Cannibale est un roman de Didier Daeninckx publié en 1998 par les Éditions Verdier.
Il raconte les mauvais traitements réservés aux Kanak lors de l'Exposition coloniale de 1931 au bois de Vincennes, à Paris, préfigurant déjà les révoltes qui secoueront plus tard la Nouvelle-Calédonie. Au moment où le narrateur nous raconte son histoire, il vit la révolte sur l'île.
Résumé de l'histoire Résumé détaillé de l'œuvre L'histoire commence dans la fin des années 1980 avec le trajet en voiture de Gocéné et de son ami chauffeur, Francis Caroz, de Poindimié jusqu'à la tribu de Tendo en Nouvelle-Calédonie. Gocéné décrit le paysage de l'île de Kanaky avec ses pistes de latérite, ses forêts, son sable blanc et l'écume que laisse la barrière de corail sur l'océan. Cependant, à 20km de la tribu de Tendo où vit Gocéné, ils sont arrêtés par un barrage gardé par deux jeunes à peine sortis de l'adolescence. Ces jeunes les menacent et obligent la Nissan à faire demi-tour, Gocéné décide donc de finir le trajet à pied. Wathiock et Kali, les deux jeunes, ne comprennent pas ce que Gocéné fait avec un « blanc ». On apprend alors que lui et Caroz ont 75 ans et que ce dernier a fait de la prison pour avoir défendu le personnage principal de l'œuvre. Les jeunes proposent du thé et des crevettes à Gocéné qui s'assoit avec eux et qui commence à leur raconter son histoire.
Il explique comment il a été embarqué pour l'exposition coloniale de 1931 en France. Il avait une confiance aveugle en sa tribu. Ils ont embarqué sur la Ville de Verdun le , le voyage a été très difficile : il y a eu des cas de malaria et trois personnes sont mortes. Les morts ont été jetés à la mer alors que leur tradition veut qu'ils soient enterrés, sinon, ils ne peuvent pas trouver le repos éternel. Ils débarquent à Marseille et prennent le train à la gare de Saint-Charles. Une fois arrivés à Pionville à Nimes, ils ont pris un train jusque Paris. Gocéné reste toujours près de Minoé, sa promise. Il constate très rapidement que les engagements pris à Nouméa par l'adjoint du gouverneur ne sont pas du tout respectés. Ils sont placés dans un enclos entre les crocodiles et les lions où ils doivent faire du feu, construire des pirogues, se baigner dans un fossé d'eau croupie et les femmes doivent danser dénudées à heures fixes alors que ce n'est pas du tout dans leurs coutumes.
Gocéné imagine alors ce qui a dû se passer dans le bureau du haut commissaire Albert Pontevigne bien qu'il ne le sache pas encore. Cet administrateur apprend que tous les crocodiles sont morts mais Grimaut, un de ses subalternes, a réussi à en trouver dans un cirque d'Allemagne en échange de 30 Kanak.
Le récit de Gocéné est coupé par l'intervention de Wathiock qui pense que l'histoire qu'il leur raconte ne peut pas être vraie.
Gocéné reprend en expliquant comment s'est passé le jour de l'inauguration : le cortège officiel ne passe même pas par leur enclos car le mauvais temps les fait raccourcir le temps de défilé du cortège. Toute la vie des Kanak dans l'enclos est un spectacle: toutes les 5 minutes, ils doivent s'approcher des visiteurs en poussant des cris pour leur faire peur. Puis, dans l'après-midi, le chef des gardiens arrive et en appelle certains, dont Minoé et un certain Karembeu qui est en fait l'arrière grand-père du joueur de football. Il les fait rentrer dans la case où il leur explique qu'il veut leur faire visiter la ville. Gocéné ne le saura que plus tard car il n'a pas été appelé avec les 30 Kanak. À ce moment, Gocéné est en compagnie de Badimoin, le cousin de Minoé, les deux hommes voient qu'ils emmènent les autres et s'y précipitent, ils luttent pour les rejoindre mais on lui donne des coups de matraque et il tombe à demi assommé. Il arrive tout de même à entendre Minoé lui dire qu'ils sont emmenés à Paris.
L'histoire de Gocéné est interrompue par une voiture qui approche du barrage, les deux jeunes se mettent en place avec leurs fusils. Ce n'est qu'une fausse alerte, ce sont des voisins venus voir le barrage. Cependant, selon Wathiock, les gendarmes ne vont pas tarder à venir.
Le récit se poursuit avec le réveil de Gocéné et son évasion du village kanak avec Badimoin: ce dernier récupère l'argent donné par la tribu et ils escaladent un arbre pour se retrouver de l'autre côté des grilles qui les gardaient prisonniers. Les deux hommes découvrent Paris et sa circulation très dense, il leur est difficile de comprendre où aller et comment. En entendant une sirène de police, ils s'enfuient pensant que ce sont eux que les policiers cherchent. Ils finissent par tomber sur un café où ils entrent pour manger. Le patron pense qu'ils sont Guyanais et ils ne contredisent pas le serveur quand il leur demande d'où ils viennent. Ils mangent du couscous pendant qu'un accordéoniste joue un air mélancolique. Gocéné est démotivé et nostalgique, il pense à sa tribu et aux paysages qui l'entourent. Il imagine comment se passera leur retour : il ne dira rien sur ce qu'il s'est passé en France mais quand viendra le soir, il le racontera aux anciens. En sortant du restaurant, un violent orage éclate et ils n'ont pas d'endroit où se mettre à l'abri. Gocéné veut se réfugier dans le métro mais Badimoin ne veut pas le suivre à cause d'une histoire que lui a raconté le gardien des morts dans leur tribu. Il dit : , l'inverse n'est pas possible, car, selon leurs croyances, l'espace souterrain est réservé aux morts. Finalement, Badimoin éreinté suit Gocéné, ils ont peur du grondement qui s'élève de la rame de métro. Ils s'assoient sur un banc pour se reposer et Badimoin s'endort. Pendant ce temps, un vieil homme s'assoit à côté de Gocéné, il lui parle du musée ethnographique du Trocadéro et des Indiens peaux rouges qu'il a vus. Gocéné finit par réveiller Badimoin pour qu'il retourne au zoo afin de tendre une embuscade au chef des gardiens pour qu'il leur dise où ils ont emmené leurs compagnons. Après l'avoir menacé de le jeter aux crocodiles, il leur avoue que c'est M.Grimaut qui a décidé que les Kanak avaient été échangés contre des crocodiles et qu'ils vont partir cette après-midi en Allemagne. Il leur indique qu'ils ont été conduits à l'Armée du Salut et l'itinéraire qu'ils doivent emprunter pour y aller. Ils lui mentent pour qu'il se taise et l'assomment.
Un hélicoptère de la gendarmerie survolant le barrage routier suspend le récit de Gocéné. Kali adresse un bras d'honneur au gendarme qui les observe aux jumelles.
Gocéné continue sa narration: Ils prennent l'itinéraire indiqué mais Badimoin refuse de prendre le métro. Ils demandent à un ouvrier le chemin à suivre à pied et ils démarrent leur long périple vers l'Armée du Salut. Vers 15h, ils y arrivent enfin, cependant, deux soldats gardent la porte. Ils finissent par entrer en passant sur le côté du bâtiment mais les dortoirs sont vides excepté un bout de tissu laissé par Minoé à leur intention. Un soldat les surprend pensant qu'ils faisaient partie du convoi, ils arrivent à s'échapper après avoir semé les soldats dans le bâtiment. Un badaud les renseigne sur le chemin à prendre pour rejoindre la gare de l'Est. Ils y arrivent et demandent à une femme qui essaie de les éviter où se trouve le train pour Francfort, elle est obligée de leur répondre car son enfant dit qu'ils ressemblent aux personnes du zoo. On apprend, par ailleurs, qu'ils ne savent pas lire. Ils atteignent le quai trop tard, le train se met en marche sous leurs yeux. Néanmoins, Gocéné arrive à voir Willy Karembeu ce qui l'assure que leurs compagnons sont bien partis dans ce train. Gocéné veut prendre un autre train pour les rejoindre mais la police leur fonce dessus. Ils s'enfuient et s'engouffrent dans une bouche de métro malgré les protestations de Badimoin. Un Africain faisant le ménage empêche le cousin de Minoé de s'écraser au sol après s'être pris les pieds dans son seau. Il leur demande si ce sont eux que les policiers recherchent, ils acquiescent et l'homme les cache dans son débarras dont il est le seul à avoir la clé.
Une fois le danger passé, l'Africain allume la lumière et se présente, il s'appelle Fofana. Il leur demande s'ils ont faim, dès lors, Badimoin commence à justifier leur fuite mais Fofana l'interrompt et leur dit que ce n'est pas ce qu'il veut savoir, les deux Kanak finissent par manger. Badimoin demande quand est le prochain train pour Francfort, malheureusement il est seulement dans trois jours et c'est le seul moyen pour s'y rendre. Fofana raconte son histoire et on y voit un morceau de ce qu'ont vécu les tirailleurs sénégalais. Il leur propose de les aider à prendre le prochain train mais Gocéné et Badimoin veulent retourner à l'exposition pour savoir où sont leurs compagnons. Fofana décide de les accompagner.
L'histoire est à nouveau interrompue, cette fois par Wathiock car quelqu'un arrive. Cette personne est Sébéthié, un Kanak venu les prévenir que les gendarmes défont les barrages les uns après les autres. Les ordres sont de les retarder mais de ne pas résister.
Après cette interruption, l'histoire continue : Fofana guide les deux héros avec aisance à travers le labyrinthe qu'est le métro parisien. Il les laisse au pied de l'escalier qui mène à l'esplanade de l'exposition. Arrivés dans l'enceinte, Gocéné veut se reposer, il demande à Badimoin de le réveiller quand la nuit sera tombée. À son réveil, Badimoin est très amusé des rêves qu'a fait Gocéné qui parlait pendant son sommeil. Il y retrouvait Minoé et parlait de Nkegny, un petit chef kanak venu combattre pendant la Première Guerre mondiale. On apprend que 1000 Kanak et 1000 Caldoches, appelés les Niaoulis, sont venus se battre et que des centaines ont été tués et blessés. Ils parlent ensuite du plan de Gocéné qui est de rentrer dans le bâtiment principal pour trouver les supérieurs du gardien qu'ils ont interrogé plus tôt. Pendant qu'ils observent le commissariat général, deux hommes et une femme bloquent le passage des visiteurs. Quand la foule commence à grossir, la femme entame un discours où elle critique les colonies et les morts qui y sont faites. La foule l'insulte et lui lance des projectiles, certains prennent son parti et des coups sont échangés. Les policiers essaient de rétablir l'ordre et de la bâillonner mais elle arrive à terminer son discours où elle conclut en appelant au boycott de l'exposition.
Pendant ce temps, les deux Kanak se faufilent dans le bâtiment en profitant du chaos extérieur, ils surprennent une conversation entre Grimaut et un certain Laubreaux qui traitent la femme au discours de communiste. Après la conversation, ils poussent Grimaut dans une pièce qui s'avère être le bureau du haut commissaire, Albert Pontevigne. Cet homme se croit supérieur à eux et les traite comme des moins-que-rien. Badimoin explique le ressenti qu'ils ont à cause des mauvais traitements et des promesses non tenues. Pontevigne prétend qu'il ne sait rien du tout, or il est passé devant leur enclos et il a bien vu les horreurs qu'ils subissent : ils sont battus, on dénude la poitrine des femmes, etc. Le haut commissaire est peureux face à eux alors il tente de les calmer et de les arnaquer en faisant semblant d'appeler les bureaux des chemins de fer mais il appelle à l'aide dès que le téléphone est décroché. Badimoin s'attaque à Pontevigne et les deux hommes se rouent de coups. Grimaut avoue la raison du départ des 30 Kanak.