Le sabéisme est un courant religieux judéo-chrétien mal connu, attesté de façon indirecte pour la première fois dans le Coran, où les sabéens () sont mentionnés à trois reprises, avec les deux autres « religions du Livre », dans des formules telles que « les Juifs, les Nazaréens et les Sabéens ». On trouve le nom de sabéens aussi dans les hadiths, où l'on ne sait rien d'autre que leur adhésion à l'islamcf. Sahih Bukhari, Livre 7, Hadith 340, Livre 59, Hadith 628, livre 89, hadith 299, etc., alors que leur identité dans la littérature islamique plus tardive () devient un sujet de discussion et de recherche.
Description Les sabéens semblent être un groupe religieux baptiste, monothéiste, antérieur à la conquête musulmane du Proche-Orient. Ils font l'objet de recherches récentes, en particulier pour éclairer les rapports entre l'islam et les sectes judéo-chrétiennes araméennes et syriaques au début de son existence, mais aussi pour éclaircir la naissance des mouvements inspirés par Jésus de Nazareth (les Nazôréens ou Nazaréens) et Jean le Baptiste.
Les sources arabes classiques comprennent le Kitab-al-Fihrist d'Ibn al-Nadim« Le Kitab-al-Fihrist (le Catalogue des sciences, appelé aussi Fihrist al-'Ulum) d'Ibn al-Nadim, l'auteur arabe de la fin du , contient une notice hérésiologique sur le Manichéisme. Nous y apprenons des informations précieuses sur le milieu d'origine de Mani et de ses parents dans la ville de Mésène (proche de Ctésiphon). » Il y parle aussi des mughtasila. (cf. Simon Claude Mimouni, op. cit., 204.) (m. en 987), qui mentionne les Mogtasilah (Mughtasila ou « ceux qui se lavent (sous la forme d'ablutions) »), ce qui correspond au mot grec baptistai (baptistes)Voir G. Flügel, Mani, seine Lehre und seine Schriften, Leipzig, 1862, 328, 340, 341.Simon Claude Mimouni, Les chrétiens d'origine juive dans l'antiquité, Ed. Albin Michel, Paris, 2004, 204., une « secte » de Sabéens, à Mésène dans le sud de la Mésopotamie qui indique que El-Hasaih (Elkasaï) était leur fondateurDaniel Chwolsohn, Die Sabier, 1856, I, 112; II, 543, cité par Salmon.. La grande majorité des universitaires conviennent que cette « secte » est probablement l'énigmatique Sobiai, située « chez les Parthes », à qui Elkasaï a prêché. Leur existence serait alors antérieure au . Les sabéens semblent avoir gravité autour des communautés elkasaïtes pro-juives, dont est issu le prophète elkasaïte ManiSimon Claude Mimouni, Les chrétiens d'origine juive dans l'antiquité, Ed. Albin Michel, Paris, 2004, 205.. Les informations rapportées par Ibn al-Nadim sont compatibles et confirment celles de la Vita Mani.
Comme de nombreux sabéens vivaient à Harran autour du , et que plusieurs auteurs en parlent, les orientalistes ont longtemps cru que leur description s'appliquait aux sabéens pré-islamiques mentionnés dans le Coran. Toutefois, beaucoup d'auteurs musulmans du milieu du donnent d'autres descriptions des sabéens. Ils écrivent que ces derniers vivaient autour de Sawad (près de Sana'a au Yémen), à Kutha en Irak (près de Babylone), dans la Characène, dans la ville de Mésène (proche de Ctésiphon) et à Mossoul. Ils « se lavaient avec de l'eau », avaient les « cheveux longs », et portaient des « blouses blanches ». Ils étaient monothéistes, avaient une littérature religieuse (le Zabur) et reconnaissaient les prophètes. Selon les auteurs musulmans, les sabéens suivaient « le quatrième livre » de la tradition abrahamique, « le Zabur », une version du livre des Psaumes (Bible juive). Ce que l'on sait des sabéens de cette époque provient essentiellement du livre L'Agriculture nabatéenne de Ibn Wahshiyah () et de sa traduction par Moïse Maïmonide. Leur théologie ressemble à celle du judaïsme et du christianisme, et contrairement aux sabéens de Harran, ils n'étaient pas des mages. Cela conduit à distinguer les sabéens des « pseudo-sabéens de Harran ».
Les groupes sabéens ont aujourd'hui quasiment disparu. Un mouvement baptiste judéo-chrétien, implanté au Sud de l'Irak et en Iran, pourrait en être les derniers représentants. Il est désigné sous le nom de sabéen par la population locale, mais préfère se nommer mouvement mandéen ou « Nasaréen »Simon Claude Mimouni, Les Chrétiens d'origine juive dans l'Antiquité, Paris, Albin Michel, 228,229.André Paul, Les mouvements baptistes.
Étymologie Il y a eu beaucoup de spéculations sur les origines de l'endonyme religieux désignant cette pratique. (1963), The Sabian Mysteries. The planet cult of ancient Harran, Vanished Civilizations, ed. by E. Bacon, Londres, 1963 a fait valoir que le terme Sābi'ūn dérive de la racine syriaque « s-b-' » (sba), se référant à la conversion par la submersionThe city of the Moon god: religious traditions of Harran 112 Tamara M. Green - 1992 « Segal was inclined to believe that the root of the word Sabian was Syriac. Rejecting the notion that it means baptizer… Even if the etymology proposed by Segal is correct, nevertheless the question of how Muhammad learned about these… ». Cette étymologie est en général acceptéeCentre National de Ressources Textuelles et Lexicales, étymologie de Sabéen.
Une interprétation traditionnelle indique toutefois que cette racine renverrait à des prosélytes, des « judaïsants ». Selon ces érudits islamiques, le mot Sābi'ūna est dérivé du verbe saba’a, qui se réfère à l'action de quitter une religion et entrer dans une autreHe is asking about the Sabians: who were they and what were their beliefs?, Islam Q&A, consulté le 23 avril 2006.
Confusion avec les habitants de Saba
Le groupe religieux antique des Sabéens ne doit pas être confondu avec les habitants du royaume de Saba, et donc les Sabéens, habitants du Yémen et de l'Éthiopie. Le mot qui désigne l'habitant de Saba n'a pas de rapport étymologique, étant écrit avec la lettre arabe initiale Sin (س), alors que l'adepte de la « secte » s'écrit avec la lettre initiale Sad (ص).
Alors qu'il existait déjà une confusion entre les pseudo-sabéens de Harran et les Sabéens antiques, une faute de Marmaduke Pickthall (1875 – 1936) dans sa traduction du Coran en Anglais (), semble avoir contribué à compliquer le problème. Celui-ci a confondu les mots anglais Sabaeans et Sabians. Le mot « Sabaeans » désigne les habitants de l'ancienne Saba et correspond au mot arabe qui commence par la lettre Sin. Les Sabéens dont parle le Coran s'écrivent avec la lettre initiale Sad (ص).
Au , il semble qu'à Saba, seule la tribu Ansâr pratiquait le sabéisme coranique. En revanche, à la même époque ou juste après, les auteurs musulmans mentionnent l'existence de Sabéens autour de Sawad (près de Sana'a au Yémen) qui doivent correspondre aux Sabéens coraniques. Mais ils parlent aussi de Sabéens, dans ce qui correspond aujourd'hui à l'Irak, à Kutha (au sud de Ctésiphon et Séleucie), à Koufa (un peu plus au sud), dans la Characène, dans la ville de Mésène (ancienne Charax Spasinou sur le Chatt-el-Arab) et à Mossoul (actuel Kurdistan irakien), toutes villes d'Irak situées au bord du Tigre ou de l'Euphrate.
Dans les sources islamiques anciennes Le Coran cite brièvement les sabéens à trois reprisesCoran, versets 2:62 ; 5:69 ; 22:17 qui mentionnent « les Juifs, les sabéens, et les chrétiens », cf. Bernard Lewis, op. cit. et les hadîths fournissent de plus amples détails qui permettent de savoir qu'ils étaient aussi des « Gens du Livre ». Les sabéens existaient avant Mahomet et ceux d'Arabie se seraient placés sous la loi islamique vers 639 (sous le calife Omar), sept ans après la mort du prophète de l'islam. Il est donc logique que dans les hadîths, ils soient présentés comme convertis à l'islam, alors qu'ils ne le sont pas encore lorsque Mahomet s'exprime. La conversion de 639 ne peut concerner que les sabéens d'Arabie et de NabathéeEn 639, la Nabathée vient à peine d'être conquise. En 637 Abû Ubayda prend Baysan (ancienne Scythopolis), Tibériade et Fahil (ancienne Pella). L'empereur byzantin se replia à Antioche. Damas avait été conquise, après un long siège, en janvier ou septembre 635 (cf. Tabari, ibidem . Tabari hésite entre les deux dates, mais semble préférer la seconde). Ces conquêtes indiquent la situation vers 639. À cette date, cette conversion ne peut aucunement concerner les sabéens de l'espace Perse et du Nord de la Syrie..
Les Sabéens partageaient avec Mahomet, la pratique d'aller dans des grottes pour s'y recueillir, dans leur quête pour le Tawhid Hunafa', qu'ils appelaient « La ilaha ila Allah ». Selon la tradition, c'est en effet dans la grotte de Hira (La Mecque), sur les hauteurs des monts hedjaziens des Sarawat, que le prophète de l'islam a reçu sa première révélation. Des sources contemporaines de Mahomet indiquent que lui et ses premiers disciples ont souvent été qualifiés de SabéensRabiah Ibn Ubbad (who lived at the same time as Mohammed) wrote: "I saw the prophet when I was a pagan. He was saying to the people, ‘if you want to save yourselves, accept that there is no God but Allāh’ At this moment I noticed a man behind him saying ‘he is a sabi.’ When I asked somebody who he was he told me he was ‘Abu Lahab, his uncle."‘Abd al-Rahman ‘ibn ‘Zayd (d.798 AD) wrote: "The polytheists used to say of the prophet and his companions ‘these are the Sabians’ comparing them to them, because the Sabians who live Jaziartal-Mawsil (today known as Iraq) would say ‘La ilaha ila Allah’."Both Ibn Jurayi (d. 767) and Ata Ibn Abi Rabah (d.732) wrote: "I saw the prophet when I was a pagan. He was saying to the people, ‘If you want to save yourselves, accept that there is no God but Allāh.’ At this moment I noticed a man behind him saying ‘He is a sabi.’ When I asked somebody who he was he told me he was ‘Abu Lahab, his uncle' Of the relationship between the Sabians who lived in Sawad (in Iraq) and Muhammad it is mentioned that the polytheists of Mecca were heard to say of Muhammad "he has become a Sabian."Ibn Jurayi (who lived in the century) also wrote: The Sabians are in Sawad and are between the Magians, Christians, or Jews. He also wrote that the polytheists said of Mohammed: “He is a Sabian”.Abd al-Rahman Ibn Zayd (d798 AD) wrote: "The prophet and his companions are referred to as 'these are the Sabians' comparing Mohammed to the Sabians.". Ils semblent, dans plusieurs textes islamiques, souvent considérés comme ayant été Sabéens.
Selon les auteurs musulmans, les sabéens suivaient le quatrième livre de la tradition abrahamique, « le Zabur », qui d'après le Coran, a été donné à David (Daoud), prophète-roi de l'ancien Israël. Le Zabur est identifié par de nombreux érudits modernes comme une version du livre des Psaumes (Bible juive). Les Psaumes sont traditionnellement attribués au roi David (). Les Manuscrits de la mer Morte montrent de nouveaux psaumes, rédigées plus tard, mais ce sont des apocryphes que les rabbins, et les chrétiens, n'évoquent jamais. Le mouvement « Yahad » qui tient une grande place dans une centaine de ces manuscrits retrouvés dans des grottes près de Qumrân et qui sont probablement les Esséniens, ou l'une des quatre tendances d'Esséniens, accordait lui aussi une grande importance aux psaumes attribués à Davidcf. André Paul, La Bible avant la Bible, Cerf, Paris, 2005, 121-126.Parmi les Manuscrits de la mer Morte, « on a retrouvé les restes de trente-sept rouleaux que l'on dit « de Psaumes ». Ils comprennent, parfois en nombre, des psaumes bibliques accompagnés de textes poétiques divers […] Il n'est pas certain que pour l'heure, à l'époque de Jésus disons, on fût en présence de psautiers dans le sens acquis du terme. » André Paul, Qumrân et les Esséniens. L'éclatement d'un dogme, Paris, Cert, 2008, 44..
François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, ..
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