Jean Galtier-Boissière, né le à Paris et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un romancier, polémiste, peintre et journaliste français, créateur du périodique satirique Le Crapouillot, et un temps journaliste au Canard enchaîné. Biographie
Origines familiales Yves-Alfred-Pierre-Jean Galtier-Boissière est le fils d'Émile-Marie Galtier-Boissière, médecin et auteur du Larousse médical, et de Louise Ménard (1861-1957), artiste peintreCimetière du Montparnasse, .. Il est le neveu d'Émile-René Ménard, peintre, et le petit-neveu de Louis Ménard, écrivain.
La famille Galtier est originaire de l'Aveyron. L'un de ses ancêtres s'est distingué au en se faisant appeler Galtier de la Boissière, du nom d'un domaine qu'il possédait. C'est son grand-père, Pierre Galtier de la Boissière, ami d'Edgar Quinet et de Louis Blanc, qui renonça à la particule et se fit appeler Galtier-BoissièreJean Galtier-Boissière, Mémoires d'un Parisien, La Table Ronde, 1960, ..
À l'âge de sept ans, il entre à l'École Alsacienne, où il côtoie les fils de la bourgeoisie protestante parisienne. Son goût pour le journalisme s'affirme déjà : vers 1901, il imprime quelques numéros de l'Écolier alsacien, huit pages recto-verso, vendus dix centimes. Bachelier en 1910, il s'inscrit en philosophie à la Sorbonne, assiste aux cours de Victor Delbos, Léon Brunschvicg, Émile Durkheim.
La Première Guerre mondiale et Le Crapouillot Il est incorporé dans l'armée en 1911 pour trois ans, mais, pour cause de guerre, il ne la quittera qu'en 1918. Il participe à la retraite de puis à l'avancée de la Marne. Il laissera ses souvenirs de fantassin, marchant dans un sens puis dans l'autre sans comprendre ce qui se passe, dans son roman La fleur au fusil. Puis suit la longue période de la guerre « enterrée ». Son livre En rase campagne. 1914. Un hiver à Souchez. 1915-1916, formé de son journal de guerre d'août- et de ses souvenirs des tranchées, publié en , recueille les louanges de Jean Norton Cru, qui dans son ouvrage Témoins, lui attribue une valeur de témoignage lui valant de figurer dans la catégorie I, c'est-à-dire celle qualifiée d'excellente par Norton CruTémoins, éd. Les Etincelles, 1929 - cf. et 923-924 de la réédition abrégée, Agone, Marseille, 2022..
Il crée dans les tranchées un journal, Le Crapouillot, d’orientation anarcho-pacifiste, qui commence par quelques feuilles ronéotypées et devint un journal majeur de l'après-guerre. Pacifiste et homme de gauche, proche de Gaston Bergery, Galtier-Boissière a de bons rapports avec la LICALe Droit de vivre, 14, 21, , 5, ..
Le polémiste Il collabore à un autre journal, Le Canard enchaîné, lui apportant sa patte de polémiste. En désaccord avec l'influence des communistes dans ce journal, il le quitte durant la guerre d'Espagne, à la suite d'un différend avec Pierre BénardLettre du à Maréchal, directeur du Canard enchaîné : Cité dans : Galtier-Boissière, Mémoires d'un Parisien, Tome II, ..
vignette|redresse|Jean Galtier-Boissière, photographie anonyme. Rentré à Paris le Jean Galtier-Boissière, Mon Journal dans la drôle de paix, La Jeune Parque, 1947, : "Le 15 août 1940, le jour même de mon retour à Paris...", pendant la Seconde Guerre mondiale, ses sympathies vont vers les Alliés, les gaullistes, les Juifs mais elles restent platoniques. L'universitaire israélien Simon Epstein considère qu'après la Seconde Guerre mondiale, les écrits de Jean Galtier-Boissière, , contribuèrent à maintenir la mémoire des parcours occultés de nombreuses personnalités.
En particulier, ses textes fourmillent de références sur les parcours des antiracistes devenus hitlériens, par exemple dans son Dictionnaire des girouettesNuméro spécial du Crapouillot, 1957.. Il règle en particulier ses comptes avec Le Canard enchaîné, dont nombre de journalistes qui l'avaient accusé de tiédeur face au fascisme ont sympathisé avec la Collaboration : Jean Galtier-Boissière, Journal 1940-1950, Paris, Quai Voltaire, 1992, ..
Dans son journal, dans son Dictionnaire des girouettes, dans ses mémoires, Jean Galtier-Boissière s'attache à rappeler les parcours et les évolutions de ses contemporains. Lui-même conservera toujours son attachement à un pacifisme inconditionnel et à une ouverture à tous les courants. Dans l’éditorial du numéro 11 du Crapouillot de l’après-guerre, en 1950, il déclare tenir à « donner la parole dans un même numéro aux personnalités les plus opposées, aux adversaires les plus irréductibles ». C’est là, pour lui, la « manifestation d’un libéralisme que Crapouillot entend perpétuer contre vents et marées ».
Ces positions, qui le rendent aussi très critique à l’égard des procès de l’après-guerre, quelle qu’en soit la cible, lui vaudront d’être incriminé par certains essayistes, comme Simon Epstein, lequel l’accuse de s’être montré trop accueillant, en tant que libraire et auteur, aux écrits de Paul Rassinier. Florent Brayard, de son côté, lui reproche d’avoir mis sur le même pied le génocide des Juifs et celui des « Peaux-Rouges », le massacre d’Oradour-sur-Glane et les bombardements d’Hiroshima. Galtier-Boissière s’en était pourtant défendu par avance : « L’étude comparée des atrocités est un sujet particulièrement délicat à aborder car l’historien simplement objectif risque de révolter les victimes des sévices de l’ennemi et leurs parents ainsi que les esprits conformistes qui constituent 95% du public. »
Mais ses ouvrages seront récupérés par l'extrême droite et utilisés, avec les publications d'Henry Coston et les textes de Roger Mennevée, comme sources pour l'article « Le Parlement aux mains des banques » (1955), où Paul Rassinier par le biais de la revue Contre-Courant de l'anarchiste Louis Louvet« Rassinier Paul », [Dictionnaire des anarchistes], Le Maitron (lire en ligne)..
Galtier-Boissière meurt le à Neuilly-sur-Seine ; il est inhumé au cimetière de Barbizon auprès de son épouse morte en 1975.
Œuvres Romans La Bonne Vie, Bernard Grasset, 1925. Loin de la rifflette, éditions G. Crès et , 1921. La Fleur au fusil, Éditions Baudinière, 1928 ; réédition avec Loin de la rifflette, Mercure de France, 1980 ; réédition seule, Vendemiaire, , 2014. La Vie de garçon, Les Éditions de France, 1930. Trois héros, La Jeune Parque, 1947 . La Colonelle Huppenoire : roman de cape et de sabre, Du Lérot éditeur, 2014.
Théâtre Au pays des contes bleus, comédie en 1 acte et en vers, éditions Larousse, 1908.
Autres publications En rase campagne. 1914. Un hiver à Souchez. 1915-1916, avec 17 illustrations par l'auteur, Berger-Levrault, 1917 - Prix Montyon 1918 Un hiver à Souchez, Les Étincelles, , 1930. Histoire de la presse, Crapouillot, 1934. Le Bourrage de crânes, Crapouillot, 1937. Le Panier de crabes, souvenirs d'un polémiste (1915-1938), Crapouillot, 1938. Mon journal pendant l'Occupation, La Jeune Parque, 1944 ; réédition, Paris, Libretto, , 2016. Mon journal depuis la Libération, La Jeune Parque, 1945 ; réédition, Paris, Libretto, , 2016. La Belle Amour, La Bonne Compagnie, 1943 . Tradition de la trahison chez les maréchaux, suivie d'une vie de Philippe-Omer Pétain. Trémois, 1945, . Mon journal dans la drôle de paix, La Jeune Parque, 1947 ; réédition, Paris, Libretto, , 2017. Mon journal dans la grande pagaïe, La Jeune Parque, 1950 ; réédition, Paris, Libretto, , 2017. Les quatre volumes du Journal parus entre 1944 et 1950 ont été réédités par les éditions Quai Voltaire en 1993 en un seul volume. Dictionnaire des contemporains, Crapouillot, 1950. Dictionnaire historique, étymologique et anecdotique d'argot, en collaboration avec Pierre Devaux, Crapouillot, 1950. Dictionnaire des girouettes, 2 tomes, Crapouillot, 1957. Mémoires d'un Parisien (tome 1, 1834-1919), La Table ronde, 1960. Mémoires d'un Parisien (tome 2, 1919-1938), La Table ronde, 1961. Mémoires d'un Parisien (tome 3, 1939-1960), La Table ronde, 1963. Réédition des trois volumes de 1960, 1961 et 1963, aux éditions Quai Voltaire en 1994 à la Table ronde en un seul. Histoire de la Guerre 1939-1945, avec la collaboration de Charles Alexandre, La Jeune Parque, tome 1 (1939-1940) ; tome 2 (1940-1945), 1965. Histoire de la grande guerre 1914/1918, avec le concours de René Lefèbvre, archiviste du Crapouillot, 1966 Autour du "Crapouillot" : choix d'articles et de correspondances, 1919-1958, Du Lérot éditeur, 1998 (publication posthume)
Préface P'tit pote, roman en argot de Géo Sandry et Jean Kolb, illustrations de James Hodges. Paris, La Couronne Littéraire. 1950. Grand prix de l'argot
Œuvres picturales
Défilé des mutilés, , 1924, huile sur toile, Paris, La contemporaine.
Notes et références
Annexes Bibliographie ,
Liens externes
Liste complète des œuvres de Jean Galtier-Boissière sur le site de l'OCLC.
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