Louis-Joseph-Narcisse Marchand, né à Paris le , mort à Trouville-sur-Mer le , est le premier valet de chambre et exécuteur testamentaire de Napoléon Bonaparte.
Biographie Naissance Issu d'une famille originaire de l'Île-de-France et de l'Oise, il voit le jour à Paris le et est baptisé le même jour paroisse Saint-Sulpice. Il est le fils de Charles-Joseph Marchand, bourgeois, et de Marie-Marguerite Broquet. En , sa mère devient fille de garde-robe de l’impératrice Marie-Louise, puis la première des trois berceuses du roi de Rome, que l'enfant surnommera Chan Chan. Sa sœur, Henriette Marchand, deviendra également fille de garde-robe de la nouvelle impératrice, sous les ordres de la comtesse de Montesquiou.
Maison impériale (1811-1814) Grâce à l'appui de sa mère et principalement du comte de Montesquiou, il est l'un des douze choisis en pour rentrer au service de la Maison impériale comme huissiers ou, autrement dit, garçons d’appartement. L'année de son arrivée, il suit l'entourage de Napoléon lors d'un voyage en HollandeLouis Bonaparte, roi de Hollande, venait d'abdiquer suite aux désaccords avec son frère. et on apprécie rapidement son intelligence et son dévouement.
En , année de ses 20 ans, Marchand devant normalement répondre à la conscription, la comtesse de Montesquiou sollicite de l'Empereur francs de sa cassette pour qu'il s'achète un remplaçant. Il suit le couple impérial à Dresde et l'Impératrice à Prague, partie seule retrouver sa famille. Marchand relate dans ses mémoires que le comte de Neipperg n'hésite pas à fréquenter le salon de service et lui adresse parfois la parole. Il retourne en France à la suite de Marie-Louise. Servant l'Impératrice à Saint-Cloud, il accompagne de loin les nouvelles de la désastreuse campagne de Russie.
Il sera, jusqu'en , un observateur attentif du service réservé aux huissiers, en opposition au service intérieur sous la responsabilité de Constant, premier valet de chambre.
Exil à l'île d'Elbe (1814-1815)
C'est à Fontainebleau, en que les premières défections du personnel de service se font sentir : Roustam, Yvan mais surtout Constant ont quitté l'entourage de Napoléon, et ils ne reparaitront plus. Hubert et Pélard, seconds valets de chambre prennent sa place et iront à l'île d'Elbe. Marchand et Charvet, conservateur de la garde-robe, qu'il nomme Gervais dans ses mémoires, sont chargés de récupérer les effets personnels de l'Empereur à Paris. Ce sera l'occasion de faire ses adieux à sa mère et à la comtesse de Montesquiou qui allaient suivre l'Impératrice. Les deux rejoignent l'île d'Elbe le et Marchand rend compte de sa mission à l'empereur Napoléon.
Dès son arrivée, les deux valets de chambre Pélard obtiendra une conciergerie de château, Hubert reconnu pour son éducation, son esprit et son talent se montrera aussi un très bon dessinateur. Il reprendra du service durant les Cent-Jours. qui avaient pris la place de Constant quittent l'île, Hubert devant retourner auprès de sa femme mourante. A cette occasion Bertrand choisit Marchand pour remplacer définitivement Constant. Napoléon ne le connaissant pas particulièrement l'interroge. Marchand cite sa mère ainsi que la comtesse de Montesquiou, puis il lui parle des francs donnés lors de la conscription ; surpris, Napoléon lui dit : , puis : A partir de ce moment Napoléon déclare Quand Napoléon veut laisser quelque argent à Marie Walewska, venue le voir dix jours, c'est à lui qu'il s'adresse. Ayant, ce jour là, laissé la cassette chez lui, c'est son ami Saint-Denis qui lui avancera les deux ou trois mille francs.
Les débuts sont difficiles. Dans ses mémoires il raconte avoir demandé à un garçon de garde-robe de préparer un thé qu'il devait servir à Napoléon ; lorsque ce dernier lui demande il jette alors la tasse contre le mur en disant : Marchand n'oubliera pas ; il apprendra rapidement à connaitre les manies et les injustices de l'Empereur. Saint-Denis rapporte qu'un jour, par impatience et pour un motif futile, il s'irrite contre Marchand : La scène termine comme celles du même genre : soit, d'une part comme de l'autre, il y a quelques heures de bouderie, après quoi, l'Empereur revient à sa bonne humeur, et tous continuent leur service comme si de rien n'était. Marchand découvre l'homme dans son intimité. Il rapporte qu'il lui dit le matin ou qu'il chantonne en robe de chambre.
Bien qu'apprécié, il reste malgré tout un valet de chambre et Napoléon sachant très bien séparer les choses, il ne sera mis dans la confidence du départ pour ce qui sera connu comme les Cent-Jours que la veille au soir. Lui demandant de garder le secret jusqu'au lendemain midi, Napoléon le charge de préparer ses affaires pour le départ. Marchand y passe la nuit. Au matin du Napoléon, pressé, utilise les compétences de Marchand pour lui dicter, pour la première fois, une lettre urgente à Bertrand. Il n'a même pas le temps de saisir les mots dictés ; Napoléon s'étant éclipsé, il transmettra oralement le message. Plus tard, il embarque avec L'Empereur.
Période des Cent-Jours (1815)
Sur la route, depuis le débarquement jusqu'à Paris, Marchand dort sur un matelas barrant la porte de la chambre de l'Empereur. Arrivé aux Tuileries, il ne le voit parfois que le matin et le soir, les occupations de Napoléon lui laissant du temps libre pour visiter des amis. Il a maintenant un coupé et un cocher à sa disposition, ses appointements montent à 8000 francs. Généralement discret sur les affaires sentimentales de l'Empereur, il relate cependant dans ses mémoires les visites particulières de W...Marie Walewska., P...Françoise-Marie-Émilie Le Roy, épouse Pellapra. et Bellini. Il essaye de présenter à Napoléon une supplique de Roustam pour réintégrer le service, à laquelle il a été répondu .
Il est souvent le témoin, muet et effacé, des évènements et des rencontres familiales, politiques ou militaires qui vont mener Napoléon jusqu'à Waterloo.
Il n'arrive au quartier général que tard le soir qui précède la bataille de Waterloo, sa voiture ayant versé dans un torrent. Il n'oubliera jamais le terrible spectacle du champ de bataille de Ligny entrevu durant son trajet.
Au moment de la déroute finale, la voiture transportant les effets de Napoléon se trouve bloquée et il sauve les francs en billets de banque qui s'y trouvaient. Il reste plusieurs jours sans nouvelles de l'Empereur qu'il ne retrouve qu'à Laon.
Après l'abdication, le , il comprend qu'ils devront reprendre la route de l'exil. Errant dans les pièces vides de l'Élysée-Bourbon il a la présence d'esprit de réquisitionner quelques meubles et objets qu'il sait être du goût de Napoléon et il le rejoint à la Malmaison. Des années plus tard, il témoignera que, suivant ses propres instructions, il laisse proche de la table de nuit de Napoléon une petite fiole rouge, donnée par Corvisart, contenant ce qu'il pense être un poison. Plus qu'un simple valet de chambre il devient l'homme de confiance ; l'Empereur part pour Rochefort, Marchand ayant sous sa responsabilité la pourvoyeuse Une grande berline noire. contenant une partie des services en porcelaine et de l'argenterie des Tuileries. Napoléon lui a aussi confié la garde de sa cassette et des bijoux impériaux.
Sainte-Hélène (1815-1821)
thumb|gauche|Napoléon se livrant aux Anglais et embarquant sur un de leurs vaisseaux. Arrivé à Rochefort, avec l'Empereur, le , le duc de Rovigo parvient à négocier francs de traites contre de l'or, qui viennent s'ajouter aux valeurs sonnantes et trébuchantes de la cassette. Marchand confectionne 12 ceintures en daim pour diviser leur trésor. Monté à bord du , commandé par le capitaine Maitland, Marchand dort dans la cabine de l'Empereur et Saint-Denis sur un matelas, devant la porte. Le groupe arrive à Plymouth le . Le , ils apprennent qu'ils embarqueront pour Sainte-Hélène et le que les bagages seront révisés. Marchand fait réunir les valeurs à soustraire aux Anglais qui s'élèvent à 250 000 francs et les répartit en 8 ceintures qui lui seront rendues à l'arrivée. Gourgaud écrit dans son journal . Cette cassette sera, selon les propres mots de Napoléon, et, Marchand prétend qu'en y ajoutant des économies tous les mois, elle s'élèvera à francs à la mort de NapoléonElle fera le fond du premier codicile du Testament..
Northumberland Le , avant d'embarquer sur le , Marchand doit présenter les malles et les bagages au secrétaire de l'amiral Cockburn et à un employé des douanes. Bertrand donne à Marchand l'instruction de ne laisser que francs dans une des caisses à argent. Il ne déclare officiellement à l'employé des douanes que napoléons d'or dont ce dernier s'empare ; Marchand dit et signe le reçu des napoléons ainsi que l'acte de visite de ce qui devait servir . Il dit signer conjointement avec ces messieursPar cette expression ces messieurs, Marchand désignera toujours les officiers supérieurs de l'entourage de Napoléon., ce que Emmanuel de Las Cases et Gourgaud semblent nier. Les napoléons sont remis au gouvernement anglais par l'intermédiaire du Capitaine Maitland. Par une lettre du , écrite de Longwood, Napoléon demandera à ce que ces napoléons soient employés . Ils serviront, entre autres, à rembourser un piano venu d'Angleterre et un phaéton commandé au Cap.
Pour la traversée, sur le , la chambre de Napoléon est celle de droite en entrant dans le salonSaint-Denis, plus précis, dit , sur la dunette. Marchand y monte et amarre le petit lit de fer à la place de celui qui avait été prévu et y ajoute le lavabo en argent de l'Élysée-Bourbon. Il couchera dans la même chambre sur un matelas de bord. Saint-Denis, comme à son habitude couchera en travers de la porte. Napoléon étant un lecteur assidu, Marchand avait eu la prévention d'emporter dans les bagages une bibliothèque portative conçue par Antoine-Alexandre Barbier. Marchand a des talents d'aquarelliste que Napoléon découvrira bientôt. Durant l'escale à l'île de Madère il se fait acheter une boite d'aquarelles pour passer le temps.
Pavillon des Briars Napoléon ayant décidé de loger aux Briars le lendemain de son arrivée à Sainte Hélène, Marchand remonte de la ville le nécessaire et accepte le prêt de quelques chaises, d'un fauteuil et d'une commode. L'endroit étant exigu lui, Saint-Denis et Noverraz dorment sur un matelas dans l'antichambre. Marchand considère comme étant sa mission sacrée que Trouvant que lui et Saint-Denis avaient une belle écriture, les deux sont choisis par l'Empereur pour recopier les dictées corrigées de ces messieurs. Napoléon écrivait très mal et Marchand a souvent du mal à comprendre les corrections, que d'ailleurs parfois Napoléon ne comprend pas non plus et demande de laisser en blanc.
Longwood House