vignette|upright=1.5|Un Marine américain dans un village afghan en 2005. Sa tenue MARPAT-Désert se fond dans la couleur et la texture de l'arrière plan. vignette|droite|upright=1.1|Tireurs d'élite du étranger d'infanterie vêtus de Ghillie suit, ultime forme de camouflage optique au . (Afghanistan, 2005) vignette|Ronsin, Corbin, Royer, Pinchon et Mouveau - 12 février 1915
Le camouflage désigne tout moyen ou dispositif tendant à rendre moins visible ou à donner une apparence trompeuse à un objet ou à un être vivant.
Le mot camouflage a été créé en 1914 dans le jargon militaire français à partir d'un verbe italien, « camuffare », ayant le même sens. indique que le mot vient du vieux français « camouflet », qui désigne un nuage de fumée, de poussières.
Historiquement, les teintes utilisées afin d'obtenir un effet camouflant sont différentes nuances de vert, de kaki, de brun ou de beige. Parfois, le gris ou le noir sont aussi utilisés, mais en tout état de cause les couleurs sont mates. Mais, depuis l'invention de l'imagerie par satellite, ces notions ont évolué.
Un système camouflant est réalisé à partir de différents matériaux et techniques, tels que des peintures, branchages, des filets colorés en textile ou des tissus imprimés.
Histoire du camouflage militaire Dans le domaine militaire, le camouflage est largement utilisé pour dissimuler à la vue de l'ennemi du matériel, des véhicules, des navires ou du personnel militaire.
Son utilisation dans l'uniforme des fantassins est un signe caractéristique du passage à l'ère de la guerre moderne, lors de la Première Guerre mondiale. En effet, dans les guerres des époques précédentes, les tenues voyantes permettaient de mieux distinguer les différentes unités sur un champ de bataille bien délimité, où la puissance et la portée des armes à distance étaient faibles et où la majeure partie des combats se faisait au contact. Avec l'augmentation de la portée et de la cadence de tir des armes à feu, la dissimulation devenait une nécessité pour protéger le soldat.
Première Guerre mondiale vignette|droite|upright=1|Une technique simple de camouflage est celle du « rideau de fumée ». Selon la légende de cette photo d'archive, il s'agit d'une opération de sauvetage de la Deutsches Heer camouflée par un brouillard artificiel, en 1917, sur le front de l'ouest (il pourrait aussi s'agir de soldats fuyant un nuage de gaz toxique). vignette|Brassard de la section de Camouflage - 1915 (Musée de l'Armée) Aux premières heures du conflit seules les tenues vestimentaires des armées britanniques, allemandes et des États-Unis adoptaient des couleurs dans différents tons de kaki qui rendaient les soldats moins visibles de loin. Bien que l'expérience britannique durant la guerre des Boers ait mis en évidence les bienfaits des toutes premières ghillie suit pour les francs-tireurs leur utilisation tactique ne fut pas généralisée durant ce conflit.
Les premières utilisations du camouflage servirent à dissimuler les navires (principalement dans la ), les avions (certains avions allemands Albatros, Fokker, Aeg et Pfalt en particulier utilisaient un décor fait de losanges de différentes couleurs afin de dissimuler les avions parqués au sol à la vue des appareils ennemis), les chars d'assaut, les postes d'observation et les pièces d'artillerie.
Le camouflage individuel apparaît sur le casque des soldats allemands lors de l'adoption du nouveau casque, le Stahlhelm, introduit en 1916. Les troupes de choc peignaient leurs casques d'acier de formes géométriques et de couleurs claires, rappelant les formes appliquées sur les avions, afin de dissimuler leurs silhouettes lorsqu'ils regardaient au-dessus du parapet.
Du côté français, on attribue aux travaux de Louis Guingot, Eugène Ronsin, Eugène Corbin et de Lucien-Victor Guirand de Scévola la paternité du développement de cette technique dans les armées. Ainsi, Lucien-Victor Guirand de Scévola met en œuvre, dès 1914, des toiles bariolées dont les teintes se fondent avec celles de la nature environnante pour dissimuler une pièce d’artillerie. Le résultat est immédiat : les Allemands peinent à la repérer. L'armée française utilisa ensuite les compétences de différents artistes : Fernand Léger, Auguste Herbin, Jean-Louis Forain, Georges Paul Leroux, Loÿs Prat, André Mare, Georges Mouveau, Pierre Patout et Louis Abel-Truchet. Elle les réunit en au sein de la Section de camouflage (créée en , sous le commandement de Lucien-Victor Guirand de Scévola promu lieutenant à cette occasion ; la section adopte au col des tenues un insigne en forme de caméléon, par référence au mimétisme de cet animal, dont un vivait en liberté dans l'atelier de Louis Guingot. La tenue du sous-officier Louis Guingot qui servit de test est exposée au musée de la grande guerre de Péronne (Somme). Le Guinness World Records a reconnu la date du comme date de première utilisation du camouflage moderne.. Les camoufleurs ont la charge de dissimuler aux regards de l'ennemi les pièces d'artillerie, mais également les voies de communication comme les voies ferrées. Ils parviennent même, en cassant les lignes réelles des engins, à dissimuler des trains en marcheAurélien Prévot, Les chemins de fer français dans la Première Guerre mondiale, Auray, LR Presse, 2014, . Des arbres de camouflages sont également créés pour dissimuler les postes d'observation.
En 1918, la section désormais organisée de manière industrielle comptait et employait (principalement des travailleurs Annamites) et dans la fabrique de camouflage supervisée par le capitaine Lucien-Victor Guirand de Scévola.
C'est durant la grande guerre que les armées étrangères utilisèrent le mot français camouflage qui n'existait pas dans leurs langues.
Seconde Guerre mondiale vignette|droite|upright=1|Ravitaillement en munitions d'un char Panzer V camouflé sous une fausse maison en Italie, lors de la bataille de Monte Cassino (avril 1944 selon la légende de cette photo d'archive allemande).
Le camouflage individuel par les vêtements fut très utilisé et amélioré durant le second conflit mondial, lors duquel on l'employa sur les tenues et vêtements portés par les troupes de certains pays, les avions, les chars, ainsi que les navires de guerre.
Chaque pays belligérant adopta des types de camouflages permettant de différencier les troupes amies des troupes ennemies.
Chaque saison de l'année imposait d'utiliser un camouflage adapté au milieu. Pour l'hiver par exemple, des tenues blanches tachetées ont fait leur apparition. Pour les combats urbains, comme pendant la bataille de Stalingrad, on utilisa des tenues qui faisaient apparaître un décor de briques, tenues qui furent utilisées principalement par l'armée soviétique.
Des techniques de trompe-l'œil furent utilisées sur le mur de l'Atlantique, des peintres dessinèrent de fausses fenêtres et des façades pour dissimuler des blockhaus et les faire passer pour des immeubles d'habitation.
Il a été estimé à l'époque qu'un camouflage améliorait de 15 % les chances de survie d'un fantassin. Ainsi, Soviétiques et forces de l'Axe, dont Allemands et Japonais réintroduiront l'usage des premières ghillie suits ou de simples combinaisons camouflées, quand il ne s'agissait pas de carapaces de végétaux, pour leurs snipers.
De nos jours vignette|droite|upright=1|Guide touristique démontrant l'étroitesse des tunnels utilisés par les vietcongs pour se cacher pendant la guerre du Vietnam.
Les moyens de détections modernes (vision infrarouge, radar, détection acoustique) ont rendu le camouflage moins opérant mais son utilisation reste préconisée. Les armées et industriels développent en réaction à ces progrès de nouveaux moyens de camouflage comme de nouveaux types de filet, qui en plus d'être bariolés diminuent le rayonnement thermique de l'objet couvert (le rendant ainsi moins visible aux moyens de vision en infrarouge).
Les grandes familles de camouflage Camouflage à forme brisée Héritier du camouflage des casques allemands et des tenues des camoufleurs français, il est composé de deux, trois ou quatre couleurs. Ce sont de grandes taches ou coups de pinceaux qui sont appliqués sur un tissu déjà coloré.
Ce motif a pour avantage de casser les formes. Très efficace de loin ou contre les reconnaissances aériennes, il a pour défaut d'augmenter le contraste et d'être inefficace à courte distance.
+ Les plus connus Type Détail Galerie Camouflage CE Camouflage français des zones tempérées. Il a été remplacé dans l'armée française, à partir de 2024, par le bariolage multi-environnement.Il existe aussi une version pour les zones désertiques appelée Camouflage Daguet. sans_cadre M81 woodland Adopté en 1981, il est jusqu'en 2004 le camouflage de base de l'armée américaine. sans_cadreCamouflage DaguetCamouflage français pour le désert.sans_cadre DBDU Souvent appelé ou en raison de sa ressemblance à la pâte à biscuits aux pépites de chocolatUn des rares motifs de camouflage à six couleurs, utilisé par l'armée US lors de la guerre du Golfe.Il en deviendra l'un des symboles. 180px DPM Disruptive Pattern Material,Ancien camouflage britannique centre-Europe maintenant remplacé par le MTP. 180px
Flecktarn et camouflage numérique Flecktarn vignette|droite|upright=1|Waffen-SS faits prisonniers à Arnhem le 18 septembre 1944 portant le camouflage Erbsenmuster.
En 1937, les Waffen-SS décidèrent, sous l'impulsion d'Heinrich Himmler, de renouer avec le culte du « chasseur/soldat » et de développer un camouflage qui les rapprocherait de la forêt en les distinguant de l'armée régulière. C'est ainsi que Brandt and Schick's développe en un motif qui rompt avec la technique de brisure. Ce motif est appelé « motif d'arbre », il est composé de petites taches et de formes rappelant les feuilles. Testé sur le champ de bataille, il fut un succès, réduisant de 15 % les engagements adverses. Il fut amélioré, pour obtenir en 1944 le camouflage de type Erbsenmuster ou « petit pois », seulement composé d'un assemblage quinticolore de petites taches rappelant le pelage des félins.
Les Américains s'inspirèrent de ce type de camouflage mais ne l'utilisèrent principalement que sur le front Pacifique même si certaines rares unités en furent dotées en (dont des unités pathfinders parachutistes aux treillis zébrés noir).
Durant la guerre froide, l'armée de l'Allemagne de l'Ouest continua d'exploiter ce type de camouflage « petit pois » ou « léopard ».
C'est en 1990 que l'armée allemande reconstituée utilise le camouflage de type flecktarn, décliné également en version désert Wüstentarn.
Camouflage numérique Ce type de camouflage à pois intéressa les forces armées des États-Unis et de nombreux tests durant les années 1970 s'orientèrent vers des versions à forme carrée ou rectangulaire Dual Texture - U.S. Army digital camouflage - United Dynamics Corp..
C'est seulement dans les années 2000 que l'armée canadienne mit au point le premier « camouflage numérique » ou « camouflage pixelisé », le DCamC (Dessin de camouflage canadien)http://www.army.forces.gc.ca/land-terre/equipment-equipement/item-fra.asp?product=108 DCamC (RBT), assisté par informatique, ce camouflage utilise des synthèses d'images satellite ; il reprend l'idée des points des Waffen-SS. Il est officiellement en service en 2001 et est décliné en versions aride « DCamC régions arides (RA) » et arctiqueDCamC (régions arides)..
L'armée américaine n'est pas en reste et chaque corps développe son propre camouflage numérique : l'US Marine Corps adopte le MARPAT (), camouflage pixelisé multicolore, comme son homologue canadien ; l'US Army l (UCP) alias ARPAT (), camouflage bicolore adapté à tous les types de terrain ; l'US Air Force l (ABU) ; l'US Navy le (NWUs).