle. Les chapiteaux encore de style roman permettent de dater cet ajout vers 1240. Au même moment, un escalier à vis est construit à l'angle occidental formé par la tour et le transept. Il donnera son nom à la tour, un temps nommé « tour de la vit »

vignette|gauche|Tombeau en enfeu de Vidal de Malvezi, maçon autorisé à être enseveli dans le cloître.|alt=Photo d'un tombeau sculpté. Il comporte deux arches en arc brisé trifolié et une statue décapitée. Le fronton au-dessus, est composé de trois niches séparées de deux petites colonnes abritant des statues.