Louis XVIII, né le au château de Versailles sous le nom de Louis Stanislas Xavier de France et mort le au palais des Tuileries, est roi de France et de Navarre du au et du à sa mort.

Issu de la maison de Bourbon, petit-fils du roi , quatrième fils du dauphin Louis et de la Dauphine née Marie-Josèphe de Saxe et frère cadet de , il est appelé « Monsieur » quand ce dernier devient roi et fut titré comte de Provence à sa naissance. Il choisit de s'exiler sous la Révolution française, puis adopte de jure en tant que prétendant au trône le nom de , l'ordre dynastique incluant son neveu mort en prison en 1795 (à l'âge de ) sans avoir jamais régné.

Surnommé « le Désiré » par les royalistes, il revient en France lors de la Restauration qui suit la chute de l'empereur . Il est brièvement renversé durant les Cent-Jours, puis revient à nouveau au pouvoir après la bataille de Waterloo, installant pour la première fois en France un régime parlementaire, certes tempéré par un très strict suffrage censitaire.

Durant son règne, considérant l'évolution de la France entre 1789 et 1814, s'attelle à composer avec les acquis de la Révolution et de l'Empire. Ayant quitté la France à l'âge de le même jour que la famille royale (qui est reconnue et arrêtée à Varennes), il en a 58 quand son règne commence effectivement après avoir passé . en exil. Il « octroie » au peuple une constitution utilisant un terme d'Ancien Régime, la Charte constitutionnelle de 1814, tout en menant une politique de réconciliation et d'oubli concernant les violences révolutionnaires en tentant de calmer la Terreur blanche. Il compose dans un premier temps avec une chambre parlementaire « plus royaliste que le roi », la Chambre introuvable. Mais en 1820, après l'assassinat de son neveu le duc de Berry, troisième dans l'ordre de succession au trône et seul mâle en mesure d'assurer la succession au trône, la Restauration prend un tournant plus dur, voire réactionnaire, que le roi laisse mener par le président du conseil Villèle. Son règne est aussi marqué par l'expédition d'Espagne (1823).

meurt sans descendance et est inhumé à la basilique Saint-Denis. Il est le dernier monarque français à recevoir ce privilège, et également le dernier mort sur le trône, les trois suivants (le roi de France , le roi des Français Louis-Philippe Ier et l'empereur des français Napoléon III) ayant été renversés. Son frère cadet, le comte d'Artois, lui succède sous le nom de . La Restauration prend fin avec la révolution de 1830, qui renverse la dynastie des Bourbons et porte au pouvoir Louis-Philippe, issu de la maison d'Orléans, qui devient roi des Français.

Jeunes années

Naissance et baptême vignette|gauche|200px|Le comte de Provence et son frère le duc de Berry, futur , par François-Hubert Drouais. Né le à Versailles et ondoyé le même jour par le cardinal de SoubiseRegistre des baptêmes (1755) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines., Louis Stanislas Xavier est le quatrième fils du dauphin Louis et de sa seconde épouse Marie-Josèphe de Saxe, et est ainsi le petit-fils de . Il est le frère cadet de Louis-Joseph, duc Bourgogne, de Louis Auguste, futur , et le frère aîné de Charles-Philippe, futur . Petit-fils de France, Louis Stanislas Xavier est titré comte de Provence et se voit attribuer pour armes de France à la bordure dentelée de gueulesHervé Pinoteau, La symbolique royale française, , P.S.R. éditions, 2004, ..

Le , le duc de Bourgogne meurt à l'âge de 10 ans. Ce décès du futur roi plonge la famille royale dans le deuil. Louis-Auguste devient héritier en second et Louis-Stanislas, héritier en troisième place. Le , le même jour que son frère aîné Louis Auguste, Louis Stanislas Xavier est baptisé par l'archevêque Charles Antoine de La Roche-Aymon dans la chapelle royale du château de Versailles, en présence de Jean-François Allart (1712-1775), curé de l'église Notre-Dame de Versailles. Son parrain est son arrière-grand-père , représenté par Louis-François de Bourbon-Conti, et sa marraine est sa tante Victoire Louise Marie Thérèse de FranceRegistre des baptêmes (1761) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines..

Enfance à Versailles Louis Stanislas Xavier est le quatrième fils et le huitième enfant sur treize du couple formé par le dauphin Louis et Marie-Josèphe de Saxe. Tout comme son frère aîné, le futur Louis XVI, il passe son enfance au château de Versailles, où il reçoit une éducation solide. Cultivé, il est fin latiniste. Il a de l'espritEmmanuel de Waresquiel, Talleyrand : Le Prince immobile, Fayard, 2003, p. 458., mais n'est pas très aimé de son grand-père, le roi , qui le chérit encore moins que ses frères Louis XVIII, Mémoires, Tome premier, Mame-Delaunay, 1832 .

Mariage du prince vignette|droite|Louis, comte de Provence et son épouse Marie-Joséphine de Savoie, tous deux à droite. Louis, comte de Provence, épouse Marie-Joséphine de Savoie, (1753–1810), fille du roi et de Marie-Antoinette d'EspagneElle-même arrière-petite-fille du roi par la branche paternelle., le dans la chapelle royale du château de Versailles. Les témoins sont son grand-père , ses frères Louis Auguste et Charles Philippe, sa belle-sœur Marie-Antoinette, sa sœur Clotilde et ses tantes Adélaïde, Victoire et SophieRegistre des mariages (1771) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines..

Marie-Joséphine de Savoie est la sœur de Marie-Thérèse, épouse du futur roi de France.

Favoris et favorites

eut plusieurs favorites mais également des favoris : François de Béziade (1759-1811), comte puis duc d'Avaray (1799) ; Casimir de Blacas d’Aulps (1771-1839), comte puis duc de Blacas (1821) ; Élie Decazes (1780-1860), comte (1816) puis duc Decazes (1820) et duc de Glücksberg (par le roi en 1818) ; Anne Nompar de Caumont La Force (1758-1842), comtesse de Balbi ; Zoé Talon (1785-1852), comtesse de Baschi et du Cayla ; Anne-Marie de Jouvence, comtesse de PonevejAncienne capitale de la Haute Lituanie, à l'époque sous l'Empire russe d'où son nom en russe. Aujourd'hui la ville est située en Lituanie..

Rapprochement avec le Languedoc vignette|Le comte de Provence.|357x357px Une éventuelle initiation à la franc-maçonnerie en compagnie de ses frères, dans la loge maçonnique dite des « Trois Frères » à Versailles, a parfois été suggérée mais jamais démontréeCharles Porset, Hiram sans-culotte ? Franc-maçonnerie, lumières et révolution : trente ans d'études et de recherches, Paris, Honoré Champion, 1998, 207.Alec Mellor, Quand les francs-maçons étaient légitimistes, Dervy-Livres, 1986, 25.Jean-André Faucher, Histoire de la franc-maçonnerie en France, Nouvelles Éditions Latines, 1968..

Son statut de frère du roi ne l'empêche pas de critiquer la politique de celui-ci. Mécontent et inquiet de la politique royale d'apaisement et d'ouverture aux théories des Lumières, Louis Stanislas cherche à s'installer dans la province de Languedoc et à en faire son fief, lui permettant ainsi de se ménager une action directe et distincte de celle de frère. En 1775, il sollicite en vain le titre de gouverneur du Languedoc. Il avait même acheté l'année précédente le comté de l'Isle-Jourdain qui lui assurait, par la forêt de Bouconne, accès et influence jusque dans Toulouse.

Au printemps 1777, un voyage l'amène à Toulouse où il assiste le , à une séance de l'Académie des Jeux floraux et entend la lecture de trois odes. En son honneur, les parlementaires de la ville organisent une réception chez le comte Riquet de Caraman. Il s'embarque ensuite au Port Saint-Sauveur et continue son périple sur le canal du Midi. À chaque étape, les auberges et maisons sont décorées suivant les ordres des Riquet de Caraman, concessionnaires du canal. La décoration de la maison du receveur du canal à Agde est particulièrement soignée pour la réception de Monsieur.

Révolution française Débuts de la Révolution vignette|redresse|Le jeune comte de Provence (1778) par Joseph-Siffred Duplessis .|315x315px Après avoir agité la cour de en facilitant la chute des ministres réformateurs Turgot, Necker, Calonne, puis bloqué les réformes proposées par Calonne, en les déclarant inconstitutionnelles en tant que président de l'un des bureaux de l'assemblée des notables de 1787, il réclame pour le tiers état le doublement du nombre de députés aux états généraux.

Durant l'assemblée des notables organisée à Versailles à la fin de l'année 1788, le comte de Provence vota pour le doublement de la représentation du Tiers-État aux états généraux (généralement perçu, a posteriori comme une des principales causes de la Révolution françaiseGoogle livre ", le roi politique (1755-1824) de Cédric Gildas, page 116, consulté le 6 juin 2020), action qu'il reconnaîtra ensuite comme « une des plus grandes fautes » de sa vieGoogle Livre "Revue de Paris, tome onzième, 1839", page 196, consulté le 6 juin 2020.

Départ de la cour de Versailles À la suite du départ de la cour de Versailles pour Paris après les journées des 5 et 6 octobre 1789, le comte de Provence est installé au Petit Luxembourg. Comme son frère aîné, il ne se sent plus assez libre et prépare un plan d'évasion (il en prépare deux, car son épouse sortira de Paris par un autre moyen).

Dans la nuit du 24 au . le marquis de Favras est mis en état d'arrestation ainsi que son épouse la princesse d'Anhalt. Des billets furent diffusés dans tout Paris l'accusant lui et le comte de Provence, non sans une certaine complaisance, d'avoir ourdi un complot destiné à faire sortir le roi de Paris, assassiner La Fayette et Jean Sylvain Bailly, susciter une révolte, bloquer et affamer Paris. Favras est jugé puis condamné à mort le . Son confesseur, Benoît-Louis Le Duc, rapporte la nouvelle au comte de Provence qui aurait dit alors en se frottant les mains , ce qu'il fit effectivement.. vignette|Le comte de Provence en 1794 à Londres (gravure de John Jones).

Les années d'exil à l'étranger

Dans ses mémoires, Mémoires, in-8°, Mame-Delaunay, 1832 - en ligne sur le site de la BNF : www.gallica.fr., il explique préalablement avoir corrigé la déclaration de qui explique son départ de Paris, mais à aucun moment, il ne dit avoir eu connaissance, avant le , veille du départ, du plan précis de qui consistait à partir vers l'est afin de rejoindre la place forte de Montmédy et de reprendre militairement la main sur la Révolution.

Fuite vers les Pays-Bas Le , date du départ du roi et sa famille des Tuileries, le comte de Provence quitte également sa résidence surveillée. Déguisé et muni d'un passeport anglais, il rejoint ainsi sans la moindre difficulté les Pays-Bas autrichiens, via Avesnes et Maubeuge. Il se réfugie à Bruxelles puis Coblence, capitale de l’électorat de Trèves, dont un de ses oncles maternels est l’archevêque et le souverain.

Il rencontre l'empereur et lui inspire la déclaration de Pillnitz d', qui galvanisa les Girondins.

Il refuse de reconnaître l’autorité du roi et se voit déchu de ses droits de prince du sang par l'Assemblée législative en . Il tente de rentrer en France à la tête d’une armée de mais doit rebrousser chemin après la bataille de Valmy et se réfugie à Hamm, en Westphalie.

En , ayant appris l'exécution de son frère aîné, il se proclame « régent » pour le dauphin, lequel demeure prisonnier des révolutionnaires à Paris, et le proclame roi de France sous le nom de jure de . À la mort de l’enfant, le , il devient le dépositaire légitime de la couronne de France et prend le nom de .

Errance en Europe Entre 1794 et 1796 il loge à Vérone, mais il doit quitter la ville quand le Directoire demande officiellement à la république de Venise de l'expulser. Le général Bonaparte avec son armée d’Italie entrera dans la ville en , un mois après le départ du comte de ProvenceA. Righi, Il conte di Lilla e l'emigrazione francese a Verona (1794-1796), Perugia 1909.