LAutriche-Hongrie (, ), en forme longue habituelle la Monarchie austro-hongroise (en allemand : Österreichisch-Ungarische Monarchie, en hongrois : Osztrák-Magyar Monarchia), parfois appelée l'Empire austro-hongrois, est un ancien empire d'Europe centrale réunissant deux pays constitutifs : l'empire d'Autriche ou, plus simplement, l'Autriche, et les royaumes de Hongrie-Croatie ou, plus simplement, la Hongrie.
Plus précisément, il s'agissait d'une fédération monarchique de deux États créée par le partage, en 1867, de l’empire d'Autriche (lui-même regroupant, à partir de 1804, les États régis par les Habsbourg à la suite de la disparition du Saint-Empire romain germanique) en une union réelle qui a duré jusqu’en 1918. Ces deux États contigus et égaux, unis par la maison de Habsbourg-Lorraine et liés par un « compromis » ( ; ) sont : l'Autriche, officiellement les royaumes et pays représentés à la Diète d'Empire, dits « Cisleithanie »Entrée , dans l'Encyclopédie, en ligne sur le site des éditions Larousse., comportant notamment les archiduchés de Basse-Autriche et de Haute-Autriche ainsi que les royaumes de Bohême et de Galicie-et-Lodomérie, ayant comme langue principale l'allemand et sa capitale à Vienne ; la Hongrie, officiellement les pays de la Couronne de saint Étienne, dits « Transleithanie »Entrée ou « Grande Hongrie », à savoir les royaumes de Hongrie et de Croatie-Slavonie, ayant comme langue principale le hongrois et sa capitale à Budapest.
Une union douanière complète l'union politique. En , l'Autriche-Hongrie annexe la Bosnie-Herzégovine qu'elle occupait et administrait depuis , mais qui était restée nominalement sous souveraineté ottomane : l'union douanière est alors élargie à ce territoire.
La constitution politique de l'Autriche-Hongrie fait suite à l’exclusion des empereurs d'Autriche de leurs zones d’influence traditionnelles : l'Italie (1860) puis l’Allemagne (1866). Le projet de consiste alors à conforter son assise en associant les élites hongroises au pouvoir. Ce compromis est accepté par la noblesse hongroise, car il pérennise la plupart de ses privilèges féodaux institués par la Bulle d'or du roi André II en 1222. En 1867, François-Joseph, déjà empereur d’Autriche, est couronné à Budapest comme monarque de la Couronne de saint-Étienne, soit d'abord roi apostolique de Hongrie, mais également roi de Croatie-Slavonie.
Autocrate conservateur, mais pragmatique, il s’appuie sur les facteurs de cohésion que sont la monarchie et sa bureaucratie, l’Église catholique, l’aristocratie et l’armée. Son petit-neveu lui succède en 1916 sous les noms de Charles d’Autriche et de Hongrie.
L'empire habsbourgeois devient ainsi une « double monarchie », expression typiquement utilisée pour l’Autriche-Hongrie. L’aigle à deux têtes, symbole bien antérieur à la constitution, lui convient parfaitement. Les adjectifs officiels étaient les suivants : « impérial et royal » (« K. und K. » : ) pour les services communs (armée, finances, diplomatie) : la est la marine de guerre et la KuK Armee la composante commune des forces terrestres austro-hongroises ; « impérial-royal » pour les services propres à la « Cisleithanie » dont le souverain est empereur d'Autriche mais également, à l'intérieur de cet empire, roi de Bohême et de Galicie-et-Lodomérie, margrave de Moravie, duc ou comte des autres territoires héréditaires des Habsbourg ; « royal » pour les services propres à la « Transleithanie », où le souverain règne d'abord à titre de roi apostolique de Hongrie, mais également comme roi de Croatie-Slavonie.
Ce compromis politique avec la noblesse hongroise lèse les intérêts des autres peuples de la « double monarchie », slaves (Tchèques, Slovaques, Polonais, Ukrainiens, Slovènes, Croates, Bosniaques, Serbes) et latins (Italiens, Roumains). Lors de la défaite à l’issue de la Première Guerre mondiale et au nom du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes », les assemblées représentatives de ces peuples, constituées en décembre 1918, proclament, ainsi d'ailleurs que le Conseil national des HongroisMiklós Molnár, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, , leur séparation de la « double monarchie ».
Ce processus aboutit au remplacement de l’Empire austro-hongrois par sept « États-nations ». Certains sont nouvellement indépendants, allant ainsi bien au-delà des anciennes revendications de l’austroslavisme et du trialisme, restées insatisfaites : ce sont la Tchécoslovaquie et le royaume des Serbes, Croates et Slovènes, future Yougoslavie, formé par la réunion des Slaves méridionaux d’Autriche-Hongrie, de Serbie et du Monténégro. Un autre, la Pologne, est ressuscité après plus de de disparition. Deux pays latins déjà existants sont simplement agrandis aux dépens de l’empire : l’Italie et la Roumanie.
Ces profonds changements sont officialisés durant les deux années suivantes par la signature des traités de Saint-Germain et du Trianon qui consacrent la fin de l’Empire, l’interdiction pour les Habsbourg de résider en Autriche, mais aussi l’interdiction pour les Allemands d’Autriche, ainsi exclus du fameux « droit des peuples », de s’unir à la république de Weimar. L’Autriche elle-même devient et reste une république, tandis qu'en Hongrie un bref épisode républicain laisse place à une monarchie gouvernée par une régence et réduite au tiers central de la Grande Hongrie, un tiers des Magyars se retrouvant en dehors de ses nouvelles frontières.
Formation de l'Autriche-Hongrie
Un certain nombre d'auteurs s'accordent pour voir dans l'Autriche-Hongrie une union réelle. Sa nature a néanmoins été discutée. Quelques auteurs autrichiens ou étrangers y ont vu un État fédéral, d'autres une simple confédération d'États.
Entités constitutives de la monarchie Succédant à l'empire d'Autriche, la dénomination officielle d'Autriche-Hongrie apparaît en 1867, mais désigne un État déjà constitué dès la première partie du . C'est la dernière forme politique qu'ont prise les possessions de la dynastie impériale des Habsbourg-Lorraine en Europe centrale.
L’Autriche-Hongrie est, après l'Empire russe, le plus grand État d’Europe avec une superficie de . Mais tous ses peuples, et notamment les Slaves, n’y sont pas également représentés : l’ancien royaume de Bohême-Moravie, celui de Galicie-Lodomérie, celui de Croatie-Slavonie ainsi que la principauté de Transylvanie ont perdu leurs prérogatives antérieures et la « double monarchie » n'est formée que de deux entités principales et ultérieurement d'une troisième : l’empire d'Autriche tel qu’il fut défini en 1867 (dit « Cisleithanie ») ; les royaumes de Hongrie et de Croatie-Slavonie réunis (dits « Transleithanie ») ; la Bosnie-Herzégovine, qui n’est rattachée ni à l’un ni aux autres, mais placée sous administration commune en 1878 par le traité de Berlin, et annexée en 1908.
Cette organisation territoriale et la législation qui en découle favorisent largement les aristocraties et les bourgeoisies germanophones et magyarophones, de confession catholique romaine (religion de l’État et de la dynastie), au détriment des autres groupes sociaux, linguistiques ou religieux.
Royaumes et pays représentés à la Diète d'Empire
vignette|gauche|redresse=0.4|Pavillon des royaumes et pays représentés à la Diète d'Empire de 1867 à 1918. vignette|redresse=0.9|En rouge, les royaumes et pays représentés à la Diète d'Empire (Cisleithanie) au sein de l'Empire. L'Autriche, en tant qu'État distinct de la Hongrie, est un , sans dénomination officielle. Elle est désignée par l'expression ou comme . D'une superficie de , elle compte (recensement de 1910). Elle est constituée de . Chacune d'elles dispose d’une autonomie relative, avec des assemblées provinciales () élues dans un premier temps au suffrage par classes, censitaire puis universel. Les habitants de langue allemande, qui comptent pour 36 % de la population totale et élisent 43 % des sièges au parlement, s’opposent globalement à la restauration d’un royaume de Bohême autonome, revendiquée par les Tchèques.
Un ensemble austro-bohémien a été fondé en 1526 lorsque Ferdinand, époux d'Anne Jagellon, hérite de son beau-frère de Hongrie. Il a été consolidé lors des guerres de Trente Ans (1618-1648) et de succession d’Autriche (1740-1748). Cet ensemble sert de socle à la création de l'empire d’Autriche en 1804.
En 1867, l'Autriche « cisleithane » couvre : la part de l'empire d'Autriche ayant fait partie de la Confédération germanique, à savoir : les pays héréditaires des Habsbourg, à savoir : l'archiduché d'Autriche, les trois duchés de Styrie, de Carinthie et de Carniole, le comté princier de Tyrol ainsi que Trieste, l’Istrie occidentale et le comté de Gorizia et Gradisca, la région de l'Inn (« Innviertel »), rattachée depuis 1779 à l’Autriche au détriment de la Bavière (Nord-Ouest de l'Autriche), l'évêché de Salzbourg et l’évêché de Trente, anciennes principautés épiscopales, sécularisées en , les trois pays de la Couronne de Bohême, à savoir : le royaume de Bohême et le margraviat de Moravie, ainsi que la Silésie, les deux anciens duchés d'Auschwitz et de Zator, le royaume de Galicie et de Lodomérie, pris en 1772 à la Pologne lors du premier partage de ce pays (aujourd’hui réparti entre la Pologne et l’Ukraine), le duché de Bucovine, pris en 1775 à la Moldavie (aujourd’hui réparti entre la Roumanie et l’Ukraine), le royaume de Dalmatie, pris en 1797 à la république de Venise (aujourd'hui en Croatie).
Les pays de la Couronne de saint Étienne
vignette|gauche|redresse=0.4|Pavillons des pays de la Couronne de saint Étienne de 1867 à 1918 (haut : Hongrie ; bas : Croatie). vignette|redresse=0.9|En rouge, les pays de la Couronne de saint Étienne (Transleithanie) au sein de l'Empire. Les pays de la Couronne de saint Étienne ont une superficie de et une population de .
En vertu du compromis hungaro-croate de , ils comprennent : le royaume de Hongrie proprement dit (), comprenant depuis 1867 la Transylvanie ; le royaume de Croatie-Slavonie (encore appelé Croatie-Esclavonie), royaume autonome avec pour capitale Zagreb, ; la ville séparée de Fiume et son territoire (), avec le titre de .
Le royaume de Hongrie possède, contrairement à l’empire d’Autriche, une structure centralisée. Les comitats, unités administratives de base, sont gérés conjointement par un préfet nommé par l'État et un alispán élu par l'aristocratie locale. Le royaume de Croatie-Slavonie dispose d'une administration autonome dirigée par un ban nommé par l’État qui est responsable devant le Sabor, assemblée élue qui a la capacité de légiférer dans les domaines de l’enseignement et la justice.
Les pays de la Couronne de saint Étienne comprennent plus ou moins le territoire du premier royaume de Hongrie constitué peu après l’an 1000 et à nouveau regroupé en 1699 lorsque les Habsbourg étendent la Hongrie royale à la Hongrie ottomane libérée de l’emprise ottomane et à la Principauté de Transylvanie, vassale des Ottomans et également appelée royaume de Hongrie orientale. Ils sont dès lors gouvernés par la minorité dominante des aristocrates magyars qui revendiquent leur autonomie face aux HabsbourgMarie-Françoise Vajda, L’œil du souverain ? Rôle et pouvoirs des représentants du souverain (főispánok) à la tête des comitats hongrois au , « Histoire, économie & société », vol. 1, 2011, , DOI 10.3917/hes.111.0023 et Hartwig Brandt, Europa 1815-1850, Stuttgart, Kohlhammer, 2002 , et détiennent (jusqu’en 1918) la majeure partie des terres dans les pays de la Couronne de saint ÉtienneMax Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre mondiale : la fin d'un empire, Soteca 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre », Paris, 2011 , ..
Le condominium de Bosnie-Herzégovine
vignette|gauche|redresse=0.4|Pavillon du condominium de Bosnie-Herzégovine de 1908 à 1918. vignette|redresse=0.9|En rouge le condominium de Bosnie-Herzégovine au sein de l'Empire.