La Confédération générale du travail (CGT), fondée en 1895, est une confédération interprofessionnelle de syndicats français de salariés. Elle est le deuxième syndicat du secteur privé par le nombre de voix aux élections professionnelles (comités d'entreprise, délégués du personnel, comités sociaux et économiques, très petites entreprises), avec 23 % contre 26 % à la Confédération française démocratique du travail (CFDT), et le premier dans le secteur public, avec 21 % des voix contre 19 % à la CFDT.
La CGT revendiquait en 2022 via trente mille implantations dans les entreprises et services publics et un millier d'unions localesArticle dans Le Parisien le 30 avril 2016.
En 1936, elle signe les accords de Matignon, créant les premiers congés payés. Forte du prestige de sa participation à la Résistance, bien que certains de ses membres aient collaboré avec le régime de Vichy, et de la grande grève des mineurs de 1941, elle réunit cinq millions d'adhérents après la Seconde Guerre mondiale"Autour du Front populaire. Aspects du mouvement social au ", par l'historien Antoine Prost en 2011 , lors de la « bataille de la production » pour reconstruire la France, qui entraîne ensuite des scissions créant Force ouvrière et la Fédération de l'Éducation nationale (FEN), future Fédération syndicale unitaire (FSU), inquiètes d'une direction soumise au Parti communiste jusqu'aux années 1990.
Après ses combats anti-guerre d'Indochine et anti-guerre d'Algérie, la CGT obtient en Mai 68 un relèvement de 35 % du salaire minimum puis anime les grandes grèves de 1995 et le mouvement obtenant en 2006 le retrait du « contrat première embauche », participant aussi au rejet du référendum européen de 2005. En , Sophie Binet est la première femme élue à sa tête, en plein mouvement contre la réforme des retraites.
Histoire
Des origines à 1913 L'histoire de la Confédération générale du travail commence à sa fondation le à Limoges.
La CGT a été précédée par d'autres associations. Le , la loi Ollivier supprime le délit de coalition et de grève abrogeant la loi Le Chapelier. La même année est créée l'Association internationale des travailleurs (AIT) dite Internationale.
Le , Eugène Varlin, délégué de l'AIT et président, avec Nathalie Lemel, d'une Société d’Épargne de Crédit Mutuel des Relieurs, créent la Fédération Parisienne des Sociétés Ouvrières autour de la Société de Solidarité des Ouvriers Relieurs de Paris préexistante. C'est le noyau parisien de la future CGT nationale.
Durant la décennie 1870-1880, les grèves se multiplient. Un rapport de police dénombre rassemblant en 1876. Quatre ans plus tard, les chiffres sont respectivement de 478 et .
Le une loi légalise les syndicats professionnels ouvriers et patronaux à l'initiative de Pierre Waldeck-Rousseau. Aussi, en 1886, la Fédération nationale des syndicats (FNS), d'inspiration guesdiste est créée. En 1892, se forme la Fédération des Bourses du travail.
Fondation en 1895 Le Congrès constitutif de la Confédération générale du travail (CGT) est organisé à Limoges du 23 au .. Les principaux piliers en sont la fédération du livre et celle des cheminots, ainsi que la Fédération des Bourses du travail, mais de nombreux métiers restent extérieurs à la CGT. L'échelon confédéral prend forme au congrès de Montpellier en 1902.
Débuts de la confédération En 1900, le journal La Voix du peupleBNF La voix du peuple, organe de la CGT, est fondé.
vignette|Plaque commémorant l'adoption de la charte d'Amiens, le , à l'entrée de l’École publique du Faubourg de Noyon, rue Rigollot à Amiens.
En 1904, le Congrès de Bourges adopte la revendication de la journée de huit heures. En 1906, la Charte d'Amiens, adoptée en congrès, donne au syndicalisme confédéral quelques-uns de ses traits spécifiques : la lutte des classes, la lutte quotidienne pour des améliorations immédiates mais aussi la lutte pour la disparition du salariat et du patronat, ainsi que son indépendance vis-à-vis des organisations politiques, du patronat et de l'État. Cette Charte est reprise aujourd'hui comme référence par la plupart des syndicats. L'organisation y définit ce qu'est sa vision du syndicalisme : « d'une part il prépare l'émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste, et d'autre part, il préconise comme moyen d'action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd'hui groupement de résistance, doit devenir dans l'avenir, le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale »CGT, Charte d'Amiens, adoptée au congrès de la CGT en octobre 1906 par pour, 8 contre et 1 abstention, 1906, lire en ligne.Daniel Lindenberg, « Le mythe de la charte d'Amiens », Mil neuf cent, Revue d'histoire intellectuelle, 1/2006, , lire en ligne.. Lors du congrès, les guesdistes sont mis en minorité par les syndicalistes révolutionnaires et les réformistes.
La Fédération Nationale des Syndicats d'Instituteurs rejoint la CGT en 1907. L'année suivante, la fédération des Mineurs rallie la CGT peu de temps après la grève de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges au cours de laquelle de nombreux cadres de la CGT sont arrêtés. Le Congrès de Marseille se tient en , alors qu'un grand nombre de dirigeants cégétistes sont en prison. Une motion vigoureusement antimilitariste est adoptée..
En 1909, Victor Griffuelhes démissionne. Durant son court intérim, Louis Niel renoue les liens avec la Fédération syndicale internationale, mais il doit démissionner sous la pression des syndicalistes révolutionnaires. Cette orientation n'est pas remise en cause par son successeur, Léon Jouhaux, proche des dits révolutionnaires, mais qui a tracé progressivement sa propre voie. Le de la même année, paraît le premier numéro de la Vie Ouvrière, qui se définit comme « syndicaliste Révolutionnaire, antiparlementaire ». La revue est dirigée par Pierre Monatte. C'est l'ancêtre de La Nouvelle Vie ouvrière (NVO) qui est toujours la revue de la CGT.
De 1919 à 1939 L'année 1919 voit la création d'une seconde confédération syndicale en France, la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), dans un paysage social où la CGT revendiquait après la guerre un effectif d'un million et demi d'adhérents, sur fond de et en France. En réaction, la CGT a obtenu la création du Conseil économique et social et a organisé le une grève générale de marquée par à Paris. Le gouvernement a lâché du lest au cours de l'année, le parlement votant la loi sur les conventions collectives le et trois jours après la loi supprimant le travail de nuit dans les boulangeries tandis que sont votées aussi le les lois sur la journée de .
Le , après ces lois, Pierre Monatte, qui avait été le le principal fondateur de la revue La Vie ouvrière, crée les Comités syndicalistes révolutionnaires, ce qui fera de lui par la suite le leader de l'opposition interne à la CGT, et l'une des grandes figures du syndicalisme révolutionnaire en France.. Arrêté en liaison avec la grève des cheminots de 1920, il sera incarcéré quelque temps. et rejoindra le PCF en 1923, dont il sera exclu fin 1924 avant de fonder en la revue La Révolution prolétarienne.
Le voit le vote de la loi relative au droit syndical. Le , la CGT appelle à la grève générale et en on compte de grévistes avec le , reprise du travail. La grève des cheminots pour la nationalisation des chemins de fer sera un échec. À la suite de ce mouvement, la du tribunal correctionnel ordonnera même le la dissolution de la CGT, sanction qui ne sera jamais appliquée. Contrecoup des échecs, les effectifs repassent à . En mai, la CGT reçoit l'adhésion de la Fédération des fonctionnaires et employés de l'État. C'est aussi la naissance du journal Le Peuple, organe officiel de la CGT.
Le congrès de Lille, en , évite la scission dans le syndicat, où majoritaires et minoritaires sont au coude à coude. C'est la conséquence du congrès de Tours de la SFIO, qui a vu l'année précédente la scission entre ceux qui souhaitent adhérer à la Troisième internationale, majoritaires et ceux qui s'y opposent.
À la suite de l'exclusion de la Fédération des cheminots, les « révolutionnaires » quittent la CGT, et créent la Confédération générale du travail unitaire (CGTU), proche du Parti communiste (PC). Lors de son premier congrès, du au à Saint-Étienne, la CGTU décide de rallier l'Internationale syndicale rouge. Elle combat le taylorisme, alors en plein essor.
La CGTU compterait alors environ , nettement moins que la CGT « maintenue », qui, elle, en compterait environ Antoine Prost, Autour du front populaire. Aspects du mouvement social en France au , Le Seuil, 2006, , les effectifs syndicaux 1918-1938. En 1924, les très minoritaires « syndicalistes révolutionnaires », qui dirigeaient notamment l'union départementale du Rhône, quittent la CGTU et fondent la CGT-SR.
En 1925, la CGTU revendique deux semaines de congés payés à son congrès de 1925. Pierre Monatte fonde La Révolution prolétarienne, où il appelle à la réunification de la CGT. Trois ans après c'est le retour dans la CGT de la Fédération générale des fonctionnaires, qui avait adhéré en , mais avait choisi l'autonomie en 1922, pour préserver l'unité syndicaleRené Bidouze, Les fonctionnaires, sujets ou citoyens, vol 1, éditions sociales, 1979, ..
Lors du vote définitif de la loi sur les assurances sociales le , est instituée une double cotisation, patronale et salariale, abondée par l'État, obligatoire pour les salariés gagnant plus de par an, après dix années de débats, durant lesquels la CGTU a dénoncé ces assurance privées car pas de répartition, pas d'universalisme, pas de paritarisme, alors que la CGT les a soutenues. Au-delà de la maladie, les assurances sociales couvrent aussi les champs de la vieillesse, de l'invalidité prématurée et du chômage involontaire.
Le est publié « l'appel des 22 », syndicalistes CGT, CGTU et autonomes, en vue de la réunification de la CGTPierre Cours-Salies, René Mouriaux, L'unité syndicale en France. 1895-1995, impasses et chemins, éditions Syllepse, 1996. Cf , Vincent Présumey, le mouvement pour l'unité syndicale au début des années trente : violemment dénoncé par la direction de la CGTU, cet appel aboutit à un échec patent fin 1932. En 1931, Benoît Frachon entre au bureau confédéral de la CGTU. Il remplace Gaston Monmousseau et devient secrétaire général de la CGTU, deux ans plus tard.
Le début des années 1930 est marqué par la progression du chômage, qui atteint déjà en 1931, et s'élèvera à en 1936. En 1932, après une progression à la fin des années 1920 à , la CGTU retombe à en 1932. La CGT connaît une évolution parallèle ; elle compte en 1921 comme en 1933, après avoir eu également une progression éphémère à la fin des années 1920. Dans la période 1924 et 1934, environ 50 % des conflits se terminent de manière infructueuse.
La période 1934-1935 voit un rapprochement syndical. En riposte à l'émeute du 6 février, un appel à la grève générale « contre le fascisme » à l'initiative de la CGT et de la CGTU pour le donne lieu à une convergence des deux cortèges place de la Nation (Paris). Le , le secrétaire général du PCF Maurice Thorez donne son aval à un rapprochement des deux CGT. Le débutent des discussions en vue de la réunification, qui aboutiront le à un programme de Front populaire. Deux congrès séparés simultanés du au donnent leur aval à la réunification. C'est "la base" des salariés syndiqués qui demande la réunification.