L'expression de « contre-choc pétrolier » désigne une chute brutale des prix du pétrole dans le monde, à partir de 1982, causant la crise de la dette des pays en voie de développement de 1982, et qui s'aggrave fortement sur la période 1985-1986 sous la forme d'une guerre commerciale entre pays producteurs, qui n'ont pas tous les mêmes coûts de production, les mêmes réserves et les mêmes contraintes de financement.
Après l'envolée du prix du baril des chocs pétroliers de 1973 et 1979, de nouveaux pays producteurs comme l'Angleterre, le Mexique et l'Union soviétique en profitent pour développer leurs puits, ce qui provoque une surproduction de pétrole dans le contexte d'une crise économique causée dans les pays consommateurs par le coûts du deuxième choc pétrolier.
Au début des années 1980, une baisse brutale du prix du brut, qualifiée de « contre-choc pétrolier », voit au contraire le prix du baril de pétrole chuter puis descendre jusqu'à un minimum de 10 dollars en 1986, en raison d'un accord politique entre les États-Unis et l'Arabie saoudite visant à augmenter la production de pétrole.
L'expression a parfois été utilisée pour d'autres chocs pétroliers, ultérieurs et de moindre importance, mais sans que ce recours fasse l'unanimité. Objectifs
Le contre-choc pétrolier est d'abord provoqué en vue de satisfaire les besoins occidentaux en énergie et confirmer la baisse de l'inflation, afin de faire baisser aussi les taux d'intérêts réels et leurs anticipations. D'autres considérations géopolitiques dominent aussi, notamment celle d'une "guerre des prix" car la chute du pétrole sape les revenus de l'Union soviétique, grande exportatrice de pétrole, l'empêchant d'entretenir les pays satellites du bloc communiste, ce qui satisfait les Américains, mais elle affaiblit aussi les nouveaux producteurs africains (Angola et Algérie), asiatiques (Indonésie), européens (Angleterre et Norvège) ou encore sud-américains (Mexique et Vénézuela), qui ont globalement tous des coûts de production plus élevés et des réserves moindres que leurs rivaux plus solides et moins endettés, les grands pays producteurs du golfe Persique.
Déroulement Le contexte créé par le deuxième choc pétrolier Les prémices ou le début du deuxième « choc pétrolier » peuvent être fixé au , selon une synthèse de l'Université de Sherbrooke, car ce jour-là, 13 pays membres de l'OPEP exigent une augmentation de 9% du prix du brut qu'ils qualifient de « modeste et modérée », au , en accusant les compagnies pétrolières de récolter des surplus imprévus et injustifiés. Un mois auparavant, l'Iran vu sa production baisser et supplantée par d'autres après le retour d'exil de l'ayatollah Khomeiny consécutif au renversement du chah Mohammad Reza Pahlavi. De plus, trois de ces treize pays réunis le , l'Algérie, la Libye et le Nigeria annoncent qu'ils imposent aux pays consommateurs un supplément de prix compensatoire de 4 dollars par baril. Le contexte créé par le deuxième choc pétrolier est un environnement géopolitique particulièrement tendu, aggravé par l'occupation de l'ambassade des États-Unis à Téhéran, qui démarre en novembre.
a depuis quelques mois pris la direction opposée, souligne Le Nouvel ObservateurArticle dans Le Nouvel Observateur du 14 mai 1979, synthèse de l'Université de Sherbrooke tandis que la semaine d'après Newsweek observe Newsweek du 21 mai 1979, synthèse de l'Université de Sherbrooke que les pays de l'OPEP s'inquiètent de voir concurrencées leurs réserves par celles du Mexique ou en Alaska de Prudhoe Bay, et veulent décourager cette concurrence .
Le président américain Jimmy Carter et ses invités des accords de Camp David, signés le , par le président égyptien Anouar el-Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin doivent faire avec un monde du pétrole où il est possible rapidement de passer de l'excédent à la pénurie, souligne deux mois après un grand quotidien du Québec, au CanadaThe Montreal Star du 10 juillet 1979, synthèse de l'Université de Sherbrooke . S'y ajoute , alors en guerre"La vérité (économique) sur le prix du pétrole", par Christian Stoffaes, dans la revue Politique étrangère en 1982 auparavant respectivement les deuxième et troisième exportateurs mondiaux de brut.
Le marché culmine en 1980, les autres offres montent En 1980, le prix du baril atteint 40 dollars, niveau record, avec des experts qui évoquent , mais au bénéfice de pays occidentaux, qui , en plusieurs endroits (Mexique, Alaska, mer du Nord, etc.)"Début du deuxième « choc pétrolier »", Perspective Monde, synthèse de l'Université de Sherbrooke. Avec la hausse des prix du pétrole depuis 1973, l’extraction en eaux profondes devient pour la société d’État mexicaine Pemex enfin rentable"La crise de la dette mexicaine (1982)" Major Prépa. Académique;. ESH mais au prix d'emprunts souscrits avec des taux d'intérêt rendus très élevés par l'inflation causée par le premier choc pétrolier: et entre 1970 et 1982, sa dette à long terme est plus généralement passée de 6 à 86 milliards de dollars. En 1970, l'OPEP assurait 50% de la production mondiale de pétrole, en 1979 c'était encore 47 %, mais deux ans après, en 1981, c'était plus que 38%. Au début de l'année 1982 ses exportations , contre 31,6 au plus haut de 1979.
Les énergéticiens, pour leur part, recourent aussi de plus en plus aux : la France a lancé son programme de construction de centrales nucléaires en 1974, le Japon aussi . Ces autres énergies se . Plusieurs pays se sont tournés vers le gaz naturel, qui va représenter cinq décennies plus tard 20 % de la consommation finale d’énergie mondiale, contre 8 % lors du premier choc pétrolier.
La demande chute
L' OPEP a peu pris en compte la baisse d'un quart en trois ans la demande mondiale de pétrole causée de l'économie mondiale et : moins 8 % entre 1982 et 1981, qui vient s'ajouter au recul de 6 % de la demande pétrolière de 1981 par rapport à celle de 1980 et même de 12% par rapport à celle de 1979.
A elles seules dès le début de 1982, en raison de la récession du début des années 1980 aux États-Unis, alors que leur gonflement plus d'une décennie plus tôt fut à l'origine des chocs pétroliers.
La demande pour les stocks s'est elle inversée, car les compagnies pétrolières, intermédiaires et utilisateurs finaux avaient avant de pratiquer en 1982 un qui provoque leur déstockage massif au cours du premier semestre 1982, estimé au total à 2 à 4 millions de barils par jour, contre moins de 1 million de barils par jour en 1981.
Le niveau des stocks d l'industrie et du commerce mesuré en nombre de jours de consommation avait atteint son niveau record en 1982 à 97 jours, une vingtaine de jours de plus que 4 ans avant"La baisse du prix du pétrole : Quelles perspectives pour l'OPEP et quelles retombées pour le Tiers Monde ?" par Jacques Adda, chargé d'études au département des diagnostics de l'OFCE, en juillet 1986 . Les autres facteurs de baisse des prix Au Royaume-Uni, Margaret Thatcher a utilisé une forte remontée des taux d’intérêt et réussi à diviser le taux d’inflation par deux, le ramenant au-dessous de 5 % en 1983Selon Sarwat Jahan et Chris Papageorgiou, économistes au Fonds monétaire international, dans une note sur le sujet, de mars 2014 . Aux USA dès le début des années 1980, les théories monétaristes d’inspiration néolibérale, portées par l’économiste Milton Friedman « insistent sur l’importance de contrôler la quantité de monnaie en circulation pour limiter l’inflation »Selon Aurélien Goutsmedt, historien de l’économie à l’université catholique de Louvain (Belgique) .
La chute des cours de janvier à avril 1982 Dès fin 1981, les prix seront orientés à la baisse . Ensuite, les prix au comptent ont chuté . Dès cette année 1982, , même si l'Arabie Saoudite est encore dans une posture de ponctuellement pour tenter d'enrayer cette baisse, et si l'OPEP a , mais sans grand succès. L'opération tentée en a échoué car l'Iran n'a tandis que tous les pays membres de l'OPEP ont .
Les pays membres de l'OPEP ont accepté à nouveau d', en se basant sur le constat qu'entre 500 et 600 millions de tep sont en excédent sur le marché mondial.
Autre événements de 1982 Cette chute des cours déclenche l'alerte chez les pays producteurs, comme le Mexique où les banques ont mal géré l'afflus de dollars de 1979. Et au cours du printemps et des mois d'été, le ministère des Finances et le gouverneur de la banque centrale vont fréquemment en discuter à Washington, tandis que le , le gouvernement mexicain annonce qu’il ne pourra pas, en l’état, faire face à ses obligations financières, première étape de la crise de la dette des pays en voie de développement, une crise bancaire mondiale de l'endettement, qui ne sera résolue qu'en 1989 avec le plan BradyArticle dans Le Monde par Jacques-Marie Vaslin, maître de conférences à l'IAE d'Amiens . La baisse du cours du pétrole de 1982 a été son détonateur.
Plus généralement, le contre-choc pétrolier déclenche la crise de la dette des pays en voie de développement.
Une forte décélération de l'inflation s'est produite dans la zone OCDE, où en moyenne elle est passée de 13% en 1980 à 10,5% en 1981 et 8% en 1982, avec des rythmes très inférieurs dans plusieurs grands pays: aux États-Unis (4 % en rythme annuel à la fin 1982); au Japon (2 %); en RFA (4,5 %); au Royaume-Uni (5,4 %)Notes de l'INSEE "Fin 1982 Contre-choc pétrolier", page 2. Une reprise soutenue était en particulier attendue à la fin de 1982 aux USA mais ne s'était pas produite, en raison d'une forte réduction des exportations au troisième trimestre et d'un gros destockage au quatrième. En Allemagne, la production industrielle se maintient au troisième trimestre, ne baissant plus, à la différence de ce qui se passe aux USANotes de l'INSEE "Fin 1982 Contre-choc pétrolier", page 4.
Ce premier contre-choc implique pour certains pays exportateurs de pétrole d'être confrontés à des problèmes financiers plus aigus (Mexique, Nigéria, Vénézuéla, Indonésie)Notes de l'INSEE "Fin 1982 Contre-choc pétrolier", page 5. La décrue des taux d'intérêt tant nominaux que réels depuis la mi-1982 est importante aussi bien aux USA qu'en RFA, aux Pays-Bas, en Suisse et dans une moindre mesure au Royaume-Uni et au Japon. Mais il ne permet pas d'atténuer les tensions au sein du SME, relancé en 1979 en Europe. Le gouverneur de la Banque d'Angleterre déclare ainsi ne pas envisager que le sterling réintègre le SME dans un avenir proche, afin d'éviter d'aggraver les tensions au sein du SME, car cette monnaie a tendance à réagir aux chocs extérieurs dans une direction opposée à celle des monnaies continentales, notamment pour les chocs liés au marché du pétrole"Le Système monétaire européen après cinq ans", par Raymond Barre, dans la revue Politique étrangère en 1984 .
Événements de 1983 Le , cinq jours après la large victoire d'Helmut Kohl lors des législatives en Allemagne et l'avant-veille du second tour des élections municipales en France, deux événements qui ont déclenché des prises de positions spéculatives sur le marché des changesNotes de l'INSEE "Fin 1982 Contre-choc pétrolier", page 19, les treize membres de l'OPEP seraient parvenus à un accord, censé avoir des "effets bénéfiques pour l'économie mondiale", concernant une baisse de 5 dollars par baril du prix de référence du pétrole, soit environ 15%, dans une période où le coût de l'énergie représente encore à lui seul près de 75 % du prix de revient des matières premières industrielles"La baisse des prix sur le marché pétrolier favorisera la reprise" par François Renard dans Le Monde du 12 mars 1983 . Le pays le plus favorisé est le Japon, qui consomme environ 200 millions de tonnes de produits pétroliers, la décision de l'OPEP devant lui rapporter environ 6 milliards de dollars, alors que son excédent commercial tourne autour d'une vingtaine de milliards de dollars par an.