Le Parti social-démocrate d’Allemagne (, abrégé en SPD), fondé en 1875 sous le nom de SAP et rebaptisé SPD en 1891, est un parti politique allemand social-démocrate et le plus vieux parti politique d'Allemagne. C'est le seul des grands partis actuels de la République fédérale d'Allemagne qui existait sous une forme comparable avant la Seconde Guerre mondiale. C'est, avec la CDU, le parti politique allemand ayant le plus d'adhérents avec un total de Dans les années 2010, les nombres de membres des deux partis sont très proche. Après la guerre, il a longtemps été le seul parti de gauche de taille notable du pays, jusqu'à la création de , plus à gauche.
La social-démocratie allemande trouve ses origines dans la révolution de Mars 1848, puis se développe durant la période de l'Empire allemand. Elle a dû faire face à une résistance féroce des autres partis qui ont voté entre 1878 et 1890 les lois antisocialistes qui interdisent toutes associations sociales-démocrates. Malgré tout, en 1912 le parti devient le premier parti du pays en termes de suffrages recueillis. Il doit cependant attendre 1918 puis la république de Weimar pour participer aux gouvernements. La montée du Parti communiste et la crise économique mondiale poussent le parti sur la défensive. Malgré son vote contre la loi des pleins pouvoirs, le parti ne peut rien contre l'ascension au pouvoir des nazis. Ceux-ci interdisent le parti et persécutent ses membres, allant jusqu'à en envoyer certains dans les premiers camps de concentration dès 1933. Des militants du SPD participent à la résistance allemande au nazisme. Une fois la guerre terminée, la démocratie revient en Allemagne et le parti retrouve sa position antérieure. La bonne santé économique de l'Allemagne le laisse toutefois dans un premier temps dans l'opposition. Il faut attendre 1966 pour que le parti sorte de l’opposition en gouvernant en tant que partenaire minoritaire de la CDU/CSU. Le parti accède enfin à la chancellerie en 1969 et restera à la tête du gouvernement jusqu'en 1982 porté par les chanceliers Willy Brandt puis Helmut Schmidt. Il passe ensuite 16 ans dans l'opposition, ce qui se traduit par une longue crise interne. Gerhard Schröder remporte les élections fédérales de 1998 grâce à un programme centriste et met en place en 2003 le très controversé Agenda 2010. Cette loi, d'orientation libérale, ne trouve pas de consensus au sein du parti, ce qui conduit à la naissance du WASG en 2005, qui devient en 2007, sur son aile gauche. Le SPD est au pouvoir quasiment sans discontinuer (à l’exception d’une brève période d’opposition de 2009 à 2013) depuis 1998, alternant entre la chancellerie et le statut de partenaire minoritaire de la CDU/CSU, ce qui n’a pas facilité la quête d’une direction politique claire ou l’émergence d’une nouvelle offre.
Les résultats du parti se sont globalement améliorés à partir de 1950 et jusqu’à son accession à la chancellerie en 1969, avant de chuter continuellement entre 1970 et 1990. La décennie 1990-2000 voit néanmoins une inversion de la tendance, qui culmine avec l’arrivée de Schröder à la chancellerie en 1998. Néanmoins, la décennie 2000-2010 voit le SPD entamer une nouvelle chute avant de se stabiliser autour de 20-25% pendant la décennie 2010-2020.
La base électorale du parti, historiquement constituée des ouvriers et des artisans, s'est transformée dans la seconde partie du et repose aujourd'hui avant tout sur les fonctionnaires et les salariés. Au plan régional, le parti est mieux représenté dans l'ouest de l'Allemagne. Il dirige actuellement sept Länder sur seize et participe au gouvernement de cinq autres en tant que partenaire minoritaire.
La structure du parti repose sur les assemblées générales annuelles où les décisions importantes sont prises par les délégués, élus indirectement par la base des militants. Des associations internes, les AG, permettent aux membres d'une même tranche d'âge ou d'une même branche professionnelle de se rassembler et d'échanger au sein du parti.
Le SPD gouverne actuellement les Länder de Basse-Saxe, Brandebourg, Brême, Hambourg, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Sarre et participe aux gouvernements de Berlin, Hesse, Rhénanie-Palatinat, Saxe, Saxe-Anhalt et Thuringe avec la CDU.
Histoire
Précurseurs et sous l'Empire allemand
L'histoire de la social-démocratie allemande débute peu avant 1850 avec la fondation d'organisations à l'étranger, notamment la Ligue des justes (qui devient par la suite la Ligue des communistes). La révolution de Mars 1848 marque un point de départ, avec la création d'une première organisation nationale : la Fraternité générale des travailleurs allemands.. Elle aide au développement des syndicats et des partis socialistes au sein de l'ensemble de la confédération germanique. Par la suite, le est fondée l'Association générale des travailleurs allemands (ADAV de l'allemand Allgemeine Deutsche Arbeiterverein) de Ferdinand Lassalle. En parallèle, apparaît un mouvement concurrent mené par August Bebel et Wilhelm Liebknecht qui sont proches de Karl Marx. Ensemble ils fondent successivement le Parti populaire saxon en 1866, puis le SDAP en 1869. Les deux tendances s'opposent sur les questions des syndicats et de la forme que doit prendre l'unité allemande. Elles fusionnent finalement en 1875, après la formation de l'Empire allemand, et forment le SAP.
Les lois antisocialistes de 1878, souhaitées par le chancelier impérial Otto von Bismarck, interdisent les partis politiques et les organisations socialistes jusqu'à la fin des années 1880. Le SAP est l'un des principaux partis fondateurs de la Deuxième Internationale. Après l'abrogation des lois antisocialistes, le SAP est renommé pour devenir le SPD en 1890 qui s'impose rapidement comme un des principaux partis politiques allemands, malgré les arrestations fréquentes des rédacteurs en chef de ses journaux, de ses cadres et de ses élus. Dans la seconde moitié des années 1890, Eduard Bernstein fait éclater le débat dit . La question est de savoir si le parti doit suivre une voie révolutionnaire ou réformatrice, dite donc révisionniste. La direction du parti se décide pour cette seconde solution.
vignette|gauche|Les différents partis politiques ouvriers entre 1863 et 1933.
Lors des élections de 1912, il devient pour la première fois le premier parti politique en termes de mandats au avec 34,8 % des voix et détrônant ainsi le . Toutefois, il reste dans l'opposition jusqu'aux réformes d'Octobre de 1918. Le gouvernement n'a en effet pas besoin d'un vote de confiance du parlement.
Au cours des années, différents courants politiques se développent au sein de la social-démocratie. Certains se scindent du SPD, mais à l'exception du Parti communiste d'Allemagne (KPD), ils finissent par y être réintégrés. À ses débuts la tendance démocrate, dite , fortement influencée par Lassalle domine le mouvement. Elle est favorable au corporatisme, ce qui limite l'influence du syndicalisme. Ce n'est que par la suite que le marxisme s'impose. Le véritable tournant a lieu dans les années 1890 avec le débat interne au parti sur la manière de mettre en place ses idées. L'aile réformatrice y gagne en influence face à celle révolutionnaire qui à la mort de Bebel en 1913 se retrouve en minorité. Les théories sociales et économiques développées par Karl Marx, leur développement historique, ainsi que les concepts révolutionnaires en découlant marquent profondément la social-démocratie jusqu'à la seconde moitié du .
Pendant la Première Guerre mondiale, l'USPD fait scission en 1917 pour protester contre la politique de paix des forteresses menée par le reste du SPD.. Le parti vote en effet les crédits de guerre.. Cette décision du SPD le de se rallier à la guerre, est décrite par Rosa Luxemburg comme . L'USPD compte parmi ses membres : Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Hugo Haase, Karl Kautsky, Paul Levi, Otto Rühle, Anna Stiegler, ou Clara Zetkin. L'aile gauche du USPD, la Ligue spartakiste, donne naissance en , après la révolution de 1918, au Parti communiste d'Allemagne (KPD). Il absorbe finalement la majorité de gauche de l'USPD en 1920. La grande majorité des restes de ce dernier parti rejoint finalement le SPD en 1922. Il disparaît définitivement en 1931 en rejoignant le Parti socialiste ouvrier d'Allemagne.
Sous la république de Weimar Au début de la révolution allemande le SPD et l'USPD s'allient pour placer le chef du SPD, Friedrich Ebert, au poste de président. Avec le parti libéral DDP et le parti catholique , le SPD est l'un des partis fondateurs de la république de Weimar en 1919. Après l'échec du parti (qui passe de 38,7 % à 21,6 %, tout en restant premier parti d'Allemagne) et de ses partenaires bourgeois aux élections de 1920, le SPD ne participe plus aux gouvernements que de manière anecdotique. Sur les treize années de la République, il n'est présent au gouvernement qu'un peu moins de cinq ans, alternant succès et recul électoral à chaque passage au pouvoirChristian Baechler, L'Allemagne de Weimar (1919-1933), Fayard, 2007, ..
La montée du Parti communiste d'Allemagne (KPD) ne tarde pas à limiter l'influence du SPD. De plus, une partie de la gauche du SPD est exclue en 1931 et fonde le Parti socialiste ouvrier d'Allemagne (SAPD). En 1933, le SPD ne recueille plus que 18,3 % des voix, à comparer aux 37,9 % qu'il obtenait en 1919.
Sous le Troisième Reich vignette|gauche|Des SA devant des membres prisonniers du SPD en au camp de concentration d'Oranienbourg, de gauche à droite : Ernst Heilmann, Friedrich Ebert junior, Alfred Braun, Heinrich Giesecke, et Kurt Magnus. Après l'arrivée au pouvoir des nazis, le SPD est le seul parti à ne pas voter la loi des pleins pouvoirs au le . Le KPD était déjà interdit. Comme tous les autres partis et syndicats allemands (à l'exception du parti unique NSDAP), le SPD est interdit par le gouvernement nazi dès l'été 1933. De nombreux membres du parti partent en exil ; les autres sont poursuivis, emprisonnés de manière provisoire ou envoyés dans les camps de concentration où certains perdent la vie.
Le parti se reconstitue en exil, dit Sopade, dans un premier temps à Prague, d'où il est chassé en 1938 par l'invasion de la Tchécoslovaquie à la suite des accords de Munich. Les sociaux-démocrates allemands se réinstallent en France, pays qu'ils doivent à leur tour fuir pour Londres en 1940 à la suite de la défaite militaire française. Quelques jours après le début de la Seconde Guerre mondiale, le SPD en exil à Paris avait affirmé son soutien aux Alliés et à la suppression par la voie militaire du gouvernement nazi.
De nombreux militants du SPD ont été actifs dans la résistance allemande au nazisme, et la répression les a durement atteints.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale Renaissance et opposition : 1945-1967 vignette|Fusion forcée du SPD avec le KPD à l'Admiralspalast de Berlin le , ici la poignée de main entre Otto Grotewohl et Wilhelm Pieck. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le SPD renaît de ses cendres dans toutes les zones d'occupation et reprend l'organisation et l'idéologie qui était la sienne avant le conflit. Dans la zone soviétique toutefois, future RDA, les autorités soviétiques et les cadres du Parti communiste d'Allemagne (KPD), bénéficiant de la complicité de cadres sociaux-démocrates comme Otto Grotewohl, obligent la fusion du SPD avec le KPD, pour donner naissance au Parti socialiste unifié d'Allemagne (SED), qui devient ensuite le parti dirigeant de la RDA. En RFA, le chef du SPD Kurt Schumacher refuse fermement la proposition de fusion que lui fait le KPD en 1949.
Entre 1949 et 1966, le SPD est le principal parti d'opposition, la CDU/CSU ayant toujours la majorité au .
Godesberg et le retour au gouvernement : 1959-1982 vignette|Willy Brandt (à gauche) avec le président américain Richard Nixon.