Le fort Saint-Jean est une construction militaire située à Marseille, à l'extrémité sud-ouest du vieux quartier du Panier ou de l'Hôtel de ville. Construit en calcaire rose de La Couronne, il est placé sur un éperon qui borde au nord la passe de l'entrée du Vieux-Port en prolongement de la butte Saint-Laurent. Il doit son nom à la commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, établie sur ce promontoire vers la fin du .
À son emplacement, des vestiges de la première occupation grecque au ont été découverts. Au milieu du , une puissante tour carrée est construite par le roi René pour garder la passe du port. Une tour ronde dite du fanal est construite en 1644. La construction du fort est décidée par à l'époque de la fronde provençale. En , Marseille est assiégée par l'armée royale après sa rébellion contre le roi qui confie à son Commissaire Général des Fortifications le soin de réaliser une citadelle plus dans le but de permettre aux garnisons royales de mater une autre révolte urbaine et de bombarder la ville que de protéger le Vieux-Port d'une attaque venue de la mer. La première campagne de construction est réalisée de 1668 à 1671 par le chevalier de Clerville, après expropriation des Hospitaliers et de nombreuses habitations. L'ingénieur qui a d'abord fait édifier le fort Saint-Nicolas bordant au sud la passe du port, fortifie la place d'une enceinte bastionnée autour de la commanderie et de la tour Maubert, et fait construire les bâtiments intérieurs (casernes, galerie des officiers). La seconde campagne, dirigée à partir de 1679 par Vauban, renforce la protection par le creusement d'un large fossé inondable et d'une batterie basse à barbette.
Pendant la Révolution française, le fort sert de prison pour Philippe Égalité et deux de ses fils. Des Jacobins arrêtés à Marseille et à Aubagne seront enfermés dans le fort et massacrés le par des royalistes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les troupes allemandes y entreposent un dépôt de munitions, dont l'explosion à la Libération provoque la destruction de plusieurs bâtiments anciens.
Le fort Saint-Jean a été classé monument historique par arrêté du .
Après avoir abrité le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), le fort Saint-Jean est intégré depuis 2013 au musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM).
Site vignette|gauche| Le Fort Saint-Jean à gaucheet l'église Saint-Laurent à droite. La ville antique de Marseille, fondée par les Grecs au , se trouve au nord du Vieux-Port. À l'intérieur des anciens remparts, visibles dans le jardin des vestiges, se dressent trois buttes alignées du sud-ouest au nord-est : la butte Saint-Laurent, celle des moulins et celle des carmes. Actuellement, on trouve respectivement sur ces buttes le fort Saint-Jean et l'église Saint-Laurent, la place des Moulins et l'église des carmes..
La première butte est constituée de deux hauteurs, sur l'une desquelles a été édifié le fort Saint-Jean et sur l'autre l'église Saint-Laurent. Une restitution de l'ancienne topographie du fort Saint-Jean a été possible grâce aux sondages effectués par les archéologues Vasseur en 1908 et Gantés en 1991. Cette hauteur s'élève à NGF et était séparée de la seconde culminant à environ NGF par une dépression située à NGF seulement.
Dans cette dépression, un fossé a été creusé en 1679 pour la protection du fort, puis en 1845 un canal de jonction entre le Vieux-Port et le port de la Joliette, et enfin le quai de la Tourette après comblement du canal en 1937..
Occupation grecque vignette|Ancienne caserne oubâtiment Georges Henri Rivière. Le site du fort Saint-Jean a été occupé dès le début du (600-580) par les Phocéens. Des fouilles ont été entreprises par Vasseur en 1908 à l'occasion de la construction d'une caserne près de la tour du fanal. Cette ancienne caserne est actuellement occupée par le Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM) et a été dénommée bâtiment Georges-Henri Rivière. Les recherches archéologiques se sont portées dans cinquante puits de forage qui datent de la construction du bâtiment. Les fragments de poterie trouvés sont caractéristiques du début de l’âge du fer et datent de la première moitié du ..
Les couches les plus anciennes sont recouvertes par un niveau sableux, lui-même surmonté d'une couche de remblai. Celle-ci a livré des fragments de céramiques hellénistiques, datables de la première moitié du Une campagne de carottage géotechnique effectué en 1991 à proximité de la caserne a permis de découvrir la trace de couches archéologiques des ..
Le château Babon Au , Marseille est victime de nombreux raids perpétrés par les Sarrasins et par des pirates grecs. C'est le cas en 736, 739, 838 et 848. Ruinée et en partie abandonnée, la ville change de visage. Les habitants se réfugient dans un réduit fortifié construit entre l'entrée du port et la place de Lenche. Cette forteresse est connue sous le nom de château Babon, du nom d'un évêque de l'époque. D'après l'historien Joseph-Hyacinthe Albanès, le diacre Babon mentionné dans la du cartulaire de Saint-Victor en 840 serait ce futur évêqueAbbé Joseph-Hyacinthe Albanès, Armorial & sigillographie des Évêques de Marseille avec des notices historiques sur chacun de ces Prélats, Marius Olive, Marseille, 1884, .. Le château est édifié sur le sommet de la colline où se trouve l'actuelle église Saint-Laurent, appelée au Moyen Âge Saint-Laurent du château Babon. En 884, les Sarrasins débarquent près de Saint-Tropez et ravagent la Provence. En 923, ils dévastent le monastère de Saint-Victor mais ne peuvent s'emparer du château Babon..
L'existence de ce château est connue notamment par une lettre de l'empereur Frédéric Barberousse datée du . Elle confirme à l'évêque Pierre les droits et les possessions de l'église de Marseille, parmi lesquelles il cite le « castellum Babonis ». Le tracé de cette fortification a pu être approximativement restitué : à l'ouest il suit le rivage, et à l'est il sert de limite entre la ville vicomtale et la ville épiscopale. Sa limite nord se trouve au niveau de l’actuelle rue Fontaine-des-Vents, à hauteur de la place de Lenche.
Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem Les ordres militaires, Templiers et Hospitaliers, apparaissent à Marseille à la fin du , leur installation étant liée au développement des relations commerciales du port avec l’OrientJean-Rémy Palanque, Le diocèse de Marseille, Letouzey & Ané, Paris 1967, .. Les deux commanderies sont situées chacune à une extrémité du port de Marseille : celle des Templiers se trouve à l'emplacement de l'actuelle église des Augustins et celle des Hospitaliers à l'entrée du port où se situe le fort Saint-Jean.
La commanderie des Hospitaliers est construite en calcaire rose de La Couronne sous les murailles du château Babon.. Elle est mentionnée dès 1178. En 1202, le pape accorde aux Hospitaliers des droits de sépulture, ce qui entraîne un conflit avec l’église des Accoules. À cette époque, la commanderie a une grande influence, d'où le souhait du comte de Provence d'y être enterré.
Au début du , les Hospitaliers construisent une église à nef unique, dénommée église Saint-Jean, à proximité de l'église Saint-Laurent. Elle sera englobée au dans les remparts du fort Saint-Jean.
Au milieu du , ils font construire un nouveau bâtiment, contigu à la tour Saint-Jean (actuellement tour du roi René), en bordure de la passe et appelé par la suite palais du commandeur. Dans ce palais sont reçus les cardinaux de la suite papale lors de la venue d' à Marseille en 1365Paul Amargier, Urbain V, un homme, une vie, Société des médiévistes provençaux, Marseille, 1987, .. Après sa transformation au , ce palais devient l'une des plus belles demeures de la ville, la seule susceptible de loger des princes et des personnages de haut rang.
La tour Maubert
vignette|Carte de Marseille en 1575. vignette|gauche|L'entrée du Vieux-Port en 1695avec indication de la chaîne. vignette|Crochet d'attache de la chaîne ou jas d'ancre fiché dans un quai sous le fort (à droite de la photo) ?. Au , le système de défense du port est concentré au niveau de la passe du port. Pour atteindre les eaux calmes du lacydon, les navires doivent d'abord pénétrer dans une baie qui forme un avant-port entre le Pharo et la butte Saint-Jean-Saint-Laurent. À l'est de cette baie s'ouvre un passage très resserré qui donne accès au port. Cette passe, située entre les actuels fort Saint-Jean et fort Saint-Nicolas, est large d'environ aujourd'hui, mais elle était beaucoup plus étroite au Moyen Âge. La partie sud était obstruée sur un peu plus des deux tiers par des rochers affleurants, interdisant tout passage de navire. Un pilier en maçonnerie était construit sur un haut fond situé à une trentaine de mètres de la tour Maubert. Les statuts municipaux de 1268 interdisent aux bateaux de jeter l'ancre au niveau de cette passe
Celle-ci s'élevait à l'emplacement de la tour du roi René. Deux chaînes (une chaîne fixe au sud, une chaîne mobile au nord, ouverte par une embarcation, mises en place au temps des premières croisades), étaient tendues entre le massif sud et la tour Maubert pour empêcher le passage des navires ennemis.
vignette|Cathédrale de Valence en Espagne. Chaîne du port de Marseille prise par les troupes d'Alphonse V d'Aragon en 1423 lors de la prise de la ville.
La tour Maubert est également appelée tour de la chaîne (turris cathene portus). L'entretien de cette chaîne et les frais de garde sont à la charge du comte de Provence, qui néglige souvent ses obligations. La chaîne est tendue au moyen d'un cabestan placé dans la tour : la présence d'un treuil est en effet mentionné dans un inventaire de 1302.
Ce système de défense se montre défaillant lors de l'attaque de la ville et de sa mise à sac par les troupes du roi , le . En effet, un détachement ennemi débarque dans l'actuelle anse des Catalans, qui prendra ce nom ultérieurement pour d'autres raisons. La garnison du fort Saint-Nicolas est neutralisée et le passage du port est ouvert. La ville est prise et pillée, et la chaîne emmenée comme trophée et exposée dans la cathédrale de Valence (Espagne). Remplacée par une nouvelle, elle est restée opérationnelle jusqu'en 1820. Le crochet d'attache d'une chaine serait encore fiché dans un quai sous le fort.
La tour du roi René Après le pillage de la ville en 1423, la tour Maubert et les remparts de la commanderie menacent ruine. Le roi René décide d'édifier à la place de la tour Maubert une tour plus puissante, qui sera construite de 1447 à 1452. C'est l'actuelle tour carrée du fort Saint-JeanPaul Amargier, Marseille au Moyen Âge, édition La Thune, Marseille, 1996, p. 108..
Sa construction est confiée en 1447 à l'ingénieur Jean Pardo et à Jean Robert. Les coûts des premiers travaux s’élèvent à , qui sont financés à hauteur de par la ville, et de par les pêcheurs du quartier Saint-Jean. Ceux-ci perçoivent pendant quatre ans une taxe sur les poissons. Le solde de est complété par le roi René. Mais l'achèvement de la tour nécessite de réaliser en 1452 une deuxième tranche de travaux, qui s'élève à , financés pour par la ville et pour par les pêcheurs de Saint-Jean. Le roi accorde à ces derniers la propriété perpétuelle de la calanque de Morgiou, avec le droit exclusif d'y établir une madrague pour la pêche au thon.
Tour du fanal