L'igue de la CrouzateCarte IGN TOP25 (1/25 000) 2137 E ou abîme de la Crouzate. (ou Crousate) ou encore trou Pons est une cavité souterraine naturelle située sur le territoire de la commune de Gramat, dans le Quercy (Lot, Occitanie, France).
Cette cavité souterraine naturelle fut utilisée par les hommes depuis la Préhistoire.
Situation
L'igue de la Crousate se situe sur le causse, à l'extrémité sud de la commune de Gramat, à de la limite avec Reilhac, non loin (environ ) de la route D14 qui relie ces deux villages. Elle est indiquée sur la carte IGN 1/25000.
Cette cavité naturelle s'ouvre dans la paroi d'une de ces petites dépressions karstiques par un porche orienté à l'est-nord-est et mesurant de haut sur de large.
Dans ce secteur, les roches calcaires affleurent et de nombreuses dolines sont visibles aux alentours. Elles forment un lapiaz partiellement recouvert de terre. La maigre végétation est composée de chênes, d'érables de Montpellier, de genévriers et de plantes épineuses (ronces et prunellier).
Accès et risques
L'entrée, en forme de grotte, est située dans une propriété privée.
L'accès et le parcours dans la cavité peut présenter des dangers pour des personnes non formées aux techniques spéléologiques : risque de chute mortelle, notamment dans le puits de de profondeur situé au bout des quarante premiers mètres de la galerie d'entrée.
Description et fonctionnement
Spéléométrie
La dénivellation de la cavité est de pour un développement de ..
Morphologie L'eau a creusé l'igue de la Crousate dans la roche calcaire en suivant verticalement une diaclase orientée est-ouest. Les galeries ont une largeur comprise entre 1 et .
vignette|left|upright|Coulées de calcite dans la galerie d'entrée.
La cavité s'ouvre à l'altitude et présente trois étages reliés par des puits. l'étage d'entrée se présente sous la forme d'une grotte de de long, descendant en faible pente vers l'est, dont la section initiale a la forme d'un trou de serrure dû à l'intersection de la diaclase et d'un joint strates. À de l'entrée, cette galerie surplombe un puits borgne de qui est un regard sur une section isolée de l'étage intermédiaire ; l'étage intermédiaire (cote -) est accessible par un puits de . C'est une galerie de de long qui est percée par un puits de . En passant au-dessus du puits, une escalade de permet l'accès une série de puits se terminant par un colmatage argileux à la cote - ; l'étage le plus bas est accessible par le puits de . Il est parcouru par un petit ruisselet au point le plus bas (cote -). Ce filet d'eau coule de l'est vers l'ouest avec un débit de 1 à par seconde, puis disparait au bout de sous la roche par un siphon.
Géologie
La cavité s'ouvre dans les calcaires et dolomies du Jurassique moyen et supérieur.
Hydrogéologie
vignette|left|upright|Schéma du bassin versant de l'Ouysse montrant l'igue de la Crousate en son centre.
L'igue de la Crousate se développe dans les calcaires du Jurassique, très propices à la karstification.
Dans son ouvrage Les abîmes, Martel expliquait la circulation des eaux dans le sol calcaire et écrivait pour le ruisseau de la Crousate : Enfin nous retrouvions, dans ce ruisseau inaccessible, ce que nous cherchions, c'est-à-dire la prolongation souterraine de l'un des cours d'eau engloutis dans l'est du plateau de Gramat, à l'Hôpital, Issendolus, Thémines, Théminettes, Assier, etc.
Les découvertes ultérieures, synthétisées par Jean-Noël Salomon, ont montré que les eaux des ruisseaux, qui se perdent à l'est du causse de Gramat, sont toutes collectées par une grande rivière : l'Ouysse souterraine et plus précisément la branche de la rivière du gouffre des Vitarelles.. Les eaux du ruisselet de la Crousate contribueraient à l'alimentation d'une autre branche de l'Ouysse : celle qui réapparait au gouffre de Saint-Sauveur.
En effet, l'igue de la Crouzate se situe à l'ouest de la rivière des Vitarelles et son ruisselet coule de l'est vers l'ouest. De plus, les deux phénomènes karstiques les plus proches alimentent en eau d'autres branches de l'Ouysse : preuve par injection d'un colorant à la perte du lac de Reilhac et présomption pour l'igue de Marty.
Les eaux, rencontrées au point bas de l'igue de la Crousate, seraient donc des infiltrations dans le plateau calcaire environnant. Elles se joindraient à celles d'une des branches de l'Ouysse qui réapparait au gouffre de Saint-Sauveur.
Études et Explorations
Comme l'ont constaté les différents spéléologues et archéologues, l'igue de la Crousate fut visitée, utilisée et aménagée par la population locale depuis fort longtemps.
Fouilles archéologiques de 1888
vignette|left|upright|Portrait d'Émile Cartailhac.
En 1888, le préhistorien Émile Cartailhac et le paléoanthropologue Marcellin Boule avaient étudié des vestiges préhistoriques dans le porche d'entrée de l'igue de la Crousate qu'ils nommaient trou Pons en référence à son propriétaire d'alors. Ils avaient trouvé : des ossements d'animaux ; un fragment de poterie grossière : un morceau de bol de terre cuite ; une lame de silex ; des fragments de bois de cerf. Ils en avaient déduit que la grotte était déjà fréquentée par des hommes du Néolithique.
Explorations de Martel et Rupin au
vignette|left|upright|Portrait d'Édouard-Alfred Martel.
Le , Ernest Rupin et Raymond Pons explorèrent les deux premiers niveaux de la cavité. Le , ils revinrent avec leurs amis Martel, Gaupillat, Lalande et Armand et atteignirent le point bas de l'igue de la Crousate. Ils y réalisent une photographie de l'entrée ainsi que les vues en plan et en coupe de la cavité. Ils décrivent les belles couleurs des grandes stalactites dont certaines atteignent de longueur et le petit ruisseau qu'ils aperçoivent au point le plus bas et les traces de montée de l'eau dans le dernier grand puits : Ajoutons que, tout le long des parois du grand puits de (qui n'a nulle part moins de 4 à de diamètre), de nombreuses lignes circulaires noires formées par des dépôts de guano de chauves-souris incrustés sous la stalagmite, témoignent clairement des variations multiples du niveau de l'eau. La principale est à au-dessus du fond de sable.
Le pont de bois de la Crousate
Martel remarque au-dessus du puits de : un grossier pont en bois, jeté par-dessus l'abîme, et au-dessous du puits de , des encoches : destinées à recevoir une poutre équarrie; à cette poutre devait être adapté un système quelconque de suspension… et encore en bas de ce dernier puits : les restes d'un gros mât de perroquet et d'une sorte de chèvre solide, qui devait être appuyée jadis dans les encoches du sommet du puits et servir pour la descente; des morceaux de cordes en tiges de clématite tordues se retrouvent parmi les débris.
Ernest Rupin décrit lui aussi ces vestiges, dans un article publié dans le bulletin de la Société scientifique (1878) et il précise : en haut et en travers du dernier puits nous aperçûmes un pont en bois d'érable, formé de planches supportées par trois grosses poutres grossièrement équarries.
Martel écrit aussi : Très secs et vieux sans être pourris, les bois non plus ne donnent pas l'âge de l'appareil, qui peut tout aussi bien remonter à l'époque gallo-romaine qu'à celle de la guerre de Cent Ans. Chèvre et pont ont dû être installés pour se procurer soit une cachette sûre, soit de l'eau.
Découverte des squelettes d'ours
vignette|left|upright|Squelette d'un Ursus spelaeus.
Le , Martel et ses compagnons creusent au bas du dernier puits pour atteindre le ruisseau et mettent au jour les ossements d'ours et d'autres animaux.
Il écrit dans son ouvrage Les abîmes : Nous retirâmes aussi de cette brèche les restes, non plus d'un seul ours, mais de trois au moins, des tailles les plus diverses : depuis le petit Ursus Arctos analogue à l'ours brun contemporain, représenté par un maxillaire de très faibles dimensions, jusqu'à l'Ursus spelaeus, fournissant une tête caractéristique à front bombé, longue de ; quoique vieux, avec des dents usées, celui-ci n'était pas très grand et pourrait bien être une variété particulière. Des ossements d'autres animaux, et notamment un fragment de corne de petite antilope, se sont trouvés mêlés dans cette brèche ou incrustés dans les parois du puits.
La légende de la Crousate
Raymond Pons fit visiter l'igue de la Crousate à deux Anglais, messieurs Baring et Gould. Ces derniers publièrent dans le journal anglais the Graphic du , le récit de leur visite et mentionnèrent une légende locale qui faisait état de douze lits dans la partie de la cavité située après le pont de boisExtrait de l'article de messieurs Young et Baring-Gould dans le journal anglais the Graphic du : But who were the men who occupied these twelwe beds? It is possible - just possible - that the question may be answered by a discovery made in 1830. In that year a M. Delpon, of Livernon, a great explorer of the megalithic monuments in Lot and Dordogne, having observed…; en français : Mais qui sont ces hommes qui occupèrent les douze lits ? Il est probable, seulement probable que la réponse à cette question fut donnée en 1830. Cette année-là, M. Delpon, de Livernon, un grand explorateur de mégalithes du Lot et de la Dordogne, avait observé…. Ernest Rupin réagit vivement en signalant que les Anglais n'avaient pas franchi le pont de bois lors de leur visite et que rien de tel n'avait été découvert lors des explorations de 1891.
Découvertes du Spéléo Club de Tours de 1979
En 1979, les spéléologues du Spéléo Club de Tours ont découvert, après une escalade de après le pont de bois, une série de puits parallèle au puits de . Cette nouvelle voie se termine dans l'argile collante à la cote -85 m par rapport à l'entrée..
Études archéologiques de 2001
En 2001, des spéléologues déblaient une galerie et découvrent une quantité importante de poteries. Les archéologues Anne Lagarrigue et Thierry Salgues les analysent et déterminent une fréquentation de la cavité au moins depuis les débuts de l'âge du bronze jusqu'au second âge du fer..
Fréquentation actuelle
L'igue de la Crousate est une cavité aux galeries larges et sèches qui se prête bien à l'initiation aux techniques spéléologiques de progression verticale..
Cette cavité permet aussi l'entrainement des équipes de secours en milieu souterrain : du Spéléo Secours Français de la Fédération française de spéléologie du Groupe de reconnaissance et d’intervention en milieu périlleux des sapeurs-pompiers.
Dégradation de la cavité
La fréquentation régulière de l'igue de la Crousate depuis plus d'un siècle a provoqué le noircissement des parois du fait des lampes à l'acétylène. De nombreux visiteurs indélicats ont réalisé des inscriptions sur les parois de l'étage intermédiaire.
Les poutres de bois et vestiges découverts par Édouard-Alfred Martel ont quasiment disparu.
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi Bibliographie Le numéro 39 du Journal des connaissances utiles consacre en un article de deux pages et trois gravures à la description de la caverne et de son contexte géologique, article signé M. Roussel.
Articles connexes Gramat Ouysse Spéléologie en France Liste des cavités naturelles les plus longues du Lot Liste des cavités naturelles les plus profondes du Lot
Liens externes
Crousate Crousate Catégorie:Site de l'âge du bronze en France