Le bassin de Châteaulin forme une vaste dépression, au relief assez accidenté, entre les monts d'Arrée et les montagnes Noires, entre la presqu'île de Crozon (sommet du Ménez Hom) et les plateaux de Bretagne intérieure (région du Huelgoat). La ville éponyme de Châteaulin est située dans la partie occidentale de ce bassin.
Cadre géologique vignette|Carte géologique du Massif armoricain. vignette|Reconstruction moderne de la Pangée (il y a 237 millions d'années). La collision entre la Laurussia et le Gondwana à l'origine de ce supercontinent est le moteur de l'orogène varisque ( sur la carte) dont l'empreinte subsiste notamment à travers l'Europe (dessinant un V dont la pointe serait le Massif central).
Le bassin de Châteaulin correspond à la terminaison occidentale du synclinorium médian armoricain qui s'étale en une vaste région de composition complexe, de la rade de Brest à Morlaix. Limitée au nord par les monts d'Arrée et la vallée de l'Élorn, tranché à l'ouest par les falaises de la rade de Brest et de la presqu'île de Crozon, bordé au sud par les montagnes Noires, et pincé à l'est par deux failles, cette unité sédimentaire et tectonique a été dénommée dès 1886 par le géologue Charles Barrois, « bassin de Châteaulin ».. Cependant, .
Le bassin de Châteaulin-Carhaix est long d'une soixantaine de km dans le sens ouest-est, de Châteaulin à Glomel, et large de 20 à seulement dans le sens nord-sud. Il correspond en réalité à deux bassins emboîtés : un vaste bassin de plate-forme intracratonique qui s'étend sur une longueur approximative de (comprenant la presqu'île de Crozon) du paléozoïque inférieur, initié par un rifting lié à l'ouverture de l'océan Rhéique, induisant une sédimentation contrastée et quelques manifestations volcaniques ; le bassin central (de Châteaulin stricto sensu) dont la sédimentation est très différente au Nord et au Sud, et dont les séries sédimentaires carbonifères sont plissées, faillées et schistosées lors de l'orogenèse varisqueEric Gloaguen & Eric Marcoux, « Contexte géologique et métallogénique des minéralisations du Huelgoat et de Poullaouen », Le Règne Minéral, hors-série XVIII, 2012, .
Ce bassin très subsident de Châteaulin-Carhaix est un ancien golfe marin formé dans des molasses dans un socle briovérienAu Précambrien (en particulier au Briovérien) et aux débuts de l'ère primaire, des masses épaisses de sédiments de sable et vases argileuses provenant de l'érosion de la chaîne cadomienne s'accumulent sur à mètres d'épaisseur. Recouvert ensuite par d'autres couches de sédiments, qui exercent une forte pression et température et métamorphisent les roches, le socle ancien est ainsi constitué par une alternance schisto-gréseuse (schistes et psammites) provenant de la sédimentation de dépôts de vases et de sables. Cf L'exemple du bassin de Châteaulin. Ces roches détritiques accumulées dans des bassins d'avant-pays, se sont métamorphisées au cours du cycle varisque en schistes à dominante carbonifère, à caractères souvent bitumineux, vaseux, voire limniques au Westphalien-Stéphanien, caractérisés par des plis synschisteux (orientés E—W ou E.NE—W.SW, déjetés vers le Nord, avec un pendage qui passe progressivement à N80), et qui se sont empilés sur mètres d'épaisseurSchéma structural et coupe de la zone d’étude (Extrait de la carte géologique de Rostrenen), sur cotes-darmor.gouv.fr. Entre 360 et 290 millions d'années, à l'époque carbonifère, la remontée vers le nord du Gondwana a en effet provoqué le plissement hercynienFormation de l'ardoise, sur pierres-info.fr à l'origine de plissements, de la formation de bassins d'effondrement (remplis de sables fins et d'argiles issues de l'érosion de la chaîne hercynienne au Sud du massif Armoricain et qui se sont métamorphisés en schistes) et d'une activité magmatique accompagnée de volcanisme (affleurements de spilite et de dolérite dans la région de Gouézec et Saint-Thois), de filons intrusifs (microgranites au nord-est de Poullaouen« Nos recherches sur les constructions, encore préliminaires, établissent cependant que ce microgranite constitue une pierre de qualité. Un bon exemple d’utilisation est fourni par quelques parties de l’église de Poullaouen (première moitié du XVIIe s. avec restauration au XIXe) : localement, pierres de taille dans le mur intérieur de l’élévation septentrionale et dans l’élévation méridionale extérieure. Toujours à Poullaouen, le même microgranite a été également observé dans la chapelle Saint-Quijeau (reconstruite vers le milieu du XIXe s.), en encadrement d’ouvertures (porte et baies). La même roche a été aussi utilisée dans l’habitat à Poullaouen. Dans l’ouest des Côtes-d’Armor, le porche de l’église de Plusquellec s’avère d’un intérêt particulier avec l’emploi du microgranite non seulement dans l’élévation, mais aussi dans les motifs sculptés ; non loin de là, à Callac, le porche de l’église est voûté en petits moellons de microgranite blanchâtre devenant parfois jaunâtre, tandis que les moellons microgranitiques jouent un grand rôle dans les élévations latérales ». Cf ., microgranites porphyriques à deux micas de Huelgoat, kersantite au nord de Lennon, Châteauneuf-du-Faou et Carhaix) et du granite à cordiérite caractéristique du pluton de Huelgoat. : du magma est remonté jusqu'à trois ou quatre kilomètres de profondeur où il s'est refroidi à travers les couches (roches sédimentaires) dévoniennes qui ont cristallisé dans le cadre d'un métamorphisme de contact. (schistes à cristaux d'andalousite) entraînant des minéralisations post-magmatiques de sulfures d'argent, de plomb et d'autres métaux, d'où les exploitations minières des siècles passésEric Gloaguen & Eric Marcoux, « Contexte géologique et métallogénique des minéralisations du Huelgoat et de Poullaouen », Le Règne Minéral, hors-série XVIII, 2012, . L'érosion fait resurgir ces roches métamorphiquesE. Taillebois: étude géochimique des volcanites du bassin de Châteaulin: comparaison avec les volcanites de Gouezec-Saint-Thois, consultable http://www.geosciences.univ-rennes1.fr/IMG/pdf/Taillebois.pdf.
Certaines formations géologiques (schistes plus durs, grès), plus résistantes à l'altération, constituent cependant quelques pointements qui donnent un relief assez accidenté. Dans ce bassin, la série sédimentaire commence par les formations de Kermerrien, Kertanguy et Kerroc'h, d'âge Strunien à Viséen. L'essentiel des dépôts correspond à la formation de Pont-de-Buis - Châteaulin (Viséen supérieur à Namurien, composée de conglomérats, grès grossiers, alternances argilo-gréseuses (turbidites) et carbonates (calcaires de Saint-Ségal), probablement re-sédimentés Florence Cagnard, Carte géologique harmonisée du département du Finistère, BRGM, 2008, .
Industrie ardoisière Les « schistes de Châteaulin » sont des formations dinantiennes présentant des veines ardoisières qui ont été exploitées depuis plusieurs siècles. L'époque des premières extractions reste encore imprécisée mais la cathédrale de Quimper emploie les ardoises de Laz et de Gouézec dès le , l'église Saint-Maclou de Rouen fait appel vers 1526 à l'ardoise de Châteaulin. Au , les carrières sont cantonnées dans les environs de Châteaulin, tout près de l'estuaire de l'Aulne et assurent la prospérité de Port-Launay qui transporte les ardoises par péniche jusqu'à la rade de Brest, d'où elles sont exportées jusqu'en Normandie par petits caboteurs.. L'activité est en plein essor au Les ardoisières de Châteaulin sont abandonnées à la fin du , celles de Gourin, Motreff, Plévin et Maël-Carhaix cessent leur exploitation vers 1960, l'ardoisière du Rick en 1978. Simultanément, de petites ardoisières artisanales s'ouvrent dans ce secteur pour le façonnage d'ardoises rustiques à l'ancienne. La seule exploitation importante reste celle des « Ardoisières de Moulin-de-la-Lande » près de Maël-Carhaix qui ferme en 1984 mais rouvre en 1989 sous l'impulsion d'Yvon Barazer qui équipe la mine de machines modernes. Cf , ., dans des ardoisières dont le développement est favorisé par leur proximité avec le canal de Nantes à Brest, le chemin de fer à voie étroite et l'amélioration du réseau routier. L'industrie ardoisière en Bretagne connaît son âge d'or au avec le développement de la construction. Le principal centre s'étend alors vers Motreff et Carhaix qui développent des exploitations mécanisées (outillage des mines tels que marteaux-pneumatiques, treuil puissant, compresseurs à air, pompes d'exhaure).. Les veines étaient de bonne qualité (le pendage subvertical en facilitant la taille) et économiquement viables en raison du très bas prix de la main d'œuvre. Mais les sites disposaient de niveaux ardoisiers de faible épaisseur et en carrière souterraine (celles à ciel ouvert ayant été épuisées), si bien que ces exploitations bretonnes n'ont pas résisté à la concurrence industrielle des grandes ardoisières de Trélazé et des ardoises d'Espagne (commercialisée par les Ardoisières d'Angers), ces dernières assurant 80 % de la demande française. La falaise noire de la colline qui domine le quai Carnot à Châteaulin, abritait plusieurs carrières en bordure du canal P. Le Berre, [Les ardoisières de la bordure sud du Bassin de Châteaulin], BRGM, 199, . D'anciens terrils sont encore visibles. La roche montre des alternances de schistes noirs, ardoisiers, et wackes, caractéristiques de la Formation de Pont-de-BuisFormation composée de rythmes sédimentaires composés de wacke de granulométrie moyenne (bancs de 60 à 70 cm de puissance, riches en plantes flottées), de wacke fine à minces stratifications entrecroisées, de niveaux à lamines (shales noirs avec lits centimétriques gréso-argileux) et de schistes noirs. Cf . Les rapports géométriques entre plan de stratification et plan de schistosité peuvent y être déchiffrésLes deux surfaces orientées entre N120° et N140°E sont pentées vers le nord-est ; le pendage de la schistosité est toujours plus fort que celui de la stratification et conduisent à replacer ces affleurements sur le flanc normal, peu incliné, d'un pli anticlinal déjeté vers le Sud-Ouest Y. Plusquellec, J. Rolet, J.-R. Darboux, Carte géologique de la France à 1/50 000 . N°310, Châteaulin, éditions du BRGM, 1999, . Ces schistes et wackes noirs (contenant des anciens débris végétaux pouvant atteindre 7 % en poids de la roche totale) Villey et al., Notice explicative de la feuille Carhaix-Plouguer au 1/50 000, éditions du BRGM, 1982, constituent un véritables musée géologique à ciel ouvert, témoin de la biodiversité exceptionnelle au Carbonifère. En effet à cette époque, le Gondwana entre en collision avec la Laurussia (approximativement l'Amérique du Nord, l'Europe limitée à peu près au niveau actuel de l'Oural) puis avec la Sibérie, à l'origine de la chaîne hercynienne et de la PangéeSchéma des différents grands ensembles du Massif armoricain. Source : M.Caroff, sur geopark.pnr-armorique.fr. Entre ces deux supercontinents, se trouvait une micro-plaque appelée Armorica et dont sont originaires les domaines centre et nord-armoricain que nous connaissons actuellement.. Ce supercontinent forme alors un vaste domaine continental réparti de part et d'autre de l'équateur. Il bénéfice d'un climat tropical chaud et humide et voit le développement de la plus vaste forêt équatoriale qu'ait connue notre planète. Dans les lacs et marécages côtiers, couverts par une végétation luxuriante (fougères arborescentes, prêles, sphaignes, mousses, gymnospermes et un groupe botanique aujourd'hui disparu, celui des lycophytes), se sont décomposés ces végétaux. Ils ont ainsi contribué à la formation des couches de roches riches en débris végétaux et en matière carbonée, notamment celles du bassin de Châteaulin, mais aussi les roches carbonées de type charbon des bassins houillers. (bassins de la baie des Trépassés, de Quimper et de Kergogne). Vers cette époque, dans des lagunes, se forment également les hydrocarbures que l'on recherche en mer d'Iroise et en Manche..
Pierres de construction