vignette|redresse=1.75|Âge effectif moyen de départ à la retraite pour les hommes, de 1970 à 2018.
Les systèmes de retraite de type répartition en Europe sont tous confrontés à la réduction du nombre de naissances et à l'allongement de l'espérance de vie, qui se traduisent, entre autres, par moins de cotisants pour plus de pensionnés, même dans un contexte de chômage historiquement bas et de forte reprise de la croissance économique pour la plupart d'entre eux.
L'inquiétude est particulièrement forte en Italie et en Allemagne : dans les années 2000 l'arrivée à la retraite de la génération baby-boom de l'après 1945 y avait jusqu'ici moins pesé qu'en France ou en Espagne, selon une étude de la Fondation Robert Schuman en 2003Les systèmes de retraite en Europe, par Delphine Surrans, Fondation Robert Schuman, février 2003, mais ce facteur ne joue plus car ces deux pays ont en plus un déficit de jeunes cotisants, pour avoir expérimenté une natalitéhttp://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&codePays=DEU&codeTheme=1&codeStat=SP.DYN.TFRT.IN plus faible qu'ailleurs depuis une trentaine d'années..
Histoire, les modèles bismarckien et beveridgien
Le premier modèle, dit bismarckien, organise une solidarité horizontale entre les travailleurs, financée sur les salaires et par une participation des employeurs. Le système est géré par des organismes indépendants de l'État, notamment les syndicats de salariés.
Le second modèle, dit bevéridgien, est une redistribution verticale par l'État, financée par l'impôt, assurant à tous des droits. Le taux de remplacement est calculé sous conditions de situation (revenus, résidence, etc.).
Les pays d’Europe du Nord (Danemark, Finlande, Suède), Pays-Bas, Royaume-Uni appliquent le modèle beveridgien adossé à des fonds d'investissement gérants des actifs totaux d'un montant compris entre 100% et plus de 200% du PIB du pays considéré et prenant « plus ou moins en compte » les autres revenus, sans « lien avec les revenus perçus au cours de la carrière professionnelle ». Le reste de l'Europe (Allemagne, Autriche, France) applique le modèle bismarckien : le taux de remplacement dépend des cotisations et n'est soumis à aucune condition de ressourcesLes Systèmes de retraite en Europe à l’épreuve des changements démographiques, par Laurent Caussat et Michèle Lelièvre (Insee), page 8.
De nombreux pays ont plafonné la retraite versée par le système public. Dans le système de retraite aux Pays-Bas, elle est calculée en fonction du salaire minimum : un couple de retraités a par exemple la garantie de recevoir 100 % du salaire minimum, ce qui favorise les bas revenus et les personnes vivant en couplehttp://www.cor-retraites.fr/IMG/pdf/doc-325.pdf.
Comparaisons impossibles ou risquées Des réalités pas comparables En France, le gouvernement et Geoffroy Roux de Bézieux, président du Mouvement des entreprises de France (Medef), ont pour habitude , mais en réalité le chiffre de et pas comparables, a constaté en février une enquête transversale du quotidien français Le Monde, en concluant que "Réforme des retraites : pourquoi il est peu pertinent de comparer les systèmes européens" article par Mathilde Damgé, Dorian Jullien et William Audureau, article le 27 février 2023 dans Le Monde ..
Dès 2010, le quotidien La Croix citait l'économiste Henri Sterdyniak, chercheur à l'Observatoire français des conjonctures économiques(OFCE) et signataire du Manifeste d'économistes atterrés, un manifeste publié par un groupe d'économistes hétérodoxes, soulignant qu'en France, où plus de la moitié des salariés partent à et plus d'un sur six à , "l'âge mis en avant est l'âge légal, en dessous duquel on n'a pas le droit de partir, alors que, dans les autres pays, où "les départs sont plus échelonnés", c'est l'âge où on peut partir à taux plein", qui dépend de nombreux paramètres.
La Croix soulignait alors que si les "partisans et adversaires de la réforme des retraites de l'époque rivalisent d'argumentaires fondés sur les exemples étrangers", ils le font de manière erronée et simpliste, voire trompeuse, en "comparant souvent des données incomparables""Retraites, la bataille des comparaisons internationales" article dans le quotidien La Croix par Nathalie Birchem, le 12 septembre 2010..
Lors de l'examen de la réforme des retraites en France en 2010 par l'Assemblée nationale, débute ainsi une "bataille des comparaisons internationales", l'opposition répondant au ministre du travail Éric Woerth, chargé de la réforme 2010, bataille qui « n'a pas déserté l'hémicycle depuis le début des débats » le , et pendant les cinq jours suivants. Éric Woerth s'appuie sur le fait que l'âge d'ouverture des droits à la retraite, de au Royaume-Uni comme aux Pays-Bas, doit passer progressivement à respectivement et . Mais Marisol Touraine, principale oratrice du PS lui répond alors vigoureusement que est en France "l'âge de départ sans décote !".
Marisol Touraine observe alors que "l'âge effectif", auquel les salariés quittent le marché du travail est de en France comme en Espagne, et de seulement 62 en Allemagne, contestant ainsi l'argument d'Éric Woerth. La raison est qu'un salarié allemand peut partir avec 35 annuités de cotisation contre 41 en France. Ceci pouvant, en partie, s'expliquer par le fait que chaque citoyen Allemand crée en moyenne chaque année et tout au long de sa vie 7300€ de richesses de plus que son homologue Français (chiffres de 2021). Ce chiffre est obtenu en comparant le PIB par habitant de ces deux pays. Le PIB par habitant allemand est ainsi supérieur de 17% au PIB par habitant français. Corrélativement les 41 annuitées francaise sont supérieures de 17% au 35 annuitées allemandes.
Les systèmes de décote-surcote incitant à la prolongation d'activité étant différents, d'un pays à l'autre, ils ont des conséquences sur l'échelonnement plus ou moins grand, d'un pays à l'autre, de l'âge réel, dit aussi effectif, de départ.
En Finlande, les départs peuvent ainsi varier entre 63 et , d'autant que de "nombreux dispositifs permettent dans les faits des départs plus précoces" que les de l'âge légal. L'Allemagne relevait à l'époque son âge du taux plein de 65 à d'ici à 2029, mais en offrant aux salariés qui ont de cotisation la possibilité d'y échapper, et même l'option de partir dès , moyennant une décote de 3,6 % par année de retraite gagnée, à condition d'avoir au moins de cotisation. Parmi les nombreuses exemptions, celles qui permettent en Autriche aux chômeurs de partir à et aux salariés des métiers pénibles à . S'y ajoutent les options sur mesure pour les carrières longues, permettant des départs entre 57 et .
Le taux de remplacement varie, lui, fortement, d'un pays à l'autre mais les comparaisons sont impossibles aussi, car le complément venant d'une retraite par capitalisation varie beaucoup d'un pays à l'autre.
Selon le journaliste spécialisé et conférencier François Charpentier, le taux de fécondité plus élevé en France assure une plus grande sécurité démographique que chez ses voisins, expliquant que les relèvements d'âge n'ont pas été les mêmes.
Âge de départ à taux plein oublié Attentives à ces différences, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), se base dans ses études sur l’âge de départ à taux plein, appelé aussi « âge normal de la retraite », plus que sur « l'âge légal ».
L’écart souvent cité entre les de l’âge légal en France et les en Allemagne ne reflète pas la réalité des âges de départ, en moyenne en Allemagne et en France. Dans des pays comme le Luxembourg, l'Autriche ou l'Allemagne, la majorité des salariés prennent leur retraite avant l’âge légal de départ, alors qu’en France, en Suède ou en Grèce, c'est nettement après, pour bénéficier des surcotes et éviter les décotes élevées. Panachage entre systèmes de répartition et capitalisation Comparer est aussi rendu difficile car . La France est une car la seule à à l'exception notable des fonctionnaires qui bénéficient, en plus, d'un plan de retraite par capitalisation, le RAFP, et du PREFON pour les enseignants, ce qui fait aussi que la part des dépenses publiques dans le PIB en France est plus élevée qu'ailleurs. Dans des pays comme le Royaume-Uni et les Pays-Bas, .
Dans ces deux pays a par ailleurs été créé un mécanisme , le forfait de base, somme minimale versée aux retraités, quel qu'a été le niveau de leur salaire, qui est en 2023 de /mois pour un retraité britannique et /mois pour un Néerlandais.
Différences dans les systèmes de décotes et surcote Les différences dans les systèmes de décotes et surcotes sont très importantes d'un pays à l'autre. Dans certains comme la France, où elles sont très agressives, les salariés préfèrent travailler plus longtemps, soit pour être sûrs d'obtenir une retraite complète, soit pour augmenter le niveau de leur future pension.
La France est aussi le pays qui a l'âge le plus tardif pour avoir un départ à taux plein (), devant l’Allemagne ( et en 2023, évoluant jusqu’à en 2030). Dans certains pays, il n'existe pas du tout: au Royaume-Uni, par exemple, la retraite n’est pas versée complètement tant que la durée de cotisation requise n'est pas effectuée. Aux Pays-Bas, il ne faut pas seulement une durée de cotisation mais aussi une durée de résidence dans le pays.
Dans son rapport 2020, le Conseil d’orientation des retraites (COR) a souligné que "dans de nombreux pays, l’âge moyen pour avoir droit à sa retraite est inférieur à l’âge moyen de sortie du marché du travail", notamment pour les femmes, en raison "de la poursuite d’activité, y compris à temps partiel". En France au contraire, un droit à la préretraite permet d'arrêter de travailler avant.
Principales différences
Âge « légal » peu significatif, car de nombreuses dérogations Dans beaucoup de pays, le relèvement de l'âge légal de départ à la retraite s'accompagne de larges dérogations, qui rendent ce chiffre peu significatif. Du coup, « les systèmes sont peu comparables », selon l'économiste hétérodoxe, Henri Sterdyniak, chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques car "en France, l’âge mis en avant est l’âge légal, en dessous duquel on n’a pas le droit de partir, alors que, dans les autres pays, c’est l’âge où on peut partir à taux plein ».
En Espagne, le gouvernement veut aussi porter l'âge minimum de départ à , mais de contribution« Retraites : la France se rapproche de ses voisins », par Stéphanie Benz, L'Expansion du 27 octobre 2010 suffiront pour obtenir une retraite à taux plein.. En Autriche, la retraite à taux plein est mais les chômeurs peuvent partir à , les carrières longues entre 57 et , les salariés des métiers pénibles à , selon l'économiste hétérodoxe Henri Sterdyniak, chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques.
En Italie, un système de départ à la retraite anticipée dit « pension d’ancienneté » permet de partir dès d’ancienneté sans condition d’âge ni de décote. Dans ce systėme de pension d'ancienneté la durée de cotisation prend alors le pas sur l'âge « légal ».
En Allemagne, une retraite anticipée a été prévue pour les chômeurs, les assurés de longue date, les femmes, et les handicapés.. Pour les autres, il sera toujours possible de partir à avec de cotisation) et une décote pour années manquantesComparatif de la Fondation Ifrap, 6 septembre 2010 limitée. et nettement inférieure (7,2 %)L’âge de la retraite en Europe et dans le monde, par Nicole Salez, TPLF (Tout pour les femmes), mercredi 16 juin 2010 à celle appliquée en France pour quelqu'un qui partirait à avec de cotisation (25 % de décote). Cette disposition fait dire à de nombreux économistes que l'âge de départ avec une retraite à taux « quasi-plein » restera en Allemagne de , alors qu'en France, un départ à et de cotisation se fera souvent avec une décote pour années manquantes considérable, de 25 %.