Nasr Hamid Abu Zayd (), né le (ou )Voir article en anglais 1943 à Qufahan (Égypte) et mort le au Caire en Égypte, est un professeur d'études islamiques.
Il figure parmi les théologiens libéraux les plus connus de l'islam. Son œuvre cherche à interpréter le Coran par une herméneutique humaniste.
Qualification académique 1957-1960 : Tanta Technical College. 1960-1972 : il a travaillé comme technicien dans l’électronique à l’Organisation de communication nationale au Caire. 1968-1972 : B.A. des études arabes (université du Caire) 1972 : nommé conférencier dans le Département de langue arabe et la littérature à l’Université du Caire. 1976-1987 : enseigne l’arabe aux étrangers au centre pour les diplomates au ministère de l'Éducation nationale. 1977 : M.A. des études arabes et islamiques (université du Caire). Enseigne la langue et la littérature arabes à l’université du Caire. 1981 : Doctorat en études arabes et islamiques (université du Caire) 1982 : nommé professeur des études arabes à l’université du Caire. 1987 : nommé professeur associé dans le même département 1995 : Titularisation dans le même département 1995-2010 : Professeur d'études islamiques à l'université de Leyde, aux Pays-Bas.
Biographie Nasr Hamid Abu Zayd est né à Qufahan près de Tanta, en Égypte le . À l'âge de 12 ans, il fut emprisonné à cause de ses sympathies supposées avec les frères musulmans. Après avoir reçu une formation technique en électronique, il travailla pour l'Organisation des Télécommunications au Caire. Il publie des poèmes dans la revue al-Adab, co-fondée par Amin al-Khuli. En même temps, il commença à étudier à l'université du Caire, où il obtint son Bachelor of Arts en étude de l'arabe, plus tard il obtint le Master of Arts en 1977 et le PhD en 1981 en études islamiques, avec des travaux concernant l'interprétation du Coran. Son mémoire de maîtrise porte sur ce sujet : « Rationalisme dans l'exégèse, une étude de la question de la métaphore dans le Coran selon les mutazilites. » Et sa thèse de doctorat sur l'interprétation du Coran par Ibn Arabi. Il fut nommé conférencier, puis, en 1982, assistant professeur et professeur associé en 1987 dans le département de littérature et langue arabe de l'Université du Caire. En 1992, il épouse Ibtihal YounesRachid Benzine, p. 186..
L'affaire Nasr Abu Zayd En 1972, il occupe la Chaire d’études coraniques du Département de Langue et Littérature Arabe, vacante depuis la mutation forcée d'Amin al-KhuliNasr Hâmid Abû Zayd. « Le dilemne [sic] de l'approche littéraire du Coran ». Février 2005. (En ligne) Disponible aussi à cette adresse.Rachid Benzine, p. 184.. Il fait l’objet de persécution religieuse pour ses opinions sur le Coran. En 1995, il est difficilement promu professeur titulaire, et une polémique sur ses écrits enfle et mène à l'annulation de son mariage pour apostasie, dans un procès fondé sur la hisba. Après la décision de la Cour Égyptienne, et sous la menace de mort de groupes fondamentalistes, il s'enfuit aux Pays-Bas, où il est resté jusqu’à son décès.
Une simple promotion refusée L'affaire Nasr Abu Zayd commença par un simple refus de titularisation pour le poste de professeur. En , le Dr Abu Zayd présenta ses publications académiques au Comité permanent chargé de la titularisation et de la promotion, 13 travaux en arabe et dans d'autres langues, parmi lesquels Imam Shafei et la fondation de l'idéologie médiévale ainsi que Critique du discours religieux. Le Comité fit trois rapports, deux étaient en faveur de la promotion du Dr Abu Zayd. Mais le troisième, écrit par Abdel-Sabour Shahin, un professeur en linguistique arabe et membre du Comité accusa Abu Zayd d'affronts directs à la foi musulmane et rejetait la promotion. Il avait dénoncé la posture de certains ulémas qui, en raison de l'interdit coranique de la riba (usure ou intérêt), ont favorisé la mise en place de sociétés d'investissement islamiques dont la faillite a été au cœur d'un scandale en 1988. Or Shahin avait des liens avec l'une de ces sociétésNasr Hamid ABu Zayd et Esther R. Nelson, p. 5..
Malgré les deux rapports positifs, le Comité vota contre la promotion (sept voix contre six), arguant du fait que les travaux de Abu Zayd ne justifiaient pas de promotion. Le Conseil du Département Arabe se prononça contre la décision du Comité permanent et le Conseil de la Faculté des Lettres critiqua le rapport du Comité permanent. Malgré cela, le Conseil de l'Université du Caire confirma la décision du Comité permanent le .
Un procès basé sur la Hisba, l'annulation du mariage C'est à ce moment que l'affaire déborde des enceintes de l'Université quand un juriste déposa plainte devant la Juridiction Inférieure sur le Statut Personnel de Giza, réclamant le divorce de Abu Zayd et de sa femme, le Dr Ibthal Younis, professeur à l'université du Caire. La demande était basée sur l'apostasie présumée du Dr Abu Zayd, une femme musulmane ne pouvant être mariée à un apostat. Mais le , la Juridiction Inférieure sur le Statut Personnel de Giza rejeta la demande du plaignant, ce dernier n'ayant pas d'intérêt direct ni personnel.
Cependant, la Cour d'Appel du Caire s'exprima en faveur du plaignant et déclara nul et non avenu le mariage de Abu Zayd et Ibtihal Younes en 1995. Ironie de l'histoire, le professeur fut titularisé deux semaines avant le jugement, avec les félicitations du Comité parce que
Le principe de la hisba permettait à tout musulman d'ester en justice, quand les intérêts religieux de la communauté sont en péril, ce qui serait le cas quand une femme musulmane, même de plein gré, est mariée à un supposé apostat. Cette interprétation de l'hisba se base sur les articles 89 et 110 des réglementations régissant les Tribunaux de la Sharia. Depuis 1998 (après l'affaire de Nasr Abu Zayd), la loi fut amendée par le gouvernement égyptien, faisant de la hisba une prérogative du procureur.
Une décision controversée La décision provoqua un vif débat, les organisations de défense des droits de l'homme critiquèrent les multiples violations de droits fondamentaux de l'homme.
L'apostasie n'était pas prouvée La décision de la Cour était basée sur l'apostasie supposée. Mais le Code Pénal Égyptien ne reconnaît pas l'apostasie (c'est ce qui a d'ailleurs poussé les plaignants à intenter un procès en civil d'annulation du mariage). Surtout, le Droit civil restreint la preuve de l'apostasie à deux possibilités : soit un certificat d'une institution religieuse spécialisée certifiant que la personne a changé de religion, soit une confession directe de la personne qui s'est convertie.
Cependant, le jugement établit que :
Plus loin, le jugement reprochait à Abu Zayd sa dénonciation de l'esclavage des jeunes filles, principe considéré par la Cour comme « prouvé sans aucun doute par la religion ». L'opinion du professeur était « contraire à tous les textes sacrés qui le permettent, pourvu que les conditions requises soient permises » (p.16 de l'exposé des motifs). Ainsi, la décision de la Cour est basée sur une interprétation des opinions du Dr Abu Zayd, contre le principe suivant lequel un individu qui entre dans l'islam avec ses propres convictions ne peut être dénoncé comme non-musulman contre sa volonté, la Cour a apostasié Abu Zayd.
Violation des droits de l'homme Violation de la liberté d'expression La décision d'apostasier Nasr Hamed Abu Zayd est contraire à l'article 46 de la Constitution Égyptienne qui stipule que « L'État garantit la liberté de conviction et celle de la pratique religieuse. » Elle est également contraire à l'article 47 stipulant : « La liberté d'opinion est garantie, que cette opinion soit exprimée oralement ou par écrit, par le biais de l'art ou de tout autre moyen d'expression. »
La Cour de Cassation a plusieurs fois affirmé que le droit international fait partie intégrante du droit national, l'Égypte étant membre de la Communauté Internationale. Un juge égyptien est donc tenu d'imposer ces critères dans des questions non traitées par le droit national. (Appels 259 et 300 de 1951, Sessions 3/25/82 - Lois 168 y compris 3 bis) La Cour de cassation a inscrit, dans un certain nombre de ses décisions, le devoir d'appliquer les conventions internationales signées par l'Égypte avec d'autres nations, et a également affirmé leur prééminence dans le droit local. (Review of Laws, sessions 39 à 52 bis. 164 et suite)
Or, la décision est contraire aux articles 18 et 19 du Pacte Civil relatif aux Droits Politiques et Civils :
La décision est aussi contraire à l'article 2 Section 7 de la déclaration internationale des droits humains ; les valeurs d'égalité et de citoyenneté stipulées dans l'article 2 section 2 de la convention internationale sur les droits civiques et politiques et l'article 4 de la Déclaration internationale sur l'élimination de toutes les formes d'intolérance et de discrimination basées sur la religion ou les croyances, déclaration stipulant :
Violation de la liberté académique Comme le stipule l'article 3 de la Déclaration de Lima à propos de la liberté académique :
Violation de la vie privée et familiale Le divorce forcé du professeur Abu Zayd et de la conférencière en littérature française à l'Université du Caire Ibtihal Younes fut prononcé contre sa volonté et à la demande d'individus sans aucune relation avec les époux, en violation donc de l'article 12 de la Déclaration internationale des droits humains stipulant :
Sur fond d'attaque contre les idées progressistes En 1947, son prédécesseur à la chaire d'études coraniques de l'université du Caire, Amin al-Khuli, avait dû quitter son poste à cause de la polémique suscitée par la thèse de l'un de ses doctorants.
La décision n'était pas isolée, le procès s'est déroulé dans un climat général d'attaque contre les intellectuels et artistes dans les années 1990. L'intellectuel Farag Foda fut assassiné en 1992. Le Dr Ahmed Sohby Mansour fut renvoyé de l'Université d'Al-Azhar et jeté en prison pour six mois. La décision était basée sur le verdict de l'université elle-même, sous prétexte que Dr Ahmed Sobhy Mansour avait rejeté un principe fondamental de l'islam dans sa recherche de la vérité sur certains des paroles ou Hadiths de Mahomet. Le prix Nobel Naguib Mahfouz fut poignardé au cou par un islamiste en 1994, handicapant l'écrivain, devenu incapable d'utiliser sa main pour écrire. Les tribunaux égyptiens furent d'une façon générale le théâtre de procès contre des intellectuels, journalistes et professeurs d'université comme Atif al-Iraqi, Ragaa al-Naqash, Mahmoud al-Tohami, Youssef Chahine (pour son film El-Mohager, L'émigré), etc. En 1997, une autre figure du milieu intellectuel égyptien a été condamnée, accusée d’apostasie et menacée de mort. Il s’agit du Dr Hassan Hanafi, professeur de philosophie à l’université du Caire.
Au Koweït en 1996, Ahmed Al-Baghdadi, un journaliste et professeur de science politique, fut emprisonné un mois pour offenses à Mahomet. Laila Othman et Aliya Shoeib, deux auteurs koweitiennes, subirent un procès le pour insulte à l'islam dans leurs écrits. Au Liban, la même année, Marcel Khalifé, chanteur libanais, était menacé de trois ans de prison, après qu'un procureur récemment nommé à Beyrouth rouvrit un dossier dans lequel le chanteur était accusé d'avoir insulté le Coran dans sa chanson Je suis Josef (Ana Youssef). Il en a été de même pour des intellectuels libanais (Hussein Morowwa…) et algériens (Abdelkader Alloula, Bekhti Benaouda, Tahar Djaout).
L'exil