Le naziréat (en hébreu : ) est une institution religieuse, attestée par les écritures bibliques, la littérature extra-biblique et l'archéologie, au sein de la religion ancienne d'Israël (pré-exilique) et du judaïsme ancien (587 avant J.-C. - 70 après J.-C.). Cette institution consiste pour un homme ou une femme à prendre ou recevoir le statut de « nazir » (en hébreu : ) en s'abstenant de se couper les cheveux et de boire du vin.
La recherche exégétique et historique distingue deux formes de naziréat : le naziréat guerrier : élection divine de jeunes hommes (), peut-être en vue de la guerre ; le naziréat votif : vœu prononcé librement par un homme ou une femme afin d'obtenir un bienfait divin.
Étymologie et sémantique
Le verbe hébreu correspondant à cette racine est , nâzar, qui, suivant le mode, signifie « s'abstenir », « séparer » ou « consacrer » , c'est-à-dire « séparer au profit de la divinité » (dix occurrences : Lv 15,31 ; Lv 22,2 ; Nb 6, 2.3.5.6.12 ; Ez 14,7 ; Os 9,10 ; Za 7,3).
L'acteur de cette consécration est un nazir, (seize occurrences dans la Bible hébraïque, la première en Genèse 49, 26), que l'on pourrait donc traduire littéralement par « le séparé » comme le fait la version grecque d'Aquila.. Le mot « nazir » vient d'un mot hébreu qui signifie étymologiquement « séparé », puis qui prit le sens de « consacré ».
Il existe également une deuxième forme substantivée de la racine nzr : , nezȩr. Cette forme revient vingt-quatre fois dans la Bible hébraïque, dont douze en Nb 6,1-21. Étymologiquement, nezȩr peut donc se traduire, selon les traducteurs, par « séparation », « abstinence », « consécration » ou même par le néologisme « naziréat ». Ce mot permet de désigner la période durant laquelle le voué est consacré. Pourtant un problème sémantique se pose. Dans la majorité des occurrences en dehors de Nb 6, nezȩr désigne un « diadème » fait de matières minérales précieuses (or, argent, pierres précieuses) ou végétales (cf Ps 132,18) qui se place sur la coiffe d'un haut-dignitaire de la société. Une étude sémantique des occurrences permet de montrer que le nezȩr est toujours un signe visible de consécration par et pour Dieu placé sur la tête d'une personne importante en particulier le Roi (2 R 11,12 ; 2 Ch 23,11 et 2 S 1,10) ou le Grand Prêtre (Ex 29,6 ; Ex 39,30 ; Lv 8,9). Dans le cas du nazir, ses cheveux deviennent le « nezer de son Dieu » (Nb 6,7).
En hébreu moderne, par un phénomène de glissement sémantique, le mot « nazir » est couramment employé pour désigner un moine, qu'il soit chrétien ou bouddhiste.
Histoire
L'hypothèse du naziréat guerrier
Pour la recherche actuelle, le naziréat charismatique serait la forme antique ayant été pratiquée, avant l'Exil, dans la religion ancienne d'Israël. Le naziréat était alors réservé aux jeunes hommes, choisis par la divinité YHWH, donc « séparés » du reste du peuple. Le but de cette consécration est incertain, mais elle pourrait être en lien avec un ancien rituel propre à la guerre. Les nazirs antiques auraient été alors de jeunes guerriers yahwistes à la manière des éphèbes athéniens.
La source la plus ancienne dont nous disposons est la mention des nazirs dans le livre d'Amos (Am 2,11-12), qui prophétisait dans le Royaume du Nord, daté par l'exégèse moderne de la fin du :« J'avais suscité parmi vos fils des prophètes, et parmi vos jeunes gens des nazirs ! N'en est-il pas ainsi, enfants d'Israël ? Oracle de Yahvé. Mais vous avez fait boire du vin aux nazirs, aux prophètes, vous avez donné cet ordre : " Ne prophétisez pas ! " »Amos décrit les nazirs comme de jeunes hommes suscités par Dieu et dont la principale caractéristique était de ne pas consommer de vin.
C'est par ce naziréat qu'aurait été consacré Samson en Jg 13, où il n'est jamais question de vœu (en hébreu נֶדֶר) mais d'une élection divine imposée. Le motif de la chevelure, source de sa force, apparaît comme un argument supplémentaire pour la thèse d'un naziréat guerrier. En effet, la pratique guerrière consistant à laisser croître sa chevelure librement est attestée en Jg 5,2 mais également dans différentes cultures méditerranéennes comme chez les Grecs et les Arabes.
Le naziréat votif
Le naziréat votif apparaît comme un phénomène plus récent dans l'histoire. Il semble en effet qu'il soit le fruit de l'évolution de la religion ancienne d'Israël vers le judaïsme ancien qui advint durant et après l'Exil à Babylone, à partir de la reconstruction du second Temple de Jérusalem, en 516 avant J.-C. Cette forme votive a été codifiée par les prescriptions décrites au Livre des Nombres () dont la rédaction sacerdotale (P) de l'époque perse, au , conforme l'antique institution guerrière à une piété juive plus orthodoxe et plus soumise aux autorités religieuses du TempleSusan Niditch, "Defining and controlling others within: hair, identity, and the Nazirite vow in a Second Temple context", in Daniel Harlow, The "Other" in Second Temple Judaism: essays in honor of John J. Collins, 2011, Grand Rapids-Michigan, Eerdmans.
Nombres 6,1-21
« 1 Le SEIGNEUR dit à Moïse : 2 "Parle aux fils d'Israël et dis-leur : Lorsqu'un homme ou une femme s'engage par vœu de naziréat à se consacrer au SEIGNEUR, 3 ce nazir s'abstiendra de vin et de boissons alcoolisées : il ne boira ni vinaigre de vin ni vinaigre d'alcool ; il ne boira aucune sorte de jus de raisin et ne mangera ni raisins frais ni raisins secs. 4 Pendant tout le temps de son naziréat, il ne mangera d'aucun produit fait avec le fruit de la vigne, ni avec les pépins ni avec la peau. 5 Pendant tout le temps de son vœu de naziréat, le rasoir ne passera pas sur sa tête ; jusqu'à l'achèvement du temps pour lequel il s'est consacré au SEIGNEUR, il sera saint, il laissera croître librement les cheveux de sa tête. 6 Pendant tout le temps de sa consécration au SEIGNEUR, il ne se rendra pas auprès d'un mort. 7 Que ce soit pour son père ou sa mère, pour son frère ou sa sœur, il ne se profanera pas à leur contact s'ils viennent à mourir, car il porte sur sa tête la consécration de son Dieu. 8 Pendant tout le temps de son naziréat, il sera saint pour le SEIGNEUR.
9 Si, inopinément, quelqu'un vient à mourir auprès de lui de mort subite, profanant sa tête consacrée, il se rasera la tête le jour de sa purification ; il se la rasera le septième jour, 10 et le huitième il apportera au prêtre, à l'entrée de la tente de la rencontre, deux tourterelles ou deux jeunes pigeons ; 11 le prêtre offrira l'un en sacrifice pour le péché, l'autre en holocauste et il fera pour le nazir le rite d'absolution du péché qu'il aura commis à cause de ce mort. Ce même jour, le nazir sanctifiera sa tête, 12 il se consacrera de nouveau au SEIGNEUR pour le temps de naziréat qu'il s'était fixé et il apportera un agneau d'un an en sacrifice de réparation. Les jours précédents ne compteront pas, du fait que son naziréat a été profané."
13 Voici la loi concernant le nazir : le jour où s'achève le temps de son naziréat, on le fait venir à l'entrée de la tente de la rencontre 14 et il apporte son présent au SEIGNEUR : un agneau d'un an sans défaut en holocauste, une agnelle d'un an sans défaut en sacrifice pour le péché et un bélier sans défaut en sacrifice de paix ; 15 une corbeille de pains sans levain faits de fleur de farine, des gâteaux pétris à l'huile et des crêpes sans levain enduites d’huile, avec l'offrande et les libations requises. 16 Le prêtre les apporte devant le SEIGNEUR et il offre son sacrifice pour le péché et son holocauste. 17 Quant au bélier, il l'offre au SEIGNEUR en sacrifice de paix avec la corbeille de pains sans levain ; de plus le prêtre fait l'offrande et la libation requises. 18 Le nazir rase alors sa tête consacrée à l'entrée de la tente de la rencontre, il prend les cheveux de sa tête consacrée et les jette dans le feu qui brûle sous le sacrifice de paix. 19 Le prêtre prend l'épaule du bélier lorsqu'elle est cuite, avec un gâteau sans levain de la corbeille et une crêpe sans levain ; il les met dans les mains du nazir après qu'il a rasé le signe de son naziréat. 20 Le prêtre les présente au SEIGNEUR avec le geste de présentation ; c'est une chose sainte qui revient au prêtre, en plus de la poitrine qu'il présente et de la cuisse qu'il prélève. Après quoi, le nazir pourra boire du vin. 21 Telle est la loi concernant le nazir qui fait un vœu ; tel est le présent qu'il doit au SEIGNEUR pour son naziréat, sans compter ce dont il pourrait disposer en plus. Il se conformera au vœu qu'il aura prononcé suivant la loi du naziréat auquel il s'est engagé. »Alors que le nazir antique se rapprochait de la figure des prophètes et des juges, il devient, ici, une figure sacerdotale. Il partage en effet des obligations communes avec les prêtres (l'interdiction de boire de l'alcool : Nb 6,3-4, Lv 10,9 ; ils portent tous les deux un nezer : Nb 6,7, Lv 21,12 ; et l'interdiction de contracter une impureté en approchant d'un mort : Nb 6,6-7, Lv 21,11), et sont tous les deux considérés comme « saints »(Nb 6,8, Lv 21,8), même si le nazir demeure soumis aux prêtres (cohanim et lévites) pour l'accomplissement de son vœu.
Ainsi dans Nb 6, le nazir devint alors une personne, homme ou femme, qui se consacre volontairement à Dieu par un « vœu merveilleux » pendant une période déterminée durant laquelle elle s'engage à rester en état de pureté. Pendant cette période, le nazir s'abstient de boire du vin, de tirer profit d'un produit de la vigne, de se couper les cheveux, ou d'approcher un cadavre, même celui d'un membre de sa propre famille. Si, pour une raison ou l'autre, le nazir contracte une impureté par contact avec un cadavre, la Bible comporte une prescription de purification : se raser le crâne, attendre sept jours puis, le huitième, apporter deux tourterelles et deux pigeons au prêtre comme offrande d'expiation pour le péché d'impureté. Le vœu peut dès lors recommencer. La période de vœu accomplie, le nazir doit apporter un agneau sans défaut pour l'holocauste, une brebis sans défaut pour le sacrifice pour le péché et un bélier pour le sacrifice de paix, ainsi qu'un panier de gâteaux de fleur de farine sans levain, pétris à l'huile, des galettes sans levain huilées, avec leurs oblations et leurs libations, au prêtre du Temple, se raser le crâne et brûler ses cheveux sur l'autel ; il peut (ou doit, l'hébreu n'est pas clair) alors boire du vin et retourner à la vie normale.
Le rituel de conclusion du vœu en Nb 6,13-21, la « loi du Nazir » en hébreu (זֹ֣את תֹּורַ֣ת הַנָּזִיר֮), pose cependant une question exégétique: à quoi servait-il ? Deux opinions s'affrontent chez les chercheurs. Certains pensent que le rituel est un simple rituel de déconsécration, un rite de passage qui fait passer de l'état de sainteté à l'état « laïc ».. Pour d'autres, la déconsécration n'est qu'un détail du rituel. Ce rituel constituerait, en réalité, l'apogée du vœu, où une relation particulière s'établirait entre la divinité et l'homme qui offre ses cheveux saints Roy Gane, « The Function of the Nazirite's concluding purification offering », dans Perspectives on Purity and Purification in the Bible, New York, T&T Clark, coll. « Library of Hebrew Bible Old Testament Studies », , 2011..
Premier livre des Maccabées
Si le naziréat votif est extrêmement bien documenté, il ne l'est que par des sources datant de la période entre le jusqu'au