Robert Owen Paxton (Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API.), né le à Lexington (Virginie), est un historien américain. Spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, son travail est reconnu. Il a conduit des recherches importantes sur la France de Vichy et le fascisme rural.
Biographie Né le . dans une famille bourgeoise de Lexington (Virginie), petite ville où se trouve l'institut militaire de l'État, Robert Owen Paxton visite Paris pour la première fois en 1950, à l'occasion d'un voyage familial. Il étudie ensuite l'histoire à l'université Washington et Lee puis à Oxford et à Harvard.
Il s'installe à Paris en 1960 pour faire sa thèse sur la formation des officiers français, mais oriente finalement son travail de thèse sur l'étude de l'Armée d'armistice. De à , il a des entretiens avec plusieurs de ses responsables, dont les généraux Maxime Weygand, Touzet du Vigier, Georges Revers, Henri Zeller.
En consultant les archives allemandes, il constate que celles-ci divergent de l’Histoire de Vichy publiée en 1954 par Robert Aron qui le reçoit à l'époque, lui remet ses documents et lui permet de rencontrer Henri Noguères, afin qu'il puisse consulter les archives de son père, Louis Noguères, ancien président de la Haute Cour de justice. Robert Aron avait presque exclusivement travaillé à partir de documents de la Haute Cour de justice, sans tenir compte de ce que les accusés cherchaient avant tout à se défendre, et les procureurs à démontrer que tel article du Code pénal avait été violé, le souci de la vérité historique n'y gagnant guère.
En 1966, Paxton publie sa thèse Parades and Politics at Vichy. The French Officer Corps under Maréchal Pétain (Princeton University Press) et devient professeur à l'université de Columbia, à New York. Ce livre passe inaperçu en France ; il ne sera traduit qu'en 2003 et publié sous le titre L'Armée de Vichy.
En 1972, il publie le livre qui le rendra célèbre : Vichy France: Old Guard and New Order, traduit en français en 1973 sous le titre La France de Vichy. Les thèses développées dans ce livre sont notamment fondée sur l'étude des archives allemandes saisies par les autorités américaines. L'ouvrage révèle la participation du gouvernement français à la déportation des Juifs.
Il reprend également les travaux de l'historien allemand Eberhard Jäckel sur la politique hitlérienne à l'égard de la France (Frankreich in Hitlers Europa – Die deutsche Frankreichpolitik im Zweiten Weltkrieg, paru en 1966 ; traduit en français en 1968 sous le titre : La France dans l'Europe de Hitler).
Tout en restant professeur à Columbia, Paxton a écrit ensuite une série d'ouvrages sur la France pendant les périodes de la Seconde Guerre mondiale et de l'entre-deux-guerres. Il est membre du conseil scientifique de l'Institut François-Mitterrand.
La « révolution paxtonienne » La traduction en 1973 de son ouvrage La France de Vichy marque une rupture, souvent considérée comme décisive dans l'historiographie de la France sous l'Occupation. Dans sa préface, Stanley Hoffmann soutient que : il n'y a pas eu double jeu de la part de Vichy, et le régime n'a pas joué l'effet de « bouclier » en épargnant certaines souffrances aux Français.
Paxton bouleverse la lecture de l'histoire du régime de Vichy en affirmant que le gouvernement de Vichy a non seulement collaboré en devançant les ordres allemands : il a aussi voulu s'associer à l'« ordre nouveau » des nazis avec son projet de Révolution nationale.
En s'appuyant sur les archives américaines et allemandes, l'entreprise de Paxton vise à démolir l'idée d'un Vichy jouant double-jeu et tentant de sauver tout ce qui pouvait l'être. Au contraire, Pétain, Laval et Darlan ont toujours recherché la collaboration avec l'Allemagne nazie, et multiplié les signes et les gages de leur bonne volonté à s'entendre avec le vainqueur, allant souvent spontanément au-devant des exigences allemandes.
Loin d'avoir protégé les Français, le concours de Vichy a permis aux Allemands de réaliser plus facilement tous leurs projets . Avec leur peu de troupes, de policiers et de fonctionnaires, jamais les Allemands n'auraient pu gérer un pays développé aussi vaste sans le concours actif du gouvernement, de l'administration et de la police.
Quant au supposé double jeu de Vichy, toujours selon Paxton, il n'a jamais existé. Les rares contacts officieux et sans suite avec Londres, fin 1940, démesurément gonflés et surinterprétés après la guerre par les partisans de Vichy, ne pèsent rien au regard de la réalité de la Collaboration, indéfectiblement poursuivie jusqu'à l'été 1944 inclus.
Paxton a également remis en lumière le programme de « Révolution nationale » appliqué par Vichy. L'État français n'est pas qu'un accident de l'histoire, une parenthèse ou une pure antenne de l'occupant. Il puise dans diverses traditions françaises de longue durée et doit beaucoup aux divisions franco-françaises des années 1930. Son programme mêlant projets réactionnaires et modernisateurs ne manque nullement de cohérence, et il est parfaitement autonome. Les Allemands n'ont en rien imposé la fondation de ce nouveau régime, et les statuts des Juifs par exemple furent des initiatives françaises prises sans la moindre pression de l'occupant.
Paxton montre enfin que Révolution nationale et Collaboration sont les deux faces de la même médaille : pour appliquer la première, Vichy a besoin de l'entente avec un Reich victorieux. Le régime ne perçoit pas la dimension planétaire du conflit, croit la guerre finie avec la défaite de la France, et de toute façon, une victoire alliée ne ferait que ramener les Juifs, les francs-maçons, les communistes et les républicains.
Dans les trente années qui ont suivi la parution de La France de Vichy, de nombreux historiens comme Rousso ou Azéma se revendiquent comme héritiers de PaxtonVoir par exemple Henry Rousso dans l'hebdomadaire Marianne , ., en apportant des approfondissements variés et diverses nuances. D'autant que Paxton a prolongé en 1981 l'analyse dans une étude plus spécialisée sur l'antisémitisme du régime de Vichy : Vichy et les Juifs.
Lors de la réédition du premier des deux livres, en 1997, Robert Paxton revient sur une de ses motivations lors de la rédaction de l'ouvrage :
Opposition aux thèses de Paxton Vichy et les Juifs L'historien Laurent Joly relève que le travail de Paxton, qui réfute les thèses révisionnistes, pétainistes ou lavalistes, ou seulement « réconciliatrices », notamment la thèse du bouclier et de l'épée, a été contesté à partir des années 2010 par les historiens Alain Michel et Jean-Marc Berlière, qui vont à l'encontre de l'historiographie sur le sujet . L'analyse d'Alain Michel est, entre autres, reprise par le polémiste et homme politique d'extrême droite Éric Zemmour. Laurent Joly critique les thèses d'Alain Michel et de Jean-Marc Berlière.
Serge Klarsfeld relève des . Il souligne que Paxton fait à tort porter à Laval une responsabilité qui appartient à Bousquet et illustre ce fait par des citations relatives aux négociations entre Carl Oberg et LavalVichy-Auschwitz, Fayard, 1983, , ..
Quant au soutien de la population française à la législation antisémite tel qu'avancé par Paxton, c'est-à-dire à partir de 1941 et à l'issue d'une première phase d'indifférence, il est contesté par Georges Wellers dès 1981, qui souligne en outre (à l'été 1942)., puis par Serge Klarsfeld en 1983. Depuis, note Renée Poznanski en 1992, la description d'une société impliquée dans son ensemble continue d'être contestée.
La Résistance Dans sa biographie de Pétain, l'historien Marc Ferro est critique vis-à-vis de la position de Paxton concernant la Résistance. Il considère en effet qu'il fait , son analyse se basant sur des chiffres tirés des archives et interprétés sans tenir compte du contexte.
Selon Paxton, cité par Ferro :
Et Ferro de faire remarquer : , cela expliquant, d'après lui, l'attentisme des Français et même une certaine hostilité aux résistants : .
La critique faite à l'auteur de La France de Vichy, sur cette question, est qu'en voulant démontrer la volonté de collaborer de Pétain, en s'appuyant sur les archives allemandes : .
Ferro juge également que le parallèle fait par Paxton avec la Pologne n'est pas non plus pertinent. À la supposition de Paxton que, si, comme la Pologne, la France avait , elle aurait été traitée différemment (les Français n'auraient pas été traités en Untermenschen [sous-hommes] comme les Slaves) il oppose les massacres d'Ascq, des Glières, d'Oradour-sur-Glane ou de Tulle. Pour Ferro, les différences de réactions des deux pays résident dans les traditions historiques propres à la Pologne (elle fut de tous temps l'objet d'agressions de ses voisins) alors que la France n'avait pas connu, avant 1940, un tel désastre.
Les troupes d'occupation en France Dans une conférence donnée à Lyon en , l'historien Pierre Laborie avance que certains historiens, et il cite nommément Paxton, ont été amenés à . Et il affirme que l'argumentation de Paxton repose parfois sur des erreurs grossières :
Publications
. .
. . . . . . , , , , . . 6 juin 44, avec Jean-Pierre Azéma et Philippe Burrin, éd. Perrin/Mémorial de Caen, 2004, 200 . . Europe in the Twentieth Century, avec Julie Hessler, Paperback, 2011. , . .
Récompenses et distinctions (2009). (1997)« Robert Paxton, historien de la France de Vichy », extrait du journal télévisé de 20 heures, France 2, , reproduit dans Jalons pour l'histoire du temps présent, sur le site de l'INA. (1996)Archives des nominations et promotions dans l'ordre des Arts et des Lettres. Docteur de l'université de Caen (1994)Arrêté du conférant le titre de docteur , JORF du , , NOR RESR9400664A, sur Légifrance.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Bibliographie Ouvrages sur Paxton
. .
Autres ouvrages historiques
. . . . . . . . . .
Ressource radiophonique .
Article de presse (compte rendu du témoignage de Robert Paxton au procès Papon).
Liens externes
Biographie de Robert O Paxton, sur le site de la chaîne Histoire, qui cite Ruth Zylberman, « Robert Paxton, un Américain tranquille à Vichy », dans la revue L'Histoire 203 d', et Henry Rousso, Vichy. L'événement, la mémoire, l'histoire, Gallimard, 2001.
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