La dynastie Jin (), ou Grand Jin"Jin". Random House Webster's Unabridged Dictionary., a dirigé la Chine du Nord-Est. Elle a été fondée en 1115 par Jin Taizu, le dirigeant du peuple Jürchen, ancêtres des Mandchous, et a pris fin en 1234 par l'invasion des Mongols de Gengis Khan. Son nom est parfois écrit Kin, Jurchen Jin ou Jinn en anglais pour la différencier d'une autre dynastie Jin qui a régné sur la Chine du 3e au 5e siècle et dont le nom est identique lorsqu'il est transcrit sans signes diacritiques de marqueur de tonalité dans le système Hanyu pinyin depuis le chinois standard.
La dynastie Jin naît de la rébellion d'un chef de tribu jürchen nommé Wanyan Aguda qui, après avoir unifié les tribus jürchen dans le Nord de la Mandchourie, dans l'actuel Heilongjiang, se révolte contre la dynastie Liao (907-1125). Cette dynastie, à la tête du peuple des Khitans, a régné sur le nord de la Chine jusqu'à ce que les Jürchens la détruisent. Les Khitans survivants partent vers l'ouest, où ils fondent le Khanat des Kara-Khitans. Après la défaite des Liao, Aguda devient empereur sous le nom de Jin Taizu. Sous le règne de son successeur, les Jin déclarent la guerre à la dynastie Song. Au début, ce conflit devait juste servir de moyen de pression sur la dynastie chinoise, pour l'obliger à verser un tribut plus important. Mais, très vite, il tourne à la déroute pour les Song et permet aux Jin de conquérir une grande partie du Nord de la Chine, jusqu'aux rives du Yangzi Jiang. Finalement, la lutte entre les deux dynasties, les Song s'étant repliés dans le sud de la Chine, va durer plus de cent ans.
Pendant leur règne, les Jurchens de la dynastie Jin se sont rapidement adaptés aux coutumes chinoises et ont même construit de nouvelles sections de la Grande Muraille pour se protéger contre la puissance montante des Mongols. La période de la dynastie Jin est une époque de progrès sur les plans culturel et technologique, tels que le développement de la poudre à canon et le renouveau du confucianisme.
Les Mongols, dirigés par Gengis Khan, commencent à envahir les terres des Jin en 1211 et infligent des défaites catastrophiques aux armées des Jürchen. Bien que les Jin aient semblé subir une vague sans fin de défaites, de révoltes, de défections et de coups d'État, ils se sont montrés tenaces. La dynastie Jin ne succombe à la conquête mongole que plus tard, en 1234Marie Favereau : La Horde. Comment les Mongols ont changé le monde., 2023, Éd. Perrin, .
Nom
La dynastie Jin est officiellement connue sous le nom de "Grand Jin" à cette époque. De plus, les empereurs Jin parlent de leur royaume comme étant le Zhongguo (), comme d'autres dynasties non-Han avant eux. En fait, les différents dirigeants non-Han qui ont régné sur tout ou partie de la Chine ont a chaque fois élargi la définition de ce qu'est la « Chine » pour y inclure les non-Han, en plus des Han. L'étude des archives des Jin nous indique que l'utilisation du mot "Chine" par les dynasties pour se référer à elles-mêmes a commencé plus tôt que les historiens ne le pensaient.
Histoire
vignette|upright=0.7|gauche|Wanyan Aguda
À la fin du , les Jürchen étaient des vassaux de la dynastie Liao et avaient déjà commencé à être influencé par le mode de vie chinois. La dynastie Jin est fondée en , dans la région qui correspond actuellement aux provinces de Jilin et du Heilongjiang, par Wanyan Aguda, le chef du clan Jurchen des Wanyan, qui est entré en révolte ouverte contre les Liao en . Selon la tradition, Aguda était un descendant de Hanpu, le fondateur légendaire du clan. Pour nommer sa nouvelle dynastie, Aguda a choisi un terme signifiant "Or" et qui est lui-même une traduction du nom de la rivière "Anchuhu", qui signifie "doré" en Jurchen. Cette rivière, appelée Alachuke en chinois, est un affluent de la rivière Songhua, qui coule à l'est d'HarbinTwitchett, Franke, & Fairbank (1994), . La dynastie Jin étant née d'une révolte contre les Khitans de la dynastie Liao, ces derniers deviennent donc les premiers ennemis du nouvel état des Jurchen. Les Khitans, qui avaient profité du chaos consécutif à la chute de la dynastie Han pour s'ériger en état, avaient dominé la Chine du nord et du nord-est, ainsi que la Mongolie, pendant plusieurs siècles. En 1121, les Jurchens scellent l'Alliance conclue en mer avec la dynastie chinoise des Song. Chinois et Jurchens s'entendent pour lancer une invasion conjointe des territoires de la dynastie Liao. Mais si les Jin remportent victoires sur victoires, les Song sont à la peine et n'arrivent pas à vaincre les Liao; un signe de faiblesse qui n'échappe pas aux Jurchens. À cette époque, les palais de la capitale, Huining Fu, dans le nord, ne sont encore que des tentes. La construction de temples y commence en 1123. En 1125, après la mort d'Aguda, la dynastie Jin rompt son alliance avec les Song et envahit le nord de la Chine. Lorsque la dynastie Song a récupéré la partie méridionale du Liao, ils ont dû faire face à une « résistance farouche » de la part des populations d'origine chinoise qui était auparavant sous la domination des Liao. A contrario, les jurchen ne rencontrent aucune résistance de la part de ces populations chinoises assujetties aux Liao, qui les aident même dans leur conquête en leur livrant Yanjing, la capitale du Sud des Khitans. De fait, durant leur progression, les Jurchens bénéficient du soutien de clans chinois anti-Song, basés à Yanjing. Dans le même temps, les Song traitent les Chinois Han ayant travaillé pour les Liao comme des ennemis hostiles; ce qui ne facilite pas les ralliements et permet de comprendre les ralliements et autres défections de chinois au profit des jurchens. Le , a lieu l'Incident de Jingkang: les troupes Jin saccagent la ville de Bianjing(ce qui correspond actuellement à Kaifeng), la capitale de la dynastie des Song, capturant à la fois l'Empereur Qinzong et son père, l'empereur Huizong, qui avait abdiqué en catastrophe devant l'avancée des troupes des Jurchens. Après la chute de Bianjing, la dynastie Song se replie vers le sud et continue à combattre la dynastie Jin pendant plus de dix ans, avant de signer finalement le traité de Shaoxing en 1141. Les Song reconnaissent alors la perte de tous leurs territoires situé au nord de la rivière Huai au profit de la dynastie Jin, s'engagent à verser un important tribut annuel et a exécuter le général Yue Fei en échange de la paix. Le traité de paix est officiellement ratifié le , lorsqu'un envoyé Jin se rend à la Cour des Song.
Après avoir conquis Kaifeng et occupé la Chine du Nord, les Jin choisissent plus tard la terre comme élément dynastique et jaune comme couleur royale. Selon la théorie des cinq éléments (wuxing), l'élément terrestre suit le feu, l'élément dynastique des Song, dans le cycle de génération ou engendrement (). Par conséquent, ce geste idéologique montre que les Jin considéraient que le règne des Song sur la Chine est officiellement terminé et qu'ils sont les nouveaux souverains légitimes du pays.
Migration vers le sud vignette|gauche|Bìxì, dragon en forme de tortue ayant servi de piédestal à la stèle d'un chef jürchen à Oussouriisk.
Après avoir pris le contrôle de la Chine du Nord, la dynastie Jin se sinise de plus en plus. En , plus de trois millions de personnes, la moitié d'entre elles étant des Jürchen, migrent de la mandchourie vers le nord de la Chine. Cette minorité dirige 30 millions de personnes. Les Jürchen qui migrent reçoivent des lots de terre et sont organisées en unités militaires héréditaires: 300 ménages forment un mouke (compagnie) et 7-10 moukes forment un meng-an (bataillon). Nombre d'entre eux épousent des Hans bien que ce soit interdit pour les nobles jusqu'en 1191. Ainsi, l'empereur Xizong (1135-1149) étudie les Classiques, écrit des poèmes en chinois et adopte les traditions culturelles des Hans mais continue d'attribuer les postes les plus importants à la noblesse jürchen.
En prenant de l'âge, l'empereur Xizong devient alcoolique et fait exécuter de nombreux fonctionnaires pour l'avoir critiqué. Il organise également l’assassinat de plusieurs dirigeants Jurchen, dont des membres du clan impérial Wanyan. Il finit par être tué en 1149 par une cabale de parents et de nobles, qui font ensuite monter sur le trône son cousin Wanyan Liang. En raison de la brutalité de sa politique intérieure et de sa politique étrangère, Wanyan Liang a été démis de ses fonctions à titre posthume, par conséquent, les historiens l'ont souvent appelé par son nom posthume de "Prince d'Hailing" Ethics of China 7 BC To 1279 by Sanderson Beck. Rébellions du nord Le successeur de Xizong est donc l'usurpateur Wanyan Liang (1149-1161), qui cherche à être reconnu comme étant l'empereur de toute la Chine. En 1153, il déplace la capitale de Huining Fu à Yanjing (Pékin), l'ancienne capitale des Liao, qui occupe une position géographique plus centraleTao (1976), . Pour donner plus de poids à cette mesure, il fait raser les palais de Huining Fu, ceux des nobles comme ceux des empereurs, en 1157. Liang fait également reconstruire Kaifeng, l'ancienne capitale des Song, qui avait été rasée en 1127, et en fait la capitale du sud de son empire.
Wanyan Liang cherche également a éliminer toute forme de dissidence en tuant des nobles Jurchen, ce qui se traduit par l'exécution de 155 princes. Pour tenter de donner vie à son rêve de domination de toute la Chine, il attaque les Song du Sud en 1161. Pendant cette campagne militaire, deux rébellions éclatent simultanément à Shangjing, dans l'ancien cœur du pouvoir des Jurchens: La première est dirigée par Wanyan Yong, un cousin de Liang et futur empereur, et l'autre des membres des tribus Khitan. Wanyan Liang se retrouve dans l'obligation de retirer une partie des troupes des Jin du sud de la Chine pour les envoyer vers le nord pour y réprimer les soulèvements. Peu de temps après, les armées Jin sont vaincues par les Song lors des batailles de Caishi et Tangdao. Entre les troupes parties au nord et celles perdues lors de ces défaites, Wanyan Liang n'a plus assez de soldats à sa disposition et échoue dans sa tentative d’invasion de la Chine du Sud. Finalement, il finit assassiné par ses propres généraux en , à cause de ses défaites et de son attitude générale. Son fils et héritier est également assassiné dans la capitale.
Bien que couronné en octobre, Wanyan Yong n'est officiellement reconnu comme étant l'empereur Shizong qu'après le meurtre de l'héritier de Wanyan Liang. Même après cette date, la paix n'est pas assurée, car le soulèvement des tribus Khitan continue et n'est réprimé qu'en 1164. Une fois vaincus, les chevaux des rebelles sont confisqués, de sorte qu'ils n'ont d'autre choix que de se lancer dans l'agriculture. Dans le même temps, d'autres unités de cavalerie Khitan et Xi sont incorporées dans l'armée Jin. Comme ces problèmes internes ont gravement affaibli la capacité des Jin à affronter militairement les Song, la cour impériale des Jin commence à négocier la paix, ce qui aboutit à la signature du traité de Longxing (隆興 和 議) en 1164. C'est le début d'une période de de paix entre les deux empires.