Gustave Caillebotte, né le à Paris et mort le à Gennevilliers, est un peintre français, collectionneur, mécène et organisateur des expositions impressionnistes de 1877, 1879, 1880 et 1882.
Il lègue sa collection de peintures impressionnistes, réalistes et de dessins à l'État. Passionné de nautisme, membre du Cercle de la voile de Paris, dont le siège est à Argenteuil, Caillebotte est aussi un architecte naval et un régatier qui a marqué son époque.
Biographie Gustave Caillebotte naît le au 160 rue du Faubourg-Saint-Denis à Paris dans une famille d'extraction bourgeoise. Il est issu du troisième mariage de son père Martial Caillebotte (-), deux fois veuf, avec Céleste Daufresne (-), fille d'un avocat de Lisieux et petite-fille de notaire..
Deux autres enfants naissent : René (1851-1876), et Martial en 1853. Né d’un précédent mariage, leur demi-frère Alfred Caillebotte (1834-1896) est ordonné prêtre en 1858. La famille Caillebotte, originaire de la Manche puis installée à Domfront La dynastie Caillebotte., fait commerce de drap depuis le . Grâce à Martial Caillebotte, établi à Paris au début des années 1830, elle fait fortune dans la vente de draps aux armées de Napoléon III. La boutique nommée Le Lit militaire était située au 152 de la rue du Faubourg-Saint-Denis.
En 1857, Gustave Caillebotte entre au lycée Louis-le-Grand de Vanves. Il obtient en , le « diplôme de bachelier en droit ». Après obtention de sa licence en droit le , Caillebotte, âgé de 22 ans, est mobilisé vingt jours plus tard dans la garde nationale mobile de la Seine et participe à la défense de Paris pendant la guerre franco-prussienne.. Son livret militaire précise qu'il mesure . Il est démobilisé le . Cette guerre permet au père de Caillebotte d'augmenter considérablement sa fortune en tant que principal fournisseur de couvertures de l'armée française..
Formation Caillebotte entre dans l'atelier du peintre académique réputé Léon Bonnat en 1871, où il fait la connaissance de Jean Béraud, pour préparer les concours des beaux-arts. En 1872, il effectue un voyage à Naples et y retournera en 1875 chez son ami le peintre Giuseppe De NittisCaillebotte sera le parrain de son fils Jacques, né le 19 juillet 1872 à Resina. Cf .. Ce dernier l'avait introduit auprès d'Edgar Degas. En , Caillebotte est reçu quarante-sixième au concours des beaux-arts, mais il n'y reste qu'un an. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de Marcellin Desboutin, d'Henri Rouart et de Claude Monet, qui habite alors à Argenteuil.
La mort de son père, le , laisse deux millions de francs en héritage à partager entre sa veuve, en troisièmes noces, et ses quatre enfants. Martial Caillebotte lègue en plus plusieurs immeubles de rapport à Paris, des fermesDont une ferme de à Champfleury, près de Meaux, qui rapporte de solides revenus., des obligations et surtout des titres de rente sur l'État.
Son demi-frère, l'abbé Caillebotte (1834-1896, curé de la nouvelle église Saint-Georges de la Villette, puis de Notre-Dame-de-Lorette) avec cinquante mille livres de rentes, est considéré comme « le curé le plus riche de Paris, ce qui lui perm[e]t d’en être aussi le plus généreux », en construction et entretien d'œuvres et d'édifices.
vignette|gauche|Le Parc de la propriété d'Yerres (1875), coll. part.
Sa mère, Céleste Caillebotte, née Daufresne, conserve la propriété d'Yerres, onze hectares agrémentés d'un parc paysager, que son père avait acquise en 1860. Caillebotte avait alors douze ans. Jusqu'à la mort de sa mère, lui et ses frères y passent leurs étés à faire du bateau, à chasser et à jouer au billard. Caillebotte y peint dès 1872 de nombreuses vues de la région comme Saules au bord de l'Yerres. Jusqu'à sa vente en 1879, il y réalisera environ ..
vignette|Portrait de Jean Daurelle, 1885 Musée d'Orsay
Jean Baptiste Mathieu Daurelle (1839-1893), gardien et intendant de la propriété, reçoit en cadeau le tableau Le Parc de la propriété probablement par l'artiste lui-même. Caillebotte s'y est représenté avec un chapeau de paille. La jeune fille Zoë Caillebotte, née en 1868 est la fille cadette de l'oncle Charles, et est un sujet de prédilection pour l'artiste entre 1877 et 1878.. On la retrouve dans Les Orangers. Il réalise également un portrait de Camille Daurelle dans le Parc conservé au Musée d'Orsay.
L'héritage considérable permet à Gustave Caillebotte de vivre à l'abri de toute contingence matérielle et de se consacrer pleinement à ses nombreuses passions, notamment la peinture.
Le refus du Salon vignette|Les Raboteurs de parquet (1875), Paris, musée d'Orsay. En , son tableau Les Raboteurs de parquet est présenté au Salon. Contrairement à Courbet ou Millet, Caillebotte, bourgeois aisé, n'introduit aucun discours social, moralisateur ou politique dans son œuvre. L'étude documentaire (gestes, outils, accessoires) le place parmi les réalistes les plus chevronnés. Malgré sa formation académique, loin de s'enfermer dans ce type d'exercice, il en exploite la rigueur afin d'explorer l'univers contemporain de manière inédite. Pourtant, la formation de Caillebotte semble si courte au critique Émile Porcheron qu’il l’accuse de « martyriser la perspective »..
Présenté au Salon de 1875, le tableau est refusé par le Jury, le sujet heurtant par son extrême quotidien — c'est aujourd'hui l'une de ses œuvres les plus célèbres présentées au musée d'Orsay. Éric Darragon note que « cet échec a dû heurter les convictions de l'artiste et le confirmer dans une opinion déjà acquise à la cause d'un réalisme indépendant. Il va devenir un intransigeant lui aussi et ne reviendra plus devant les jurés »Éric Darragon, Caillebotte, Paris, Flammarion, 1994...
Marqué par le refus du Salon de 1875, il passe l'automne à Naples chez Giuseppe et Léontine De Nittis où les deux amis, malgré le mauvais temps, peignent sur le motifLettre de Léontine De Nittis, née Gruvelle, au graveur Jules Jacquemart, Pompéi, 15 octobre 1875, Paris, Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet..
Liens avec les impressionnistes Ce serait cet échec face au jury du Salon qui l'aurait poussé à exposer aux côtés des impressionnistes.
vignette|Jeune homme à la fenêtre, 1876Getty Center. Il présente des toiles à la Deuxième exposition des impressionnistes en 1876, chez Durand-Ruel, alors qu'il n'a que vingt-sept ans : Raboteurs de parquet (les deux versions) ; Jeune Homme jouant du piano ; Jeune Homme à la fenêtre. ; Le Déjeuner; Jardin (deux tableaux) et Après déjeuner.
Cette exposition a incité le critique et romancier Edmond Duranty à écrire son essai historique, La nouvelle peinture, qui préconisait fortement la représentation réaliste de la vie urbaine moderne. Bien qu'il ne nomme aucun artiste, il est clair que le travail de Caillebotte était parmi ses principaux modèles..
Il rend possible la troisième exposition impressionniste en 1877 grâce à une coordination, un financement et une publicité minutieuse de l'événement. Il y présente des grandes toiles urbaines comme Rue de Paris, temps de pluie (Chicago, The Art Institute), Le Pont de l'Europe (Genève, Association des Amis du Petit Palais) ou Peintres en bâtiments (coll. part.). Anne-Birgitte Fonsmark écrit : « Parmi les impressionnistes, Caillebotte va devenir l'interprète le plus intransigeant de la ville transformée. Il va jusqu'au bout de son choix, laissant sans hésiter son regard se porter vers le lointain point de fuite des boulevards entaillés sans remords », Anne-Brigitte Fonsmark, Gustave Caillebotte, cat. exh., Kunsthalle Bremen, 2008, , cité in ..
Selon l'artiste Eugène Murer, qui le rencontre en , Caillebotte était « tout enflammé à l'idée d'une nouvelle exposition car sa visite à l'Exposition universelle l'avait convaincu que la nôtre ne pouvait que profiter de la comparaison » (cité in M. Marrinan, Gustave Caillebotte : Peindre le Paris du naturalisme, 1872-1887, Los Angeles, 2016, p. 179). Cependant, malgré son enthousiasme et ses efforts pour monter un spectacle parallèlement à l'Exposition universelle, les contraintes de temps et la réalité de la politique collégiale ont inévitablement retardé la grande vision de l'artiste. La quatrième exposition impressionniste a finalement été reportée à l'année suivante, laissant plus de temps aux artistes participants - dont Degas, en tant qu'artiste le plus ancien et le plus vénéré du groupe - pour créer et contribuer de nouvelles œuvres.
En 1879, il présente à la quatrième exposition impressionniste plus de vingt-cinq œuvres. Cet envoi massif donne la mesure de son enthousiasme. Ses vues de toits, au contraire des scènes de canotiers et des portraits exposés également en 1879, suscitent alors peu de commentaires. Elles constituent pourtant un maillon important dans la série des représentations urbaines pour lesquelles il est tant apprécié de nos jours. Il expose huit portraits dont le Portrait de l'artiste au chevalet.
La Leçon de piano devait revêtir une importance particulière pour Monet, qui l’a reçue en cadeau et l’a conservée près de lui toute sa vie.. On peut y voir également Les Orangers, dont même les aspects impressionnistes ne rendent pas compte de l'esthétique inspirée par la photographie, les estampes japonaises et les boulevards nouvellement construits du baron Haussmann. On peut y voir le frère de Caillebotte, Martial, et leur jeune cousine Zoé, tous deux élégamment vêtus, se détendre dans le jardin de la villa familiale à Yerres.
Non seulement il expose avec les impressionnistes, encore en 1880 et 1882, mais il achète certaines de leurs toiles et continue à financer et organiser des expositions.
Vie en famille vignette|31, boulevard Haussmann : l'appartement des frères Caillebotte se trouve au troisième étage, balcon en rond à l'angle de la rue Gluck, derrière l'Opéra (l'immeuble abrite aujourd'hui le siège de la Société générale). Il habite avec son frère Martial Caillebotte d'abord l'hôtel particulier familial, à l’angle de la rue de Miromesnil et de la rue de Lisbonne, construit par leur père en 1866, puis un appartement au 31 boulevard Haussmann, derrière l'Opéra, de 1878 à 1887. Les deux frères partagent les mêmes passions (jardinage et horticulture, philatélie ou yachting) et le même cercle d'amis jusqu'en 1887, année du mariage de Martial.
Le décès inattendu de son frère René, à l'automne, conduit Caillebotte, déjà persuadé, comme le note Marie-Josèphe de Balanda, qu'« on meurt jeune dans notre famille »Cité par Marie-Josèphe de Balanda, Gustave Caillebotte : la vie, la technique, l’œuvre peint, Lausanne, éditions Edita, 1988. ., à rédiger son premier testament, chez maître Albert Courtier, notaire à Meaux, le .
À l'automne 1878, la mère de Gustave Caillebotte meurt. La propriété familiale d'Yerres est vendue en . Les frères Caillebotte s'installent boulevard Haussmann et achètent, en , une propriété au Petit Gennevilliers où ils font construire juste au bord de la Seine une maison en meulière de deux étages, puis une petite maison à un étage avec un atelier pour Gustave, un hangar à bateaux et une longue serre (en 1888). En 1881, Gustave Caillebotte renonce à exposer à la sixième exposition impressionniste, celle-ci ayant invité des peintres trop éloignés de l'esprit des débuts selon lui.
vignette|gauche|La Femme à la rose, 1884Collection privée, Vente 2012