L'organisation défensive du Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale est la résultante de l'ensemble des mesures instaurées en Grande-Bretagne par le gouvernement de Winston Churchill pour faire face à la menace d'une invasion militaire amphibie et aéroportée par les armées du Troisième Reich après la défaite alliée à l'issue de la bataille de France de mais également pour faire face à la guerre aérienne menée par l'Allemagne nazie contre le Royaume-Uni jusqu'à la fin du conflit. Elle a entraîné une mobilisation des militaires et de la population civile de toutes les classes sociales sur une très grande échelle en réponse à la menace d'invasion par les forces armées allemandes en 1940 et 1941.
vignette|300px|alt=Photo en noir et blanc d'un soldat en faction devant une casemate à un carrefour.|Le Royaume-Uni sur la défensive. Novembre 1940.
Fin , le Royaume-Uni doit faire face à une véritable crise.
Dès le , la situation des armées française et britannique est catastrophique : les Allemands ont atteint la Manche, coupant l'armée française en deux et le corps expéditionnaire britannique en France se retrouve dans les semaines qui suivent coincé dans la « Poche de Dunkerque ». S'il réussit pour une bonne part à échapper à l'anéantissement au cours de la bataille de Dunkerque (fin mai-début juin) grâce à l'opération Dynamo, il a perdu la quasi-totalité de son équipement en blindés, en artillerie et de son parc automobile. De nombreux soldats sont même rapatriés sans plus aucun équipement individuel (armes, casques).
Le , le « Home Defence Executive » est formé sous la direction du général Sir Edmund Ironside, commandant en chef des forces intérieures, pour organiser la défense de la Grande-Bretagne. En juin, le VII Corps fut formé pour encadrer la réserve générale, y compris la blindée.
En août, les Allemands décident l'attaque des aérodromes militaires britanniques et des usines de l'industrie aéronautique dans l'intention de détruire la Royal Air Force dans le ciel et sur le sol anglais. Cette offensive aérienne démarre le , jour baptisé (« Jour de l'aigle »), le mauvais temps ayant repoussé d'un jour le déclenchement des opérations. C'est le début de la bataille d'Angleterre dans laquelle beaucoup de Britanniques voient le préliminaire à une invasion du Royaume-Uni qui se prépare donc avec tous les moyens dont il dispose encore pour faire face à cette menace.
vignette|300px|Ruines de l'Hôpital royal de Chelsea après la chute d'un V2.
L'armée de terre britannique exsangue a besoin de se reconstituer : un million et demi d'hommes sont donc enrôlés comme soldats à temps partiel dans la Home Guard. La construction rapide de fortifications de campagne a préparé une grande partie du Royaume-Uni, en particulier le Sud de l'Angleterre à devenir un champ de bataille. À court d'armes et d'équipements lourds, les Britanniques ont dû faire le meilleur usage de ce qui était disponible en se préparant à devoir éventuellement mener des opérations de guérilla sur les arrières de l'ennemi dans les zones du territoire national qui seraient tombées entre ses mains.
Le plan d'invasion allemand, l'opération Seelöwe (« opération Lion de mer » ou « opération Otarie »), n'a jamais abouti et les nazis n'ont jamais réussi à mettre un pied sur le sol britannique et à envahir le Royaume-Uni. Hitler ayant choisi au printemps de 1941 de mener la guerre contre l'Union soviétique (début de l'opération Barbarossa le ). Bien qu'ayant renoncé à ses plans d'invasion, l'Allemagne continuera cependant à mener une guerre de bombardements aériens contre le Royaume jusqu'à la fin du conflit, par le biais notamment des (missiles V1 et V2), qui contraindra celui-ci à maintenir son dispositif de protection aérienne jusqu'en 1945.
Aujourd'hui, il reste peu de vestiges, voire de traces, des préparatifs défensifs de l'Angleterre et de l'Écosse : seuls subsistent quelques ouvrages en béton armé, telles que les casemates, mais, jusque récemment, ils n'étaient pas reconnus comme monuments historiques.
La défense du Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre mondiale vignette|Plaque commémorant un raid de zeppelins allemands pendant la Première Guerre mondiale dans Farringdon Road à Londres. Le Royaume-Uni, qui avait déjà eu à subir des bombardements aériens allemands au cours de la Première Guerre mondiale, s'était donné les moyens « passifs » d'assurer sa défense antiaérienne dès les années 1920 mais rien n'avait été prévu, au début de la Deuxième Guerre pour faire face à une éventuelle invasion amphibie, le royaume comptant sur sa marine pour assurer sa défense insulaire. Il dut donc improviser pour faire face à la perspective d'une invasion allemande après la malheureuse campagne de mai-juin 1940 qui vit la destruction de son corps expéditionnaire en France, fer de lance de son armée.
En 1940 et en 1941, tous les moyens humains - y compris la population civile - et matériels furent donc mobilisés pour faire face à la fois à la guerre aérienne menée par la Luftwaffe dans le ciel britannique et à la menace d'une invasion trans-Manche en Angleterre. La Royal Navy eût par ailleurs à assurer la protection des convois maritimes chargés de l'approvisionnement du royaume en matières premières, ravitaillement et matériels venant de l'Empire et des États-Unis jusqu'en 1945.
Si la disparition de la menace d'une invasion permit de relâcher les mesures de défenses terrestres et côtières en 1941 pour réorienter la politique militaire britannique vers la préparation de la libération de l'Europe occupée avec l'arrivée des forces américaines en 1942, le Royaume-Uni eût cependant à assurer la défense de son territoire contre les assauts aériens allemands jusqu'à la fin de la guerre avec l'apparition des bombes volantes V1 et V2 et la mise en service par la Luftwaffe de bombardiers à long rayon d'action comme le Heinkel He 177 ou le bombardier à réaction Arado Ar 234. Défense contre la guerre aérienne (1939-1945) Au début des années 1910, le général d'aviation italien Giulio Douhet élabora la doctrine du bombardement stratégique dont les principes furent largement appliqués dès la Guerre d'Espagne par la Luftwaffe. Dès , l'Angleterre puis Londres furent la cible des zeppelins et des bombardiers Gotha allemands, dont les raids constituèrent la première mise en pratique des théories du général Douhet. Ces faits amenèrent le gouvernement britannique à mettre sur pied dès 1924 l' « Air Raid Precautions » et en 1925, l' « ». En 1936, les autorités militaires mettent en place le « Fighter Command » - commandement de la chasse aérienne.
Menace d'invasion (1940-1941) Contexte politique et militaire Le , l'Allemagne envahissait la Pologne, déclenchant la Seconde Guerre mondiale. Deux jours plus tard, le Royaume-Uni et la France déclaraient la guerre à l'Allemagne. Le 17, l'Armée rouge intervient à son tour et envahit les régions orientales de la Pologne conformément aux clauses secrètes du pacte Molotov-Ribbentrop signé avec l'Allemagne. Un corps expéditionnaire britannique (BEF) fut envoyé à la frontière franco-belge, mais la Grande-Bretagne et la France n'effectuèrent aucune action directe en faveur des Polonais. Le , la Pologne était défaite.
vignette|alt=Soldats britanniques réalisant des travaux de terrassement|Les travaux de constructions de défenses passives avaient commencé au Royaume-Uni dès l'époque de la « Drôle de guerre » : des Royal Engineers (pionniers du Génie) creusant des tranchées en 1939.
vignette|alt=Soldats du BEF montant la garde devant deux Gloster Gladiator|Soldats du BEF en France en janvier 1940. En arrière-plan, des chasseurs biplans Gloster Gladiator de la RAF.
Peu de combats eurent lieu au cours des mois qui suivirent. Durant cette période, connue comme la « drôle de guerre », les soldats français et britanniques s'entraînèrent au combat, construisirent des ouvrages défensifs et assurèrent la défense des frontières orientales de la France.
Le , l'Allemagne envahissait le Danemark et la Norvège, cette opération contrecarrant le plan britannique d'envahir la Norvège à des fins défensivesWar crimes trial judgement on the invasion of Norway, via The Avalon Project - consulté le 14 janvier 2008.. Le Danemark capitula immédiatement, et après de violents combats, la Norvège succomba. L'invasion de la Norvège fut le résultat d'une opération combinée au cours de laquelle la machine de guerre allemande projeta ses forces outremer. Ce succès en vint à être considéré par les Britanniques comme un sinistre présage, la Norvège désormais occupée offrant de nouvelles bases pour la Kriegsmarine et la Luftwaffe obligeant la Royal Navy et la Royal Air Force à distraire désormais des moyens pour la défense de l'Écosse..
Les 7 et , à la Chambre des communes britannique, le débat sur la Norvège révéla un fort mécontentement et une franche hostilité envers le gouvernement du premier ministre Neville Chamberlain. Deux jours plus tard, les événements évoluèrent rapidement, Chamberlain démissionna et fut remplacé par Winston Churchill.
Le , l'Allemagne envahissait la France. Le BEF se composait alors de d'infanterie en trois corps d'armée, d'une brigade de chars et d'un détachement de la Royal Air Force, soit environ 500 avions. Le BEF fut fixé par une attaque de diversion allemande à travers la Belgique et ensuite isolé par l'attaque principale qui traversa la forêt des Ardennes. Bien équipées et très mobiles, les divisions de Panzers de la Wehrmacht franchirent facilement les défenses préparées ; une autre leçon douloureuse. Il y eut des combats acharnés, mais, à l'issue de la campagne de Belgique (10-) et après le succès mitigé de la bataille d'Arras (), la plus grande partie du BEF se retira dans une petite zone autour du port français de Dunkerque.
Comme les choses avait mal tourné pour les Alliés en France, .
Doctrine de défense et organisation du commandement La pensée militaire évolua rapidement. Étant donné le manque de matériel et d'hommes bien formés, Edmund Ironside - fraîchement nommé à la tête du « Home Defence Executive », chargé de la mise en état défensif du Royaume, par Churchill - n'avait guère d'autre choix que d'adopter une stratégie de guerre statique, mais on s'aperçut bientôt que ce ne serait pas suffisant. Le général Ironside, commandant en chef des forces intérieures, fut critiqué comme ayant une mentalité d'assiégé, mais certains considèrent cette accusation comme injuste, car il avait compris les limites des lignes d'arrêt et ne s'attendait pas à les voir tenir indéfiniment...
vignette|alt=Edmund Ironside et Lord Gort étudiant une carte|Edmund Ironside (au centre) et Lord Gort, chef du BEF, au début de la guerre.
Cependant, le Premier ministre Churchill n'était pas satisfait des progrès d'Ironside, en particulier en ce qui concernait la création d'une réserve mobile. Anthony Eden, secrétaire d'État à la Guerre, suggéra qu'Ironside devait être remplacé par le général Brooke (plus tard vicomte Alanbrooke). Le , Churchill passa l'après-midi avec Brooke. et fut rapidement convaincu qu'ils étaient en étroit accord sur la meilleure façon de défendre la nation. Le , Brooke remplaça IronsideLe récit de Churchill suggère que la réunion de l'après-midi et la promotion de Brooke eurent lieu le même jour (Churchill, 2005, ) mais le journal de Brooke mentionne un délai de deux jours entre les deux..