Georges Thierry d'ArgenlieuThierry d'Argenlieu étant son nom de famille complet. (en religion : père Louis de la Trinité O.C.D.), né et mort à Brest ( - ), est un amiral et un prêtre religieux carme français, grand-croix de la Légion d'honneur et médaillé militaire.
Combattant de la France libre, haut-commissaire dans le Pacifique puis haut-commissaire en Indochine, son nom reste associé au déclenchement de la guerre d'Indochine en 1946.
Troisième d'une fratrie de sept enfants, il devient officier de marine à la veille de la Première Guerre mondiale. Il quitte la marine à la fin de la Grande Guerre pour entrer dans les ordres mais la réintègre en 1939. En 1940 il rejoint la France libre à Londres. Blessé lors de l'affaire de Dakar et devenu très proche du général de Gaulle, premier chancelier de l'ordre de la Libération, il est nommé haut-commissaire de la France libre en Nouvelle-Calédonie.
Il progresse très vite dans la hiérarchie de la marine, passant du grade de capitaine de corvette à celui de vice-amiral en moins de cinq ansOn peut comparer cette accélération de carrière à celle du général Leclerc, commandant en 1940 et général de corps d'armée en 1945. et il devient le chef des Forces navales françaises libres en Grande-Bretagne en . Envoyé en Indochine en 1945 comme haut-commissaire et commandant en chef par le général de Gaulle, il reste à son poste lors du déclenchement de la guerre d'Indochine et après le retrait du général en 1946. Rappelé en France début 1947, il quitte à nouveau la marine et retourne au carmel jusqu'à sa mort en 1964.
Biographie Enfance, formation et début de carrière Issu d’une famille d'ancienne bourgeoisie picarde connue depuis le .Charondas, Le cahier noir. établie à Argenlieu, près d’Avrechy, dans l’Oise, Georges Thierry d’Argenlieu est le fils d'un contrôleur général de la Marine, Olivier Thierry d’Argenlieu. Il est le frère du général de brigade Olivier Thierry d'Argenlieu, mort pour la France le , et le neveu du contre-amiral Émile Ternet..
Après des études au collège Stanislas à Paris et au lycée Saint-Charles à Saint-Brieuc, il entre à l'École navale en octobre 1906.
Enseigne de vaisseau de en 1911, il participe à la campagne du Maroc et y reçoit la Légion d'honneur.
Première Guerre mondiale Servant en mer Méditerranée pendant la Première Guerre mondiale, il sert sur le DehorterLe Dehorter, un contre-torpilleur de 800 t type Casque servit de 1912 à 1933., le D'Iberville et lErosL’Eros était un ancien yacht transformé en patrouilleur auxiliaire qui servit de 1915 à 1950.., et demande son admission dans le Tiers-Ordre du carmel lors d'une escale à Malte, en 1915. En , il est promu lieutenant de vaisseau. Il termine la guerre comme commandant du patrouilleur La Tourterelle. Il démissionne après la guerre pour entrer chez les Carmes déchaux en 1919.
Religieux À la fin de la guerre, d'Argenlieu entreprend des études de théologie au collège Saint-Thomas, la future université pontificale Saint-Thomas-d'Aquin () à Rome Site de l'ordre de la Libération, consulté le 27 mai 2014..
Il prend l'habit de religieux carme en tant que Louis de la Trinité au couvent d'Avon en 1920 et prononce ses premiers vœux le . Après quatre années d'études dans les facultés catholiques de Lille, il y est ordonné prêtre en 1925.
La province des Carmes de Paris ayant été restaurée le , il est nommé supérieur provincial de Paris en 1935.
Seconde Guerre mondiale thumb|L'amiral Thierry d'Argenlieu (à droite) avec le brigadier général Alexander Patch, à Nouméa (Nouvelle-Calédonie). En , il est mobilisé dans la Marine comme officier de réserve et rejoint CherbourgCherbourg-Octeville depuis 2000, Cherbourg-en-Cotentin depuis 2016.. Promu capitaine de corvette le , il est fait prisonnier lors de la défense de l'arsenal de Cherbourg le 19 juin, mais il s'évade trois jours plus tard, s'embarque sur le bateau de pêche d'Émile Valmy sur le port de Carteret pour gagner les Îles Anglo-Normandes, il rejoint le général de Gaulle à Londres le 30..
En , il est déchu de sa charge de vicaire provincial des Carmes déchaux, son attitude étant jugée incompatible avec ses devoirs religieux. Le père Philippe de la Trinité lui succède.
Selon de Gaulle, qui l'écrit dans ses Mémoires, d'Argenlieu serait à l'origine de la proposition de la croix de Lorraine comme symbole de la France libreLe général de Gaulle ne retiendra que le nom de Thierry d'Argenlieu dans ses Mémoires. Le texte exact de L'appel de De Gaulle est : (Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, L'appel (1940-1942), chap. « La France Libre », Plon, 1954, , (repris par édit. Pocket, 99), ou Mémoires de guerre tome I L'Appel, par Charles de Gaulle, in édition de La Pléiade, 81.. D'autres sources, dont Thierry d'Argenlieu lui-même, indiquent que le , il participa à une entrevue avec de Gaulle au cours de laquelle le vice-amiral Muselier a proposé la Croix de Lorraine comme symbolefrancelibre.fr, Croix de Lorraine.Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, « Le putsch de Saint-Pierre-et-Miquelon », Éditions CAL, 197, (repris de Librairie Académique Perrin, 1962-1964) : .Ordre de la Libération, Emile Muselier.France Libre, « Les origines des FNFL, par l'amiral Thierry d'Argenlieu », tiré du de la Revue de la France Libre de juin 1950, 17-20.charles-de-gaulle.org, La Seconde Guerre mondiale, « La Croix de Lorraine »..
Avec Félix Éboué et trois autres personnes, il est parmi les tout premiers compagnons décorés de l’ordre de la Libération, le . Il devient le premier chancelier de cet ordre, fonction qu'il occupe de 1941 à 1958.
Nommé chef d'état-major des Forces navales françaises libres en , il participe à l'expédition de Dakar, dirigeant la délégation de parlementaires envoyés auprès des autorités vichystes le 23 septembre. La délégation est très mal accueillie. Elle doit se retirer sous le feu et il est sérieusement blessé. En novembre, il dirige les opérations navales lors de la campagne du Gabon.
Il devient en 1941, membre du Conseil de défense de l'Empire puis du Comité national français. Après une mission politique au Canada en , il est nommé Haut-commissaire de France pour le Pacifique avec les pleins pouvoirs civils et militaires en juillet. À ce titre, il préside au ralliement de Wallis-et-Futuna, réalisé par l'aviso Chevreuil, le lieutenant de vaisseau Fourlinnie et le capitaine Molina., en . Au cours de son séjour en Nouvelle-Calédonie, son autoritarisme cassant lui vaut l'animosité de la population, aggravée par ses divergences de vue avec le gouverneur Henri Sautot, si bien que des troubles graves secouent Nouméa où son autorité est malmenée ; la menace d'une attaque japonaise ramène les protagonistes à la raison.
Revenu à Londres en 1943, il est nommé chef des Forces navales françaises libres en Grande-Bretagne le 19 juillet. Le , c'est sur son torpilleur La Combattante que le général de Gaulle revient en France pour la première fois depuis 1940. Thierry d’Argenlieu accompagne le Général dans la libération, de la Normandie à Paris, où il est à ses côtés le .
Amiral Nord (ayant autorité sur les côtes françaises de la Manche et de l'Atlantique) et chef d'état-major général adjoint, il réorganise la Marine à Paris. Il est nommé vice-amiral en décembre 1944.
Le début de la guerre d'Indochine
Le , le général de Gaulle le nomme Haut-commissaire de France en Indochine avec pour mission de rétablir l'ordre et la souveraineté française dans les territoires de l'Union indochinoise ; et, une fois l'Indochine libérée de l'occupation japonaise et chinoise et les provinces laotiennes et cambodgiennes annexées par le Siam récupérées, de mettre en place une fédération des peuples de la péninsule..
Le , l’amiral d’Argenlieu part pour Saïgon et y arrive le ; il y retrouve le général Leclerc, présent depuis le . Les deux hommes ne s’entendent guère et leur conflit conduit au départ de Leclerc en . Ils n’ont pas la même position sur l’opportunité et la nature des négociations avec Hô Chi Minh..
Au nord du Viêt Nam, s’est constitué un gouvernement provisoire, présidé par Hô Chi Minh et qui a entamé des discussions sérieuses avec un représentant français, Jean Sainteny. Le , un accord (accords Hô-Sainteny) est signé par lequel , accord qui fut qualifié en privé par d’Argenlieu de . Le , Leclerc arrive à Hanoï avec des éléments de sa , accueilli triomphalement par les Français mais défilant dans les rues vides du quartier annamite. Le commentaire précise : .
D’Argenlieu n’accepte pas vraiment les accords Hô-Sainteny du . Ses entretiens avec Hô Chi Minh, le , à bord de l’Émile Bertin, en baie d'Along, en présence de Jean Sainteny et Pignon, ne rapprochent pas les points de vue et sont l’occasion d’un incident violent avec Leclerc. L'amiral Thierry d'Argenlieu gouverneur général de l'Indochine, a aussi la réputation d'être rigide et cassant..
L’amiral d'Argenlieu convoque Raoul Salan et, tremblant de colère, lui demande de . En opposition aux accords du , il proclame une République de Cochinchine le , alors qu’Hô Chi Minh est parti en France accompagné par Raoul Salan.
Thierry d’Argenlieu est promu vice-amiral d'escadre en puis élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur et promu amiral le .
C’est alors qu’intervient le bombardement de Haïphong. Un témoin, le militant communiste Henri Martin, alors jeune marin combattant FFI engagé volontaire pour combattre les Japonais, commente : .
C’est à propos d’un contrôle douanier qu’eut lieu le premier accrochage le .
Des coups de feu furent échangés entre deux patrouilles, une française et une vietnamienne, puis dans la ville pour se transformer en bataille généralisée. La fusillade dégénère et fait . Parmi eux le commandant Carmoin qui s'avançait avec un drapeau blanc vers les Vietnamiens de la jonque.
L'incident de la jonque chinoise est aussitôt exploité par les partisans d'une reconquête de l'ancienne colonie. Leur chef de file est le général Valluy. Un cessez-le-feu intervint assorti d’un ultimatum français, exigeant l’évacuation de la ville par les troupes vietnamiennes.
Henri Martin raconte : .
L'objectif militaire est provisoirement atteint, mais les tentatives de bâtir des structures nouvelles se heurtent à la volonté politique du gouvernement d'Hô Chi Minh.
Le , le Việt Minh attaque par surprise les Français à Hanoï : c'est le début d'une guerre qui va durer huit ans.
Le général Leclerc, revenu en mission le , prend conscience de la gravité de la situation. Il écrit dans son rapport que si l’on ne veut pas connaître une situation comme celle de la guerre d'indépendance espagnole sous ou de l’expédition du Mexique sous , il faut résoudre le problème politiquement et non militairement. Sur ce point il s'oppose directement à l'amiral d'Argenlieu qui, en tant que prêtre religieux carme, estime que .
Après le départ du général de Gaulle du gouvernement, l'amiral d'Argenlieu est maintenu à son poste sous les gouvernements de Félix Gouin, Georges Bidault et Léon Blum. Mais son action est controversée. Il est rappelé en France, et se retire au couvent des Carmes de Brest. Le gouvernement de Paul Ramadier le remplace le par Émile Bollaert, également Compagnon de la Libération, mais décide à l'unanimité de lui décerner la médaille militaire, la plus haute distinction pour un officier général, que Paul Ramadier propose de lui remettre personnellement.. Il la reçoit le , ..
Dernières années thumb|Monument en mémoire de l'amiral d'Argenlieu (T.R.P. Louis de la Trinité), en l'église d'Avrechy (Oise). En 1947, Georges Thierry d'Argenlieu célèbre le mariage du fils du général de Gaulle, Philippe de Gaulle, avec Henriette de Montalembert.
Des ennuis de santé l'obligent à restreindre ses activités à partir de 1955, et il se démet de ses fonctions de chancelier de l'ordre de la Libération en 1958.