La slovaquisation est un terme donné à la politique d'adoption des noms slovaques des toponymes de Slovaquie et à l'assimilation culturelle et linguistique des minorités non-Slovaques du pays, depuis 1918.

Enjeux thumb|264px|Hongrois en Slovaquie (recensement 2001)

Les Hongrois représentent la principale minorité ethnique de Slovaquie ( soit 9,7 % de la population, au recensement de 2001)

Avant la formation de la Première république tchécoslovaque, les noms slaves locaux n'avaient pas de reconnaissance officielle : depuis 1867, seul le hongrois était langue officielle. Seules les formes allemandes ou hongroises des noms étant reconnues par l'Autriche-Hongrie, la langue slovaque ne permettait pas de poursuivre des études au-delà de l'école primaire, et les associations culturelles slovaques étaient étroitement surveillées et souvent persécutéesRobert William Seton-Watson, A History Of The Czechs And Slovaks, Archon Books, Hamden, Connecticut, 1965 ( éd. Hutchinson & Co., Londres 1943). Après 1918 et la dislocation de l'empire austro-hongrois, la slovaquisation a été une réaction à cette situation antérieureĽubomír Lipták, Petite histoire de la Slovaquie, Institut d'Études Slaves, Paris 1996, 127 p. ..

Débats sémantiques

Les Slovaques appelaient le territoire où ils vivaient Slovensko (« Slovaquie »), terme apparu par écrit au sans que ses limites territoriales soient précisément définies. Diverses sources du y font référence sous les dénominations Sclavonia ou encore Slováky, noms qui qualifiaient une aire géographique habitée par les Slovaques, aux limites indéfinies, sans statut légal, constitutionnel ou politique à l'intérieur du royaume de Hongrie.

À l'époque des guerres ottomanes, le terme hongrois (littéralement : « Haute-Hongrie », en , en ) correspondait à la partie nord-est du royaume de Hongrie (l'est de la Slovaquie et la Ruthénie subcarpathique), alors que les régions au nord-ouest (l'ouest de la Slovaquie) appartenaient à la « Basse-Hongrie » (). Dans l'organisation administrative et militaire () de la Hongrie royale intégrée dans la monarchie des Habsbourg, la « capitainerie de Haute-Hongrie » () était située à l'est de la « capitainerie des villes minières » () dont le territoire correspond à peu près à la moitié ouest de la Slovaquie actuelle. Lorsque la plus grande partie de cette zone nord-est de la Hongrie royale est devenue brièvement entre 1682 et 1685, sous Imre Thököly, une principauté indépendante vassale de l'Empire ottoman, elle a gardé ce même nom de « Haute-Hongrie » ().

Le mot slovaque Horné Uhorsko fait référence à la Hongrie dans son territoire d'avant 1918 ethniquement hétérogène : Uhorsko. Le mot Maďarsko (prononcé madjarsko) désigne quant à lui la Hongrie en tant qu'État-nation ethniquement homogène des Magyars, issu de la fragmentation en 1918 de la précédente, et dont les frontières furent dessinées par la « commission Lord » en 1919 et officialisées au traité de Trianon en 1920. D'usage encore rare en hongrois au et devenant fréquent à partir du , le terme désignait les zones montagneuses du nord du royaume de Hongrie, soit les versants sud des Carpates, à population mélangée consistant principalement en Slovaques, avec des minorités hongroises, allemandes, ruthènes et juives. Le mot, avec son élément essentiel « du haut », s'opposait aux plaines du sud (grande plaine de Hongrie) et (petite plaine de Hongrie) avec leur élément « du bas », et pouvait être utilisé comme synonyme de . Ce nom géographique a pour équivalents en , en , en yiddish : .

Cependant, la signification de ce nom propre a évolué après la Première Guerre mondiale, alors que « Haute-Hongrie » n'était plus utilisé. fut alors utilisé en hongrois pour désigner les régions détachées de la Hongrie au nord du pays (Slovaquie et Ruthénie subcarpathique), puis après la Seconde Guerre mondiale pour désigner la Slovaquie seule, puisque la Ruthénie subcarpathique (ou Transcarpatie) avait été annexée par l'URSS.

Aujourd'hui en Hongrie, peut être utilisé pour désigner la Slovaquie. C'est également le seul terme utilisé dans l'historiographie hongroise pour parler de la Slovaquie actuelle au Moyen Âge (de façon anachronique, puisque le terme n'était pas encore utilisé en hongrois à l'époque). Les trois comitats de l'ancienne Haute-Hongrie qui restèrent intégrés à la Hongrie après la Première Guerre mondiale ne sont jamais appelés Haute-Hongrie (), mais uniquement Hongrie du Nord ().

Ces nuances ne sont pas anodines : l'usage de « Haut-Pays » pour désigner l'ensemble de la Slovaquie actuelle est perçu par les Slovaques comme offensant, et comme inapproprié par les Hongrois non-nationalistes.. Depuis la chute des régimes communistes en Europe, les représentants des Hongrois de Slovaquie emploient couramment pour désigner les régions où ils sont localement majoritaires dans un sens autonomiste territorial.. Ainsi, le quotidien de Slovaquie de langue hongroise Új Szó distingue systématiquement de « Slovaquie ». Un certain nombre de membres de la minorité hongroise de Slovaquie se désignent eux-mêmes comme (littéralement : « Hongrois du Haut-Pays »), impliquant sémantiquement que la Slovaquie n'est qu'une partie de la Hongrie historique ; dans le même esprit, dans la géographie de la Slovaquie (et des autres pays voisins de la Hongrie où vivent des minorités hongroises) les noms magyars sont toujours qualifiés d'« historiques » tandis que les noms slaves ou autres sont qualifiés de « néologismes » comme s'ils avaient été inventés en 1920, seulement au moment où ils sont devenus officiels.

Cet hongrois () s'inscrit dans la thèse du « Désert des Avars » (, ) émise au pour délégitimer les revendications des slaves d'Autriche-Hongrie, thèse selon laquelle les Magyars d'outre-frontières seraient les d’une population hongroise initialement uniforme dans tout le bassin du moyen Danube au , qui aurait été progressivement submergée à partir du par slaves ou valaques. Ainsi, la diversité des populations de la Hongrie d’avant 1918 serait le fruit d’une , et le traité de Trianon serait l'aboutissement d’un processus de . Beaucoup d’auteurs et de cartographes hongrois considèrent toute autre thèse comme « fausse » et « inventée »..

En 2006, le slovaque Robert Fico réagit en demandant aux Magyars de revenir à un ( [« Le gouvernement et le Premier ministre changent l'histoire »]) et les manuels scolaires slovaques d'histoire promeuvent, en insistant sur l'ancienneté des Slovaques, selon la formule de la Matica slovenská. Ils décrivent la Grande-Moravie en tant qu'État « proto-tchécoslovaque » et même « proto-slovaque », ce qui selon Edouard Krekovič, Elena Mannová et Eva Krekovičová est un mythe nationaliste, au même titre que la qui en fait n'existaient pas ou n'étaient pas spécifiquement slovaques auparavant. Le politologue slovaque Miroslav Kusý explique qu'en utilisant une telle rhétorique scientifiquement discutable, le discours de Fico était l'équivalent slovaque du grand-hungarisme magyar, visant à récrire l'histoire pour renforcer le chauvinisme.

Ces dérives pseudo-historiques des deux côtés de la frontière font obstacle à la naissance d'un manuel d'histoire commun et objectif, à l'image du manuel d'histoire commun franco-allemand [Ils vont parler des Proto-Slovaques même dans le manuel d'histoire commun].

Sources et bibliographie

Voir aussi Traité de Trianon Magyarisation Roumanisation

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