Fiat Impresit S.p.A. était une entreprise italienne d'ingénierie et de travaux publics. C'était la filiale spécialisée de Fiat Group qui a construit la quasi-totalité des usines du groupe Fiat dans le monde. En 1959, l'union des principales entreprises italiennes de génie-civil, Impresit, Girola et Lodigiani forme le groupement Impregilo pour tous les chantiers à l'étranger. Après la fusion avec son concurrent Cogefar en 1989, elle est renommée Cogefar-Impresit puis, en 1994, lors de l'intégration d'Impresit-Girola-Lodigiani SpA, la société est renommée Impregilo S.p.A.. En 2014, elle fusionne avec Salini Costruzioni SpA et devient Salini Impregilo. Après la reprise de l'entreprise Astaldi SpA, le groupe est nommé Webuild en 2020.

Histoire Origine (1929-1935) Le , trois grandes banques italiennes, Credito Italiano, Banco di Roma et Banca Nazionale di Credito s'associent pour fonder une entreprise de travaux publics, Imprese Italiane all'Estero - Impresit SpAIbidem, chapitre 1, A Blow against Autarchy : « Imprese Italiane all' Estero is Born », p. 13-21.. Le Conseil d'administration respectait un strict équilibre entre les représentants des trois banques mais deux personnalités dominaient : Antonio Stefano Benni, Président du Banco di Roma et fondateur de la Confindustria, et Alberto Pirelli, vice-Président du Credito italiano depuis 1904. Ils partageaient une même vision voyant, dans l'expansion à l'étranger, une évolution fructueuse pour les affaires de leurs banques et favorisaient l'activité renaissante des travaux publics à l'étranger. Le secteur de la construction offrait un débouché pour les entreprises italiennes et à d'importantes exportations de machines et de technologies italiennes.

Dès sa création, Impresit étudie un très grand nombre de projets en France, Bulgarie, Grèce, Roumanie, Yougoslavie et même au Brésil. Ce sera en Turquie qu'elle conclura sa première grande affaire, en avec l'acquisition des droits d'exploitation de plusieurs compagnies de production et transport d'électricité. Cette base lui permet à la fois d'exporter des équipements électriques italiens en Turquie mais surtout de constituer une tête de pont en direction de la Russie en prenant garde de ne pas entrer en opposition directe avec les entreprises bien en place, le groupe Volpi dans l'électricité et l'entreprise Puricelli dans le génie-civil, la plus grande entreprise italienne de travaux publics de l'époque. Avec le groupe Volpi, l'accord pris la forme d'une participation au capital des sociétés Iber et Galileo, deux sociétés opérant en Espagne et en Grèce contrôlées par le comte Volpi. Avec Puricelli, il fut simplement envisagé de créer des J-V. C'est à cette époque qu'ont été noués les premiers contacts avec l'entreprise Girola, spécialisée dans la construction de barrages et avec qui fut échafaudé un ambitieux programme de constructions portuaires et hydrauliquesG. Vigo - Fiatimpresit 1929-1989 - op. cit, p. 20..

En 1931, la crise économique frappe le monde occidentalIbidem - chapitre 2, « The Years of the Great Dépression », p. 23-28. et s'amplifie l'année suivante. Impresit doit revoir ses projets à la baisse. En , elle doit renoncer au contrat du barrage de Tafna en Algérie dont la construction est annulée ; il ne sera construit qu'en 1995 par l'entreprise Condotte d'Acqua. Elle se tourne alors vers les pays de l'Europe de l'Est et fonde, en 1931, une filiale en Roumanie, la Societàtea de Construccioni si Lucrari Technice. Les accords avec l'entreprise Puricelli sont interrompus après son rachat par la holding de l'État italien, l'Istituto per la Ricostruzione Industriale - IRI qui la renomme Italstrade.

La crise économique mondiale va bouleverser l'actionnariat d'Impresit. Le Credito Italiano prend le contrôle de la Banca nazionale di credito et devient le principal actionnaire d'Impresit et décide d'ouvrir le capital à de nouveaux investisseurs comme la Société Elettrofinanziaria, Edison, la Società Italiana per le Strade Ferrate del Mediterraneo, la Società Trentina di Elettricità et surtout FIAT SpA qui acquiert 12 % du capital en 1931.

Durant l'année 1933, la crise économique va précipiter l'évolution de la situation. Plusieurs grandes compagnies industrielles et banques italiennes sont reprises par l'IRI qui devient, en 1934, le principal actionnaire d'Impresit. En 1935, les dirigeants de la holding d'État décident de céder la société à l'IFI - Istituto Finanziario Italiano, la holding de la famille Agnelli, détentrice du groupe FIAT. Le groupe du sénateur Agnelli détenant 52 % du capital d'Impresit rachète les actions détenues par la Società Italiana per le Strate Ferrate del Mezzogiorno puis, en , celles d'Edison et de la Società Trentina di Elettricità. Au , FIAT détient 100 % du capital d'Impresit SpA qui est renommée Fiat Impresit SpA.

Fiat Impresit - Une activité tournée vers l'étranger Durant les années 1930, l'entreprise Impresit connait une croissance extraordinaire de son chiffre d'affaires, liée à l'obtention de très importants contrats à l'étranger. Le taux de croissance annuel moyen du chiffre d'affaires d'Impresit (en dollars constants 1956)Calculs effectués à partir des séries présentées in G. Vigo, Fiatimpresit 1929-1989, op. cit., p. 223-259. est :

Fiat ImpresitÉvolution du chiffre d'affaires (en dollars constants 1956)PériodeVariation 1930-38 + 35,4 % 1938-48 - 3,1 % 1948-56 + 11,3 %

La guerre impose une légère pause suivie d'une nette reprise de l'activité car, dès les années 1930, Impresit avait pris pied dans plusieurs pays et sur certains marchés étrangers.

Les années 1930 : une référence majeure, le Transiranien Les activités les plus importantes d'Impresit se portaient vers la Turquie, le Portugal et la France, surtout par croissance externeIbidem, chapitre 2, pp. 24-26.. En Turquie, Impresit rachète les mines de Marelli et les compagnies électriques de Marsina et Bursa à des entreprises françaises. Elle développe des réseaux de distribution pour importer du matériel électrique italien malgré les restrictions aux importations imposées par le gouvernement turc et la dévaluation de la Livre turque. Au Portugal, dès 1929, elle s'intéresse au réaménagement du port de Lisbonne, projet confié à la Sociedade Italo-Portuguesa de Construçoes et mené presque sans interruption de 1931 à 1935 Ibid., p. 25 et 36.. Elle s'associe avec pour des travaux à Porto et Impresit s'implante durablement dans le pays, tout comme en France où, en , elle crée une filiale Construction et Entreprises Générales Ibid., p. 26. avec un objectif ambitieux : profiter des opportunités offertes par la reconstruction et le marché colonial français. Les perspectives d'expansion se sont vite révélées limitées en raison du très fort impact de la crise économique, de la concurrence très agressive des entreprises locales et du blocage des entreprises étrangères exercé par les autorités sur les marchés publics.

Impresit ne va parvenir à asseoir sa réputation qu'avec la construction du chemin de fer transiranienD. Barjot, La grande entreprise française de travaux publics, op. cit., vol. 2, chapitre 10, pp. 1088-1091 ; A. Burnel, La Société de Construction des Batignolles de 1914 à 1939. Histoire d'un déclin, Paris, Droz, 1995, pp. 248-267 ; A. Burnel, A. Rinckenbach, C. Sengel, N. Thiboud, Les chemins de fer en Perse d'après les archives de la SCB, Mémoire de l'Ecole Nationale des Chartes, Paris, 1991.. Au début de 1933, les dirigeants d'Impresit, essayent de constituer un syndicat italien d'entreprises et rejoindre le Syndicat européen fondé en 1932 par les entreprises françaises, allemandes et britanniquesD. Barjot, « Réalités et limites des ententes internationales : le cas des travaux publics entre les deux guerres », in D. Barjot, (sous la dir. de), International Cartels Revisited - Vues nouvelles sur les cartels internationaux 1880-1980, Caen, Editions du Lys, 1994, pp. 195-210.. Ils ne réussiront pas et, en fin d'année 1933, Impresit va intégrer le grand consortium international emmené par la société danoise à qui le gouvernement de Reza Chah Pahlavi a confié la construction du chemin de fer transiranien A.F. Saba, « Entreprises italiennes, travaux publics et stratégies nationales en Perse durant les années trente : Impresit et le chemin de fer transiranien », D. Barjot, (sous la dir. de), « Entrepreneurs et entreprises de BTP », Histoire, Économie et Société, n° 2, 1995, pp. 385-393.. En groupement avec les entreprises italiennes Angiolini Ballocca et Mottura Zaccheo, Impresit a construit, entre 1933 et 1937, dans des conditions très difficiles, 50 km de voies ferrées, 73 tunnels d'une longueur totale de 17 km et 2 km de viaducsG. Vigo, Fiatimpresit 1929-1989. Sixty years of Fiat commitment to the internalization of Italian civil engineering, op. cit, chapitre 3, « Ligthts and Shadows in the Thirties », p. 35.. Au total, Impresit mobilisa 10 ingénieurs, une centaine de cadres, 800 ouvriers qualifiés, tous déplacés d'Italie, et ouvriers locaux.

thumb|250px|Barrage Maréchal Carmona ou Idanha. Cet exploit, largement commenté dans le monde, aiguise les ambitions internationales d'Impresit. Malgré son association avec l'entreprise française SGE - Société Générale d'Entreprise, elle n'a pas réussi à remporter le marché du au PortugalD. Barjot, « De la mise en valeur de l'Indochine à l'aventure mondiale : Jean Rigal et la Société française d'entreprises de dragages et de travaux publics (1930-1969) », in D. Barjot, M. Merger, (sous la dir. de), Les entreprises et leurs réseaux, Les entreprises et leurs réseaux : hommes, capitaux, techniques et pouvoirs . Mélanges en l'honneur de Caron, Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 1998, 846 p., pp. 527-545., mais elle s'implante au Liban et en Afrique de l'Est, où, elle va construire 380 km de routes de 1936 à 1940G. Vigo, Fiatimpresit 1929-1989. Sixty years of Fiat commitment to the internalization of Italian civil engineering, op. cit, p. 37.. En 1938, elle remporte d'importants marchés à Bangkok en Thaïlande et en Égypte. La guerre survient et bloque son expansion. Aucun des marchés traités en Perse, Pologne et Allemagne ne démarre en raison de la situation internationale incertaine, des risques d'inflation et des difficultés de transfert des fonds. Même la filiale d'Afrique de l'Est, l'Anonima Strade Africa ne peut concrétiser les espoirs mis en elle.

Redéploiement après la Seconde Guerre mondiale, Pendant la Seconde Guerre mondiale et l'immédiat après guerre, Impresit se replie sur le marché italien Ibid., chapitre 4, « After the War : Impresit Returns to the World Market », pp. 45-57., répond aux besoins du groupe Fiat (usine de Mirafiori, à partir de 1939), mais aussi pour rappeler sa présence sur les marchés publics italiens (Palais des Sports de Turin, Torino Esposizioni, 1948). Cependant, les dirigeants de Fiat voulaient qu'Impresit constitue le fer de lance du groupe à l'étranger. Ils définirent donc une stratégie à trois volets : liquider les opérations non productives en Egypte, en France et au Portugal, prospecter de façon plus agressive de nouveaux marchés pour de nouvelles opportunités d'affaires, se désengager sans pertes financières d'Iran, d'Afrique orientale et de Turquie, pays où le gouvernement avait nationalisé, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des usines de production et des réseaux de distribution électrique.