Cheikh El Mokrani, de son nom complet Mohammed el-Hadj el-MokraniCharles-André Julien, 1964, . ou Mohammed Ben Hadj Ahmed El MokraniMouloud Gaïd, 1993, .Chems Eddine Chitour, 2004, . (en kabyle : Lḥaǧ Muḥend At-Meqqṛan, ⵍⵃⴰⴵ ⵎⵓⵃⴰⵏⴷ ⵏ ⵃⵎⴷ ⵏ ⴰⵜ ⵎⵇⵕⴰⵏ ; en arabe : Cheikh Mohammed El Mokrani, الشيخ محمد المقراني ), né en 1815 à Aït Abbas (Kabylie) et mort en 1871 à Oued Souflat; près de Bouira (Kabylie), était un notable dont le père, Cheikh Ahmed El-Mokrani était calife de la région de Medjana sur les hauts plateaux algériens. Il joua un rôle actif dans la révolte kabyle de 1871 avec Cheikh Ameziane El-Haddad, chef de la confrérie des Rahmania, son frère Bou-Mezrag El-Mokrani et son cousin El Hadj Bouzid. Il meurt au combat en 1871, tué d'une balle en plein front.
Origines familiales La dynastie des Mokrani
Les Mokrani appartiennent à l'aristocratie guerrière, descendants du royaume des Beni Abbès et issus de la vielle dynastie berbère des Hammadides.
Le patronyme Mokrani vient du mot berbère Amokrane "Ameqqran" (« grand », « chef »), titre devenu nom dynastique à partir d'Ahmed Amokrane, chef des Aït Abbes de 1556 à 1596.. vignette|Arbre généalogique de la famille El-Mokrani
Ahmed Mokrani, père de Mohamed vignette|Ahmed El Mokrani, père de Mohammed El Mokrani Le père de Mohamed est Ahmed Mokrani (mort en 1853), chef des Aït Abbes de 1831 à 1853.
Neveu de Abdallah ben Bouzid Mokrani (mort en 1830), Ahmed Mokrani se trouve en rivalité avec un parent éloigné, Abdesslam (mort en 1847), khalifa d'Abdallah, qui occupe le trône en 1830-1831. Ahmed Mokrani s'allie alors avec le bey de Constantine, Ahmed Bey, et réussit à vaincre Abdesslam, qui est fait prisonnier. Abdesslam s'évade au moment de la prise de Constantine par les Français en 1837, et reprend le contrôle de la plaine de la Medjana, tandis qu'Ahmed se maintient dans la citadelle des Bibans, la Kalâa des Aït Abbes.
Abdesslam obtient de l'émir Abd el-Kader, alors en trêve avec les Français, le titre de khalifa de la Medjana ; de son côté, Ahmed établit une alliance avec les autorités françaises qui le reconnaissent aussi comme khalifa de la Medjana. En octobre 1839, il assure le libre passage de l'expédition des Portes de Fer.
La reprise de la guerre par Abd el-Kader (précisément à cause de cette expédition) permet à Ahmed de l'emporter sur Abdesslam en 1841.
En 1845, une ordonnance royale précise sa situation : il est toujours désigné comme khalifa de la Medjana, mais avec un statut non plus d'allié, mais de subordonné (en l'occurrence, à l'officier commandant de cercleJulien, 1964, . Sans autre précision. Le « cercle » est alors la circonscription de base des Affaires arabes.). Il perd un certain nombre de prérogatives. Il meurt en avril 1853 à Paris, au cours d'une visite à l'invitation de Napoléon III.
Organisation administrative
Le bachagha Mokrani Mohamed Mokrani est le troisième fils d'AhmedJulien, 1964, . Il indique expressément que le titre de bachagha lui est attribué dès son avènement., avec Lakhdar et Bou-Mezrag. Le Service des affaires indigènes le désigne comme successeur, mais avec le titre moins prestigieux de bachagha de la Medjana.
L'historien Charles-André Julien écritJulien, 1964, . : affectées à la commune de Bordj Bou Arreridj.
Le bachaghalik de la Medjana Par arrêté du 21 mars 1864, le bachaghalik de la Medjana, est divisé, sur la demande Mokrani, en quatre caïdats portant chacun le nom de la tribu (Hachems, Megueddems, Ouled'Khelouf, Djebaïlia) qui occupe le territoireBulletin officiel du gouvernement général de l'Algérie, 1865, : Hachems, composé des fractions suivantes : El-Bedadra, Ouled-Adjil, El-Taalba, El-Douaïr, El-Allaouna de Tabou-Eirt, El-Allaouna de Sidi-Embarek, Ouled-Skar, Ouled-Hanachin, Ouled-Si-Saïd, Ouled saad de jijel, Ouled-Deba, Beni-Hamid, Ouled-Ghaïb, Ouled-G'Heniti, Ouled-Agla, Zelagna et Bou-Merguet, El-Khebatua et Aouna-Zeriga, Ouled-Kheliff, Ouled-Snoussi, El-Atamia, Ouled-Sidi-Moussa, Bir-Kaced-Ali, Guemmour, Ouled-Mokhan et Zemala Megueddems, composé des fractions suivantes : Hassenaouas, Ouled-Hanich, Ouled-Dahman Ouled'Khelouf, composé des fractions suivantes : Ouled-Cherieth, Ouled-Hama, Ouled-Aïssa, Ouled-bon-Sahab, Ouled-Seïfi et Ouled-bou-Mehira, El-Khenatcha, El-Zguer et Ouled-Hamma, Ouled-Rachedi, Ouled-bou-Rahal, EI-Djouaoula, Ouled-Belhoul, El-Rabtah, El-Ksour Djebaïlia, composé des fractions suivantes : Dar-el-Beïda, Seqaïd-Rouha, Ouled-Sidi-el-Djoudi, Ouled Sidi-Amor, Ouled-Sidi-Messaoud, El-Kariou, Ouled-bou-Ahriz, Ouled-Sidi-Ali-Taïer, Feracha, Ouled-Rached, El-Ghedida, Bou-Kton, Allaoua.
La guerre franco-prussienne et ses suites Lors de la famine de 1866-1868, Mokrani paie sur ses fonds personnels l'achat de semences. Le gouverneur général, Mac Mahon, lui donne alors l'assurance d'un remboursement de ses dépenses par l'État.
En 1870, Mohamed Mokrani, qui n'a encore rien reçu, doit rembourser les créanciers au moment où Mac Mahon est rappelé en France à cause de la guerre franco-prussienne. Il doit hypothéquer ses biens personnels et lorsqu'il se réclame des promesses de Mac Mahon, après la chute de Napoléon III, le général Augeraud (alors chef d'état-major pour l'Algérie) lui aurait réponduJulien, 1964, . Il s'agit d'une déclaration de Warnier devant la commission d'enquête sur l'insurrection. : « [maintenant], ce sont des civils qui gouvernent l'Algérie, nous ne pouvons rien faire. ». En effet, la mise en place du régime civil en Algérie (alors sous la tutelle des militaires) et la naissance de la République chamboule les soutiens militaires de Mokrani.
Pourtant, au début de la guerre, en juillet 1870, Mohamed Mokrani est un des vingt bachagas qui, à la demande du Service des affaires indigènes, signent une adresse appelant à soutenir l'effort de guerre de la FranceJulien, 1964, . Six des signataires participeront à l'insurrection de 1871..
Il assiste alors (par le biais de la presse) à des phénomènes historiques surprenants : la capitulation de Sedan, la chute de Napoléon III (4 septembre), la capitulation de Metz, le siège de Paris, l'armistice du 28 janvier 1871.
En Algérie, ces événements provoquent une insurrection larvée des Européens d'Algérie contre les autorités militairesEn Algérie, les colons étaient massivement hostiles à Napoléon III, considéré comme arabophile ; ils considéraient aussi l'armée comme arabophile, en particulier les officiers des Affaires indigènes, parce que d'une façon générale, l'armée ne favorisait pas les transferts de terre des autochtones aux colons. : le 28 octobre, le gouverneur général intérimaire désigné, le général Walsin-Esterhazy, est contraint de démissionner sous la pression de la rue et est immédiatement conduit au port d'Alger et transporté sur un navire de guerreJulien, 1964, .. Son remplaçant est un civil, Charles du Bouzet, commissaire extraordinaire.
La révolte de 1871
L'insurrection de 1871
vignette|Mohammed el Keblouti, chef de la révolte à Souk Ahras
En janvier 1871, Mohamed El Keblouti Ben Tahar est un chef du mouvement armé à Souk Ahras. Une composante de Spahis, de membres des tribus H’nancha, Ouled Aïdas, N’bails, Deiras, Ouled Khiar.
Le , l'appel aux armes est lancé par Cheikh Ameziane El-Haddad, chef de la Confrérie des Rahmaniyya.
Cheikh El-Mokrani et ses hommes marchent sur Tizi-Ouzou, puis le sur le poste de Palestro, et rejoignent finalement la côte. La révolte gagne la Petite Kabylie et la région de Tébessa puis la Grande Kabylie.
D'autres avaient pris le parti d'aller rejoindre Alger pour protester ; ils sont arrêtés à l'Alma, dans la wilaya de Boumerdès par des volontaires européens le .
L'insurrection est brutale et sanglante et se déroule dans la terreur, la confiscation de propriétés et les violences envers les indigènes. vignette|Gravure illustrant l'insurrection kabyle de 1871 vignette|Combat de Tizi-Ouzou lors de l'insurrection kabyle de 1871
Le rôle de Cheikh El Mokrani Mokrani joua un rôle primordial dans l'insurrection de la Kabylie en 1871, refusant après la défaite que l'on lui ait proposé une reddition sans conditions et un passage en cour d'Assise devant un jury de colons.
Après avoir demandé sa démission par lettre le , il la renouvelle le . Il écrit ainsi dans une lettre destinée au général Augeraud, chef de la division de Constantine : C'est un leader de la révolte kabyle, un penseur et un combattant représentant les tribus.
Il meurt au combat le , tué par une colonne commandée par le général Saussier. A Oued Soufflat, près de BouiraCommémoration de la mort de El Mokrani, Liberté du 30/04/2006., il est enterré dans la cour de la mosquée de Djamaâ El Kebir à la Kalâa des Beni Abbès. vignette|Manuscrit détaillant les armes de Mohamed el Mokrani par A Maitrot - Extrait du recueil des Notices et Mémoires de la Société archéologique historique et géographique de Constantine
La fin de la révolte À sa mort, Cheikh El-Mokrani est remplacé par Bou-Mezrag El-Mokrani et Hadj Bouzid mais Bou-Mezrag El-Mokrani fut capturé le et déporté en Nouvelle-Calédonie
Hommages Un transporteur de gaz naturel liquéfié de la marine marchande algérienne, d'une capacité de , réceptionné en 2007, est baptisé Cheikh Mokrani à Osaka au JaponPrésentation du navire Cheikh Mokrani lors de sa réception, sur le site internet de la compagnie de transport maritime Hyproc..
Il existe une place El-Mokrani, dans la commune de Sidi M'hamed. Plusieurs lycées algériens portent son nom à Ben Aknoun, dans la banlieue d'Alger, à El-Biar, dans la banlieue d'Alger, à Aïn Bessem, à Bordj Bou Arreridj. Une statue le représentant se trouve dans le centre de Bordj Bou ArreridjCf. Photo sur le site Vitaminedz..
Notes et références
Bibliographie
Charles-André Julien, Histoire de l'Algérie contemporaine, Paris, PUF, 1964 (, 1986, ), et suivantes Mouloud Gaïd, Les Beni Yala et les vérités historiques sur l'insurrection de Mokrani en 1871, Alger, Imprimerie générale, , 84 pp. Mouloud Gaïd, Mokrani, Alger, Éditions andalouses, 1993 Chems Eddine Chitour, Algérie Le passé revisité, Alger, Casbah éditions, 2004 X. Yacono, « Kabylie : L'insurrection de 1871 », dans l'Encyclopédie berbère, Aix-en-Provence, Edisud, vol. 26, 2004,
Voir aussi Articles connexes
Révolte des Mokrani Mohamed Deriche Cheikh Mohamed Ameziane El Haddad Confrérie des Rahmania Royaume des Beni-Abbes Algériens du Pacifique
Liens externes
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