thumb|Flagellation. Gravure de John Willie (entre 1946 et 1959). thumb|Démonstration d'une suspension partielle de bondage.
Le syntagme bondage et discipline, domination et soumission, sado-masochisme (BDSM) désigne un ensemble de pratiques sexuelles et contractuelles utilisant la douleur, la contrainte, l'humiliation érotique ou la mise en scène de divers fantasmes sexuels de domination. Les pratiques sadomasochistes sont fondées sur un contrat entre deux parties (pôle dominant et pôle dominé). Le BDSM fait l'objet de pratiques très variées.
Étymologie Le terme sadomasochisme est dérivé des mots sadisme et masochisme. Ces termes sont dérivés des noms du marquis de Sade et de Leopold von Sacher-Masoch. Bien que les noms de Sade et Sacher-Masoch soient associés respectivement aux termes sadisme et masochisme, les scènes décrites dans les œuvres de Sade ne représentent pas les pratiques contemporaines du BDSM, notamment en ce qui concerne le consentement.
Le psychiatre Richard von Krafft-Ebing et le sexologue Havelock Ellis ont utilisé et popularisé dans la communauté médicale les termes masochisme et sadismeRichard von Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis, 35 et 236, ..
En 1905, Sigmund Freud décrit le « sadisme » et le « masochisme » dans son œuvre Trois essais sur la théorie sexuelle. Cela a conduit à la première utilisation du terme composé sado-masochisme par le psychanalyste viennois Isidor Sadger dans leur travail, Über den sado-masochistischen Komplex (« Concernant le complexe sadomasochiste ») en 1913.
Enfin en 1967 Deleuze publie la présentation de Sacher-Masoch dans laquelle il écrit « Sado-masochisme est un de ces noms mal fabriqués, monstre sémiologique ». Et il précise en cas de rencontre que « chacun fuit ou péritG.Deleuze, ».
Histoire Si Richard von Krafft-Ebing a donné les noms de sadisme et de masochisme à ces pratiques sexuelles, l’histoire du plaisir dans la douleur physique ou morale, donnée ou reçue est loin de commencer avec Sade et Masoch.
Timour-Leng encore appelé Timour le Boiteux, Timour le Grand, devenu émir de TransoxianeTransoxiane, le pays au-delà du fleuve Oxus, en arabe Mawaranahr de balād mā warāʾ an-nahr, , « pays au-delà du fleuve ». L'Oxus / Ὦξος des grecs (actuel Amou-Daria) était appelé Jihoun (arabe : jīḥūn, , turc : Ceyhun) dans la géographie du Moyen Âge arabo-musulman., Léopold Stern Sacher-Masoch ou l'amour de la souffrance -Édition Bernard Grasset 1933, p. 16.
thumbnail|right|200px|Xanthippe vide le pot de chambre sur la tête de Socrate. À l'arrière-plan, un homme rudoie un couple âgé dans un bateau à voile.
Selon le psychanalyste Sacha Nacht, Salomon, à un âge avancé, se faisait piquer par des femmes pour exciter une virilité défaillante. Josephus Flavius racontait que le frère d'Hérode, Phérosas, se faisait, lui, enchaîner et frapper par ses femmes esclaves dans le même but. Toujours selon Sacha Nacht, Socrate, dans ses relations avec son épouse Xanthippe, offre un exemple de masochisme plus complet. . Pétrone dans le Satyricon, fait frapper Encolpe avec des orties qui stimulent la virilité. Dans le film de Federico Fellini, Satyricon, Encolpe est fouetté avec des baguettes qui ressemblent à des cannes anglaises.
Selon Raphaël Ledos de Beaufort, Sacher-Masoch est loin d’être l’initiateur de la théorie dont il s’est fait le défenseur. « Et qui proclame que rien n’est si enviable que d’être frappé par l’être aimé : cette théorie de la jouissance dans la douleur a de tout temps existé, de tout temps a eu des adeptes et des défenseurs. » « L’histoire ancienne et les mythologies abondent en exemples semblables : Bacchus et les Ménades, Hercule et Omphale, Circé et les compagnons d’Ulysse, Attis et Cybèle, Sémiramis fouettant les princes captifs devenus ses amantsRaphaël Ledos de Beaufort, Histoire de la flagellation à travers les âges, Notice sur la Vie et l’Œuvre de Sacher Masoch Éd. Charles Carrington, Paris(1902), article en ligne : Histoire de la flagellation à travers les âges - Raphaël Ledos de Beaufort.
À la fin du le sadomasochisme est pathologisé. La pratique attire l'attention de la sociologie dès les années 80, ces approches commencent à le dé-pathologiser. Pour se détacher des stigmates associés au terme, les pratiquants créent dans années 1990 l’acronyme de BDSM. Au début des années 2000, la pratique est de plus en plus analysée pour son rôle thérapeutique et pour repenser les rapports de domination, notamment grâce à la notion de consentement.
Composantes du BDSM Bondage, domination, soumission, masochisme Quatre composantes distinctes du jeu du pouvoir sont incluses dans la pratique du BDSMWilliams, D. J. 2006. « Different (Painfulj) Strokes for Different Folks: A General Overview ofSexual Sadomasochism (SM) and its Diversity ». Sexual Addiction & Compulsivity, vol. 13, , . :
Plusieurs rôles sont rattachés à ces trois pratiquesCaruso, Jessica (2012). « La communauté BDSM (bondage/discipline, domination/soumission, sadomasochisme) de Montréal : enquête sur la culture BDSM et les codes et scénarios sexuels qui la constituent » Mémoire. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Maîtrise en sexologie. : les rôles qui prennent le contrôle dans la relation : Dominant, Maitre ; les rôles qui offrent le contrôle au dominant : soumis, esclave ludique, masochiste ;
Domination / soumission La domination et la soumission (ou D/s) est un jeu de comportements et de désirs dans lequel une personne souhaite être dominée par une ou plusieurs autres personnes dans un but érotique et sexuel. Le contact physique n'est pas nécessaire et ce type de jeu peut s'effectuer à distance, anonymement ou non, par téléphone ou par tout système de messagerie électronique. Dans d'autres cas, il peut être intensément physique, allant parfois au sadomasochisme. Les individus qui choisissent le rôle supérieur sont appelés dominants (pour les garçons) ou dominatrices (voire maîtresses, pour les filles), et les individus qui choisissent le rôle subordonné sont appelés soumis(es) (garçons et filles). Les individus peuvent également changer de rôle durant le jeu (switch). Le jeu D/s est un échange consensuel entre les partenaires, basé sur la confiance et la communication et sur un respect mutuel dans lequel les partenaires peuvent s'explorer émotionnellement.
Les variantes de D/s peuvent prendre un bon nombre de formes. Ils incluent la servitude domestique qui peut devenir sexuelle, la chasteté forcée, l'humiliation érotique ou verbale, la soumission fétichiste (pieds, chaussures, bottes, uniformes, cigarettes, latex, cuir…), la déshumanisation où le dominé est considéré comme un animal et traité comme tel voire à l'objectification où il est considéré comme un objet inanimé, et enfin au travestissement (ou cross-dressing). Ces variantes peuvent être combinées avec d'autres formes de BDSM. thumb|left|upright=0.7|Bondage à l'aide de cordes et d'une barre d'écartement causant l'immobilisation et la douleur.thumb|right|200px|upright=1.44|Les menottes, l'un des accessoires les plus utilisés dans le domaine du BDSM
Bondage
Le bondage est une pratique qui consiste à rendre un corps captifHoward S.Becker, Outsider, traduit par J.P. Briand, , Éditions Métaillé, note en bas de page. par tout accessoire de contrainte et quel qu'en soit le procédé. Le bondage est souvent, mais pas toujours, une pratique sexuelleMatthias T. J. Grimme: Das Bondage-Handbuch. Anleitung zum erotischen Fesseln. Charon-Verlag, Hamburg 1999 . (German). Bien que le bondage soit une variation très populaire dans le domaine BDSM, il est néanmoins souvent différencié du reste de ce domaineLee Harrington: Shibari You Can Use: Japanese Rope Bondage and Erotic Macramé, Mystic Productions 2007 .. Strictement parlant, le bondage signifie immobiliser le partenaire dominé à l'aide d'accessoires tels que les menottes et les chaines. Le bondage inclut également la croix de saint André ou les barres d'écartementJay Wiseman's Erotic Bondage Handbook. 2000 .
Le terme « discipline » décrit une restriction psychologique dans laquelle les règles et la punition sont utilisées pour contrôler tous types de mouvements ou comportements du dominéZakfar, A Professional Dominatrix, 2010, Lulu.com .. La punition (punishment) est à distinguer du « funishment », ce dernier ayant pour trait de procurer du plaisir dans une mise en scène de punition ce qui diffère profondément du punishment qui dispose d'un caractère éducatif, funishment comme punishment peuvent être données physiquement (telle que les claques), psychologiquement (par humiliation, telle que la flagellation publique) ou par une perte de liberté physique (attaché ou menotté à un lit ou des barreaux ou encore enveloppé dans un matériau extensible tel que du film plastique)Bill Henkin, Sybil Holiday: Consensual Sadomasochism: How to Talk About It and How to Do It Safely, Page 71. Daedalus Publishing Company, 1996 ..
Sadomasochisme vignette|Un personnage ressemblant à Superman attaché et fouetté, dans la BD (1954).
Le BDSM était antérieurement nommé « SM », le sigle « BDSM » est aujourd’hui employé pour mieux représenter la diversité des pratiques. Le terme « sadomasochisme » fait référence à l’érotisation de la douleurBrame, G., W. Brame. et J. Jacobs. 1993. Different loving : The world ofsexual dominance and submission. New York : Villard. et est dérivé des mots « sadisme » et « masochisme ».
Gilles Deleuze réfute tout lien entre masochisme et sadisme et qualifie le mot sado-masochisme tel qu'il le trouve dans plusieurs textes de Freud de « monstre sémiologique » : « Sado-masochisme est un de ces noms mal fabriqués, monstre sémiologiqueG. Il considère que sadisme et masochisme sont deux univers différents, qu'ils ne peuvent être de parfaits contraires, ni une parfaite complémentarité. Le sadisme étant un univers de crimes, de ce fait hors consentement. Et, le masochisme l'univers du contrat où tout est accepté par le sujet qui éduque son bourreau. ». Et il précise en cas de rencontre que « chacun fuit ou périt ».
Le sadisme et le masochisme sont des mots employés dans le langage courant, médical, scientifique de l’érotologie et dans la métapsychologie de la psychanalyse. En matière de psychanalyse phénoménologique ils seraient Chervet, B. (2016). Sadomasochisme et précession du masochisme. À propos de l’asymétrie en psychanalyse. Revue française de psychanalyse, vol. 80(3), 722-732. https://doi.org/10.3917/rfp.803.0722.
Intérêts et sociologie Le BDSM est un loisir récréatif . La pratique du BDSM produit du plaisir. Celui-ci est dû à la production de dopamine, opioïdes et ocytocine. En réponse à la peur, au stress et la douleur chez les participants, le corps produit aussi du cortisol et de l'adrénaline. La quantité de personne pratiquant et s’intéressant au BDSM est difficile a définir. Le pourcentage de la population varierait entre 8 et 70%. Cette grande variabilité dépend de la définition donnée au BDSM, de la méthodologie utilisée et du type d'implication (fantasme, pratiquant, communauté).
La pratique divise au sein du féminisme notamment sur son rôle dans la reproduction, ou pas, des rapports de domination. Les pratiques non génitales et la négociation de pouvoir ayant un rôle important dans le BDSM, les pratiquant on tendance à ne pas reproduire les rôles de genre traditionnel. Plusieurs études suggérant que les participants seraient plus souvent homo ou bi-sexuel.