La pisciculture est l'élevage de poissons, en eaux douces, saumâtres ou salées et qui peut se pratiquer de manière isolée comme en aquaponie. C’est une des branches de l'aquaculture. L'un des premiers traité de pisciculture fut écrit par Fan Li en 473 http://www.academie-agriculture.fr/mediatheque/seances/2010/20100317resume4.pdf. Elle était également pratiquée à Hawaï avant l'arrivée des explorateurs européens.. Il existe deux familles principales de pisciculture : la production en étang, avec un bassin en terre, dans lequel les poissons se nourrissent complètement ou partiellement à partir de la production biologique du milieu ; la production intensive en bassin artificiel ou cages, dans lesquels les poissons sont exclusivement nourris avec des aliments fournis par le pisciculteur.

La majorité du poisson consommé dans le monde provient de l'élevage., et 90 % du poisson d'élevage est produit en Asie. Les espèces les plus élevées sont les carpes, suivies du tilapia, des salmonidés et des siluriformes. La production piscicole mondiale était de 50 millions de tonnes en 2014.

L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que le secteur des pêches et de l'aquaculture employait 62 millions de personnes dans la seule production primaire en 2022. Les femmes représentaient 24 % des pêcheurs et des pisciculteurs et 62 % des travailleurs dans le secteur de la transformation.

La pisciculture d'étang C'est la technique la plus ancienne et la plus utilisée quant au volume de production. Les espèces adaptées à ce mode de production sont omnivores, herbivores ou filtreuses. Plus de 20 millions de tonnes de cyprinidés, 2 millions de tonnes de tilapia et autant de poissons chats sont produits avec ces techniques, essentiellement en Asie. En Europe de nombreuses zones d'étang existent, notamment en Europe de l'Est. En France, la production est concentrée en Sologne, dans la Dombes, la Brenne, la Haute-Saône, le Limousin et la DoubleZones Humides Infos n°21, 1998, Étangs piscicoles. Ces étangs étaient souvent des domaines monastiques, les carpes étaient notamment destinées à remplacer la viande le vendrediJ.-M. Derex, 2006. Les étangs, la religion et la Révolution française dans ZHI n° 54 « Sacrées zones humides », p. 5-6..

Le système agricole dans le Sud-Est asiatique L'élevage de poisson en étang s'inscrit en fait dans un système où l'étang est le pivot du recyclage de la matière organique dans le système agricole. L'élevage de poisson en étang fertilisé permet en effet de doublement valoriser les déjections animales et les déchets de la ferme : la matière organique est directement recyclée par des organismes détritivores (amibes, daphnies) qui sont ensuite consommés par les poissons ; la matière minérale permet de soutenir une production intensive de phytoplancton et en conséquence accélère toute la chaine trophique.

Un étang non fertilisé et sommairement entretenu produit environ de poisson par an, ce qui est comparable à la production en viande d'un hectare de prairie bien arrosée et bien menée. Avec une fertilisation le rendement peut être décuplé. Dans une ferme traditionnelle asiatique l'étang recycle les déjections des animaux (porc, volaille), le curage de l'étang permet de récupérer régulièrement une terre riche en matière organique pour la fertilisation. Des animaux peuvent être élevés au-dessus de l'étang, leur déjections tombent directement dans l'étang via un caillebotis. Certains systèmes intensifs permettent d'atteindre des rendements de 10t par an et par hectare avec un apport d'aliment exogène et une aération mécanique de l'eau.

Élevage associé à la riziculture Une technique traditionnelle asiatique d'élevage de carpes en association avec la riziculture a fait l'objet d'études récentes.

Ces études ont montré que la présence des carpes permettait d'utiliser 2/3 de pesticides en moins et 1/4 de fertilisants en moins Fish and rice flourish together in paddies, Nature, 17 novembre 2011.

Les carpes permettent en effet de lutter efficacement contre la magnaporthe grisea, un champignon affectant le riz, ou d'autres parasites comme la cicadelle brune. Elles consomment un certain nombre d'insectes et d'invertébrés susceptibles d'attaquer le riz, et par ailleurs, elles permettent de réguler la quantité d'azote et ainsi de faire un moindre usage des fertilisants.

Cette méthode ne permet pas de produire de très grosses carpes, mais elle peut être intéressante pour l'alevinage.

À Hawaï

La pisciculture intensive alt=Dispositif d’oxygénation de l’eau|vignette|Dispositif d’oxygénation de l’eau. L’oxygène (petit tuyau bleu) est injecté dans l’eau (amenée par les pompes bleues) avant d’être envoyé dans les bassins (tuyau de droite s’enfonçant dans le sol). Le procédé donne une couleur blanchâtre à l’eau ainsi traitée

Cet élevage se pratique dans des espaces entièrement ou partiellement clos (bassins en terre, béton ou en plastique, nasses ou cages géantes flottantes, etc.) en eau douce ou en pleine mer suivant les espèces. L'aliment est presque entièrement apporté par l'éleveur. L'eau est constamment renouvelée par le courant (cages), une prise d'eau sur un cours d'eau (bassins) ou un recyclage (cas de l'élevage en circuit fermé); ce renouvellement vise à maintenir une eau riche en oxygène et pauvre en ammoniaque. L'oxygène devient un facteur limitant, des aérateurs mécaniques ou des systèmes d'injection d'oxygène gazeux pur à base d'oxygène liquide sont souvent utilisés.

Génétique et reproduction Élevages monosexués Pour certaines espèces, le pisciculteur pratique le sexageDocument du Département des pêches de la FAO intitulé « Programmes d'élevage sélectif pour les exploitations piscicoles de moyenne importance » ; coll Document technique sur les pêches n° 352 ; par Douglas Tave ; daté de décembre 1994, publié en 1996 des poissons ou en modifie le sexe pour les raisons suivantes : pour n'élever que des individus de même sexe ; en effet, chez beaucoup d'espèces, la reproduction en période d'affinage (croissance avant la pêche pour la vente) dans un espace aussi restreint que celui des bassins piscicoles serait une cause de perte d'énergie et de mortalité d'individus ; on élève alors les sexes séparément, ou uniquement celui qui grandit le plus vite ; les esturgeons femelles sont préférées (pour leurs œufs qui donnent le caviar qui rapporte plus d'argent que le poisson lui-même) ; le saumon femelle est préféré par le pisciculteur, car les mâles, sexuellement précoces, voient leur croissance fortement ralentir et leur comportement se dégrader ; le tilapia mâle est choisi car grossissant deux fois plus vite que la femelle, cela évite aussi la reproduction des poissons dans les bassins d'élevages.

Des manipulations similaires sont utilisées avec la plupart des espèces commerciales où un des sexes présente des caractères plus favorables à l'élevage. Chez le tilapia ce sont les mâles qui sont obtenus soit par traitement des juvéniles à la testostérone soit avec l'utilisation de géniteur spéciaux mâles YY ou des traitements thermiques..

Triploïdisation de la truite En France les truites destinées à la production de filets, darnes ou fumées sont en général des femelles triploïdes triple X (à trois chromosomes X). Ces truites ne produisent pas d'ovule ce qui permet de les élever jusqu'à une grande taille sans problème. Elles sont obtenues à la suite de la manipulation suivante : en première génération des truites sont fécondées avec du sperme stérilisé (sans ADN), l'œuf (en fait un ovule activé par la pénétration du spermatozoïde) subit un choc hyperbare pour empêcher l'expulsion du second globule polaire. Les œufs donnent des femelles clones de leurs mères ; ces femelles sont nourries avec un aliment contenant une hormone androgène et deviennent des « néomales ». Elles développent des gonades mâles et sont sacrifiées pour récupérer leur semence qui a la particularité d'être uniquement porteuse du chromosome X. Les carcasses partent à l'incinération ; des ovules classiques sont fécondés avec ce sperme "tout femelle", les œufs subissent à leur tour le choc de pression pour permettre la triploïdisation. On obtient des truites triploïdes avec trois chromosomes X.

Alimentation

La composition de l'aliment dépend de l'espèce et de l'objectif du producteur. En Europe, un aliment pour truite ou saumon représente environ 40 % du coût total de la production : c'est donc un poste de dépense crucial pour l'éleveur.. Ce type d'aliment contient environ 40 % de protéines, 20 à 30 % d'huiles végétales et de poisson, 15 à 20 % de farines riches en sucres lents (comme l'amidon apporté par la farine de blé).http://www.aqua.legouessant.com/maj/upload/documents/infeau_fr_12_74.pdf. En raison de l'accroissement considérable de la demande aquacole, la farine de poisson ne représente plus qu'une petite partie des protéines totales, qui sont en majorité apportées par des farines végétales (en particulier le tourteau de soja).. L'apport en huile de poisson peut être supprimé chez certaines espèces, mais il reste nécessaire pour une croissance optimale du saumon atlantique en eau de mer.. La truite arc-en-ciel élevée uniquement en eau douce peut se développer et se reproduire en se nourrissant avec des aliments qui ne comportent aucun ingrédient d'origine marine..

Les poissons ont généralement un besoin alimentaire élevé en acides gras insaturés de la série oméga-3 à longue chaîne (EPA et DHA), qui sont apportés par les farines et huiles issues de la pêche minotière. Les EPA et les DHA peuvent également être apportés par les microalgues. Les microalgues représentent une réelle alternative aux différentes huiles végétales fournies dans le régime alimentaire des poissons. Les algues Diacronema lutheri et Tisochrysis lutea sont étudiées actuellement par la communauté scientifique pour leur aptitude à produire les EPA et DHA.

Une étude a démontré l'effet bénéfique des DHA et des EPA dans l'alimentation des larves de Dicentrarcus labrax. Les larves ayant un régime alimentaire avec un ratio de 2,3 % d'EPA et DHA dans leurs aliments ont montré une augmentation de croissance par rapport aux larves témoins. Attention toutefois, ils doivent être incorporés dans la fraction phospholipidique et ne pas dépasser 2,3 %. Un ratio supérieur entraînerait en effet des malformations, comme un nombre anormalement élevé de vertèbres chez les individus plus âgés..

La teneur de leur chair en ces acides gras est également importante pour leur valeur nutritionnelle pour le consommateur. Certaines espèces, dont des salmonidés, sont cependant capables de produire ces acides gras lorsque leur aliment n'en contient pas, en transformant l'acide alpha-linolénique apporté par des huiles végétales comme l'huile de lin.. Des carpes et tilapias peuvent être nourris avec des aliments moins riches en protéines (environ 30 % de la ration), et presque complètement dépourvus de produits marins.

Les atouts du poisson d'élevage Les poissons présentent des aptitudes particulières qui rendent l'élevage très intéressant : même en système très extensif, la productivité par unité d'espace est supérieure à l'élevage terrestre : un élevage bovin ou ovin très extensif produira toujours moins qu'un étang à carpe à cause de l'empreinte métabolique de l'homéothermie ; dans un étang, il existe deux chaines trophiques: une chaîne courte permettant de recycler directement la matière organique et une longue qui permet de produire le phytoplancton puis le zooplancton nourrissant les poissons. Ce double système permet un meilleur rendement et surtout de convertir directement des déchets végétaux ou animaux en protéine de qualité ; la forte prolificité de poisson limite le stock de géniteurs qu'il faut entretenir ;