Tony Garnier, né le à Lyon et mort le à Roquefort-la-Bédoule, est un architecte et urbaniste français. Nombre de ses projets sont à l’origine d’avancées considérables dans la réflexion que menaient alors les architectes sur ce qu’ils considéraient être l’architecture et l'urbanisme moderne. D'origine ouvrière, il se forme à l'école des beaux-arts de Lyon puis l'école des beaux-arts de Paris. Il est reçu au Prix de Rome en 1899 et, lors de son séjour à la Villa Médicis, il entame la réalisation d'un projet utopique de ville moderne qu'il nomme Cité industrielle. Avant-gardiste dans son utilisation du béton, dans sa volonté d'inscrire les outils de production dans sa réflexion et de créer une ville à taille humaine, il ne se revendique toutefois pas comme urbaniste, et ne s'insère pas dans les débats de son temps. De retour dans sa ville natale en 1904, il se lie avec le maire Édouard Herriot qui lui soumet dès 1905 de grands projets destinés à transformer Lyon. Sa première œuvre majeure sont les abattoirs de la Mouche, entamés dès 1906, puis l'hôpital de Grange-Blanche en 1909. Il travaille en même temps au projet de l'Exposition internationale de Lyon qui se tient en 1914, pour laquelle il entame la réalisation du Stade de Gerland. En 1917, il commence la réalisation ex nihilo du quartier des États-Unis. Tous ces projets sont menés de front sur plusieurs années ou décennies. Après la Première Guerre mondiale, il ne se lance plus dans de vastes réalisations ; mais marqué par le conflit, il travaille durant les années 1920 sur plusieurs monuments aux morts. Durant les années 1930, il termine ses chantiers principaux. Il se retire de la vie active après la Seconde Guerre mondiale et décède en 1948. Après sa mort, sa mémoire est portée par un comité qui lui est dédié. Plusieurs expositions lui sont consacrées. Son influence se voit au travers des élèves qu'il a eus à l'école régionale d'architecture dans laquelle il a enseigné plusieurs décennies. Biographie Vie personnelle vignette|redresse|Portait de Tony Garnier paru dans le journal la Construction lyonnaise du , au moment de sa réception du prix de Rome. Tony Garnier naît le à Lyon, au 17 rue Rivet, sur les pentes de La Croix-Rousse dans le premier arrondissement. Son père Pierre Garnier, dessinateur en soierie et sa mère Anne Évrard, tisseuse, se marient le à Lyon. Lors de cette union, deux enfants de ce couple sont reconnus légitimement : Tony et Fanny, sa sœur née le . Il épouse le dans la commune de Saint-Rambert-l'Île-Barbe, canton de Limonest, Catherine Laville, de sa cadette, née le à Lyon dans le troisième arrondissement, fille du sculpteur Jules Martin Laville et de Françoise Barbier. Il se fait construire dans les années 1910 trois villas, à Lyon dans le quartier de Saint-Rambert-l'Île-Barbe, rue de la Mignonne, une pour lui, une pour son épouse Catherine et une dernière pour mademoiselle Bachelard une amie qui lui est chère.. Premières études Il fait ses études à l'école technique de La Martinière de Lyon, quartier des Terreaux, entre 1883 et 1886, puis à l'École des beaux-arts de Lyon entre 1886 et 1889.. Il y travaille notamment dans la classe d'architecture d'Antonin Louvier. Durant ses années d'études lyonnaises, il adhère à la Société des amis d'Émile Zola. Il termine ses études auréolées de la médaille d'or de l'école et présente le concours d'entrée à l'École des beaux-arts de Paris, qu'il réussit. Il suit les cours aux Beaux-Arts de Paris entre 1890 et 1899. Élève de Paul Blondel et de Louis Henri Georges Scellier de Gisors, il obtient, après six tentatives, le premier grand prix de Rome en 1899, en présentant pour l'épreuve finale le sujet Un hôtel pour le siège central d'une banque d'État. Concours En parallèle de ses études, il participe à de nombreux concours d'architecture, en plus de ceux du prix de Rome : entre 1892 et 1899, il obtient plusieurs récompenses et distinctions pour des projets intéressants, tels un escalier pour une bibliothèque (première médaille en 1892), un établissement thermal (deuxième médaille en 1893), un jardin d'acclimatation (concours Edmond Labarre en 1896). Sa première admission au concours du prix de Rome date de 1894 : le sujet est une école centrale des Arts et Manufactures, et il n'obtient aucune récompense. En 1895, le sujet est un palais pour les Expositions et les Fêtes, il obtient le deuxième second grand prix. En 1896, c'est un projet d'école supérieure de Marine. En 1897, une église votive dans un lieu de pèlerinage : il s'inspire pour celui-ci de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, qui lui vaut le second grand prix. En 1898, il n'a pas de récompense. En 1899, le sujet est un hôtel pour le siège central d'une banque d'État : c'est la dernière année où il pouvait concourir, par rapport à son âge, mais il remporte le grand prix, ce qui lui permet de partir à la villa Médicis. Séjour à la villa Médicis vignette|redresse|Vue de la villa Médicis en 1894. Ce prix lui permet de séjourner à l'Académie de France à Rome (connue sous le nom de « la villa Médicis »), du au . Il y réalise une série d'aquarelles représentant différents sites de la ville et se lie d'amitié avec un autre Lyonnais qui remporte en même temps que lui le grand prix de sculpture : André Vermare. Il y côtoie également Georges Rouault et Florent Schmitt. C'est aussi à Rome que Tony Garnier commence à travailler sur son projet de Cité industrielle. Les maîtres de l'Académie sont très stricts et imposent à tous leurs pensionnaires de travailler sur des relevés et de reconstitutions de monuments antiques. Plusieurs élèves, dont Tony Garnier, s'opposent à ce principe et travaillent en priorité à leurs conceptions modernes, accomplissant négligemment les devoirs antiques. Ainsi, la première année, en 1901, il rend une seule feuille sur le sujet imposé du contre deux pour sa Cité idéale. Au début de l'été, l'Académie passe les devoirs en revue et le critique sévèrement : non seulement il ne s'est pas conformé à ses obligations, rendant selon eux une feuille , mais il a en plus été provocant, au point que le jury pense à censurer la feuille sur laquelle il a inscrit : . Les deux feuilles de sa Cité sont finalement exclues, l'Académie souhaitant couper court à l'idée que les pensionnaires puissent se soustraire à leurs obligations. La seconde année, il se conforme au règlement et envoie cinq dessins de l'arc de Titus et cinq d'après l'Église Santa Maria in Cosmedin, mais l'Académie le critique sévèrement, l'accusant de les avoir réalisés . Il est probable qu'il ait de nouveau donné la priorité à l'élaboration de sa Cité. La troisième année, il choisit la cité antique de Tusculum, qui correspond aux sujets imposés tout en étant proche de ses travaux sur la Cité industrielle : il est alors critiqué sur le manque de clarté et de précision de ses dessins, ainsi que sur l'absence des périodes du Moyen Âge et de la Renaissance qu'il lui est demandé de traiter pour l'année suivante. En 1902, l'Académie avait autorisé le traitement d'un sujet moderne, pour le supplément uniquement, en dernière année. Tony Garnier essaie alors en vain de présenter sa Cité comme travail réglementaire. En 1904, il présente donc à nouveau Tusculum, en treize planches reconstituant la ville entière, sans fournir le mémoire explicatif demandé. L'académie le trouve remarquable par son imagination, mais ne fait aucun commentaire sur le supplément de sa Cité industrielle. Elle autorise toutefois la publication de l'ensemble, ce qui permet de faire connaître pour la première fois la Cité au public. Dans le cadre de ses études à Rome, il fait un voyage en Grèce. Durant cette même période, Garnier expose ses aquarelles au Salon des artistes Lyonnais. En 1903, il fait également la demande auprès de la Commission consultative et de surveillance des musées pour que celui des beaux-arts fasse l'acquisition d'une des toiles qu'il expose. La commission refuse à une large majorité. Carrière à Lyon Avec l'arrivée d'Édouard Herriot à la mairie de Lyon en 1905, de grands travaux lui sont confiés, notamment dans l'est lyonnais, théâtre de la principale extension urbaine de Lyon à cette époque. Son cabinet d'architecte ouvert au 4 place Sathonay en 1904, se déplacera finalement au 331, cours Gambetta en 1916. Toutefois, une césure importante est soulevée entre les années 1900 et 1910 où Garnier promeut une architecture d'avant-garde et cherche partout à s'imposer, et les années 1920 et 1930, où il ne fait plus trop de concours, et semble ne plus rien dire de son art, ne plus rien proposer de nouveau. En particulier, Garnier semble ne pas avoir saisi l'immense opportunité de la reconstruction de l'immédiat après-guerre ; il ne participe ainsi plus aux multiples concours urbains qui fleurissent. Les débuts : 1904-1908 Premiers projets architecturaux et urbanistiques vignette|redresse|Vacherie du parc de la Tête d'or à Lyon. Revenant d'Italie en 1904, il participe à plusieurs concours dans toute la France. À Lyon, il est contacté pour son premier projet, un lotissement de maisons bourgeoises, près du Parc de la Tête d'or, au niveau du boulevard du Nord. L'affaire ne se fait pas et cet échec, additionné aux autres concours où il n'est pas reçu, affecte Tony Garnier, qui reçoit au même moment une proposition de poste d'enseignant à Glasgow. Toutefois, son cabinet reçoit également une commande de la municipalité Augagneur pour une laiterie au parc de la Tête d'or. Ce projet, purement utilitaire et réalisé en 1904-1905, lui permet de faire valoir ses compétences auprès du maire, qui le recommande chaudement à son adjoint Édouard Herriot devenu son successeur. Il fait partie alors des rares architectes français se réclamant d'une toute nouvelle vision de la ville qui est un mouvement international européen et légiféré en France. Ce mouvement a comme promoteur la ville industrielle de LyonStéphane Frioux, Les premiers « urbanistes » & Camille Chalumeau (1879-1972) site thèses.univ-lyon2 (consulté le 7/1/20).. Cela devient une discipline pour l'époque, l'urbanisme. Tony Garnier s'engage ainsi sur les premiers projets proprement urbanistiques français : un ambitieux programme parisien lancé par la Fondation Adolphe-de-Rothschild et la rénovation du quartier de la Bourse à Marseille. Pour le concours de la Fondation Rothschild, il s'agit d'un premier exemple français de demande d'organisation du parc immobilier en « unité de voisinage » ; et Garnier propose un projet novateur et ambitieux, mêlant ses propres considérations urbanistiques aux conditions imposées par le concours. Il est retenu par le jury pour le deuxième degré de la compétition, où il propose un projet achevé. Il est intéressant de noter que plusieurs aspects novateurs de ses ébauches initiales sont reprises par plusieurs autres participants, notamment le fait d'éviter la présence de cours fermées ou des dispositions générales. Pour la rénovation du quartier de la Bourse, Garnier a été contacté avant même le lancement du concours pour le député Maximilien Carnaud pour sa préparation, en raison de la complexité des problèmes soulevés. Garnier participe ensuite au concours en proposant quatre variantes et y reçoit le second prix. En 1905, Garnier intègre également le service architecture des Hospices civils de Lyon. Il y prépare une nouvelle pharmacie centrale qui ne sera pas réalisée. Professeur à l'école régionale d'architecture À son retour de Rome, Garnier entreprend des démarches auprès du nouveau maire, Édouard Herriot, afin d'obtenir son recrutement dans la nouvelle école régionale d'architecture de Lyon créée en 1906 et installée au Palais Saint-Pierre et placée sous la direction de Sicard. Nommé en 1907, Garnier est chargé d'un cours de construction et commence à enseigner réellement l'année suivante en raison de la faiblesse du recrutement dans cette école naissante. Il entame alors une carrière d'enseignement qui durera 30 ans.