Zoé Charlotte de Gamond, née le à Bruxelles où elle meurt le , est une activiste politique, inspectrice des écoles et féministe belge qui a écrit sous le pseudonyme de « Marie de G*** ».

Biographie Elle est issue d’une famille libérale aisée. Son père, Pierre-Joseph de Gamond, chevalier héréditaire, avoué, a été gouverneur de la province d'Anvers à l'époque du Royaume uni des Pays-Bas ; secrétaire général du ministère des Finances en 1830, il a terminé sa carrière comme conseiller à la Cour d'appel de Bruxelles et professeur à l'Université libre de Bruxelles où il a également donné le cours intitulé « Code de la procédure civile et ordre des Juridictions »R. Van Nuffel, Gatti de Gamond (Zoé-Charlotte), Bruxelles, Biographie nationale, 1973-1974, p. 241. Sa mère, Isabelle-Angélique de Lados, d’origine noble, tenait, dans les années 1820, des salons politiques et philosophiques ; elle décèdera en 1829V. PIETTE, "Zoé de Gamond ou les premières avancées féministes ?", Revue belge de philologie et d'histoire, Bruxelles, 1999, p. 403. La famille comptait une autre fille, née en 1804 et qui deviendra artiste peintre : Élisa de Gamond.

Zoé de Gamond était donc issue d'un milieu d'une très grande intellectualité, ce qui lui a permis de développer son intelligence et d'acquérir un esprit critique très développéR. VAN NUFFEL, Gatti de Gamond (Zoé-Charlotte), Bruxelles, Biographie nationale, 1973-1974, p. 242. Elle a mené une vie faite d'écrits, d'études et de publications théoriquesE. GUBIN et V. PIETTE, Isabelle Gatti de Gamond 1839-1905 - La passion d'enseigner , Bruxelles, GIEF, 2004, p.14.

Vie privée Le , Zoé de Gamond se marie avec Jean Baptiste Gatti, un peintre italien, avec qui elle aura trois enfantsSous la direction d'E. GUBIN et. al., avec la collaboration de M-S DUPONT-BOUCHAT et J-P NANDRIN, Dictionnaire des femmes belges et siècles, Bruxelles, Racine, 2006, p. 154. Elle ne s’est mariée que relativement tard. Cependant, elle n’est pas célibataire par vocation contrairement à d’autres féministes : la cause en revient aux lois de l'époque. Ses parents étant opposés à cette union, elle dut attendre leur mort pour se marier. Étant orpheline au moment de son mariage, c'est de sa grand-mère paternelle Marie Anne Florentin qu'elle recevra alors le consentement au mariage. Zoé de Gamond estime que « les femmes sont faites pour être épouses et mères ». Elle est d'ailleurs la mère de trois filles, dont Isabelle Gatti de Gamond qui poursuivra son œuvre et deviendra, plus tard, une éducatrice et féministe belge d’une grande importanceE. GUBIN et V. PIETTE, Isabelle Gatti de Gamond 1839-1905 - La passion d'enseigner , Bruxelles, GIEF, 2004, p. 10. À la fin des années 1830, le couple Gatti-de Gamond quitte Bruxelles pour Paris. À ce moment, Zoé devient la commentatrice reconnue de Fourier dans un ouvrage appelé « Fourier et son système », paru à Paris et traduit en anglais. Ce rôle a notablement accru sa notoriété.

Avec le soutien d'un riche fouriériste anglais, Arthur Young, elle achète, en , un monastère en Bourgogne, à Saint-Nicolas-lès-Cîteaux, la célèbre abbaye de Cîteaux, afin d'y établir un phalanstère dont elle avait imaginé l’aspect théorique comme la réalisation d’une commune coopérative, d’après la théorie de Charles Fourier. Ce phalanstère qui fonctionna jusqu'en 1846, fut un désastre financier. En effet, le phalanstère était conçu pour accueillir 600 personnes, mais, début 1843, il n’en abritait que 167. Le couple De Gamond ainsi ruiné, retourne à Bruxelles où il mène une vie de gêne et de privation. Zoé est même amenée à demander de l’aide à son entourage pour subvenir à ses besoins essentiels. Néanmoins, elle n’abandonnera jamais pas son projet de réformer la condition des femmesV. PIETTE, "Zoé de Gamond ou les premières avancées féministes ?", Revue belge de philologie et d'histoire, Bruxelles, 1999, p. 412.

Grâce au soutien de Charles Rogier, Zoé de Gamond obtient d'être nommée inspectrice des écoles maternelles, primaires et normales. Cette fonction met temporairement fin à ses difficultés financières.

Vie politique Avec sa sœur Élisa, Zoé s'initie à la politique à une époque où les femmes en étaient exclues, notamment en participant aux salons tenus par leur mère. Ce début de vie politique était en accord avec les événements révolutionnaires de 1830. Plus tard, Zoé et Élisa reprendront le flambeau maternel et tiendront des salons deux fois par semaineE. GUBIN et V. PIETTE, Isabelle Gatti de Gamond 1839-1905 - La passion d'enseigner , Bruxelles, GIEF, 2004, p.12.

Zoé fut d'abord partisane de Saint-Simon. En effet, John Bartier la décrit, ainsi que sa sœur Élisa, comme répandant la doctrine Naissance du socialisme en Belgique, les saint-simoniens, Bruxelles, PAC, 1985, .. Cependant les théories d'émancipation sexuelle prônées par les saint-simoniens leur parurent bien trop audacieuses.

Zoé de Gamond se détourna donc du saint-simonisme au profit des théories fouriéristes, plus utopistes. Elle se rallia ainsi aux idées de l'économiste utopiste socialiste Charles Fourier, auteur d'une doctrine utopique basée sur l'égalité des personnes Fourier, et en commenta les idées avec talent, s'attirant ce commentaire élogieux : dans la Biographie des hommes du jour de Germain Sarrut et Edme-Théodore Bourg en 1842.

Au début des années 1830, elle soutint activement des exilés politiques italiens et polonais, en s'impliquant au sein des comités pour réfugiés politiques institués par Bartels. Dans cette optique, elle mit sur pieds une exposition d'objets d'art et ouvrages de dames mis en loterie à leur profit aux abords de la Grand'Place de BruxellesE. GUBIN, C. JACQUES et V. PIETTE, Gatti de Gamond Zoé, Charlotte, née de Gamond, dite Marie de G***, in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, l'Atelier, 1997. Cette première exposition tenue à Bruxelles aura un tel succès que les dames de plusieurs villes de Flandre prêteront main-forte à Zoé en organisant une nouvelle exposition à Gand. De nombreuses femmes touchées par cette cause soutiendront Zoé de Gamond qui deviendra alors, pour certains, un symbole de l'engagement politique fémininisteV. PIETTE, "Zoé de Gamond ou les premières avancées féministes ?", Revue belge de philologie et d'histoire, Bruxelles, 1999, p. 405.

Enseignement Zoé de Gamond prône l'émancipation des femmes par l'éducation : elle est persuadée que l’éducation des femmes est un facteur de leur émancipation. En effet, d'une part, la législation, héritée du Code Napoléon maintient les inégalités de sexe, d'autre part, la Belgique, qui vient de faire sa révolution nationale et bourgeoise en 1830, et qui n'adhèrera pas à l'ébullition européenne de 1848, n'est pas dans un climat propice à l'évolution vers la promotion des femmes, comme on peut en juger en examinant l'évolution du statut des femmes belges. C'est sur les mentalités qu'il faut avant tout agirC. JACQUES, "Le féminisme en Belgique de la fin du siècle aux années 1970", Courrier hebdomadaire du CRISP 2009/7, (n°2012-2013), p.7. Ainsi, écrit-elle en 1834 : "C’est au système d’éducation qui régit aujourd’hui l’éducation des femmes que je crois pouvoir, rapporter tous les maux qui, dans l’état actuel de la société, se réunissent pour aggraver encore leur condition."Z. DE GAMOND, De la condition sociale des femmes au siècle et de leur éducation publique et privée, Bruxelles, Berthot, 1834, p. 8 et 9 L’instruction a pour elle un rôle primordial dans l’épanouissement de la condition féminine.

Zoé de Gamond favorise en particulier l’artisanat comme lieu possible d’émancipation, étant donné que les artisanes sont placées à égalité avec les hommes par leur travail. Toutefois, fidèle au sentiment qui l'a éloignée des saint-simoniennes, elle ne prône pas l’égalité parfaite entre hommes et femmes. En effet, elle écrit : "Il est absurde de dire ou penser que la femme pour devenir l’égale de l’homme, doive partager ses fonctions ou devenir semblable à lui, car il est bien évident que c’est précisément de cette disparité dans sa nature et dans ses fonctions que naît l’harmonie sociale et la sympathie des deux sexes".

Néanmoins, elle considère qu'une complémentarité harmonieuse entre hommes et femmes nécessite une réelle instruction des deux parties. C'est dans la continuité de cette idée que Zoé de Gamond veut réformer le système éducatif, et elle fera appel à la société féminine pour ce faire. Là apparaissent, en Belgique, les premières ébauches du féminismeV. PIETTE, "Zoé de Gamond ou les premières avancées féministes ?", Revue belge de philologie et d'histoire, Bruxelles, 1999, p. 407. Dans son livre De la condition sociale des femmes au siècle et de leur éducation publique et privée, elle appelle à la solidarité féminine en écrivant : "C’est avec les femmes de toutes les conditions et de toutes les classes, que je veux que les femmes s’associent de cœur et d’esprit. (…) Je veux que le pacte social, cessant d’être un mot vide de sens pour les femmes, leur devienne obligatoire, qu’elles se soutiennent en toute chose, que les riches partagent avec les pauvres, que les puissantes sympathisent avec les humbles."Z. DE GAMOND, De la condition sociale des femmes au siècle et de leur éducation publique et privée, Bruxelles, Berthot, 1834, p. 51.

Dans le cadre de son projet d'éducation féminine, Zoé de Gamond préconise deux types d'écoles pour les filles. L'un serait pour les filles de la classe populaire où l'enseignement sera donné gratuitement. L'autre, payant, serait réservé aux écolières dont les parents ont plus de moyens financiers. Les bénéfices rapportés au sein du deuxième type d'école serviront à financer le premier type d’écoleR. VAN NUFFEL, Gatti de Gamond (Zoé-Charlotte), Bruxelles, Biographie nationale, 1973-1974, p. 245. Zoé de Gamond prévoit trois niveaux différents au sein de ces écoles : premièrement les enseignements de pure surveillance pour les enfants de deux à six ans, au sein desquels des bonnes et douces personnes auraient l'occasion de les socialiser et de les "familiariser avec l'idée de Dieu". Deuxièmement, les écoles élémentaires pour les fillettes de six à douze ans, où la préoccupation principale serait de développer leurs facultés intellectuelles et de leur apprendre un métier, préalable à leur autonomie. Travaux manuels, lecture, écriture et calcul en sont les fondements ainsi que l'exercice physique et la réflexion morale R. VAN NUFFEL, Gatti de Gamond (Zoé-Charlotte), Bruxelles, Biographie nationale, 1973-1974, p. 245 ; V. PIETTE, "Zoé de Gamond ou les premières avancées féministes ?", Revue belge de philologie et d'histoire, Bruxelles, 1999, p. 407. Grâce à cette formation, les filles pourront exercer divers métiers tels que "lingère, modiste, coiffeuse, fleuriste, brodeuse, dentellière, repasseuse, lavandière, cuisinière Troisièmement, le dernier niveau serait consacré aux "écoles d'industrie". Dans ce type d'établissement, destiné aux adolescentes que leur famille ne peut prendre en charge, les heures d'apprentissage, menées dans de vastes ateliers, aboutiraient notamment à une production régulièrement mise en vente, en même temps qu'à une formation aux tâches domestiques. "Z. DE GAMOND, De la condition sociale des femmes au siècle et de leur éducation publique et privée, Bruxelles, Berthot, 1834, p. 96 En 1835, Zoé de Gamond ouvre une école pour les filles de la classe ouvrière et une école normale destinée à former des institutrices, avec sa grande amie Eugénie Poulet. Ce type d'école connaîtra un franc succès.