Baise-moi est un film français réalisé par Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi, sorti en 2000. Il est adapté du roman homonyme de Virginie Despentes.
Mêlant des scènes de sexe non simulées à une intrigue policière d'une grande violence, Baise-moi a été très controversé lors de sa sortie, notamment en ce qui concerne son éventuelle classification en tant que film pornographique. D'abord distribué en France avec une interdiction aux moins de 16 ans, le film est ensuite classé X quelques jours après sa sortie, avant de voir sa classification à nouveau revue par les autorités. L'affaire entourant ce film a en effet eu pour conséquence la parution du décret du , qui permet au ministère de la Culture français d'interdire un film aux moins de 18 ans sans toutefois l’inscrire sur la liste des films pornographiques ou d’incitation à la violence.
Synopsis Nadine, qui aime regarder des films pornographiques, se livre à la prostitution pour gagner sa vie et pour son plaisir. Elle a pour meilleur ami Francis, un toxicomane qu'elle aide à se fournir en subutex. Ce dernier est bientôt assassiné en pleine rue par des inconnus. Par ailleurs, le mode de vie de Nadine insupporte sa colocataire qui jacasse à longueur de journée. Un soir, elles en viennent aux mains et Nadine l'étrangle.
Manu, jeune Maghrébine à la langue bien pendue, a une vie qui la satisfait : elle arrive à trouver à peu près tous les jours à étancher sa . Elle tient tête aux mecs de son quartier après qu'ils s'en sont violemment pris à un plus jeune qu'eux. Un soir qu'elle se promène avec une autre fille, trois hommes les abordent, les emmènent dans un hangar et les violent. Manu est passive alors que l'autre résiste. Partant du principe que « ma chatte, je peux empêcher personne d'y entrer, alors je mets rien de précieux à l'intérieur », Manu rentre chez elle sans changer ses habitudes ni porter plainte. En voyant son état, son frère se doute de quelque chose et s'indigne qu'elle soit si désinvolte à propos de son viol. Manu prend le pistolet de son frère et l'abat. Il meurt sur le coup. Elle ramasse ensuite ses économies dont il n'a plus besoin, l'embrasse tendrement sur le menton et s'en va.
Un peu plus tard, Manu rencontre Nadine près d'une gare. Elles se trouvent un but commun : ne plus subir la vie, prendre la route et vivre à cent à l'heure. Elles deviennent vite inséparables et prennent leur pied dans des partouzes sans lendemain et des tueries sanglantes, qu'elles opèrent sur des inconnus sans aucune discrimination ni motif autre que l'éclate.
Elles sont conscientes que l'aventure se terminera sans doute mal, et alors ?
Fiche technique
Titre original : Baise-moi Réalisation : Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi Scénario : Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi, d'après le roman de Virginie Despentes Production : Philippe Godeau, Dominique Chiron Sociétés de production : Pan-Européenne, Canal +, Take One, Toute première fois Musique : Varou Jan Photographie : Benoît Chamaillard Montage : Aïlo Auguste-Judith, Francine Lemaitre, Véronique Rosa Pays de production : Langue de tournage : français Distribution : Pan Européenne Distribution (France) Format : couleur - 1,85:1 - Dolby SR - 35 mm Genre : road movie, thriller érotique, drame Durée : 77 minutes (72 minutes en Colombie, 74 minutes au Japon) Classification : France : interdit aux moins de 18 ansVisa d'exploitation sur Centre National du Cinéma Date de sortie : France : (ressortie le ) Belgique : Suisse : (région francophone) ou le (région germanophone) Canada :
Distribution
Karen Bach : Nadine Raffaëla Anderson : Manu Et par ordre d'apparition : Céline Beugnot : la femme blonde au billard Adama Niane : l'homme au billard Christophe Claudy Landry : l'homme au comptoir Tewfik Saad : le serveur bar Delphine McCarty : la colocataire Ouassini Embarek : Radouan Patrick Kodjo Topou : Wanted Lisa Marshall : Karla, la copine de Manu Hacène Beddrouh : Lakim, le frère de Manu Patrick Eudeline : Francis Ian Scott : violeur 1 Philippe Houillez : violeur 2 (chauffeur) Steven Jhonsson : violeur 3 Gil Stuart : le client de Nadine Alexandre Milord : réceptionniste hôtel Francis Élodie Chérie : la femme au distributeur Zenza Raggi (crédité Karim Sabaddehine) : le grand mec Titof : le petit mignon Jean-Marc Minéo : l'armurier Gabor Rassov : le connard à la capote Marc Barrow : le réceptionniste hôtel bord de mer Rodolphe Antrim : l'homme du local Estelle Isaac : Alice HPG : Martin Marc Rioufol : l'architecte Jean-Louis Costes : l'homme dans le club échangiste qui fait la truie Sebastian Barrio : un homme dans le club échangiste Nathalie Dune : une femme dans le club échangiste Martine Ricard (non créditée) : la danseuse dans le club Romain Defarge (non crédité) : Michel
Tournage Avec Baise-moi, Virginie Despentes porte à l'écran le roman qui l'avait révélée, et qui avait fait sensation par sa violence et sa crudité. Elle associe d'emblée au projet son amie l'actrice pornographique Coralie Trinh Thi, dont la personnalité originale et l'image d' du X l'ont séduite. Initialement, Virginie Despentes envisage un film sans scènes de sexe, mais dont les rôles principaux seraient confiés à des actrices porno. Cette première version du projet ne convainc pas les producteurs, mais la romancière finit par obtenir l'appui de Philippe Godeau, fondateur de la société Pan-Européenne, en proposant à ce dernier de tourner un film où les scènes sexuelles ne seront pas simulées, et dont elle assurera elle-même la réalisation avec Coralie Trinh ThiFlorence Aubenas, « Virginie Despentes, la fureur dans le sexe. », in Le Monde, ..
Le film est réalisé en six semaines, entre novembre et , en région parisienne, dans les Vosges, à Biarritz, Bordeaux, Lyon et Marseille. Il est fixé par vidéo numérique, sans éclairage artificiel.
Le budget du film est estimé à ..
Rapport à la pornographie Bien qu'il ne soit pas conçu par ses deux réalisatrices comme un film pornographique, Baise-moi fait divers emprunts et références à l'univers du X : plusieurs scènes comportent en effet des actes sexuels non simulés« Baise-moi » classé X par le Conseil d'État, Le Parisien, . Outre la co-réalisatrice Coralie Trinh Thi, les deux comédiennes principales, Karen Lancaume (créditée au générique sous son vrai nom, Karen Bach) et Raffaëla Anderson (créditée dans la plupart de ses films X sous les pseudonymes de Raphaëlla ou Raphaëla) ont également fait carrière dans la pornographieMARCHÉ DU FILM. Virginie Despentes adapte «Baise-moi», son best-seller de 1995. Résultat: un porno en giclée de haine à l'âpre goût de vengeance, Libération, 18 mai 2000. Par ailleurs, plusieurs acteurs pornographiques tiennent dans le film des rôles plus ou moins importants.. Le choix d'employer des acteurs de X est motivé pour des raisons à la fois pratiques, en raison du choix des réalisatrices de montrer à l'écran de véritables actes sexuels, et économiques, les hardeurs demandant des cachets inférieurs à ceux des comédiens traditionnels..
Au-delà de sa relation à la pornographie, le film revendique un discours sur le sexe en général, décrit par les réalisatrices comme un enjeu politique. Si Virginie Despentes n'a pas travaillé dans le milieu du cinéma X, elle revendique avoir été chroniqueuse dans un journal pornographique, et dit raffoler du porno. Coralie Trinh Thi, quant à elle, présente son parcours dans le X comme une série d'expérimentations érotiques. Les deux réalisatrices, si elles détournent les codes du porno, n'entendent pas le dénoncer, au contraire des deux actrices principales, qui tiennent un discours très critique vis-à-vis du milieu où elles ont travaillé. Interviewées lors de la sortie du film, Karen Bach/Lancaume et Raffaëla Anderson disent toutes deux avoir accepté leurs rôles et souhaitent remettre en question la logique du porno. Karen Lancaume regrette ainsi . Raffaëla Anderson juge quant à elle que mais dit ne pas considérer les scènes de sexe dans Baise-moi comme pornographiques, car elles sont . Des dissensions apparaissent par ailleurs pendant le tournage avec le producteur, qui n'apprécie pas que les réalisatrices aient annoncé le film dans Hot VidéoDamien Simonin, Problèmes de définition ou définitions du problème ? La « pornographie » dans « l’affaire Baise-moi », Genre, sexualité et société, Automne 2015.
La question du rapport de Baise-moi au genre pornographique, et plus largement celle de la représentation de la sexualité à l'écran, marquent du début à la fin l'histoire de ce long-métrage, dont la sortie occasionne d'importantes polémiques. Certains souhaitent le réduire à un film pornographique pur et simple que ce soit pour le dénoncer ou pour le présenter comme un . Au moment de la sortie du film, le critique Jean-François Rauger qualifie ainsi Baise-moi de Jean-François Rauger, Virginie Despentes, ses acteurs et ses hardeurs, Le Monde, 7 juin 2000.
Sortie et censure France L'attribution au film d'un visa d'exploitation par le CNC est l'occasion d'un premier débat : les membres de la sous-commission chargée d'examiner le film se prononcent d'abord pour son classement X en raison du caractère pornographique et d' de certaines scènes. Le dossier du film est alors renvoyé devant une commission plénière, qui statue finalement pour une interdiction aux moins de 16 ans, assortie de l'avertissement « Ce film, qui enchaîne sans interruption des scènes de sexe d’une crudité appuyée et des images d’une particulière violence, peut profondément perturber certains des spectateurs ». Cette décision est prise à une faible majorité, une partie des membres de la commission penchant toujours pour le classement X, en raison de la violence du discours et non de la pornographie. La ministre de la Culture Catherine Tasca se range à l'avis de la commission plénière et autorise la distribution du film avec une interdiction aux moins de 16 ans. Les réalisatrices contestent quant à elles le qualificatif de « pornographique », notamment Coralie Trinh Thi qui, ayant une carrière de hardeuse derrière elle, souligne « le porno est un film de genre à vocation masturbatoire », ce qui n'est pas à ses yeux le cas de Baise-moi Chapitre 13, page 507..
La sortie de Baise-moi, très médiatisée, est accompagnée de nouvelles polémiques : le film s'attire l'hostilité aussi bien de certaines associations féministes que de groupes d'extrême droite, et Le Nouvel Observateur titre à ce propos dans sa une du () « Pornographie, violence, la liberté de dire non ». La controverse sur la classification du film est en outre relancée à la suite de l'action intentée par Promouvoir, une association religieuse d'extrême droiteSon président-fondateur, André Bonnet, avocat au barreau de Marseille, est candidat du parti de Bruno Mégret, le Mouvement national républicain, aux élections à Avignon., qui saisit le Conseil d'État en raison de la grande violence du récit conjuguées aux scènes de sexe non simulées. Le Conseil d'État statue rapidement et annule le visa d'exploitation de Baise-moi deux jours après sa sortieCE, Annulation du visa d’exploitation avec interdiction aux mineurs de 16 ans pour le film “Baise moi”, 30 juin 2000, et 222195 en soulignant que le film, , comporte . Le Conseil d'État demande ensuite le classement X du film, le reléguant au statut d'une production pornographique conventionnelle : cette décision doit entraîner de fait le retrait du film des salles de cinéma françaises ce qui fait de Baise-moi le premier film à être interdit en France depuis plus de vingt ans..