Michel Alexandrovitch de Russie (, Mikhaïl Aleksandrovitch Romanov) est un grand-duc de Russie, membre de la dynastie des Romanov, né le à Saint-Pétersbourg et mort assassiné le à Perm dans l'Oural.
Il fut l'héritier présomptif du trône de 1899 à 1904, pendant une période où son frère le tsar n'avait pas encore d'héritier mâle. Il fut aussi membre du Conseil d'État (1901), membre du Conseil des ministres (1902), inspecteur général de cavalerie (), général de division de l'armée impériale de Russie pendant la Première Guerre mondiale. Après l'abdication de son frère, il est théoriquement tsar pendant 24 heures du 15 au , sous le nom de (), sans jamais avoir été proclamé et reconnu par la Douma d'État de l'Empire russe, avant de renoncer à ses droits au trône et de laisser le pouvoir à un gouvernement provisoire.
Famille Cinquième des six enfants et quatrième fils du tsar et de son épouse née Dagmar de Danemark (Maria Fedorovna), il est le frère cadet du tsar . Le décès prématuré de deux de ses frères aînés le rapproche de la succession au trône impérial : Alexandre mort au berceau dès 1870 et Georges mort de maladie en 1899. Le grand-duc devient à 20 ans l'héritier présomptif de son frère jusqu'à la naissance du tsarévitch Alexis en 1904.
Ses plus proches parents régnaient sur la Russie, la Grande-Bretagne et les Indes, la Norvège, le Danemark et la Grèce.
Si l'assassinat de leur grand-père le tsar en 1881 traumatisa ses frères et sœurs aînés, le grand-duc Michel, trop jeune, n'en garde aucun souvenir personnel.
Après l'échec de plusieurs tentatives de fiançailles, le grand-duc s'éprit d'une femme mariée, Natalia Cheremetievskaïa (1880-1952), qui divorça pour lui. Ils n'eurent qu'un enfant, Georges (1910-1931), titré comte Brassov par l'empereur en .
Biographie Enfance Avec ses frères et sœurs, il est élevé au palais de Gatchina, situé à quelques verstes de Saint-Pétersbourg alexanderpalace.org. Très intelligent, il avait une prédilection pour l'Histoire et considérait l'histoire de la Russie comme une chronique familiale des Romanov. Fils préféré de ses parents, c'était un enfant choyé, d'un caractère facétieux, insouciant et doté d'une bonne santé. Malgré l'imposante stature de son père (qui mesurait plus de ) et son caractère de fer, il n'hésita pas un jour à le chahuter. La discipline de fer imposée par l'empereur le brida, comme son frère aîné Nicolas, futur empereur, et il deviendra un jeune homme d'une grande douceur mais indécis. Le grand-duc Michel était très proche de sa sœur cadette, la grande-duchesse Olga qui le surnommait « cher, chéri Floppy ». En 1899, cette vie d'insouciance prend fin, lorsque son frère, le grand-duc Georges, premier dans l'ordre de succession au trône, meurt de la tuberculose. Le , le grand-duc Michel devient le premier dans l'ordre de succession au trône. Cependant, il demeure un jeune homme frivole qui n'atteindra une certaine maturité qu'après sa rencontre avec Natalia Cheremetievskaïa. Il était de grande taille (comme beaucoup de membres masculins de la famille Romanov) doté d'un corps d'athlète, alors que son frère aîné, Nicolas était quant à lui de taille moyenne (), trapu et d'une extrême timidité. Michel de Russie, à l'inverse, était d'une nature rieuse et vive. Cette légèreté de caractère vaudra plus tard au grand-duc un manque de confiance de la part des membres de la famille impériale.
Vie sentimentale Béatrice de Saxe-Cobourg-Gotha En 1902, Michel Alexandrovitch de Russie s'éprend de la princesse Béatrice de Saxe-Cobourg-Gotha (fille d'Alfred Ier de Saxe-Cobourg-Gotha et de Maria Alexandrovna de Russie). Le grand-duc voulait épouser la jeune princesse, mais en vertu des lois de l'Église orthodoxe qui prohibait les mariages entre cousins au premier degré, le mariage ne fut pas autorisé. Michel Alexandrovitch de Russie, la mort dans l'âme, mit fin à sa relation avec la princesse.
La princesse Patricia de Connaught, nièce du roi du Royaume-Uni, fut également pressentie pour épouser le grand-duc.
En 1904, la naissance du tsarévitch éloigna le grand-duc Michel du trône. Quand on découvrit que le tsarévitch était atteint d'une maladie congénitale grave, la question du mariage de grand-duc et de l'avenir de la dynastie se posa avec plus d'acuité.
Alexandra Kossikovskaïa dite Dina En 1904, il rencontra Alexandra Kossikovskaïa qui répondait au surnom de Dina et qui était dame d'honneur de sa sœur, la grande duchesse Olga. Ils étaient épris l'un et l'autre et décidèrent de se marier. Le grand-duc demanda à son frère aîné la permission d'épouser Dina qui lui fut refusée : la jeune femme, certes aristocrate, n'était pourtant pas de sang royal et un mariage morganatique aurait contraint Michel à renoncer à ses droits au trône. Le grand-duc tenta d'épouser Alexandra loin de Saint-Pétersbourg, mais ils échouèrent. Ils voulurent fuir ensemble à l'étranger, mais ils en furent empêchés. Michel finit par admettre les arguments de sa famille et Alexandra Kossikovskaïa s'exila volontairement en Angleterre et ne retourna jamais en RussieR. et D. Crawford, Michel et Natacha, .
Natalia Cheremetievskaïa vignette|gauche|redresse|Natalia Cheremetievskaïa, future princesse Romanovskaïa-Brassova, et le grand-duc Michel de Russie. vignette|Le grand-duc Michel devant le magasin Kodak à Saint-Pétersbourg, vers 1912-1914. Le grand-duc était passionné de photographie. gauche|vignette|Le grand-duc Michel avec Natalia Cheremetievskaïa au bord d'un lac, vers 1912. En , Michel Alexandrovitch rencontra et s'éprit de Natalia Cheremetievskaïa, une femme divorcée une première fois et mariée en secondes noces à Vladimir Wulfert, officier des Cuirassiers impériaux. Le tsar n'autorisa pas son frère à épouser Natalia Sergueïevna. La jeune femme fut envoyée en Europe, tandis que le grand-duc reçut un commandement à Oriol. Les deux amants correspondirent par lettres ou télégrammes, mais, leur séparation devenant trop insupportable, ils se retrouvèrent et vécurent un temps ensemble en dehors des liens du mariage. En , Michel et Natalia eurent un fils hors mariage et l'appelèrent Georges, comme se prénommait le grand frère de Michel, le grand-duc Georges Alexandrovitch, décédé en 1899. Le divorce entre Natalia Cheremetievskaïa et son mari ne fut prononcé qu'à l'automne 1910, après la naissance de leur fils, qui fut enregistré comme « Georges Wulfert » à l'État-civil. accepta de faire changer l'acte de naissance et de légitimer l'enfant, qui s'appela désormais Georges Mikhaïlovitch Brassov (Brassov était le nom, issu de sa propriété de Brassovo, que le grand-duc Michel utilisait lorsqu'il désirait rester incognito). Les règles de la cour interdisaient à un héritier potentiel du trône d'épouser une roturière (divorcée deux fois de surcroît), or Michel était le deuxième dans la ligne de succession, derrière le tsarévitch Alexis (qui souffrait d'hémophilie). En 1912, après une promenade dans la forêt polonaise de Spała, le petit tsarévitch se blessa, victime d'une hémorragie interne. Rapidement, les forces d'Alexis s'amenuisèrent. Une douleur insupportable le faisait hurler et il refusait de manger. La fièvre ne cessant de monter, le tsarévitch était à l'agonieFrédéric Mitterrand, Les Aigles foudroyés, Robert Laffont, 2012, p. 263.. Averti de l'état gravissime de l'héritier du trône, le grand-duc Michel s'affola, car si son neveu venait à mourir, il devenait premier dans la ligne de succession. Il était inconcevable pour lui que sa maîtresse ne fût pas à ses côtés.
La santé déficiente de sa belle-sœur, l'impératrice Alexandra Feodorovna, interdisait à celle-ci de donner le jour à un autre enfant. Comme il n'était pas marié, le grand-duc craignait que son frère ne le mariât à une quelconque princesse. Par conséquent, au cours de l'agonie du tsarévitch (qui ne mourra finalement qu'assassiné avec ses parents et ses sœurs aînées, et n'aurait cependant sans doute jamais pu régner), il se résolut à épouser morganatiquement Natalia. Le couple se maria en secret dans une église orthodoxe serbe de Vienne le contre la volonté de l'empereur. Michel Alexandrovitch, son épouse et son fils se virent donc contraints de vivre en exil hors de Russie, notamment en Grande-Bretagne et à côté de Paris dans un hôtel particulier de Boulogne-sur-Seine. Pour la famille impériale, l'union de Micha (surnom du grand-duc) avec Natalia Sergueïevna Cheremetievskaïa fut considérée comme une lâcheté, une trahison. Les deux frères se quittèrent après une rencontre orageuse, ils ne se reverront qu'au début de la Première Guerre mondiale.
Néanmoins, accorda à Natalia Cheremetievskaïa le titre de comtesse Brassova (une épouse morganatique n'avait aucun titre d'office et ne pouvait en aucun cas être grande-duchesse). De la même manière, l'empereur attribua à leur enfant, Georges Mikhaïlovitch (qui ne pouvait prétendre à la succession), le titre de comte Brassov. Il mourut dans un accident de voiture le , à l'âge de vingt-et-un ans. Sa mère, installée à Paris après la révolution d'Octobre, finit par être titrée SAS princesse Romanovskaïa-Brassova le par le grand-duc Cyrille Vladimirovitch de Russie, prétendant au trône en exil. Elle mourut dans une grande misère.
Héritier du trône
Lors de sa naissance, il figurait au quatrième rang de la ligne de succession au trône impérial après son père et ses frères, Nicolas Alexandrovitch et Georges Alexandrovitch. En 1894, au décès d', son fils aîné lui succéda sous le nom de , le grand-duc Georges devint alors l'héritier présomptif du trône et Michel Alexandrovitch occupa le second rang dans l'ordre de succession au trône impérial de Russie.
Georges Alexandrovitch mourut de la tuberculose en 1899 et Michel Alexandrovitch devint alors prince héritier. Selon la règle de succession russe, la grande-duchesse Olga Nikolaïevna ne pouvait succéder à son père tant qu'un héritier du trône de sexe masculin, dont la priorité sur les filles avait en effet pour principe d'être indépendante de l'âge, était encore en vie.
Michel Alexandrovitch demeura l'héritier du trône de 1899 au , date de la naissance du fils de , le tsarévitch Alexis. Le grand-duc redevint deuxième dans l'ordre de succession.
À cette époque, il avait un rôle de représentation pour suppléer à son frère. Il représenta à maintes reprises le tsar à des mariages, à des obsèques, dont ceux de la reine Victoria le , et de l'Oncle de l'Europe, le roi en 1910.
Au cours de ses multiples voyages à l'étranger, le grand-duc Michel apprit à apprécier la culture britannique : ses passions étaient celles de l'élite anglaise de ce début du . C'était un excellent cavalier qui se passionnait en plus pour les automobiles comme le kronprinz Guillaume de Prusse. Il aimait également les animaux et se passionnait pour le sport et les courses de chevaux. Au cours des années où il fut l'héritier du trône de Russie, il vivait au palais de Gatchina situé près du quartier-général du régiment Préobrajensky dont il était commandant. C'est dans ce petit village que le grand-duc rencontra sa future épouse Natalia Sergueïevna Cheremetievskaïa.
Carrière militaire vignette|redresse|Le grand-duc Michel, commandant de la Division sauvage caucasienne, vêtu de la tcherkeska (longue veste portée par les Caucasiens ou les Cosaques du Kouban et du Terek), avec son épouse, la comtesse Brassova, née Natalia Sergueïevna Chremetievskaïa.
Formation Le grand-duc Michel commença sa carrière militaire en 1884. De 1897 à 1900, il servit dans la d'un régiment d'artillerie à cheval de la Garde. De 1902 à 1904, il servit dans le régiment Préobrajensky et fut transféré, en 1904, dans un régiment de cuirassiers de la Garde. De 1909 à 1911, il commanda le de hussards de Tchernigov. En , il fut nommé commandant en chef d'un régiment de cavalerie de la Garde hrono.ru..
Première Guerre mondiale vignette|gauche|Le grand-duc Michel et ses officiers pendant la bataille des Carpates, 1915.