Le yézidisme, Sherfedîn ou religion des sept archanges, est une religion monothéiste de la communauté ethno-religieuse yézidie. qui est présentée par ses pratiquants (les yézidis, yazidis ésides, jésides ou yésides) comme plongeant ses racines dans l'Iran antique.15 mars 2010.....
Les yézidis forment une minorité confessionnelle. Ils sont adeptes d’un monothéisme issu d'anciennes croyances. On retrouve en effet de nombreuses similitudes entre le yézidisme actuel et les religions de l'Iran ancien. Ainsi, le yézidisme est considéré par ses pratiquants comme une survivance du mithraïsme iranien qui s'est adapté à un environnement hostile en absorbant des éléments exogènes.., notamment les enseignements de Cheikh Adi, un savant soufi qui s'est installé dans la vallée de Lalesh au . Cependant d'autres études (européennes ou celles de théologiens musulmans) le considèrent comme un mouvement hétérodoxe de l'islam sunnite apparu au et sur lequel des éléments pré-islamiques ont par la suite été greffés.
Généralités Géographiquement localisé dans le Kurdistan et dans le Caucase (Arménie, Géorgie), le yézidisme est présenté par ses pratiquants comme l'une des plus vieilles religions monothéistes.
Les Yézidis sont kurdophones et parlent exclusivement le dialecte kurmandji. Ils constituent moins de 5 % de la population kurde prise dans son ensemble. Ils vivent pour l'essentiel au Kurdistan irakien au Bahdinan, dans les deux districts de et de (au sud-ouest et au nord-est de Mossoul), au Kurdistan turc dans le district de Midyad (province de Mardin), dans le Caucase (essentiellement en Arménie) et dans d'autres régions de l'ancienne URSS. À la suite des persécutions, beaucoup d'entre eux ont émigré en Allemagne..
Le principal lieu de culte des Yézidis est le temple de Lalech. Ce lieu saint est situé dans la province de Ninive, dans le Kurdistan irakien.
Les Yézidis possèdent deux livres sacrés : le Kitêba Cilwe, le Livre des Révélations, et le Mishefa Reş, le Livre noir. Le Kitêba Cilwe décrit Malek Taus (littéralement « l'ange-paon », l'émanation de Dieu) et sa relation spéciale avec les Yézidis, alors que le Mishefa Reş décrit la création de l'Univers, des sept grands anges, des Yézidis et les lois que les Yézidis doivent suivre. Toutefois, des études académiques plus récentes mettent fortement en doute l'authenticité de ces textes qui seraient des faux diffusés par un antiquaire peu scrupuleux du nom de Jeremiah Shamir à MossoulJ. F. Coakley, « Manuscripts for sale: Urmia. 1890-2 », Journal of Assyrian Academic Studies, , , 2006, référence dans laquelle il est fait mention des activités douteuses d'un antiquaire peu scrupuleux du nom de Jeremiah Shamir à Mossoul présenté comme la source des faux. Voir également Encyclopedia Iranica, édition en ligne, New York, 1996, à l'entrée "Jelwa, Ketab Al" qui donne des raisons linguistiques pour appuyer la forgerie en question. Pour des informations sur ce Jeremiah Shamir, voir John Guest, The Yezidi, a Study in Survival, London Routledge Kegan and Paul, 1987, et B. Acikyildiz, "The Yezidis: The History of a Community, Culture and Religion", I. B. Tauris and Co., New York, 2010, et suivantes..
Le dialecte kurde kurmandji est la langue sacrée des Yézidis. Comme il s'agit de la langue employée dans les deux livres sacrés, toutes les prières et toutes les cérémonies sont lues, récitées et prononcées en kurmandji..
La transmission orale tient une grande place : peu de Yézidis ont lu ou vu les deux livres saints. Les fidèles de cette religion croient en un dieu unique : Xwede. Ce mot est à rapprocher des mots god en anglais, Gott en allemand ou encore khodā (خدا) en persan. Malek Taous tient cependant une place importante dans cette religion. Avant de créer le monde, Dieu a créé les sept anges et désigné Malek Taous comme leur chef. Une fois le monde créé, Dieu a chargé Malek Taous de s'en occuper.
Les Yézidis ont un système de castes depuis leur fondation, qui a cependant été modifié par Cheikh Adi au . Au sommet de cette hiérarchie se trouve le prince yézidi, le « Mîr ». Juste au-dessous de lui il y a le Baba Cheikh, le « pape » yézidi. Les Faqirs, Qewels et Kocheks, qui sont des serviteurs religieux, servent le Baba Cheikh. Toutes ces positions hiérarchiques sont détenues par deux des trois castes yézidies principales, les Cheikhs et les Pirs, tandis que la majorité des yézidis sont de la caste de Murids, qui est la caste du commun des mortels.
Aspects démographiques Il est difficile de connaître le nombre exact de Yézidis : une estimation donne un total de . Une autre de 200 000 à 300 000. Ils ont pu être en Irak . L’estimation du nombre de Yézidis a toujours été très difficile. Les raisons de cette incertitude sont variables selon les époques, les pays mais aussi la source des estimations. La difficulté d’accès à leur zone d’habitation est un élément majeur. Ce sont en grande partie les persécutions physiques qui poussent les Yézidis à rejoindre ces zones difficiles d’accès. Ces populations se trouvent de plus au cœur de nombreux enjeux politiques, ce qui contribue aussi à la difficulté d’estimations chiffrées : mise en place de quotas par exemple.
Le PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan affirme que plus de (2009) vivraient en Turquie.
En Irak, en , le congrès des Yézidis affirme qu'ils étaient plus de en Irak, mais qu'entre 2014 et 2018, ils furent en partie victimes de génocide sous Daech, et une autre grande partie a choisi le chemin de l'exil.
En Iran, le nombre de Yézidis est difficile à établir : les autorités iraniennes indiquent quelques milliers de représentants tout au plus, alors que différents mouvements kurdes indiquent au moins plus de .
En Arabie Saoudite, la religion yézidie n'est pas reconnue, et ses membres, persécutés, doivent pratiquer clandestinement, ou partir pour l'étranger. Le nombre de Yézidis en Arabie Saoudite est inconnu.
Il existe de petits groupes de Yézidis en Arménie, en Palestine, en Jordanie, au Pakistan, en Afghanistan, au Turkménistan, au Tadjikistan, en Égypte, au Koweït, et aux Émirats arabes unis.
Aux États-Unis et au Canada, ils sont très dispersés, avec une immigration récente, de telle sorte qu'il est encore trop tôt pour que ces deux pays donnent des estimations sur le nombre de Yézidis.
En Europe du fait de l'immigration, on trouve des groupes de Yézidis en Allemagne, en France, au Royaume-Uni, en Belgique (90 % en province de Liège) et dans les pays scandinaves.
Dans l'ensemble du Kurdistan, la religion yézidie est bien vue et tolérée par les autochtones kurdes, car cette religion est l'un des éléments de l'identité, de l'histoire, de la culture, et de la vie des Kurdes. Pour les Turcs et les Arabes, ce sont une religion et des croyances qui relèvent du passé, et ses pratiquants sont considérés comme des ruraux arriérés. Pour les fondamentalistes musulmans, le yézidisme doit tout simplement disparaître, tout comme d'autres croyances et religions, comme les chrétiens, et les mandéens.
Depuis les conflits des années 1980, même si les Kurdes sont majoritairement musulmans sunnites, leurs regards sur les Yézidis a changé, et ils montrent plus d'attention à cette religion de leurs ancêtres, alors qu'auparavant le sentiment à cet égard était plutôt indifférent et que cette religion était souvent assimilée, par exemple, au folklore local.
Origines du nom Yézidi vignette|L'archange yézidi Taous Malek.
L’origine du nom même de yézidi est débattue. Le terme yézidi fait l’objet d’un double emploi. Il s’utilise aussi bien pour parler d’un individu appartenant à la tribu des Yézidis, que pour parler d’un pratiquant du yézidisme.
Les Yézidis honorent l'archange Taous Malek (Tawûs veut dire paon). Le nom de yazidi provient du proto-iranien yazatah qui veut dire « être digne d'adoration » ou « être saint », d'où ange ou être suprême, que l'on retrouve dans l'avestique Yazata, le moyen-persan yazad et yazd, au pluriel yazdan, qui aboutit en persan moderne à izad et en kurde à yezid et yezdan.
Yezdan en kurde veut dire à la fois dieu et divin. Mais le nom yézidi peut également provenir de Xwede Ez da (Men da), signifiant j'ai été créé par Dieu en kurde moderne. Les lettres YZD en écriture cunéiforme, trouvées sur une tablette mésopotamienne, confirment l’existence ancienne de leur croyance.
Pour Jean-Paul Roux, leur nom renvoie à celui du calife Yazīd Ier (680-683) qui réprima la révolte des partisans d'Ali et qui au cours de la bataille de Kerbala, tua Al-Hussein ibn Ali, fils de ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib et petit-fils du prophète Mahomet. Yazīd étant la « bête noire » des chiites, il n'est pas possible de lier ces derniers aux Yézidis, qui resteront fidèles au calife omeyyade lors de la révolution abbasside de 750..
Histoire du yézidisme Difficulté d’étudier le yézidisme vignette|Yézidis à Mardin, fin du .
L’une des premières références connues sur les Yézidis est le Livre de la Gloire, appelé Chronique des Kurdes, de Cheref ed-Din Khan, écrit en 1597. Cet émir de Bitlis (près du lac de Van, en Turquie) fait mention de sept grandes tribus kurdes, qui auraient été à un moment ou à un autre entièrement ou principalement yézidies. Dans la deuxième moitié du , le vice-consul français de Mossoul, M. Siouffi, démontrait, contre l’opinion des nestoriens locaux, que le Cheikh Adi était musulman, et non l’apôtre chrétien Addaï. À la même époque, le professeur A.H. Layard étudie sérieusement cette communauté et ouvre la voie aux études ultérieures. Son nom est resté comme celui du premier savant s’étant penché sur l’étude des Yézidis. En Irak, des Yézidis ont publié un recueil de textes issus de leur tradition orale, en particulier de leur caste religieuse nommée Qewels. En URSS est cité le livre de deux auteurs yézidis, O. et J. Jelil : Kurdski folklor, publié en 1978. Les principaux ouvrages actuels de référence sont ceux de Ph. G. Kreyenbroek et de J. S. Guest. Ces auteurs insistent sur le fait que les Yézidis ne constituent pas une communauté compacte, mais des communautés dispersées, chacune méritant une étude particulière.
Moyen Âge Au , le Cheikh Adi semble avoir eu une influence durable chez les Yézidis orientant leur religion vers le mysticisme. Il devint par la suite leur grand ancêtre fondateur. Les Yézidis l'ont adopté comme leur saint archétypal. Adi a été célébré à cause de sa vie sainte. Il a fondé un ordre religieux nommé d'après lui-même, al-Adawiya. Son sépulcre est indiqué par trois coupoles coniques dans les environs du village de Baadri, non loin à l'est du monastère Rabban Hormizd. Son tombeau attire toujours un grand nombre de personnes sous forme notamment de processions de nuit à la lumière des torches qui comprennent des expositions du drap de couleur verte couvrant la tombe.
En 1513, les Kurdes sont vus comme des gens vaillants et farouches.. Un document d'époque indique notamment que les Kurdes qui portent alors le turban n'ont pas voulu recevoir la secte de Sich Ismaël.
Au , les Jésides (Yézidis) avaient des différends avec les Turcs..
À la même époque, les us et coutumes de certains membres de cette communauté sont décrits par Michel Febvre. Celui-ci considère que les Yézidis pouvaient détester les Turcs musulmans qui leur demandaient plusieurs sortes de tributs, et reconnaître une similitude entre Jésides et Jésus-Christ. Pour lui, les Jésides avaient deux formes d’habits : les uns étaient vêtus en noir, les autres à la manière du pays. Les habits noirs étaient portés par les fakirs, hommes mariés monogames et respectés. L'activité économique consistait alors à garder les troupeaux, notamment de chèvres, et à ensemencer les terres. Cela peut leur donner un air de nomades bien qu'ils aient une maison.