La fosse De Sessevalle ou Anatole de Sessevalle de la Compagnie des mines d'Aniche est un ancien charbonnage du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, situé à Somain, près de Rieulay. Le premier puits, foncé à partir de 1901, permet de produire en 1904. Un second puits est creusé plus au nord à partir de 1905. À partir de 1908, la fosse peut extraire avec deux puits. Des cités sont bâties à proximité, ainsi que des écoles, une salle des fêtes, un presbytère et une église. Quatre terrils sont édifiés aux alentours de la fosse, dont deux terrils cavaliers et un terril annexe. Détruits pendant la Première Guerre mondiale, les bâtiments de la fosse sont reconstruits à l'identique.

Cette reconstruction permet à la fosse d'augmenter sa production et d'être un des sièges les plus performants de la Compagnie. Durant la Seconde Guerre mondiale, la fosse est occupée par les Allemands mais ne subit aucune destruction. Le charbon extrait est destiné à l'Allemagne. À la suite de la nationalisation des houillères en 1946, la fosse fait partie du Groupe de Douai. Son gisement s'épuisant, elle ferme en 1970, les puits sont remblayés la même année. Les bâtiments et les chevalements sont démolis en 1973. L'exploitation du terril 144, Rieulay, commence en 1977. L'église Notre-Dame-des-Orages est détruite en 1983. Les terrils cavaliers 251, Cavalier du site de Rieulay, et 255, Cavalier Route de Bruille, disparaissent avec la construction de l'autoroute A21 au début des années 1990. Le terril annexe 254 est relativement préservé. Dans les années 1990, les cités sont rénovées, quelques habitations sont toutefois détruites.

Au début du , Charbonnages de France matérialise les têtes des puits De Sessevalle 1 et 2. Le site, après être resté en friche une trentaine d'années, se transforme peu à peu en une zone industrielle. Les cités forment un ensemble remarquable, composé d'une grande diversité de logements. Les terrils sont devenus des espaces verts. La chapelle Sainte-Barbe a longtemps été menacée de démolition. Les cités pavillonnaires de Beaurepaire, du Bois-Brûlé, du Moulin, la cité moderne de la ferme de Beaurepaire, la chapelle Sainte-Barbe, le prieuré de Beaurepaire, et le terril 144, Rieulay, ont été classés le au patrimoine mondial de l'Unesco.

La fosse

Construction de la fosse thumb|upright=0.5|left|Le chevalement du puits De Sessevalle 1 est en cours d'assemblage.

Le filon carbonifère des fosses La Renaissance, Saint Louis et Fénelon commence à s'épuiser en 1890, La Compagnie des mines d'Aniche doit rapidement créer une nouvelle fosse pour garantir son équilibre financier et continuer sa croissance. Des sondages sont entrepris à partir de 1898 en remontant peu à peu vers le nord de la commune.. En 1899 le sondage de Villers-Campeau permet la découverte des terrains houillers sur la commune de Villers-Campeau. Ce sondage a été effectué jusqu'à la profondeur de . Il est géolocalisé BRGM - Sondage de Villers-Campeau dans la propriété de M. de Campeau, et parfois nommé sondage du Marronnier. Le filon découvert est important et d'une teneur calorifique jusqu'alors inégalée. Les recherches furent menées sous les ordres de M. Lemay, directeur de la compagnie.

Les terrains sont tout d'abord acquis. Les installations ferroviaires, les bâtiments et les puits y prendront place. L'emplacement du puits doit être déterminé en fonction de la limite de la concession. Celle-ci correspond à l'axe de la route Tournai-Bouchain.. À Somain, la concession de la compagnie se situe à l'est des rues Salengro, Pasteur et Wilson. À l'ouest, la concession appartient à la Compagnie des mines d'Anzin. Toutes ces formalités seront effectuées au cours de l'année 1900. Il est décidé que le puits « De Sessevalle », plus tard nommé « De Sessevalle n° 1 » sera foncé dans une propriété de Campeau, à la limite administrative des communes de Villers-Campeau et de Somain, sur le territoire de Villers-Campeau.

Le fonçage du puits commence en 1901. Son diamètre intérieur est de cinq mètres. Le cuvelage est en fonte de à . Le terrain houiller a été atteint à , selon d'autres sources. Les travaux durent environ trois ans, grâce au travail acharné d'une équipe de terrassiers dont plusieurs ouvriers sont belges. La profondeur de est atteinte en . Pendant que le puits est creusé, divers bâtiments sont construits pour abriter les machines d'extraction, d'exhaure, de compression, de retour d'air, et tous les autres matériels nécessaires à l'exploitation. Des fours de chaufferie sont également construits pour fournir la vapeur, qui va permettre de faire fonctionner les ascenseurs. Le fonçage du puits Déjardin 1 débute à la même période à Sin-le-Noble.

En , la fosse, encore en construction, est bénie par l'abbé Busin, curé de Somain. Il place le nouveau siège sous la protection de Notre-Dame des Orages. La chapelle et la statue furent vandalisées en 1974, elles se trouvaient à l'emplacement de la descente. Tous les hauts responsables de la Compagnie des mines d'Aniche sont présents. La fosse sera nommée « De Sessevalle », en hommage à un ancien président de la Compagnie, Anatole Lebrun de Sessevalle, décédé quelques mois auparavant.

thumb|left|Vue ouest de la fosse De Sessevalle. Les travaux se terminent en 1904, le puits atteint alors la profondeur de . Le chevalement est mis en place, les installations sont testées, si bien au moulinage qu'à l'accrochage. L'extraction commence en , par les veines Henri et Anatole.

Le charbon y est d'excellente qualité, il s'agit d'un riche gisement de charbons maigres. Tout porte à croire que dans les années à venir, le seul puits ne suffira pas à remonter toute la production. Les dirigeants de la compagnie décident donc de doubler les moyens de production en fonçant un second puits, à proximité immédiate du premier. En 1905 débute le fonçage du puits « De Sessevalle n° 2 », à au nord du premier puits, sur le territoire de Somain cette fois-ci. Le diamètre est de quatre mètres. La même année, débute également le fonçage du puits Notre Dame 2 à Waziers. Ayant bénéficié des avancées de la techniques, il est totalement foncé après quatre années de travaux. En 1908, avec une profondeur de , il est déjà utilisable pour les étages supérieurs. Il effectue donc la remontée de la production, la circulation du personnel et le retour d'air. Le premier puits assure quant à lui l'entrée d'air. Cette fosse, la plus récente de la compagnie, devient une des premières en importance.

Pendant que le puits 2 est construit, le site continue d'être aménagé. Le triage et le criblage de charbon sont installés à l'est des puits, accolés au bâtiment d'extraction. Des écuries sont construites pour les chevaux, ainsi qu'une lampisterie, des bascules de pesage, des bureaux, des magasins d'outillages et de pièces de rechange... Deux usines sont bâties sur le site pour récupérer les poussières de charbon, afin de produire des « boulets maigres »..

thumb|La fosse, vue de l'ouest, vers 1908. On peut remarquer le chevalement du puits 2 en construction ainsi qu'un bâtiment. La fosse est bâtie sur une butte pour éviter les venues d'eau dans le puits. À droite, le faisceau de voies ferrées. Depuis 1901 débutent des travaux visant à relier la fosse De Sessevalle à la gare de triage de Somain. Une voie nord/sud est construite en trois ans. Un embranchement est construit sur la ligne Somain - Douai (Sud) au point . À partir de là, la ligne prend peu à peu de la hauteur, pour franchir le pont par-dessus le triage ferroviaire (), celui-ci est juste à côté du pont de Traisnel, toujours existant. La ligne continue vers le nord, franchissant par des ponts la rue Pierre Semard () puis la rue du Chevalier de la Barre (). Un kilomètre après ce pont, la ligne dessert la fosse. Trois années furent nécessaires pour effectuer ces travaux. Un faisceau intérieur d'une longueur cumulée supérieure à sept kilomètresDe l'entrée ferroviaire de la fosse jusqu'à la route de Rieulay, renommée rue Achille Andris, il y a environ cinq-cents mètres. est mis en place pour desservir les différentes zones de la fosse. Ce réseau est pleinement opérationnel vers 1907/1908. Chaque jour, des trains amènent les wagons pleins vers le triage de Somain, à partir duquel ils sont incorporés dans des trains vers tout le reste de la France. Les wagons vides sont ramenés vers la fosse.

Dans les années 1910, la fosse fonctionne à plein régime et est devenue la fosse la plus rentable de la Compagnie des mines d'Aniche. Les mineurs sont recrutés dans les communes des environs, mais beaucoup proviennent de la Compagnie des mines d'Anzin et du Pas-de-Calais car le travail y est mieux rémunéré que dans les autres compagnies. Afin d'avoir des ouvriers plus efficaces, la compagnie entreprend de les loger sur place, à proximité du puits. Le hameau de la fosse De Sessevalle voit le jour avec la construction de quelques rues en 1906-1908. Ces habitations peuvent loger . Il s'agit des rues Draguigan, Fréjus, Gonfaron et Hyères. Une église, Notre-Dame des Orages, est inaugurée en 1910.

En 1913, il est projeté de construire une salle où les mineurs pourront se mettre en tenue avant de descendre, et se doucher après être remontés. Le chantier de la salle des pendus débute en 1914.

Première Guerre mondiale

La Première Guerre mondiale est déclarée le . Le travail à la fosse est désorganisé, puisqu'une partie des est mobilisée. Toutefois, le travail reprend avec le personnel restant. Les premières semaines sont assez calmes. Le , c'est la panique lors du passage de la colonne des Uhlans en direction de Paris. L'extraction cesse immédiatement jusqu'à la fin du mois. En septembre, les hommes sont appelés vers l'ouest. Une grande partie va en direction de Dunkerque. Il ne reste plus que à la fosse, qui doivent reprendre le travail. Fin septembre, les Allemands arrivent et s'installent sur place. La ville de Douai est prise, l'occupation commence. L'extraction est à nouveau arrêtée. Elle ne recommencera que le , sous responsabilité Allemande et de son service spécialisé.

Un nouvel incident a lieu le . Les Allemands font remonter les mineurs qui travaillent alors au fond, et les emmènent à Saint-Pierre de Douai à pied, sans même la possibilité de prendre une douche. Ils sont envoyés par trains en Allemagne où ils seront prisonniers civil. La plupart d'entre eux ne reviendront qu'en 1916. L'extraction ne recommence que quelques jours plus tard, avec des mineurs âgés, des galibots, et des mineurs parvenus à se soustraire à l'arrestation. La fosse est sous l'administration sévère de la Deutsche Grüben Verwaltung (DGW). Les effectifs sont réduits, et les ouvriers restants sont souvent assez inexpérimentés. La production est destinée à l'économie allemande. Les mineurs subissent les sévices de l'armée allemande, et sont sous-alimentés. En , quelques mouvements de protestation ont lieu, mais ils furent vite réprimés. Les plus récalcitrants reçoivent des amendes, ou sont menacés de déportation en Allemagne. Les installations sont de moins en moins bien entretenues. Plusieurs accidents mortels ont lieu. Au début d', les armées allemandes doivent se replier pour éviter d'être encerclées et anéanties, car elles subissent de nombreux revers sur le front de l'Ouest. Le , le responsable allemand de la fosse donne pour ordre de cesser l'exploitation. Le matériel et les chevaux sont remontés.