Jean Bézier, dit Moustache, né le à Grenoux, aujourd’hui quartier de Laval (Mayenne), et mort le à Montigné-le-Brillant, est un chef chouan de la Mayenne, figure majeure de la chouannerie pendant la Révolution française et les Cent-Jours. Sa haute taille, sa force physique et son talent de tireur lui valent rapidement le surnom de « Moustache », selon une tradition de sobriquets courante parmi les chefs chouans. Il est pour Frédéric Soulié, le Dernier ChouanLa Presse, 30 juin 1837.. Biographie Avertissement Une grande partie des témoignages sur les Chouans dans le département de la Mayenne repose sur l'ouvrage de Jacques Duchemin des Cepeaux, œuvre rédigée en 1825 à la demande de Charles X, et repris par de nombreux historiens. La gloire dont sont entourés les personnages de la Chouannerie doit donc beaucoup à l'historiographie royaliste, et sa notoriété est finalement plus posthume qu'immédiate.
Description Jean Bezier est l’un des rares chefs chouans à disposer d’une sépulture identifiable, située dans le cimetière de Montigné-le-Brillant. Il portera le titre de Chef de la de l'Armée Royale de la Mayenne. Il sera aussi garde-chasse du marquis de MonteclerBeaucoup d'ex-chouans ont occupé par la suite des postes municipaux comme garde-chasse ou garde-champêtre..
Haute taille, force extraordinaire, physionomie martiale, il fut remarqué entre les plus bravesSouvenirs de la Chouannerie, .. Origines et débuts Jean Bézier naît le à Grenoux, près de Laval. Il est le fils de René BézierAlors âgé de 35 ans. et de Jeanne MériasAlors âgée de 35 ans elle aussi.. Au commencement de la Révolution française, il est cocher chez un noble.
Virée de Galerne En , il rejoint les troupes vendéennes qui arrivent à Laval, s’opposant à la Constitution civile du clergé et défendant la cause royaliste et catholique. Il les rejoint à Château-Gontier avec quelques jeunes gens de Houssay. Il se distingue lors des batailles d’Entrammes et de Granville, où sa bravoure et son habileté au tir lui valent la confiance de ses compagnons.
À Laval, le , Jean Bézier est présent lors de l'entrée des Chouans de la Mayenne à Laval pour rejoindre l'Armée catholique et royale et à la Bataille de Laval lors de l'attaque de la ville par les Républicains du Général François-Joseph Westermann (nuit du 25 au 26). La troupe de Jean Chouan est la première à courir au combat. Après un engagement très vif, la troupe républicaine vigoureusement repoussée se retire. On cite lors de cet évènement : Jean Bezier, connu dans la suite sous le nom de Moustache, qui y retourna jusqu'à trois fois pour approvisionner ses camarades en cartouches stockées dans des caissons parmi les troupes Républicaines. Le , Jean Bezier est présent lors de la Bataille d'Entrammes entre les Républicains commandés par le général Jean Léchelle et l'armée des Vendéens (commandée par Rochejaquelein) ainsi que les Chouans de Mayenne dit Armée de La Petite-Vendée (commandée par le Prince de Talmont, Antoine-Philippe de La Trémoïlle).
Au Siège de Granville le , Jean Bezier est présent lors de l'attaque de la ville et pénètre jusqu'aux rempartsMoustache monte sur le toit d'une maison des faubourgs, d'où exposé à tout le feu de l'ennemi, il tirait sur les canonniers Républicains avec les fusils qu'on lui passait tout chargés. Il tua successivement dix-neuf Bleus qui s'obstinèrent à rester près de leurs batteries. Souvenirs de la Chouannerie, .. À la Bataille de Dol, le , Jean Bezier est présent lors de la victoire des Chouans commandés par Jean Chouan et le Prince de Talmont, Antoine-Philippe de La TrémoïlleC'est La Rochejacquelein qui en arrivant au secours de l'avant garde des Chouans a fait basculer la victoire. Souvenirs de la Chouannerie, ..
À la Bataille du Mans, le , il est présent lors de la défaite des Chouans. Il effectue la retraite vers Laval.
Rôle pendant la Révolution française Bézier est présent à tous les combats majeurs, luttant corps à corps et sauvant ses hommes à plusieurs reprises. Il devient le bras droit de Jean-Louis Treton, dit Jambe d’Argent, et participe à l’organisation des troupes chouannes dans la région. 'Jambe d’Argent sauvera d'ailleurs la vie de Jean Bezier lors d'un combat contre les républicains.
Chouannerie À Nuillé-sur-Vicoin, le , Jean est présent lors de la Bataille de la Châtaigneraie de la Bodinière (victoire des Chouans)Sont présents : - Pierre Mongazon (Présent) - Jambe d'Argent (Présent) Chef du groupe de Chouans. Souvenirs de la Chouannerie, .
Quelques jours après, des soldats venus de Laval, prennent possession du bourg de Nuillé-sur-Vicoin et établissent leur poste dans l'église. Les frères Herminier, le , attaquent avec Jambe-d'Argent le détachement caserné dans l'église. Enthousiasmés par leur succès et ayant supposément bu plus que de raison, les bataillons de Jean Bezier et Noël Jamois s'en prennent alors au poste républicain local d'Ahuillé, mais l'opération, menée de façon désordonnée contre l'avis de Jambe d'Argent, se solde par un échec, les chouans ne réussissant pas à déloger les républicains de l'église où ils s'étaient retranchés.
À Montchevrier, le , Jean Bezier est présent lors de la nomination de Jambe d'Argent comme commandantComme on le pense bien, Jambe d'Argent n'en était point venu là tout d'un coup. D'abord confondu avec les autres chouans, il leur avait laissé faire l'expérience de sa supériorité. Il s'était successivement dévoué pour chacun et tous, avant de devenir ses soldats, avaient été ses obligés. Moustache surtout ne pouvait oublier que, surpris par les bleus sur la route de Cossé, il avait dû à Jambe-d'Argent de revenir sain et sauf et sans déshonneur parmi les siens. Appuyés épaule contre épaule, tous deux avaient traversé, le fusil en joue et au petit pas, les rangs des républicains qui, frappés d'admiration, s'étaient écartés en criant : - Laissez passer les braves . - Dès ce jour, l'ancien garde-chasse du marquis de Monteclerc avait dit : - Il faut que tu sois notre chef. Et il ne négligea rien pour préparer à ce choix les autres insurgés. Les victoires de la Bodiniére, puis de Nuillé, qu'ils durent à Jambe d'Argent, et la défaite d'Ahuillé, par laquelle ils furent punis d'avoir repoussé ses conseils, décidèrent sa nomination. Ceux qui avaient cherché dans la guerre civile une cocarde pour couvrir leurs crimes osèrent seuls protester. De ce nombre furent Moulins, lâche bandit, instruit à toutes les bassesses dans les égouts de la gabelle, et bon seulement à colporter la terreur au moyen de marches prodigieuses; Barbier, dit la Risque, Jamois, surnommé Place-Nette, et enfin Mousqueton, cet horrible Quasimodo de la chouannerie, que l'odeur du sang enivrait comme le vin, et qui sabrait les prisonniers à petits coups pour sa réjouissance. Est présent : - Pierre Mongazon(Présent). Souvenirs de la Chouannerie
À Astillé, le , Jean Bezier est présent lors de l'Attaque du Poste d'Astillé avec Jambe d'Argent (défaite des Chouans) : 500 hommes. La précipitation de Noël Jamois dit Placenette rend l'attaque inutile. À Parné-sur-Roc, le , Jean Bezier est présent lors de l'attaque du poste de Parné avec Jambe d'Argent (Victoire des Chouans). Au Combat de la Ramée, le , Jean Bezier est présent avec Jambe d'Argent lors de l'attaque des Républicains à trois reprises (Victoire des Chouans). À Houssay, en 1795, Jean est présent lors de l'attaque pendant laquelle Jambe d'Argent s'empare de 9 voitures de transport militaire qui avaient 200 hommes d'escorte. (Victoire des Chouans). Il y a 30 morts. Moustache tue le commandant de la colonne. Mort de Jambe d’Argent Après la mort de Jambe d’Argent en 1795, il continue de commander et de recruter, notamment dans le pays de Château-Gontier. Il est emprisonné en 1797 comme « dangereux pour la paix », mais libéré peu après. À Quelaines-Saint-Gault, en 1795, Jean Bezier est présent lors de Procès de Salmon dit Dur-au-Feu, déserteur républicain devenu Chouan, pour trahison devant l'état-major des Chouans. Il est condamné à être fusillé. Moustache commande le peloton d'exécution en présence de Jambe d'ArgentSouvenirs de la Chouannerie, .. À Ampoigné, en , Moustache est blessé lors d'une attaque avec Jambe d'Argent qui avait pour but d'empêcher les Républicains de récupérer du fourrage. Il est secouru par un certain Lochin de la paroisse de Nuillé. Moustache blessé restera un mois sans combattre.
Il entre au service du marquis de Montecler comme garde-chasse au Château de la RongèreDossier d’œuvre architecture IA53004470, entre Châtres-la-Forêt et Saint-Christophe-du-Luat. En 1797, il habite à Saint-Sulpice, au moulin de La Rongère, puis en 1800, au Château de la Rongère. Les Mécontents Toutefois, le , le juge de paix de Quelaines déclarait que Jean Bezier, dit Moustache, récemment sorti des prisons de Laval, n'avait pas repris les armes et était soumis aux lois(Abbé Angot, t. IV, ). En octobre 1799, Louis Auguste Victor de Ghaisne de Bourmont avait formé, dans les environs de Laval, le rassemblement de plusieurs bandes de Chouans, dont celle de Jean Bezier, et surpris une colonne mobile à LouvernéCharles-Louis Chassin, Etudes documentaires sur la Révolution française, Volume 3, 1899, p. 383.. Pendant ce combat, Jean Bezier se signale le en massacrant un jeune homme de seize ans, qui venait se rendre à luiArchives nationales, F 6229.. Jean Bezier faisait alors partie de la légion de Mathurin MénardLettre de Caillin, agent national de Châteauneuf, du 15 vendémaire, d'après le récit d'un jeune homme qui a quitté les chouans, Archives départementales de Maine-et-Loire, L 245..
Premier Empire Sous le Premier Empire, il est accueilli par Madame la marquise Henri-Frédéric de Chavagnac, dame de la Rongère, née Henriette-Françoise de Montecler, et reste en dehors des évènements du Premier Empire.
Restauration Sous la Première Restauration, Jean Bézier est proposé pour une pension militaire, « en raison de sa grande bravoure et de ses services signalés. »R. P. Drochon, t. V de La Vendée militaire, p. 244 et 264.. Il est décoré en 1814 à L'Île-d'Yeu comme Chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis qu'il reçoit des mains du Comte d'Artois (futur Charles X de France). Nommé Colonel de la Légion de l'Armée catholique et royale du Maine, la marquise de Chavagnac, dame de la Rongère, née Henriette-Françoise de Monteclerc l'admit à sa table après qu'il eut reçu la croix de Saint-Louis. Chouannerie de 1815 Bien que les Chouans n'aient pas influé directement sur le cours des événements de 1814, ils conservaient (à l'image de Jean Bezier) une réserve chouanne prête à se soulever dès le premier signal. Leur seul regret fut de n’avoir pu contribuer, par un dernier effort, au rétablissement du trône. Jean Bezier s'enrôle à la fin des Cent-Jours sous les ordres de Louis d'Andigné lors de la Guerre de Vendée et Chouannerie de 1815. Louis XVIII fait son retour à Paris le Société d'archéologie et d'histoire de la Mayenne, Bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne, Imprimerie de L. Moreau (Laval), 1905, p. 226-227..
Après avoir abattu le drapeau tricolore à Montigné, Jean Bezier garde avec se bande les environs de Montigné. Jacques-Ambroise Duchemin de Villiers, conseiller de préfecture, assure l’intérim du préfet dans un contexte de vide administratif et de tensions croissantes. Le , il envoie une courrier à Moustache de ne point attaquer, courrier jamais reçu.
Le , Jean Bezier tend une embuscade aux troupes bonapartistes au Haut-Chêne, à Montigné-le-Brillant, sur la route de Cossé-le-Vivien. Malgré les avertissements, il affronte seul les soldats, criant : « Tirez, v’là Moustache ! ». En visant le Colonel Michel Jacques François Achard, il est atteint d'une balle, puis achevé à coups de sabre et de baïonnette, il meurt sur le champ de bataille. Il aurait agi ainsi afin d’amplifier la portée de la victoire chouanne et d’obtenir une reconnaissance à la hauteur de ses efforts.
Sépulture et postérité