Breiz Atao (en français « Bretagne toujours ») est un nom utilisé par différentes revues parues entre 1918 et 1939, ainsi qu'en 1944. Un site internet nationaliste breton a utilisé ce titre de l'été 2010 jusqu'en début 2022.
Par extension, le terme « Breiz Atao » a servi à désigner les autonomistes bretons durant l'entre-deux-guerres.
Premier journal : l'organe du Groupe régionaliste breton (1918-1927)
Structure et développements Le premier Breiz Atao est issu du Groupe régionaliste breton. L'association est composée à ses débuts essentiellement de militants classés à droite de l'échiquier politique. En , Morvan Marchal peut ainsi écrire dans le journal que selon lui « dans le communisme ou l'anarchie n'est pas la vraie pensée bretonne ». Si des articles rejetant les théories marxistes peuvent ainsi être publiés, la ligne éditoriale est large, et les colonnes du journal sont aussi ouvertes à des hommes de gauche. Le titre est une traduction en breton de « La Bretagne toujours ! ».
Le journal revendique une progression constante de ses ventes lors de ses premières années d'existence. Les ventes augmentent de 13 % en 1920, de 12 % en 1921, de 25 % en 1922, de 15 % en 1923, et de 21 % en 1924. Cette progression est cependant freinée par les moyens financiers limités de l'association, et par les occupations professionnelles de ses membres. Le contenu est aussi un facteur limitant l'audience du journal, peu d'articles pouvant intéresser les classes ouvrières nombreuses dans la région. En 1925, la notoriété du journal est encore très limitée dans la région.
Le format adopté est le 24x32 , sa rédaction et son administration étant domiciliées au 8, rue Édith Cavell, à RennesMarcel Leguen, Deux siècles de presse écrite en Bretagne, ., au domicile de son directeur François Debeauvais« L’enquête sur l'attentat de Rennes révèle des constatations troublantes », dans L'ouest-Éclair, le 10 aout 1932, consulté sur gallica.bnf.fr le 15 juillet 2017. Le journal est édité de 1919 à , et les exemplaires sont numérotés du au Breiz Atao : notice de périodique, catalogue de la Bibliothèque nationale de France, consulté sur catalogue.bnf.fr le 10 juillet 2017.
La maquette est initialement très simple : le manque de finance du parti, et les problèmes de pénuries de papier, limitent la publication à et à un tirage à . Le titre est simplement orné d'un blason comportant les hermines bretonnes, coiffé d'un dais et d'une couronne. Ce symbole disparaît alors que le groupe s'éloigne des idées régionalistes. Une hausse du financement du parti permet en 1923 de faire évoluer la maquette du journal pour tenter de capter un lectorat plus important. Mordrel dessine une marquette inspirée par les Art déco, le nombre de pages est multiplié par quatre, le prix monte à . Bicolore, le journal arbore en sous-titre « revue mensuelle du nationalisme breton et des relations interceltiques », et en dernière page des symboles panceltiques comme le dragon gallois, le chardon écossais, et le trèfle irlandais en plus des hermine bretonnes. Le coût d'édition important force l'équipe éditoriale à repasser en 1925 à une édition monochrome, et à réduire par deux le nombre de pages. Un nouveau format est lancé au . Une nouvelle illustration, réalisée par Théophile Lemonnier et inspirée du mouvement Seiz Breur, est choisie pour la nouvelle .
La place des arts La question artistique est traitée de différentes manière par la revue. Une approche théorique de l'art, et de sa place dans le « relèvement » de la Bretagne transparaît dans de nombreux articles de Morvan Marchal. Ce dernier affirme ainsi dès 1920 que la nation et ses arts sont indissociables. En 1924 Mordrel se fait le défenseur dans les colonnes du journal d'.
Elle comporte un grand nombre d'illustrations, réalisées notamment par Olier Mordrel. Comme dans d'autres revues du mouvement breton de l'après-guerre, la technique de la gravure est abondamment utilisée, et mise au service de l'idéologie défendue par le journal. Le symbole du Hévoud est utilisé par la revue à partir de 1925, puis abandonné en 1930 car jugé trop proche de la croix gammée nazie.
Attrait puis rupture avec le régionalisme
Les premiers adhérents du Groupe régionaliste breton se structurent en dehors des autres partis du mouvement breton existants à l'époque, comme l'Union régionaliste bretonne, ou la Fédération régionaliste de Bretagne. Ceux-ci n'ont pas eu d'activités lors de la Première Guerre mondiale, et ne sont pas connus par les membres, la plupart âgés de moins de 20 ans, du Groupe régionaliste breton. L'édition du premier numéro de Breiz Atao en va permettre au groupe de se faire connaitre, et d'entrer en contact avec des membres des autres groupes du mouvement breton. Les auteurs de Breiz Atao partagent avec les autres courants régionalistes de l’Emsav un intérêt pour la préservation de la langue bretonne, ainsi que des traditions de la région. Dès le premier numéro de la revue, Morvan Marchal indique que selon lui le régionalisme et l'autonomie administrative sont nécessaires pour la grandeur de la Bretagne. Lors du troisième numéro en le même auteur affirme que le Groupe régionaliste breton est « régionaliste car bon français, et même excellents français ». Le parti structure cependant son organisation lors du premier semestre 1919, et des évolutions idéologiques vis-à-vis du régionalisme deviennent par la suite visibles.
Un début de rupture avec le régionalisme breton est sensible dès dans les colonnes du journal. Morvan Marchal écrit dans le numéro 6 vouloir rompre avec « la pâle figure régionaliste » et la remplacer par « à peu de chose près le programme fédéraliste de la Ligue fédéraliste française ». L'article ne donne pas lieu à des suites avant la recomposition du Groupe régionaliste breton en Unvaniez Yaouankiz Vreiz en . Le ton des articles devient hostile envers la France à partir de , sous la plume de Morvan Marchal et d'Olier Mordrel. En novembre de la même année, ce dernier présente les effets de la « domination étrangère » de la France en Bretagne, en les critiquant fortement, et en prenant Pitre-Chevalier et de La Borderie comme références historiques.
Après avoir critiqué les ressorts du régionalisme, en s'attaquant aux liens entre la France et la Bretagne, les auteurs de Breiz Atao cherchent à recruter les membres de l'Union régionaliste bretonne ou la Fédération régionaliste de Bretagne déçus par le fonctionnement de ces groupes. Le ton utilisé pour critiquer le régionalisme est violent, et rencontre un certain succès. Une rupture s'observe aussi progressivement avec les régionalistes sur la question religieuse, alors que la place du catholicisme est assez centrale chez les régionalistes. Si en Morvan Marchal ne semble pas vouloir rompre avec le catholicisme, dans un article d', Marchal, Mordrel et Yves Le Moal déclarent « inadmissible qu'on veuille mêler religion et question bretonne » et le journal déclare vouloir s'en tenir à la neutralité sur la question religieuse.
Panceltisme et fédéralisme européen Par rejet envers la « civilisation française », le journal se cherche d'autres références. Comme les autres composantes du mouvement breton avant lui, le panceltisme sert de cadre. Des courriers sont échangés avec des nationalistes gallois dès les premières années du journal, et en 1923 deux des rédacteurs, Yann Brickler et Morvan Marchal s'y rendent en personne. Ceci débouche sur la publication d'un supplément au journal, intitulé Panceltia à partir de 1923.
Les rédacteurs de Breiz Atao s'intéressent aussi aux « réveils » d'autres mouvement minoritaires en Europe et dans le monde. Dès Mordrel traite dans les colonnes du journal du « réveil tunisien » et du « réveil flamand », et les années suivantes le journal traite sur le même mode du « réveil letton »(1922), mais aussi du nationalisme indien et du « choc des nationalités au Canada » (1925). Des contacts directs sont pris avec le mouvement flamand, et le journal publie les télégrammes reçus de la part de militants de cette tendance. En , Marchal invite les représentants des mouvements celtiques mais aussi flamands, corses et basques à constituer un « comité international des minorités nationales », mais sans succès.
Restructuration autour de l'affaire d'Alsace L'affaire alsacienne en 1926, pendant laquelle le Cartel des gauches tente de revenir sur le concordat en Alsace-Moselle, provoque une agitation autonomiste dans cette région. Le journal Breiz Atao publie alors une « lettre ouverte aux autonomistes alsaciens-lorrains » en dans laquelle Morvan Marchal indique le soutien de la revue aux autonomistes locaux. Cette prise de position amène une certaine publicité au journal, puisque celui-ci se trouve attaqué par les autres titres de la presse locale, mais aussi par le gouvernement lors de prises de paroles à l'Assemblée nationale.
Cette médiatisation du journal entraîne une hausse des effectifs du Groupe régionaliste breton, et l'apparition de nouvelles ambitions pour le journal. Prenant exemple sur la structuration politique des autonomistes alsaciens, il est décidé de repenser la structure du parti et du journal.
Un supplément : Gwalarn
Le journal Breiz Atao se dote début 1925 d'un supplément littéraire rédigé intégralement en langue bretonne. L'édition de ce supplément vise à atteindre l'un des buts revendiqués du Groupe régionaliste breton, à savoir « aider à la naissance en Bretagne d'un mouvement intellectuel et artistique indépendant ». Roparz Hemon en prend la tête et assure la direction de la revue.
Gwalarn reprend le format de Breiz Atao, le 24×32, et est publié comme supplément à celui-ci de à . Sur une base trimestrielle, elle compte entre 12 et 16 pages. La publication compte des textes originaux sous la forme de poèmes, de romans, de pièces de théâtre, mais comporte aussi des traductions d'œuvres étrangères.
Deuxième journal : l'organe du Parti autonomiste breton (1927-1931)
vignette|Logo du journal, lorsque celui-ci est géré par le Parti autonomiste breton.
Évolutions structurelles Le journal est édité de à , et les exemplaires sont numérotés du au .
La transformation du Groupe régionaliste breton/Unvaniez Yaouankiz Vreiz en Parti autonomiste breton est décidée à la suite du congrès de Rosporden de . Le « n°1 » du nouveau Breiz Atao indique vouloir quitter le format mensuel de l'ancienne formule pour opter pour une publication bimensuelle, et de viser une périodicité hebdomadaire puis quotidienne. Il affirme aussi vouloir se dépouiller de « l'habit aristocratique de la revue intellectuelle, pour revêtir le chupen » et cibler « l'ouvrier, le paysan, le marin breton ». La diffusion et la vente de celui-ci doit être organisée par les militants du parti. Le journal doit alors servir à diffuser les idées du parti, qui vise alors à devenir un parti de masse ; pour ce faire, il est aussi acté la création d'une société de crédit, la Kevredad-Kretaat evit adsevel Breiz, de manière à lever des fonds nécessaires aux actions militantes, mais aussi la création d'une imprimerie pour faciliter l'édition du journal.
La forme du journal évolue lors de cette période. De bimensuel, il passe à une fréquence de diffusion hebdomadaire en , sur quatre pages. Le tirage du journal connaît un maximum de pour . Des numéros spéciaux sont parfois tirés à , voir , et distribués gratuitement. L'exploitation reste déficitaire ; si la publicité permet d'apporter une partie du financement, les pertes sont comblées par les militants, et l'importance de celles-ci limite le développement du journal.