Le château de Chillon se trouve sur les rives du Léman, à Veytaux (commune se trouvant entre Villeneuve et Montreux) en Suisse. De forme oblongue, le château mesure de long pour de large. Successivement occupé par la maison de Savoie puis par les Bernois de 1536 à 1798, il appartient désormais à l'État de Vaud.
Il s'agit du monument historique le plus visité de Suisse., possédant un patrimoine architectural et artistique d'une très grande richesse.
Le château est accessible en voiture depuis Montreux et Villeneuve et dispose d'un parking. En transports publics, il est desservi par un arrêt de train CFF nommé « Veytaux-Chillon », par un arrêt de bus en provenance de Montreux, Vevey et Villeneuve et enfin par la ligne de bateau Lausanne-Saint-Gingolph de la CGN...
Géographie vignette|gauche|Le château de Chillon et les dents du Midi en arrière-plan (vue depuis Territet et Montreux). Le château de Chillon se situe en Suisse, dans le canton de Vaud, sur le territoire du district de la Riviera-Pays-d’Enhaut, entre Montreux et Villeneuve. Il se trouve sur l'île de Chillon, un rocher de calcaire plongeant dans le Léman et qui est séparé d'une dizaine de mètres du rivage, à d'altitude..
Étymologie D'après l'ethnologue suisse Albert Samuel Gatschet, le nom Chillon viendrait du patois et signifierait « pierre plate, dalle, plate-forme ». Castrum Quilonis (terme apparu en 1195) signifierait donc « château construit sur un chillon », c'est-à-dire sur une plate-forme de rocher. Il dériverait d'un nom en ancien français, « chail », signifiant « cailloux ».
Histoire L'emplacement du château de Chillon revêt une importance stratégique : à l'extrémité orientale du Léman, il ferme le passage entre la rive septentrionale du lac (accès au nord vers la Bourgogne, la France et le nord de l'Europe) et la plaine du Rhône (accès vers les régions du nord de l'Italie actuelle, comme le Piémont ou la Lombardie). La nature du site, sur un îlot, offre une protection naturelle contre les agressions éventuelles. De plus, le monument se trouve le long d'un axe faisant partie de la Via Francigena, un réseau de pèlerinage allant de l'Angleterre à Rome. La voie bordant le château était empruntée à la fois par les pèlerins et les marchands pouvant passer du nord au sud des Alpes par le col du Grand-Saint-Bernard. Il était ainsi extrêmement aisé pour une garnison de contrôler militairement et commercialement la route.
Le Moyen Âge - période des Savoie La première mention historique de Chillon remonte au . Dans une charte de 1150, le comte Humbert III accorde aux moines de l'abbaye cistercienne de Haut-Crêt le libre passage à Chillon. Cela atteste de la domination de la maison de Savoie sur la forteresse et en fait leur plus ancienne place-forte au nord du Léman. Des relevés archéologiques ont cependant daté au les fondations du donjon et de la première enceinte, sans toutefois permettre de savoir à qui appartenaient les fortifications à cette époque.
Le château de Chillon devient le centre d'une châtellenie, dans le cadre de l'organisation du comté de Savoie, puis également le chef-lieu du bailliage du Chablais. Le premier châtelain est attesté en 1198. La maison de Savoie transforme le site et l'agrandit durant le , le et le .
Cela coïncide avec l'expansion du comté sur une partie de la Suisse romande actuelle, où les Savoie construisent de nombreux châteaux (Yverdon, Morges, Aigle, Romont…). À côté de la forteresse, le comte Thomas I fonde en 1214 la bourgade de la Ville neuve de Chillon, dont il fait le siège d'un péage.
Résidence seigneuriale vignette|Le comte de Savoie Pierre II recevant des émissaires de Berne devant le château de Chillon en 1255, détail d’une miniature tirée de la Spiezer Chronik de Diebold Schilling, Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne. Le château de Chillon n'est pas voué qu'à un but militaire ou commercial. Il sert également de résidence aux comtes de Savoie. Il est en effet une des étapes des voyages de leur cour itinérante à travers leur territoire. Certains d'entre eux apportent des modifications notables au monument.
Le comte Thomas I entreprend de 1190 à 1220 de grands travaux de renforcement et d'agrandissement sur le site. Il fait notamment ériger une double enceinte défensive. Il sera imité par plusieurs de ses fils au cours du , faisant de Chillon l'un des sièges les plus importants de la cour de Savoie.
Fils de Thomas, Pierre II de Savoie entreprend des travaux visant à améliorer le confort du château. Dans les années 1250-1260, il fait percer des fenêtres à deux lancettes surmontées d'un oculus trilobé. Il érige un espace dévolu au fonctionnement et à l'archivage administratif de la châtellenie de Chillon : la domus clericorum. Pour autant, l'aspect défensif n'est pas laissé de côté ; il commande le rehaussement des tours semi-circulaires de l'enceinte extérieure. Les travaux sont effectués sous la supervision du maître d'œuvre Pierre Mainier.
Frère de Pierre, Philippe I de Savoie fait orner l'une des salles de banquet (la salle du châtelain) de deux colonnes en chêne finement sculptées et surmontées de chapiteaux à crochets dans les années 1270. Les défenses sont renforcées par un système d'archères imposantes. Les travaux ont été probablement supervisés par le maître maçon Jacques de Saint-Georges, qui a séjourné à Chillon en 1273. Cet artisan poursuivra sa carrière au service de la royauté anglaise en dirigeant la construction d'une série de châteaux dans le pays de Galles, conquis par le roi Edouard I d'Angleterre entre 1277 et 1283. Le plus célèbre de ces monuments est le château de Harlech, dont certaines fenêtres possèdent des similarités architecturales avec celles de Chillon.
En 1314, le neveu de Philippe, Amédée V de Savoie, ordonne la création d'un décor peint dans la chapelle de Chillon. Les travaux sont réalisés par un certain Maître Jacques et deux collaborateurs anonymes. L'ensemble s'articule autour de la généalogie du Christ, sa vie terrestre et sa Résurrection. Le programme iconographique dénote des inspirations à la fois anglaises et du centre de l'Italie. L'entreprise du comte découle très probablement d'une volonté de remise en valeur d'un des pôles importants des Savoie au nord du Léman.
Le fils d'Amédée V, Aymon de Savoie, commande d'importants travaux dans la chambre à coucher comtale, la camera domini, entre 1336 et 1338. La disposition de la pièce est modifiée par l'ouverture de nouveaux accès, la construction d'un imposant plafond voûté peint, ainsi que par l'ajout d'un escalier à vis reliant la pièce à chapelle située en contrebas. De grandes peintures murales sont réalisées quant à elles de 1341 à 1343 par Jean de Grandson.. Cet artiste est proche du peintre officiel de la maison de Savoie, Giorgio d'Aquila, avec qui il a collaboré à l'ornementation de la chapelle des Princes de l'abbaye de Hautecombe, où reposent les ossements des Savoie. gauche|vignette|Fresques du plafond de la chapelle du château de Chillon, commandées par Amédée V de Savoie en 1314 Sous le règne d'Amédée VI, fils d'Aymon, un corps de logis de deux étages est accolé aux pièces seigneuriales. Sa fonction demeure incertaine. Il aurait pu servir à héberger Bonne de Bourbon (nièce du roi de France Philippe VI de Valois), l'épouse du comte, qui séjourne longuement à Chillon en 1379.
Tout au long du , un mouvement de centralisation s'initie vers la ville de Chambéry. Couplée à l'importance grandissantes d'autres cols alpins que celui du Grand-Saint-Bernard (comme celui du Mont-Cenis), cette tendance diminue l'importance de Chillon. Le château est également concurrencé par d'autres résidences comtales au sud du Léman, comme le château de Ripaille. Après les travaux menés par Amédée VI, il est délaissé pendant quasiment un demi-siècle.
Le dernier membre de la maison de Savoie à s'intéresser à Chillon est Amédée VIII, petit-fils d'Amédée VI et Bonne de Bourbon. Comte dès 1391, il devient le premier duc de Savoie en 1416. Soucieux de remettre en valeur la forteresse lémanique, il confie à son maître d'œuvres, Aymonet Corniaux, la transformation de plusieurs pièces et l'amélioration des fortifications entre 1436 et 1450. De cette époque datent les immenses plafonds à caissons et les cheminées en pierre de plusieurs pièces d'apparat du château.
Dans la seconde moitié du , l'influence des Savoie sur le pays de Vaud diminue à la suite des guerres de Bourgogne. Alliés au duc Charles le Téméraire, qui est défait par les confédérés suisses lors des batailles de Grandson et de Morat, ils perdent plusieurs places-fortes. Non loin de Chillon, le château d'Aigle est conquis par les armées de Berne en 1475. Les ducs restent cependant seigneurs de Chillon jusqu'en 1536.
Les peintures de la camera domini vignette|Peintures murales de la camera domini, chambre à coucher des comtes de Savoie au château de Chillon, réalisées par le peintre Jean de Grandson entre 1342 et 1344 sur demande d'Aymon de Savoie Les peintures réalisées à la tempera à l'œuf par Jean de Grandson sur la demande du comte Aymon de Savoie ont une importance patrimoniale importante à l'échelle de la Suisse - et même au-delà. Restaurées entre 1905 et 1914, puis de 1946 à 1950 et, enfin, de 1978 à 1982, elles sont en effet les derniers témoins de décors intérieurs aristocratiques commandés par la maison de Savoie dans la première moitié du . Les autres, réalisés à cette époque par le peintre Giorgio d'Aquila, n'ont pas subsisté..
Sur le manteau de la cheminée trône une représentation de saint Georges terrassant le dragon. Les parois sont quant à elles intégralement couvertes de peintures subdivisées en trois strates : au sommet se trouve un jardin luxuriant peuplé d'animaux sur un fond bleu couvert de fleurs de lys. Au-dessous figure une frise héraldique reprenant les blasons de Savoie, du Montferrat et du comté de Genève. Enfin, au pied de cet ensemble, on voit une évocation de tentures aux motifs élaborés.
Le graffiti du chevalier aux armes de la Savoie vignette|gauche|Relevé à Chillon du graffiti du chevalier dit aux armes de la Savoie, inspiré vraisemblablement du sceau du comte Amédée V de Savoie, fin -début . Réalisé par le restaurateur-conservateur Alain Besse en 2013 sur mandat de la Fondation du Château de Chillon. Les murs du château de Chillon sont couverts de centaines de graffiti. L'un des mieux préservés et des plus élaborés se trouve dans la cheminée de la salle appelée Petit Salon, qui faisait office de garde-robe à partir du milieu du . Incisé dans l'enduit mural, il représente un chevalier aux armes de la Savoie. Ce graffiti présente des similitudes avec des sources sigillaires, notamment le sceau équestre du comte Amédée V, dont il s'inspire peut-être en partie. Un lien avec cette figure princière ne paraît pas improbable dans la mesure où il a entretenu des rapports privilégiés avec le château de Chillon. C'est notamment dans la chapelle du monument qu'il épouse sa première femme, Sybille de Bâgé, en 1272.
La Renaissance et l'époque moderne - période bernoise vignette|Invasion du Pays de Vaud par les troupes bernoises en 1536. Xylographie de Johannes Stumpf tirée de la Chronique de la Confédération, Bibliothèque Centrale de Zürich. En , Berne déclare la guerre au duc de Savoie, Charles II. Sur leur chemin, les armées bernoises conquièrent le pays de Vaud, mettant un terme à la domination savoyarde. Le conflit se termine par la prise du château de Chillon, le .
Même si elle est peu usitée et entretenue par la Savoie, la forteresse a été épargnée par les guerres de Bourgogne, permettant aux Bernois d'asseoir leur contrôle dans la région du Chablais. Les territoires conquis sont découpés en bailliages, des régions placées sous la férule d'un bailli. Celui-ci appartient à une famille patricienne de la cité alémanique.