vignette|Équipement employé pour l'extermination des rats. Angleterre, 1942.

Un produit rodenticide (du latin rodere, « ronger ») ou raticide, aussi appelée mort-aux-rats, est une substance active ou une préparation ayant la propriété de tuer des rongeurs.

Les rodenticides sont des biocidesMinistère de l'environnement, Biocides 4 avril 2012, consulté 2012-11-20. classés parmi les méthodes chimiques et létales par rapport au piégeage (non létal) de lutte contre les rongeursBuckle, A. P.;Smith, R. H. Book (1994 , Rodent pests and their control 405 pp. ..

Autrefois à base de trioxyde d'arsenic ou de thallium, ils sont aujourd’hui le plus souvent composés d’anticoagulants. Au sein de la catégorie des rodenticides chimiques, les anticoagulants sont les plus pratiques et les plus utilisés, car ne présentant pas d'aversion alimentaire, et semble-t-il peu d'« aversion gustative conditionnée » de la part des rongeurs (mais de telles aversions sont possibles, et démontrées en laboratoires pour certains anticoagulants absorbés à dose non létale par le rat brunSmith, P., I.R. Inglis, D.P. Cowan, G.M Kerins and D.S. Bull. 1994. Symptom-dependent taste aversion induced by an anticoagulant rodenticide in the brown rat (Rattus norvegicus). Journal of Comparative Psychology. 108(3):282-290.), et parce qu'il existe un antidote en cas d'empoisonnement humain ou d'animaux domestiques (chiens, chats) à la suite de la consommation accidentelle de grains, d'appâts, ou d'animaux empoisonnés. Mais des souches résistantes de rats et de souris semblent de plus en plus nombreuses.

vignette|Pour limiter les risques d’accident et d’empoisonnement autres que de rats et souris, des conteneurs spéciaux existent (ici, sur le bord de l’Escaut en Belgique). Ils sont fixés au sol, mais sont parfois néanmoins emportés par les inondations. vignette|Entrée d’un piège relativement sélectif. Pour les rats musqués, les appâts sont parfois posés sur des radeaux flottants, éventuellement avec une protection pour que les castors ne s’empoisonnent pas, mais il arrive que d’autres animaux montent sur le radeau, ou sautent dessus à partir de la berge.

Usages vignette|300px|Lutte contre le typhus et la peste par l'élimination des rats dans les décharges (probablement durant la Seconde Guerre mondiale). L'image montre un homme avec un pulvérisateur et de nombreux rats morts sur la surface des déchets. Il est sans doute en train de pulvériser un gaz toxique (cyanure de calcium en poudre, appelé Calcid, qui dégage de l'acide prussique gazeux par hydrolyse) dans les « terriers » de rongeurs. Source : Archives médicales militaires des États-Unis.

Les rodenticides sont utilisés dans l'environnement domestique, agricole (élevages, granges, etc.), en milieu rural et dans l'industrie agroalimentaire ; ils servent à contrôler ou éliminer des populations de souris, surmulots, ragondins, campagnols et par extension taupes (qui ne sont pas des rongeurs mais des insectivores).

Commercialisation Pour le grand public, ils sont ou ont été commercialisés sous plusieurs formes : poudres de piste, concentrats huileux, appâts prêts à l'emploi (en grain, blocs, blocs paraffinés…) Dans la plupart des pays dont France, Belgique, Canada, Suisse, les raticides fumigants (pour fumigations des galeries creusées par les rongeurs) ne peuvent être achetés et utilisés que par des entreprises agréées.

Parfois de l'eau empoisonnée remplace les appâts (il convient alors de l'exposer aux rongeurs sans que d'autres petits animaux, les animaux domestiques, le bétail, les volailles ou les enfants puissent y avoir accès).

Familles de rodenticides Les molécules actives rodenticides sont issues de familles chimiques très diverses, dont :

L'arsenic Autrefois utilisé, il est aujourd'hui interdit (non biodégradable, non dégradable et toxique pour tous les animaux). Il l'a notamment été sous forme de vert de Paris ou vert de Schweinfurt (ancienne dénomination commerciale de l'acéto-arsénite de cuivre, ou "Pigment vert CI 21", très toxique).

Certains gaz lacrymogènes La chloropicrine a autrefois été très utilisée contre le rat, mais avec un danger pour l'applicateur lui-même. C'est un gaz de combat utilisé lors de la Première Guerre mondiale qui induit une mort par œdème pulmonaire aigu. Ces produits sont aujourd'hui interdits.

Les anticoagulants Ce sont les molécules qui sont et qui ont été les plus utilisées comme raticides et souricides (depuis les années 1950-1960). Avant cela, elles commençaient déjà à être utilisées comme médicament à usage humain pour empêcher le sang des blessures de coaguler, après certaines opérations chirurgicales ou dans le traitement de quelques maladies. Cet usage comme médicament les a fait mieux connaitre et maîtriser, préparant leur utilisation comme rodenticide<ref name=kaput2001>Rodenticide Resistance What PMPs Need to Know about Resistance to Anticoagulant Rodenticides ; Pest Management Professional ; 2001-10-01].</ref>.

Les anticoagulants utilisés pour tuer les rongeurs sont des dérivés de la 4-hydroxycoumarine (warfarine, appelée coumaphène en France, coumachlore, coumatétralyle, bromadiolone, …) et de l'indane-1,3-dione (chlorophacinone, diphacinone, …) qui sont des « antivitamines K » auxquels les rongeurs sont particulièrement sensibles en raison d'un faible volume sanguin et d'un rythme cardiaque élevé. La mort survient par anémie aiguë, provoquée par les hémorragies accidentelles survenant quelques jours à deux semaines après l'ingestion. L'antidote est la vitamine K1 (ou K3, mais qui agit moins vite et nécessite une dose un peu plus élevée). Ce type de rodenticide est un poison d'accumulation présenté en mélange avec un appât et il est nécessaire que le rongeur consomme plusieurs doses durant plusieurs jours. La mort survient habituellement 3 à après la première prise. Ces produits sont notamment utilisés dans le cadre de campagnes de dératisation.

Les anticoagulants dits « de seconde génération » (difénacoum, bromadiolone, brodifacoum et flocoumafen) ont eux un effet plus persistant (plusieurs mois, même après une seule prise alimentaire) ; ainsi un enfant ayant accidentellement ingéré un anticoagulant de seconde génération a dû être traité durant sept moisWatts, R.G., R.P. Castleberry and J.A. Sadowski. 1990. Accidental poisoning with a superwarfarin compound (brodifacoum) in a child. Pediatrics. 86 (Dec.): 883-887.. Et un adulte ayant fait une tentative de suicide avec un anticoagulant de seconde génération a eu besoin de huit mois de traitement à la vitamine KLipton, R.A. and E.M. Klass. 1984. Human ingestion of a "superwarfarin" rodenticide resulting in a prolonged anticoagulant effect. Journal of the American Medical Association. 252: 3004-3005..

Les convulsivants Ce sont des neurotoxiques (alpha-chloralose, crimidine, strychnine) qui entraînent rapidement la mort après un coma ou des spasmes musculaires. Pas d'antidote ; traitement symptomatique : anti-convulsivants et ventilation. Ces produits sont aujourd'hui interdits.

La strychnine ayant un effet stimulant, de la mort-aux-rats a pu être utilisée comme produit dopant, par exemple lors du marathon aux Jeux olympiques de 1904..

Les cardiotoxiques Les glucosides cardiaques (scilliroside) provoquent la mort par arrêt cardiaque. Pas d'antidote ; traitement classique de l'intoxication digitalique. les cytotoxiques, poisons cellulaires tels que le phosphure de zinc, d'aluminium, de calcium, sources d'hydrure de phosphore (phosphine ou phosphure d'hydrogène) qui est un gaz hautement toxique (hypotension, œdème pulmonaire, convulsions …). Ce groupe de substances provoque une mort violente. Le phosphure de zinc est un produit plus stable que ces voisins et qui, mélangé à un appât, est ingéré par l'animal. Il libère alors dans l'organisme la phosphine qui entraîne la mort quelques heures après l'ingestion.

Les hypercalcémiants Par exemple calciférol, cholécalciférol ; souvent associés au coumaphène. Alternatives non toxiques, la dératisation durable La dératisation durable est une combinaison entre des technologies innovantes et la connaissance de la vie et du comportement du rongeur en surface et dans les canalisations. La lutte se fait sans effets négatifs sur l’environnement mais aussi avec les plus hautes préoccupations éthiques possibles envers les animaux. Cette méthode s'appuie sur des solutions à long terme et durables respectueuse de l'environnement telles que les méthodes mécaniques et électroniques sans usage de produits biocides.

Généralement plusieurs techniques de luttes doivent être combinées au sein d'une stratégie réfléchie de luttePR Brown, & al. Ecologically based management of rodents in the real world: applied to a mixed agroecosystem in Vietnam ; Ecological …, 2006 - Eco Soc America.CE Bock& al.Responses of birds, rodents, and vegetation to livestock exclosure in a semidesert grassland site of Range Management, 1984 - JSTOR.Leirs, Herwig (2002), Management of rodents in crops: the Pied Piper and his orchestra ; Rats, mice and people: rodent biology and management / Singleton, G.R. [edit.] . - Canberra : Australian Center for International Agricultural Research, 2002 . - p. 183-190.Leirs, Herwig; Schockaert, E. (1997), Rodent biology and integrated pest management in Africa: proceedings of the international workshop held in Morogoro (Tanzania, 21-25 October 1996)., en s'appuyant sur des bases écologiquesGR Singleton, LA Hinds, H Leirs, Z Zhang (1999), Ecologically-based management of rodent pests ; pp. 494 pp. ; (résumé). et notamment sur une bonne connaissance de l'écologie des populations des espèces « nuisibles » qu'on cherche à contrôlerGR Singleton (1997), Integrated management of rodents: a Southeast Asian and Australian perspective ; Belgian Journal of Zoology, 1997 - agris.fao.org.

Synergies, potentialisations L'association de deux molécules ayant un mécanisme de toxicité différent peut être source de synergies toxiques. De même, une molécule biocide raticide peut être potentialisée par une autre molécule (non toxique seule). Par exemple la warfarine est potentialisée (c'est-à-dire que son effet sera multiplié) par le triméthoprime-sulfaméthoxazole (fait découvert par hasard chez l'homme, à l'occasion de problèmes induits par une association médicamenteuseJoel M. Kaufman, M.D., Howard E. Fauver Jr., M.D., Potentiation of warfarin by trimethoprim-sulfamethoxazole, Urology ; Volume 16, Issue 6, Pages 601-603, December 1980.).

Risques et précautions pour l'humain et pour les animaux domestiques ou sauvages non ciblés Chez l'humain adulte, la prise accidentelle de produits rodenticides à base d'anticoagulants n'entraîne généralement pas - à moins d'absorption massive - de troubles de la coagulation, ni d'hémorragie. Chez l'enfant, des hémorragies graves peuvent survenir.

Ces produits agissent en abaissant le taux de prothrombine dans le sang, nécessaire à la formation du caillot sanguin, entraînant ainsi des hémorragies internes. Les symptômes apparaissent après quelques jours pour une dose élevée, après quelques semaines pour des prises répétées : sang dans les urines, saignement de nez, hémorragie gingivale, sang dans les selles, anémie, faiblesse. La mort peut survenir dans les 5 à 7 jours qui suivent.